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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Exposition au glyphosate : un point de la situation – rassurant – par des chercheuses militantes

5 Juin 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Glyphosate (Roundup)

Exposition au glyphosate : un point de la situation – rassurant – par des chercheuses militantes

 

 

Début janvier 2019, Environmental Health a publié « The evidence of human exposure to glyphosate: a review » (les preuves de l'exposition humaine au glyphosate : une revue) de Christina Gillezeau, Maaike van Gerwen, Rachel M. Shaffer, Iemaan Rana, Luoping Zhang, Lianne Sheppard et Emanuela Taioli.

 

Rien de nouveau, mais une synthèse utile.

 

En voici le résumé :

 

« Contexte

 

Malgré l'utilisation croissante et généralisée du glyphosate, herbicide à large spectre et dessiccant, très peu d'études ont évalué l'étendue et la quantité d'exposition humaine.

 

Objectif

 

Nous passons en revue les niveaux documentés d'exposition humaine chez les travailleurs en milieu professionnel et dans la population en général.

 

Méthodes

 

Nous avons effectué une revue des publications scientifiques sur les niveaux de glyphosate chez l’homme ; 19 études ont été recensées, dont cinq sur l'exposition professionnelle au glyphosate, 11 ont documenté l'exposition dans la population générale et trois ont fait rapport sur les deux.

 

Résultats

 

Huit études ont rapporté des niveaux urinaires chez 423 sujets exposés de façon professionnelle ou para-professionnelle ; 14 études ont rapporté des niveaux de glyphosate dans divers biofluides chez 3.298 sujets de la population générale. Les taux urinaires moyens chez les sujets exposés au travail variaient de 0,26 à 73,5 µg/L ; les taux urinaires issus d'une exposition environnementale variaient de 0,16 à 7,6 µg/L. Seules deux études ont mesuré les tendances temporelles de l'exposition, qui montrent toutes deux une proportion croissante d'individus présentant des concentrations détectables de glyphosate dans leur urine au fil du temps.

 

Conclusions

 

Cette revue met en évidence le manque de données sur les niveaux de glyphosate chez les personnes exposées sur le plan professionnelle, para-professionnel ou environnemental à l'herbicide. En tant que tel, il est difficile de bien comprendre l'ampleur de l'exposition dans l'ensemble et chez les populations vulnérables telles que les enfants. Nous recommandons de poursuivre les travaux pour évaluer l'exposition entre les populations et les régions géographiques, répartir les sources d'exposition (par exemple, occupation professionnelle, utilisation domestique, résidus dans la nourriture) et comprendre les tendances temporelles.

 

Cinq des sept auteures ont produit « Exposure to Glyphosate-Based Herbicides and Risk for Non-Hodgkin Lymphoma: A Meta-Analysis and Supporting Evidence » (exposition aux herbicides à base de glyphosate et risque de lymphome non hodgkinien : méta-analyse et preuves à l'appui), dont nous avons publié une analyse par M. Geoffrey Kabat dans « Glyphosate : +41 % de risque de cancer ? Vraiment ? ». Les auteures sont manifestement affligées d'un conflit d'intérêt intellectuel : elles sont plutôt hostiles au glyphosate.

 

Cela se traduit bien dans le résumé qui « oublie » de mentionner les cas où on n'a pas détecté de glyphosate dans les urines, ou encore l'élimination rapide du glyphosate chez les professionnels dans les jours suivant le traitement...

 

Tant mieux pour le conflit d'intérêts ! Ce que les auteures ont trouvé dans la littérature – y compris pour une bonne part dans la littérature grise voire franchement militante comme Friends of the Earth Europe – ce sont des niveaux très largement inférieurs (sauf exception) aux niveaux toxicologiques acceptables.

 

En bref, ces taux de glyphosate dans l'urine, mesurés en microgrammes/litre correspondent à des absorptions également de l'ordre des microgrammes alors que la DJA européenne, très protectrice, ramenée à une petite personne de 60 kg, se monte à 30 milligrammes.

 

Pour les correspondances entre quantités absorbées et quantités excrétées, voir « A critical review of glyphosate findings in human urine samples and comparison with the exposure of operators and consumers » (examen critique des résultats de glyphosate dans des échantillons d'urine humaine et comparaison avec l'exposition des opérateurs et des consommateurs) de Lars Niemann, Christian Sieke, Rudolf Pfeil et Roland Solecki – un article de référence qui n'est pas cité par les auteures...

