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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pour un observatoire de l'agribashing gouvernemental

3 Mai 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Politique

Pour un observatoire de l'agribashing gouvernemental

 

 

« il faut simplement revenir à […] ce que faisaient nos grands-parents » (M. Didier Guillaume)

 

 

De mémoire de papy, nous n'avons jamais eu un gouvernement aussi incompétent en matière d'agriculture. Pire, toxique.

 

Est-ce la méconnaissance du secteur économique, environnemental et social (ordre alphabétique), ou le cynisme politicien qui amène à sacrifier le secteur qui ne vote pas « bien », pour s'attirer les voix des contempteurs de la filière susceptibles de filer vers les espaces politiques de couleur plus ou moins verte ? Probablement les deux.

 

 

Quelle réponse aux agressions ?

 

Le dimanche 3 mars 2019, un agriculteur de Loyettes, dans l'Ain, se faisait agresser par un riverain alors qu'il traitait sa parcelle d'orge. Réaction du Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation, du Ministre et plus généralement du Gouvernement ? Silence !

 

 

 

 

Le lundi 8 avril 2019, un producteur d’olives bio de Maussane les Alpilles, dans les Bouches-du-Rhône, a été stoppé dans son traitement au cuivre par un riverain qui l’accusait de détruire le monde. Réaction (bis) ? Silence !

 

Le jeudi 11 avril 2019, Nous voulons des coquelicots balançait un gazouillis appelant à participer à la « Marche contre Monsanto » du 18 mai 2019 en écrivant : « Cognons ensemble sur les empoisonneurs! » Réaction (ter) ? Silence !

 

 

 

 

Créons des « observatoires de l'agribashing »...

 

Vendredi 26 avril 2019, en visite dans l'entreprise Noix & Compagnie à Beauregard-Baret, dans la Drôme (son département), M. Didier Guillaume, Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, annonce la création d'un observatoire de lutte contre l'agribashing, selon le Dauphiné. Encore que... ce n'est pas clair (notez les conditionnels). Le Dauphiné écrit :

 

« Ces observatoires devraient voir le jour dans tous les départements, et seraient coordonnés par les préfets, les procureurs de la République et les Chambres de l'agriculture, en lien avec le ministère. »

 

Mais en écoutant le podcast, on se rend compte que M. Didier Guillaume se limite à un vœux pieux :

 

« ...je souhaite qu'ils [ces observatoires] se mettent en place dans tout le pays... ».

 

 

C'est ça la réponse du gouvernement – outre la circulaire envoyée par la Garde des Sceaux Nicole Belloubet aux procureurs leur enjoignant d'être « sévères » – aux agressions, aux dégradations de matériels, aux intrusions dans les élevages, au vandalisme ? C'est le ministère de la parole et de l'inaction...

 

 

Une idée fixe : « sortir » du glyphosate...

 

En même temps, dans une sorte de mouvement pavlovien et macronien, le ministre Didier Guillaume déroule le bréviaire de la sortie du glyphosate.

 

« La France va être le premier pays au monde à sortir du glyphosate au 1er janvier 2021 » proclame le titre du podcast du Dauphiné. Mais, dans le même temps, M. Didier Guillaume dit :

 

« ...il n'est pas question de laisser des filières ou des agriculteurs sans solution au 1er janvier 2021. »

 

Et cela se poursuit :

 

« Il faut avancer encore dans la bonne agriculture et les bonnes pratiques

 

Interprétation incontournable : l'agriculture française n'est pas « bonne » ! C'est de l'agribashing pur et simple !

 

 

La biodynamie pour modèle d'agriculture !

 

Se faisant le régional de l'étape, il vante la filière viticole régionale...

 

« la filière qui est très forte dans notre région, plus de 50 % de la filière viticole est aujourd'hui déjà en biodynamie, en bio, etc. … il n'y a aucun problème... toutes les filières vont avancer et si dans certains secteurs ce n'est pas possible au 1er janvier 2021, alors on donnera un petit délai de plus.

