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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Infographie : que disent les organismes de réglementation et de recherche en santé sur le glyphosate et le cancer ?

26 Juin 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #CIRC

Infographie  : que disent les organismes de réglementation et de recherche en santé sur le glyphosate et le cancer ?

 

Kayleen Schreiber*

 

 

 

 

Le glyphosate, l’herbicide le plus utilisé au monde, est-il particulièrement nocif pour l’homme ? Est-il cancérigène ? Ces questions font l’objet de débats juridiques et scientifiques.

 

Dans deux procès – l'un conclu à la mi-mars [2019] et l'autre l'an dernier – des jurys ont décidé que le glyphosate, vendu sous une forme non générique sous le nom commercial Roundup et fabriqué par Monsanto (maintenant une division de Bayer), avait provoqué le cancer de travailleurs qui ont appliqué l'herbicide. Aucune des deux affaires n’a abordé la question de savoir si le glyphosate pourrait être nocif pour les humains exposés à des parties par milliard ou des parties par billion de traces du pesticide présentes dans les aliments.

 

 
Les tribunaux n'établissent pas le fait scientifique

 

Bien entendu, la décision d'un jury, bien que significative, ne remplace pas la recherche scientifique. Les jurys ont également mal compris la science, notamment dans le cas de la décision du « Scopes Monkey Trial » (le procès du singe) dans laquelle le professeur de lycée John Scopes a été reconnu coupable d’avoir enseigné l’évolution, ce qui, selon les créationnistes, n’était pas étayé scientifiquement.

 

Des cas comme ceux qui tournent autour de la question de savoir si un produit chimique est la cause d'un cancer ou d'une autre maladie ne relèvent pas de la science. Ils s’appuient sur des jurys non professionnels tentant de donner un sens à des études médicales et à des expertises complexes et souvent contradictoires. La science rend rarement des « verdicts » absolus ; elle aborde des probabilités. Il a été démontré maintes et maintes fois que lorsque les jurés sont invités à évaluer des études concluant que « la substance X ne cause probablement pas le cancer », ils supposent presque toujours le pire, et ce, parce que l'étude ne conclut pas de manière définitive « ne cause pas » ou « ne pouvait pas causent le cancer ».

 

Mais aucun scientifique qui rédige une étude sérieuse n’utiliserait le genre de déclaration absolue qui mettrait un jury à l’aise. Ainsi, lorsque les jurés ont des doutes, même légers, ils se prononcent fréquemment contre un produit chimique et son fabricant, et pour un plaignant lésé (et souvent mortellement malade), même lorsque la preuve est mince ou presque inexistante.

 

Par exemple, l’année dernière, un jury du Missouri a attribué 4,69 milliards de dollars à des femmes atteintes d'un cancer de l’ovaire qui, selon elles, avait été causé par la poudre pour bébé de Johnson & Johnson. En avril 2018, la société a été condamnée à verser 117 millions de dollars à un homme du New Jersey atteint de mésothéliome et 25,7 millions de dollars à une femme de Los Angeles atteinte du même cancer.

 

Comme le rapporte Popular Science, la société a fait appel de ces verdicts, et ce, pour une bonne raison : ils ne semblent pas se conformer à la science.

 

Les études médicales sur la relation entre le cancer de l'ovaire et l'utilisation de talc sur les organes génitaux ne sont pas du tout définitives, aucune ne montrant une association forte et la plupart ne montrant aucune association du tout. Le National Cancer Institute dit que les preuves ne sont pas assez solides pour conclure que le talc provoque le cancer de l'ovaire, et l'American Cancer Society note que tout risque existant est probablement faible et que les recherches se poursuivent.

 

Ce que le système juridique considère comme preuves suffisantes pour établir que les expositions provoquent des maladies diffère des normes scientifiques – et essayer de les associer peut être dangereux. Ce qui nous ramène à la controverse sur le glyphosate.

 

 

Que concluent les régulateurs et les agences d’enquête ?

 

Bien que des recherches approfondies aient été menées sur le glyphosate, les réseaux sociaux et les médias continuent de débattre de la question de savoir si l'herbicide représente une menace pour la santé des travailleurs agricoles ou du grand public en raison de la présence de résidus dans les aliments.

 

Plus d'une douzaine d'organismes de réglementation et de recherche ont mené des études, des revues de la littérature et des évaluations à long terme afin de déterminer si le glyphosate, utilisé selon les instructions d'emploi, augmente le risque de certains cancers. Ils sont unanimes dans une conclusion : il n'y a aucune preuve que le glyphosate pose un préjudice aux consommateurs inquiets des traces de résidus dans leurs aliments. Malgré de nombreux articles de blogs de groupes de plaidoyer opposés aux biotechnologies vantant des « études » (généralement peu scientifiques, comme ici, tout récemment), trouvant du glyphosate dans de la bière ou des céréales pour petits déjeuners au niveau de la partie par milliard ou partie par billion, ou des traces de glyphosate dans le sang ou l'urine, aucune étude scientifique ne suggère que ces traces constituent une menace pour l'homme.