 

Bien évidemment, les auteures appellent dans leurs conclusions à de nouvelles études. On peut penser qu'il y a des sujets d'études plus importants…

 

 

(GM = moyenne géométrique)

 

 

 

 

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M
J'ai suivi votre lien, je ne suis pas étonné que l'interview soit réalisée par Patrick Cohen, l'un des rares journalistes honnêtes, mais avez-vous lu les commentaires, ils sont consternants de bêtise crasse.
Commentaire 1: il a touché combien (celle là on l'a même faite souvent à Yann Kindo pourtant peu suspect de complaisance envers le capitalisme triomphant)
Commentaire 2: séduction-manipulation de Bayer-Monsanto, ils n'ont qu'à en boire tous les midi (classique)
Commentaire 3: on pourrait dire "passé les bornes y a plus de limite" car ce commentaire évoque carrément un génocide du peuple de France par les produits phytosanitaires et le colza transgénique
A propos du commentaire 2, ma fille écolo (nobody's perfect) m'a dit, "si c'est pas dangereux tu n'as qu'à en boire" ce que j'ai fait illico, un petit verre à liqueur dans un grand verre d'eau, je ne conseille pas, ça a un goût infâme mais le lendemain j'étais frais comme un gardon et elle m'a rétorqué "ça prouve rien, il faudrait en boire tous les jours!"
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

"Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui, avant, ne parlaient qu'au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu'aujourd'hui ils ont le même droit de parole qu'un prix Nobel. C'est l'invasion des imbéciles." (Umberto Eco).

Quant à en boire tous les jours, il y a eu une célèbre étude sur les rats, dont un groupe de mâles et un groupe de femelles n'ont eu à boire que du glyphosate à la demi-dose d'épandage. De mémoire, les mâles se sont portés comme un charme. Mais "ça prouve rien, il faudrait en boire directement du bidon de concentré"...
M
Certes les taux mesurés sont de 3 à 4 ordres de grandeur inférieurs à la DJA, soit un facteur 1000 à 10000 par rapport à un seuil déjà conservatif mais l'unique fait que le public retient des déclarations des media c'est que 2 µg/l c'est 20 fois le seuil de potabilité de l'eau, donc ça doit être vachement dangereux, portons plainte en masse pour mise en danger de la vie d'autrui. Si la justice doit instruire ces milliers de plaintes j'imagine l'embouteillage chez les juges d'instruction (qui ont probablement d'autres choses à faire) et le coût pour la collectivité.
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Le seul fait que les doses annoncées sont de 3 à 4 ordres de grandeur inférieurs à la DJA devrait suffire pour rejeter les plaintes.
M
Le labo n'ayant pas l'homologation pour les analyses médicales et le protocole étant respecté d'une façon assez particulière (avec le cul), normalement ça devrait finir en non lieu (ou un truc du genre). C'est là que l'on va voire si la justice vaut encore quelque chose en France.
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

"...le public retient…" ? Moi, je retiens surtout que les médias sont irresponsables, et que les scientifiques et décideurs politiques sont trop inaudibles (ne parlons pas de M. Didier Guillaume…). Un grand bravo, à cet égard, à M. Roger Genet, directeur de l'ANSES, par exemple :

https://www.europe1.fr/societe/roger-genet-anses-il-ny-a-pas-de-risque-sanitaire-avec-les-produits-a-base-de-glyphosate-3899272

Je suppose que les plaintes seront centralisées et feront l'objet d'une procédure unique (mais je ne connais pas les règles de procédure françaises). Mais il est vrai que le coût sera important. Ce seront surtout les greffiers qui seront à la peine.

M
Merci pour le conseil ! Ma maman fera des économies...
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M
Je viens de découvrir votre site. Merci pour toutes ces informations, n'étant pas spécialiste de ces sujets. En attendant, ma maman, grande jardinière devant l'Éternel, a toujours utilisé du Round Up et elle vient de fêter ses 90 ans en pleine forme ! Un coup de Round Up sur les mauvaises et elle replantait 3 semaines après des fleurs ou des salades. Et ses salades étaient vachement bonnes et personne n'est jamais tombé malade à cause de ça.
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Cela fait d'autant plus plaisir qu'il en suit un autre, insultant, que j'ai supprimé…

Une anecdote n'est certes pas une preuve, mais le fait est là : le Roundup a un excellent profil toxicologique et écotoxicologie. Si tel n'était pas le cas, il n'aurait pas été en vente libre dans les jardineries et même les supérettes.

A savoir : le Roundup maintenant en vente dans les jardineries n'est plus à base de glyphosate. C'est du vinaigre… autant utiliser le vinaigre de ménage pour ceux qui n'ont pas fait de stock de vrai Roundup.