 

 

La biodynamie érigée en modèle pour l'agriculture du futur ? Avec ses charlataneries et superstitions – les opérations agricoles en fonction de la position des astres, le pouvoir magique des cornes de vaches pleines de bouse enterrées ou encore du pissenlit fourré dans un mésentère de vache, etc. ? On a beau chercher : aucun de ses prédécesseurs, ni même aucun ministre chargé de l'environnement, n'a encore osé !

 

Le bio a certes la cote dans la bobosphère, mais notre Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation n'a visiblement aucune idée de la réduction et de la fluctuation de la production qu'il entraîne et, partant, de l'insécurité alimentaire. On ne saurait que lui conseiller de consulter les fiches « repères » de l'Académie d'Agriculture de France. Voici celle des rendements du blé :

 

 

(Source)

 

 

Une idée fixe décuplée : « sortir » de tous les pesticides

 

Mais le flot verbal continue :

 

« Il n'y a pas que le glyphosate, il y a tous les produits phytopharmaceutiques et tous les pesticides, et moi, mon objectif, c'est d'arrêter la dépendance aux pesticides, à tous les pesticides... au glyphosate comme aux autres. Je trouve qu'on s'attelle trop, on parle trop, parce que c'est un peu la mode, entre guillemets, du glyphosate... il faut arrêter le glyphosate, mais il faut arrêter tous les autres produits. C'est la raison pour laquelle la France a décidé que, en 2025, c'est à dire dans peu de temps, nous aurons diminué par deux notre dépendance aux produits phytopharmaceutiques... par deux»

 

Est-ce vraiment sérieux ?

 

N'insistons pas sur la pensée magique – nous avons décidé, donc en 2025... Ni sur l'objectif lui-même : il est irréalisable – sauf à ruiner l'agriculture française – car les agriculteurs ne traitent pas aujourd'hui sans raison (ou pour remplir les poches de Bayer/Monsanto).

 

 

Nous allons vers une catastrophe, mais d'un bon pas...

 

Une telle déclaration – ce n'est pas la première du genre – a peut-être un intérêt politicien, électoraliste, mais sur les plans agronomique, économique et social (ordre alphabétique), c'est une catastrophe annoncée. Sans produits de protection des plantes, il est impossible de produire de manière saine et sûre pour alimenter la population française (ne parlons pas des exportations). Monsieur le Ministre en a-t-il conscience ?

 

Sait-il que les manipulateurs d'opinion au service du biobusiness ne réclament que l'interdiction des pesticides*, l'astérisque renvoyant à une notule : « * de synthèse » ?

 

Ce genre de propos relève aussi de l'agribashing.

 

 

 

 

Retour à « la terre qui ne ment pas »

 

La tirade se poursuit par un peu de vantardise sur l'ordonnance relative à la séparation du conseil et de la vente en matière de protection phytosanitaire (un joujou pour faire plaisir aux « écolos » qui compliquera la vie des filières agricoles sans effet « positif » sur le marché des phytos). Et voici la chute :

 

« Aujourd'hui les agriculteurs auront une obligation deux fois tous les cinq ans d'avoir un conseil indépendant qui leur dira comment on peut mieux cultiver, comment on peut mieux faire, avoir du rendement sans produits phytopharmaceutiques... il faut simplement revenir à l'agronomie, la rotation des cultures, la couverture, l'assolement, les semis... enfin, ce que faisaient nos grands-parents et que nous on a un peu oublié de faire peut-être aujourd'hui. Donc nous allons arriver dans cette... dans cette... direction. »

 

C'est vraiment prendre les agriculteurs pour des idiots. Et c'est dérouler le discours bobo-écolo d'une agriculture actuelle à côté de ses pompes qui doit être remise dans le droit chemin.

 

On peut voir des accents de « La terre qui ne ment pas » dans cet appel à revenir à ce que faisaient nos grands-parents – dont l'« agronomie » était du reste fort rudimentaire et qui ne pratiquaient pas les cultures de couverture, invention de la vraie agronomie, celle qui va de l'avant et ne regarde pas avec nostalgie vers le passé.

 

Mais c'est aussi, implicitement voire ouvertement, de l'agribashing.

