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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Nigeria se mobilise pour relancer son industrie textile

27 Mai 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique

Le Nigeria se mobilise pour relancer son industrie textile

 

Nkechi Isaac*

 

 

 

 

Dans les années 1970 et au début des années 1980, le Nigeria abritait la plus grande industrie textile d’Afrique, avec plus de 180 usines employant plus de 450.000 personnes. Le sous-secteur économique du coton, du textile et du vêtement (CTG) était alors le plus gros employeur après le secteur public, représentant plus de 25 % de la main-d’œuvre manufacturière. Cette industrie a été soutenue par la production de coton d'environ 600.000 agriculteurs locaux à travers le pays.

 

Aujourd'hui, le secteur des CTG vit dans l'ombre de son passé : pratiquement toutes les entreprises ont fermé leurs portes, supprimant des milliers d'emplois et obligeant le Nigeria à importer annuellement environ 4 milliards de dollars de vêtements et de textiles confectionnés.

 

Les experts ont identifié certaines contraintes pesant sur le sous-secteur nigérian des CTG, notamment l'insuffisance de semences de cotonnier pour la production, le coût élevé des opérations, la contrebande et la contrefaçon, l'afflux important de produits textiles et de vêtements bon marché, l'accès aux fonds et les normes de production médiocres.

 

Le gouvernement fédéral du Nigeria a récemment pris des mesures drastiques pour remédier à l’un de ces problèmes, la Banque Centrale du Nigeria (CBN) ayant annoncé la fin des aides aux importations de textiles. L’ajout de toutes les formes de matières textiles à la liste des articles non éligibles aux devises étrangères depuis les fenêtres officielles est considéré comme un tournant décisif dans les efforts visant à ressusciter une industrie textile effondrée.

 

Godwin Emefiele, gouverneur de la CBN, a déclaré que bien que la banque soutienne dans un premier temps l'importation de fibres de coton destinée à être utilisée dans les usines textiles, les importateurs doivent commencer à satisfaire tous leurs besoins en coton en s'approvisionnant au niveau local à partir de 2020.

 

Ibrahim Igomu, ancien président national de l'Association Nigériane des Fabricants de Textiles (NTMA), a déclaré que l'interdiction ne signifiait pas que le Nigeria cesserait automatiquement d'acheter des textiles ou des vêtements d'autres pays. Il a décrit cette politique comme un moyen de dissuader les importateurs de s’approvisionner en textiles à l’étranger en les forçant à rechercher des devises sur le marché noir, à un taux plus élevé. Cela, à son tour, « rendra l'achat sur le marché intérieur plus attrayant, ce qui signifie que les entreprises nigérianes produiraient plus et auraient besoin de plus de coton. Cela signifie qu'ils obtiendront plus de coton des égreneurs, qui achèteront désormais davantage auprès des agriculteurs. Donc, vous voyez que la chaîne de valeur sera affectée positivement. »

 

Dr Rose Maxwell Gidado, coordinatrice nationale du chapitre nigérian du Forum Ouvert sur la Biotechnologie Agricole (OFAB), a également salué cette initiative, soulignant que cette décision complète l’approbation par le gouvernement de deux variétés de cotonnier Bt locales, génétiquement modifiées pour résister au ver de la capsule. L'insecte ravageur dévastateur provoque une perte de rendement en coton d'environ 60 %.

 

« Cela arrive vraiment à un moment crucial, car le Nigeria a commercialisé deux variétés de cotonnier à haut rendement, avec d'autres avantages comme la résistance au ver de la capsule, un ravageur qui a dissuadé les agriculteurs de cultiver cette plante », a-t-elle déclaré. « Pas seulement le ver de la capsule, mais de nombreux autres insectes sont responsables d'un taux de perte élevé, à tel point que c'est frustrant pour les agriculteurs et les sélectionneurs de cultiver cette plante à moins d'utiliser une quantité excessive de produits chimiques pour lutter contre ces insectes. Mais nous avons maintenant une variété à haut rendement qui vous donne environ 4,1 à 4,4 tonnes par hectare. Elle est précoce et résiste à d’autres insectes suceurs, en plus du ver de la capsule. »

 

En cultivant du cotonnier GM Bt, les agriculteurs seront en mesure de lutter contre les insectes nuisibles avec seulement deux applications d'insecticides, au lieu des 8 à 10 actuellement nécessaires. « C'est là que la rentabilité entre en jeu », a déclaré Gidado, soulignant que le cotonnier Bt aidera les agriculteurs à réduire les dépenses en pesticides et autres intrants agricoles tout en obtenant un meilleur produit qui soutiendra une production textile de haute qualité destinée à l'exportation.

 

Anibe Achimugu, président de l'Association Nationale du Coton du Nigeria (NACOTAN), a déclaré que l'impact de cette déclaration contribuera à relancer le secteur en mettant un terme à l'actuel dumping des textiles importés. « Mais il s'agit à présent de donner aux industries locales l'occasion de se relancer, d'accroître leur capacité de production, de créer des emplois et, bien sûr, de créer un marché pour les producteurs de coton, et enfin de revenir à la production de coton », a-t-il déclaré.

 

Le cotonnier Bt ajoutera de la valeur à la production de coton en mettant à la disposition des agriculteurs des semences de qualité, a déclaré Achimugu. Ses caractéristiques de résistance aux insectes, de haut rendement et de maturation précoce amélioreront également la production de coton durable, a-t-il noté. « Donc, si vous combinez tout cela, c'est certainement un outil utile pour relancer l'industrie car, bien sûr, plus vous avez de coton, de qualité, plus il sera certainement disponible pour l'industrie », a-t-il déclaré.

 

En outre, a souligné Igomu, les rendements plus élevés possibles avec le cotonnier GM aideront les producteurs de coton nigérians à passer de l'agriculture de subsistance à l'agriculture commerciale ou à grande échelle. « Si, auparavant, le rendement en fibre par hectare était d'environ 150 kilos, maintenant que nous utilisons les semences GM, qui résistent aux ravageurs courants, cela signifie que nous pourrions en fait atteindre 700 kilos par hectare. En termes d'économie d'échelle, il devrait être [cultivé] à un niveau commercial », a-t-il déclaré. « Cent hectares de production de coton seraient encore plus rentables – cela signifie que vous allez faire appel à la mécanisation. Cela signifie également que vous allez employer plus de nigérians. »

 

Le cotonnier GM nigérian a été mis au point par Mahyco Nigeria Private Ltd. en collaboration avec l’Institut de Recherche Agricole (IAR) de l’Université Ahmadu Bello de Zaria.

 

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https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2019/04/nigeria-moves-revive-textile-industry/

 

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