Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Cash Investigation et Conseil Supérieur de l'Audiovisuel : un avis malencontreux

29 Juin 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

Cash Investigation et Conseil Supérieur de l'Audiovisuel : un avis malencontreux

 

 

(Source)

 

 

Ce 18 juin 2019, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (CSA) a répondu aux signalements de l'Envoyé Spécial du 17 janvier 2019 sur « Glyphosate : comment s'en sortir ? ».

 

Admettons que ce soit une pure coïncidence : dans la soirée du même jour, France 2 a allumé de nouvelles polémiques avec un Cash Investigation sur « Multinationales : hold-up sur nos fruits et légumes ».

 

Le CSA semble s'être limité à une réponse unique aux plus de 500 signalements qu'il a reçus dans les jours suivant l'émission.

 

Un lecteur m'a fourni le texte de la prose à lui envoyée :

 

« Votre numéro de ticket :

 

Bonjour,

 

Vous avez saisi le Conseil supérieur de l’audiovisuel à la suite de la programmation le 17 janvier dernier par la chaîne France 2, dans le magazine hebdomadaire "Envoyé spécial", d’une édition consacrée au glyphosate.

 

Lors de sa séance du 22 mai 2019, le Conseil a examiné l’émission litigieuse.

 

L’article 35 du cahier des charges de France Télévisions, fixé par le décret n° 2009-796 du 23 juin 2009, dispose que : "Dans le respect du principe d’égalité de traitement et des recommandations du Conseil supérieur de l’audiovisuel, France Télévisions assure l’honnêteté, la transparence, l’indépendance et le pluralisme de l’information ainsi que l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion.[…] Les questions prêtant à controverse doivent être présentées de façon honnête et l’expression des différents points de vue doit être assurée. […] La société fait preuve de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information. Elle vérifie le bien-fondé et les sources de l’information. L’information incertaine est présentée au conditionnel". Les dispositions de l’article 36 prévoient que : "France Télévisions veille au respect de la personne humaine et de sa dignité".

 

Le Conseil exerce une vigilance particulière sur le respect par les chaînes de télévision et de radio de leurs obligations en matière d’honnêteté, de rigueur et d’équilibre des points de vue, a fortiori lorsqu’il s’agit de questions prêtant à controverse.

 

En premier lieu, le Conseil constate que l’objet de cette émission n’était pas d’apporter un éclairage scientifique sur la dangerosité du glyphosate, mais de présenter les pratiques de la société Monsanto en matière de recherche scientifique et d’études relatives au glyphosate. Ainsi, il note que dans la plupart des sujets, il est rappelé l’absence de consensus scientifique sur le caractère cancérogène du glyphosate. En outre, bien que cette émission d’investigation, et particulièrement la séquence du "glyphotest", ait permis de montrer la présence de la molécule dans les organismes, elle n’avance pas d’affirmation en ce qui concerne l’impact du glyphosate sur la santé.

 

En second lieu, le Conseil relève que l’expression des différents points de vue a été assurée par l’éditeur, dans la mesure où ont été invités à s’exprimer : la société concernée, à travers l’intervention d’un représentant de la société BAYER France, les chercheurs mis en cause en raison des études qu’ils avaient produites, des responsables politiques français et, enfin, un agriculteur avançant que le glyphosate ne présente pas de danger cancérogène.

 

Par ailleurs, si le Conseil admet que la diffusion de certaines images, illustrant le témoignage des personnes attribuant leurs maladies respectives au glyphosate, soit susceptible de heurter les téléspectateurs, il ne considère pas pour autant qu’un manquement de l’éditeur à ses obligations soit caractérisé, dès lors que ces images contribuent à rendre compte de l’ampleur des pathologies et répondent, de ce fait, à la mission d’information incombant à France Télévisions.

 

Enfin, le Conseil estime que cette édition, en instaurant le dialogue entre deux agriculteurs céréaliers aux méthodes radicalement opposées, n’a pas donné lieu à une stigmatisation de l’agriculteur pratiquant une agriculture conventionnelle.

 

Dans ces conditions, le Conseil estime, au vu de l’ensemble de ces éléments, qu’il ne peut être reproché à la chaîne d’avoir manqué, en l’espèce à ses obligations en matière d’honnêteté et de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information, en matière de dignité de la personne humaine et en matière d’expression des différents points de vue.

 

Par conséquent, le Conseil n’est pas fondé à intervenir auprès de France Télévisions.

 

Cordialement,

 

La Direction de l’information et de la communication institutionnelle"

 

On peut trouver étonnante une réponse unique aux centaines de signalements. De plus, une réponse aussi courte et générale, voire évasive.

 

 

 

 

Pourquoi avoir omis de la citation des dispositions applicables : « Elle ne recourt pas à des procédés susceptibles de nuire à la bonne compréhension du téléspectateur » ?

 

Le CSA a certes la mission extrêmement délicate de définir l'« honnêteté […] de l'information », particulièrement quand il est recouru à des « procédés » susceptibles d'être considérés comme « susceptibles de nuire à la bonne compréhension du téléspectateur ».

 

A-t-il été à la hauteur de sa mission ? Pour ne citer qu'un exemple, sur la séquence du « glyphotest » pour laquelle il opine qu'« elle n’avance pas d’affirmation en ce qui concerne l’impact du glyphosate sur la santé » ? Quelle a été la compréhension du téléspectateur après les propos paniqués de Mme Julie Gayet, les pitreries de M. Jamel Debbouze ou la séquence de micro-trottoir de Mme Élise Lucet sur un marché ?