 

Le Genetic Literacy Project a résumé et analysé les conclusions des principaux organismes mondiaux de réglementation et de recherche dans une FAQ sur les OGM publiée ici, dans la section FAQ sur les OGM. À ce jour, tous les organismes de réglementation qui ont évalué le glyphosate ont conclu qu'il est sans danger lorsqu'il est utilisé conformément aux spécifications de l'étiquette et n'augmente pas le risque de cancer, en particulier si des résidus de glyphosate se trouvent dans les aliments, y compris les fruits et légumes.

 

L'infographie ci-dessous résume les conclusions des principaux organismes. Santé Canada, l’organisme de surveillance qui a récemment publié un nouvel examen du pesticide controversé, a exprimé de façon concise ce consensus : « Aucun organisme de réglementation des pesticides dans le monde ne considère actuellement que le glyphosate présente un risque de cancer pour les humains, compte tenu des concentrations auxquelles ces derniers sont exposés. », a-t-il écrit en janvier 2019.

 

Outre les nombreuses évaluations, une vaste étude à long terme connue sous le nom d’Agricultural Health Study a surveillé le taux d’incidence des divers cancers chez 54.251 applicateurs de pesticides, dont 44.932 avaient manipulé du glyphosate à partir de 1993. L'étude n'a trouvé aucune association entre le glyphosate et les tumeurs solides ou les tumeurs lymphoïdes malignes. Les données sont ambiguës chez les travailleurs exposés à des niveaux très élevés.

 

Le seul à faire exception est le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui n’examine pas le risque posé par un produit chimique particulier. Au lieu de cela, il examine le danger – si une substance peut causer le cancer à un niveau d'exposition ou à une dose quelconque, même à des doses irréalistes. En 2015, le CIRC l'a classé dans la catégorie « probablement cancérogène pour l'Homme », avec la viande rouge et les boissons chaudes. Cependant, l'Agence a trouvé moins de preuves de cancérogénicité que pour le bacon, le poisson salé, les contraceptifs oraux et le vin, pour ne citer que quelques exemples.

 

En plus de 40 ans, l'agence a évalué environ 1.000 substances et activités, allant de l'arsenic à la bière et au café, en passant par le bronzage et la coiffure. Il n'a trouvé qu'un seul agent ou activité « probablement pas » susceptible de causer le cancer chez l'Homme. Sous une désignation de danger, presque n'importe quelle substance peut être jugée toxique, même l'eau, si la dose est extrême et le temps d'exposition suffisamment long. La distinction entre danger et risque est presque totalement absente des discussions populaires et des médias sur la question de savoir si le glyphosate pourrait constituer un danger sérieux.

 

Le CIRC est une sous-agence de l'Organisation Mondiale de la Santé des Nations Unies. Sa conclusion « dangereux » selon laquelle le glyphosate devrait être classé dans la catégorie « probablement cancérogène » a été utilisée pour étayer des interdictions proposées du glyphosate et a constitué l’élément de preuve central dans les deux procès récents. Trois autres unités de l’OMS, dont l’OMS elle-même, ont réalisé des évaluations des risques liés au glyphosate et ont répudié les conclusions du CIRC, mais leurs analyses bien plus complètes sont généralement ignorées par les médias ou ne sont même pas prises en compte par les jurys.

 

Dans l'infographie ci-dessous, nous résumons toutes les recherches les plus respectées. Cliquez sur les conclusions en caractères gras dans la version publiée sur GLP pour accéder au document publié par l'organisme de réglementation ou de recherche.

 

 

 

 

 

Cliquez ici pour une version .pdf téléchargeable de cette infographie.

 

_____________

 

Kayleen Schreiber est la spécialiste des infographies et de la visualisation de données de GLP. Elle a recherché, écrit et conçu cette infographie. Suivez-la sur son site Web, sur Twitter @ksphd ou sur Instagram @ksphd.

 

Le GLP a publié cet article pour refléter la diversité des informations, des opinions et des analyses. Le point de vue est celui de l’auteur. L’objectif du GLP est de stimuler un discours constructif sur des questions scientifiques difficiles.

 

Source  : https://geneticliteracyproject.org/2019/03/26/infographic-global-regulatory-and-health-research-agencies-on-whether-glyphosate-causes-cancer/

 

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Commenter cet article

un physicien 03/07/2019 15:33

Il faudrait rajouter que le CIRC précise que ce classement du glyphosate est fait sur la base de "limited evidence". Et que les "evidences" beaucoup plus fortes de l'étude AHS ont été délibérément ignorées.

Seppi 03/07/2019 18:22

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il y aurait tant de choses à ajouter !

Murps 27/06/2019 12:40

Bravo pour l'article et surtout l'infographie.
Je télécharge et diffuse.

Seppi 27/06/2019 17:43

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je n'ai fait que traduire.