 

 

C'était mieux avant !

 

Et c'est de l'inconscience à l'état pur. Dans l'Opinion, Mme Emmanuelle Ducros relève à juste titre dans « Le ministre Didier Guillaume veut revenir à "l’agriculture de nos grands-parents": à quoi cela ressemblerait-il? » :

 

« Cela pourrait être un choix de société de promouvoir une agriculture aléatoire, au rythme des années, des ravageurs, livrée aux incertitudes du climat, aux maladies. Mais il faut en accepter les corollaires : un repli de l’agriculture française sur sa dimension vivrière, des récoltes insuffisantes certaines années, la nécessité d’importer massivement de la nourriture d’ailleurs, produite avec des standards que nous ne maîtriserons jamais. Il faut aussi prévoir une augmentation des surfaces cultivées pour remédier à la baisse des rendements – et partant, des champs qui gagnent sur les espaces naturels et la biodiversité.

 

L’agriculture pleine de bon sens de nos grands-parents vantée par Didier Guillaume est un fantasme. »

 

 

(Source)

 

 

Un accessit pour Mme Brune Poirson

 

Nous l'avons trouvé un peu par hasard...

 

 

 

 

Que signifie « 50% des produits servis dans les cantines scolaires devront être de qualité » ? Et les autres 50 % ?

 

Que signifie « Une bonne nouvelle pour la santé de nos enfants » ? Qu'aujourd'hui, la santé de nos enfants n'est pas assurée... irresponsabilité des responsables des cantines, des fournisseurs, agribashing...

 

Twitter est certes un mode de communication qui impose une brièveté rédactionnelle. Mais il n'oblige pas à y associer une atrophie de la réflexion.

 

Mais félicitons le gouvernement pour sa diligence... un décret du 22 avril 2019 pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2022 (un avis critique ici)... on peut penser que toutes les affaires autrement urgentes ont été réglées, n'est-il pas ...

 

 

Hors sujet

 

Nous ne résisterons pas à vous présenter ce gazouillis du député-paysan de la Creuse Jean-Baptiste Moreau :

 

 

 

 

Il s'agit ici, non pas de chanvre textile, mais de « chanvre bien-être ». Beaucoup d'hectares en perspective... notre agriculture est sauvée…

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Hbsc Xris 03/05/2019 07:20

Excellent, on ne parle pas assez du passé.
Nos soit disant élites sont des ignorants hallucinants en matière d'histoire et tout porte à croire que cette matière a cessé d'être enseigné dans nos écoles depuis quelques décennies pour qu'on en soit là.
Un croyant dans les absurdités ambiantes du bio et de l'écologie à tout va, me disait il y a quelques mois qu'il fallait revenir à l'agriculture pré-industrielle des années 1800 en France, sans engrais chimiques, sans pesticides, et sans herbicides.
Sûr !!!!!! Un pays de 28 millions d'habitants en 1800, à l'époque, le budget de l'alimentation pour un ouvrier ou pour un journalier approchait 80% de ses revenus !!!!! Et on veut nourrir 65 millions de français avec les mêmes semences anciennes, pas d'engrais, pas de pesticides, même pas d'eau pour certains novateurs stupéfiants. Et bien sûr, pas d'herbicides, on enverra les chômeurs et les écoliers en vacances désherber en rang dans les champs comme autrefois, 12h par jour...
Ben faudra décider à l'avance qui va bouffer, et qui ne bouffera pas, car il y a presque 40 millions de personnes de trop pour se mettre à table dans un futur proche. Et ce sera partout en Occident.
Quand à certains continents, que va t-on leur dire ?

Seppi 11/05/2019 19:10

Bonjour,

Merci pour ce commentaire et les suivants.

Bel effort !

L'Académie d'Agriculture de France a publié un graphique sur l'évolution des rendements du blé de 1815 à 2018. C'est édifiant !

