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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Ce soir, France 5 lave votre cerveau avec « Vert de Rage » et le soja au Paraguay

5 Juin 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #OGM, #Glyphosate (Roundup), #Pesticides

 

Ce soir, France 5 lave votre cerveau avec « Vert de Rage » et le soja au Paraguay

 

 

 

(Source : « Estudio revela daño en ADN de niños expuestos a agroquímicos de sojales » – une étude révèle des dommages à l'ADN chez des enfants exposés à des pesticides du soja 11 décembre 2018)

 

 

C'est Le Monde qui nous a mis sur la piste de ce nouveau document... sur les ravages allégués du soja au Paraguay. C'est intitulé dans le Monde « Au Paraguay et à Java, "vert de rage" et d’espoir » avec en chapô :

 

« La série documentaire ne se contente pas de dénoncer les scandales environnementaux, elle apporte des solutions. »

 

Intéressons-nous au Monde, qui a probablement produit son article sur la base de l'œuvre – au sens du droit d'auteur – audiovisuelle. Noms du réalisateur et de la boîte de production censurés dans notre billet…

 

Cela commence fort :

 

« Des champs verts de soja transgénique à l’infini, un tracteur qui répand ses engrais toxiques, un enfant hydrocéphale dans les bras de sa mère. »

 

Au-delà de ce curieux télescopage rhétorique, les « engrais toxiques », c'est une grande nouvelle...

 

«  [Censuré] lance ainsi en prime time sur France 5 Vert de rage, série documentaire consacrée aux scandales environnementaux. Une production innovante, qui s’appuie sur ses propres études scientifiques – d’où les quatre mois en moyenne d’enquête par numéro – et ne se contente pas de dénoncer, mais propose des solutions. »

 

« ...ses propres études scientifiques » ? Vraiment ?

 

« A San Juan (Paraguay), 450 habitants, les enfants souffrent de maux de tête, et deux fillettes sont mortes à quelques heures d’intervalle ».

 

On peut s'attendre à un grand moment de démonstration par l'anecdote. C'est avec une infinie tristesse et beaucoup de compassion pour les parents des fillettes que nous devons nous interroger : n'y a-t-il pas instrumentalisation du malheur de deux familles ? Cherchez « Paraguay + soja + San Juan » et vous obtiendrez quelque 860.000 résultats selon un célèbre moteur de recherche, particulièrement à partir de fin avril 2017.

 

Et comment se fait-il que des problèmes sanitaires – dont il est allégué qu'ils sont liés à la culture du soja transgénique et à l'emploi de pesticides – ne soient pas rapportés d'autres zones de production ?

 

« Dans les deux cas, les familles tentent de se mobiliser mais manquent d’études épidémiologiques pour prouver l’origine des maladies qui touchent leurs enfants. L’idée de Vert de rage est de leur apporter cette "preuve" manquante.

 

[…]

 

Chapitre 2, les scientifiques arrivent à la rescousse. [Censuré] prélève – avec un goût certain pour la mise en scène… – des échantillons (d’eau polluée ou de plants de soja, c’est selon) pour faire établir leur degré de toxicité […]

 

Effectivement, et le Monde publie une photo que nous ne reproduirons pas... bien que le personnage, arrachant une plante de soja, ne soit pas reconnaissable derrière son masque de protection avec cartouche filtrante.

 

Le Monde a osé « mise en scène »... heureusement qu'il s'agit d'un média ami et, comme d'autres, complaisant.

 

« […] en parallèle, des prélèvements de salive et de cheveux effectués sur les enfants permettent d’évaluer l’impact des pollutions sur l’organisme. Les résultats affolent. Au Paraguay, 45,9 % de l’ADN des enfants testés est endommagé (contre 27,6 % pour une population éloignée des cultures de soja transgénique). »

 

Là, franchement, le suspense est intolérable. La moitié en gros, ou le quart, de l'ADN est endommagé(notez que c'est sur les enfants, c'est médiatiquement plus favorable que s'il s'agissait d'adultes)... et les enfants sont encore vivants ?

 

Mais revenons à : « L’idée de Vert de rage est de leur apporter cette "preuve" manquante. » Notre moteur de recherche favori nous donne des résultats à partir de décembre 2018, y compris une séquence Youtube, que nous oserons insérer dans ce billet…

 

 

Qu'apprend-on ? Que le projet a été dirigé par la pédiatre Stela Benítez Leite, professeur-chercheur à l'Université Catholique d'Asunción (UCA), qu'il a été soutenu par le CONACYT, le Conseil National de la Science et de la Technologie, et qu'il a débuté en 2016.

 

Mais une recherche rapide avec un moteur de recherche spécialisé donne un article bizarre, militant, publié en avril 2018 – « La vida posible de poblaciones expuestas a sustancias tóxicas: desafíos para una cultura de paz » (la vie possible de populations exposées à des substances toxiques : défis pour une culture de la paix). Et une lecture en diagonale semble indiquer que les tests sont bien antérieurs. Où sont les résultats de cette (nouvelle) étude ?

 

Et le Monde de conclure :

 

« Vert de rage sollicite enfin les hautes instances, les ministres concernés – avec des résultats tangibles. Toutes les données recueillies sont ensuite remises aux populations locales, afin qu’elles organisent leur défense. Cette efficacité fait oublier l’incarnation un poil excessive de l’investigation et devrait inciter la chaîne à transformer Vert de rage en rendez-vous régulier. »

 

« ...un poil excessive » ?

 

Cet article du Monde semble avoir été rédigé dans l'urgence (il a été mis en ligne aujourd'hui, 5 juin 2019 à 16h15 pour une diffusion à 21 heures...), tout comme d'autres. Les médias ont-ils été sollicités pour faire de la retape ?

 

Premier commentaire sur le Monde :

 

« Je viens d'apprendre que le Paraguay était en Amérique centrale ! »

 

 

 

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M
"Une production innovante, qui s’appuie sur ses propres études scientifiques – d’où les quatre mois en moyenne d’enquête par numéro" Quatre mois d'études scientifique ! Soit ces mecs sont des génies, soit ce sont de gros glands.
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S
Bonjour,

Merci pour ce complément.

Mais à la réflexion, l'un n'empêche pas l'autre...
M
"De gros glands, non, de gros manipulateurs oui..." Désolé, j'aurais du être plus précis, mais c'était inclus dans l’expression gros glands.
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

De gros glands, non, de gros manipulateurs oui...