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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Cash Investigation et semences (Limagrain) : répondrez-vous, Mme Élise Lucet ?

20 Juin 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme

Cash Investigation et semences (Limagrain) : répondrez-vous, Mme Élise Lucet ?

 

 

 

Une « incroyable enquête de Linda Bendali »

 

Le Cash Investigation du mardi 18 juin 2019 ayant eu pour thème « Multinationales : hold-up sur nos fruits et légumes » serait aux dires de Mme Élise Lucet soi-même une « incroyable enquête de Linda Bendali ».

 

« ...incroyable » en effet... au premier degré : peu croyable par son manque de vraisemblance.

 

Vouloir la démonter, c'est se heurter à la loi de Brandolini dont une version non quantifiée énonce : « La quantité d'énergie nécessaire pour réfuter du baratin est beaucoup plus importante que celle qui a permis de le créer » (dans la version quantifiée que l'on trouve souvent, c'est un ordre de grandeur, un facteur 10).

 

Relevons donc modestement à ce stade que Limagrain, une coopérative d'agriculteurs de la Limagne devenue un des géants des variétés et des semences, a été gravement mise en cause dans cette émission-spectacle conçue pour faire de l'audimat.

 

 

Un communiqué de presse tout aussi incroyable, mais dans un sens différent

 

Limagrain a répondu par un incroyable communiqué de presse de quatre pages. Incroyable au sens de « surprenant »... quoique... il y a déjà eu des « pan sur le bec » à la suite de gesticulations cathodiques fort étrangères à la notion d'information, de reportage et d'investigation.

 

Le voici :

 

 

 

 

 

 

 

Résumons !

 

Concernant le travail des enfants en Inde, Limagrain écrit notamment, en gras et souligné :

 

« Nous avons donné tous ces éléments factuels à Cash Investigation avant diffusion du reportage, mais ceux-ci n’ont pas été repris au montage. »

 

Concernant le sous-paiement des salariés en Inde, Limagrain écrit notamment, en gras et souligné :

 

« Nous avons remis à Cash Investigation des preuves sous la forme de grilles de salaires certifiées par des experts comptables avant diffusion mais celles-ci n’ont pas non plus été reprises au montage. »

 

Concernant le contournement de la réglementation en « vendant » des semences non inscrites au catalogue à ses agriculteurs-coopérateurs, Limagrain écrit notamment, en gras :

 

« L’émission méconnaît le fonctionnement d’une coopérative. La coopérative Limagrain ne vend pas des semences à ses agriculteurs-coopérateurs. La facture montrée à l’écran ne correspond pas à de la vente de semences. »

 

 

Des allégations aux implications graves pour l'entreprise (si elle ment) ou Cash Investigation (si elle dit vrai)

 

On peut penser que Limagrain n'a pas produit ces allégations à la légère, témérairement. On peut penser que si tel avait été le cas, la garde prétorienne se serait déjà déchaînée sur Twitter. Tel n'est pas le cas...

 

Ces allégations jettent un doute plus que sérieux sur ce Cash Investigation. Quelqu'un doit répondre.

 

 

La vidéo vaut d'être visionnée (Source)

 

 

Faire du tapage avec un rapport vieux de trois ans, périmé

 

Limagrain a aussi mis en lien le rapport de novembre 2018 de l'India Committee of the Netherlands et Stop Child Labour, « Remedies for Indian seed workers in sight? » (des solutions en vue pour les travailleurs indiens de la semence). La coopérative écrit dans un gazouillis :

 

« Nous travaillons sur le terrain avec des ONGs locales, et cette politique sans concession fait ses preuves. En source pour vous, le même rapport que Cash, mais plus récent de 3 ans ».

 

Là encore, cela jette un doute plus que sérieux sur ce Cash Investigation. Aurait-on « oublié » de faire ce que la déontologie journalistique impose, vérifier les informations et ne livrer que les bonnes ?

 

Voici un extrait de ce rapport qui, il faut le souligner, témoigne d'un sens des responsabilités développé tant des entreprises semencières (pour la plupart) et des ONG qui ont produit le rapport, ainsi que du respect mutuel :

 

« HM.CLAUSE n'a pas de politique en matière de droits de l'homme accessible au public. HM.CLAUSE India Ltd. a une politique de RSE [responsabilité sociale d'entreprise] en vertu de la loi indienne sur les sociétés de 2013. La société indique qu'elle travaille de manière cohérente sur sa responsabilité de respecter les droits de l'homme au niveau du groupe, dans le cadre de Limagrain. Limagrain applique les 10 principes du Pacte Mondial des Nations Unies. En outre, la société participe activement au Club des Droits de l'Homme du gouvernement français, où des expériences sur le respect des droits de l'homme par les entreprises sont partagées. Les équipes de gestion cartographient les risques à l’aide d’un outil mis au point par l’Institut Danois des Droits de l’Homme (DIHR), le HRCA Quick Check. Limagrain précise que les dirigeants ont des responsabilités spécifiques en matière de droits de l’homme et élaborent actuellement un guide pratique sur les droits complétant le Code de Conduite du groupe. Ce guide sera partagé avec les parties prenantes une fois terminé. »

 

Le principe 5 du Pacte Mondial des Nations Unies se lit :

 

« Abolir effectivement le travail des enfants »

 

Il va de soi que l'India Committee of the Netherlands et Stop Child Labour n'auraient pas manqué de relever et de dénoncer tout écart entre les informations fournies par les entreprises (Limagrain, Clause et les autres) et la réalité de terrain. Le rapport ne pointe pas de mauvaise conduite de nos entreprises.

 

Allô ! Cash Investigation ? Mme Élise Lucet ? Mme Delphine Ernotte ?

 

Limagrain a un Code de Conduite (et elle n'est pas la seule dans le monde des « méchantes » entreprises, multinationales ou non)

 

Selon son Code de Conduite, Limagrain a signé en décembre 2013 le Pacte Mondial des Nations Unies. Ce code stipule (nous retraduisons de l'anglais) :

 

« Établir des relations équilibrées et à long terme avec ses fournisseurs et ses partenaires

 

Limagrain choisit ses fournisseurs en fonction de critères objectifs et veille à ce que ses relations commerciales et contractuelles soient équilibrées dans le temps.

 

Les fournisseurs sont tenus de respecter les dispositions légales et leurs performances doivent être mesurables de manière objective.

 

Limagrain veille à travailler avec des fournisseurs qui n'utilisent pas le travail illégal d'enfants ou le travail forcé.

 

Limagrain veille à ce que ses fournisseurs et ses clients respectent les conventions fondamentales de l'Organisation Internationale du Travail sur les droits sociaux fondamentaux. »

 

Allô ! Cash Investigation Mme Élise Lucet ? Mme Delphine Ernotte ?

 

 

 

 

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Murps 21/06/2019 01:07

Le clergé est de sortie.

Seppi 25/06/2019 07:35

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Mais comme le clergé a été injurieux, il a aussi été sorti… supprimés les "commentaires".