Notez que quand on annonce 10 quintaux/hectare dans les années 1800, il fallait déduire 1 ou 2 quintaux pour la semence de la campagne suivante. Aujourd'hui, c'est 120 à 160 kg à prélever sur 72 quintaux.

https://www.academie-agriculture.fr/publications/encyclopedie/reperes/evolution-du-rendement-moyen-annuel-du-ble-france-entiere-de-1815

Cet autre graphique :

https://www.academie-agriculture.fr/publications/encyclopedie/reperes/progression-comparee-des-rendements-moyens-francais-du-ble-tendre

nous montre que passer au bio, c'est revenir en gros aux début des années 1960... quand nous n'étions pas autosuffisants (il est vrai aussi qu'on mangeait plus de pain… mais aussi moins de viande, comme le veulent les "écolos").

Una autre lecture intéressante :

https://www.capital.fr/economie-politique/le-ble-ce-produit-made-in-france-qui-cartonne-mais-dont-on-ne-parle-jamais-1056106


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Seppi 11/05/2019 18:44

@ Flore le ‎samedi‎ ‎04‎ ‎mai‎ ‎2019‎ ‎07‎:‎42

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Si le sujet vous intéresse, lisez "Sébastien Abis, Géopolitique du blé - Un produit vital pour la sécurité mondiale". Attention, c'est un pavé. Ou cherchez ses articles sur la toile. Être présent sur la marché du blé de l'Afrique du Nord est un enjeu stratégique.


Vous n'êtes pas convaincue ? Faites vos calculs. Rien qu'avec le blé passant de quelque 72 quintaux/hectare en conventionnel à 28 en bio, sans tenir compte de l'allongement des rotations avec de la luzerne et des lentillesà 12 quintaux/ha les bonnes années, ni de la consommation supplémentaire puisqu'il ne faut pas nourrir des cochons et des poules...




Flore 04/05/2019 07:42

Sur les exportations par exemple en Algérie, on cherche plutôt à garder un marché (face à des pays concurrents qui me semblent avoir un fort potentiel comme l'Ukraine par exemple) et corrigez-moi si je me trompe mais je ne pense pas que l'aide alimentaire représente beaucoup sur les 35 millions de tonnes de céréales exportés.
Concernant la viande je suis d'accord avec votre remarque (en plus j'adore les prairies) mais vous m'avez mal comprise je pensais aux 12 millions de tonnes de céréales utilisés pour l'alimentation animal dont 9 millions pour des animaux qui ne paissent pas dans les prairies ( les cochons, la volaille...).
Sur l'urbanisation et la perte de terre agricole je vous rejoins.
Donc sur le fond vous ne m'avez pas convaincu.

Hbsc Xris 03/05/2019 22:09

@ Flore : et ceux à qui l'Occident (puisque toute l'Occident bascule dans cette folie destructive collective) envoie des céréales y compris au titre de l'aide alimentaire, on va leur dire quoi :
"Serrez vous tous la ceinture et creusez des grands trous pour enterrer vos morts, il n'y a plus rien pour vous "
Quand à l'argumentaire de la viande, commun chez les écolos, elle en dit long sur votre ignorance en matière d'agriculture et de sols. Beaucoup de terres d'élevage sont des terres d'élevage soit parce qu'elles sont soit impropres à autre chose, soit parce que les rendements en céréales ou légumes y seraient dérisoires. Plantez une bêche sur 10 à 15 cm de sol arable avec dessous de la rocaille ou une épaisse couche d'argile, et allez en faire un simple potager, j'en rigole d'avance.
Pendant ce temps là, en région parisienne des écolos devenus fous sont partenaires de projets qui bétonnent des sols arables de qualité exceptionnelle sur lesquels on construit des "éco-cités" soi disant "modèle". Allez voir ce qu'un projet dit "écologique" a fait des sols du semencier Clause en Essonne ! Une honte.

Flore 03/05/2019 08:33

Bonjour, Hbsc Xris il ne s'agit pas forcement d'aller aussi loin (argument épouvantail).Nourrir la population, oui OK mais il y a de la marge : environ 70 millions de tonnes par an de céréales dont 35 millions sont exportées (grains et produits transformés) et plus de 2 millions pour du bioéthanol. En plus on mange beaucoup de viande.