 

En n'abordant pas cette problématique, le CSA a, de notre point de vue, omis de considérer ce volet important, sinon crucial, du cahier des charges de France Télévisions, et de statuer sur son (non-)respect.

 

Nous pourrions procéder à une analyse détaillée de l'avis du CSA, mais elle a déjà été faite, en grande partie par le gazouilleur qui signe Un Monde Riant, ou encore M. Joseph Garnier. Et à quoi cela sert-il ?

 

Il suffit de constater qu'en concluant comme il l'a fait, le CSA a repoussé très loin la frontière au-delà de laquelle il estimerait de son devoir d'intervenir auprès de la chaîne de télévision.

 

Finalement, le message est le suivant : « N'affirmez pas ! Faites simplement attention à la méthode avec laquelle vous bourrez le mou des téléspectateurs. »

 

Un autre message est : « Définissez bien votre sujet et vous bénéficierez d'un champ de manœuvre encore plus vaste. » On peut même prendre pour titre « Glyphosate : comment s'en sortir ? » et et faire dire au CSA que « l’objet de cette émission [était] de présenter les pratiques de la société Monsanto […].

 

 

(Source)

 

 

Mais il convient en revanche d'adresser un message au CSA. La loi n°2018-1202 du 22 décembre 2018 a ajouté un article 17-2 (très controversé) à loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication (Loi Léotard), ainsi libellé :

 

« Le Conseil supérieur de l'audiovisuel contribue à la lutte contre la diffusion de fausses informations susceptibles de troubler l'ordre public ou de porter atteinte à la sincérité d'un des scrutins mentionnés au premier alinéa de l'article 33-1-1 de la présente loi. »

 

Le CSA serait bien avisé de réfléchir aux conséquences de son avis sur l'Envoyé Spécial controversé pour l'application de l'article précité, s'agissant de la notion de « fausses informations ».

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
EN parlant de couverture média du glyphosate, Le Monde a publié l'article "Le glyphosate, « vrai poison » ou « faux sujet » ? Petit manuel pour comprendre le débat sur l’herbicide controversé", de manière surprenante un peu plus nuance. Bien entendu, il a été publié par les Décodeurs et non par le service Planète.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Deux articles de décodage du décodage à venir.
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

C'est "un peu plus nuancé", mais encore loin du compte question objectivité e déontologie de l'information.

Deux articles à venir.
M
De manière non surprenante venant du monde, il n'est pas du tous nuancé. C'est un article à charge déguiser en article de décodage se présentent comme équilibrer.
"Par ailleurs, les conclusions des agences ne balaient pas celles du CIRC, notamment pour des raisons méthodologiques. L'EFSA restreint son analyse à la seule molécule du glyphosate, tout en reconnaissant qu'il est probable que les produits commercialisés à l'arrivée, qui contiennent d'autres substances, aient une toxicité plus élevée. Le CIRC, quant à lui, a englobé le cas des produits commercialisés dans son classement."
On a même le droit au coup du gentil CIRC contre les méchante agences sanitaire comme le montre l’exemple ci-dessus. Il y a aussi à une pub pour les monsanto papers. Le reste de l'article est du même niveau.
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/06/28/petit-manuel-a-lire-pour-comprendre-le-debat-sur-le-glyphosate_5482759_4355770.html
Pour les décodeurs, il ne touche pas au monde planète et à Stéphane Foucart, c'est Samuel Laurent qui à avoué qu'il ne s'attaque pas aux article de ce dernier.
M
J'ai eu à peu prés le même avis quand j'ai reçu ce mail.
"Les questions prêtant à controverse doivent être présentées de façon honnête" "La société fait preuve de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information."
C'est justement parce qu'ils ne le faisait pas qu'ils ont été signaler.
"En premier lieu, le Conseil constate que l’objet de cette émission n’était pas d’apporter un éclairage scientifique sur la dangerosité du glyphosate, mais de présenter les pratiques de la société Monsanto en matière de recherche scientifique et d’études relatives au glyphosate."
Pour une émission qui s' appel "glyphosate, comment s'en sortir?" et qui met en scène un enfant malade. Mais bien sur ça ne traite absolument pas de la dangerosité du glyphosate.
"Ainsi, il note que dans la plupart des sujets, il est rappelé l’absence de consensus scientifique sur le caractère cancérogène du glyphosate." Toutes les agences sanitaire sont d'accord, mais il n'y a pas de consensus. Je ne sais pas ce qui leur faut.
"En outre, bien que cette émission d’investigation, et particulièrement la séquence du "glyphotest", ait permis de montrer la présence de la molécule dans les organismes, elle n’avance pas d’affirmation en ce qui concerne l’impact du glyphosate sur la santé."
Glyphotest qui ne vaut rien et qui vient d'un labo vétérinaire douteux (et ils parlaient de rigueur avant). Elle n'avance pas, mais insinue.
"Par ailleurs, si le Conseil admet que la diffusion de certaines images, illustrant le témoignage des personnes attribuant leurs maladies respectives au glyphosate, soit susceptible de heurter les téléspectateurs, il ne considère pas pour autant qu’un manquement de l’éditeur à ses obligations soit caractérisé, dès lors que ces images contribuent à rendre compte de l’ampleur des pathologies et répondent, de ce fait, à la mission d’information incombant à France Télévisions."
En attribuant ces pathologies à une cause, sans preuve.
En gros le CSA donne carte blanche à Élise lucet et son équipe.
Quand je vois les spot publicitaire du CSA pour nous dire comment protéger nos enfant de la télé, sa me fait rire (jaune).
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Finalement, il faudrait multiplier les opérations de signalement jusqu'à ce que le CSA se réveille...