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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Fraude scientifique à l'AFIS ! » ? Incurie de journalistes...

26 Mai 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Activisme

« Fraude scientifique à l'AFIS ! » ? Incurie de journalistes...

 

 

Il était une fois un adepte des brèves de comptoir électroniques signant « Ladybird1967 » et se décrivant ainsi – tout un poème : « Corsican Blockhead. If I block you, it's because you're an idiot. Nothing personal, you're just an idiot. » Il s'est lancé dans une diatribe contre l'Association Française pour l'Information Scientifique, l'accusant de... fraude scientifique.

 

L'objet du délit ? Le long décryptage de l'infâme Envoyé Spécial sur le glyphosate du 17 janvier 2019 par MM. Jean-Paul Krivine et Hervé Le Bars, avec la commission agriculture de l'AFIS, « Glyphosate sur France 2 : décryptage de deux heures de désinformation ».

 

L'objet du délit en plus précis ? « Ceci permet aux auteurs de l’étude de conclure qu’"aucune des concentrations mesurées n’est problématique pour la santé humaine" », dont il est dit : « Cette phrase est gravement fausse ! »

 

 

On parle d'une étude...

 

Comme il est question d'une étude, pourquoi ne pas en reproduire le résumé ? Il s'agit de « Glyphosate in German adults – Time trend (2001 to 2015) of human exposure to a widely used herbicide » (glyphosate dans des adultes allemands – tendance temporelle (2001 à 2015) de l'exposition humaine à un herbicide largement utilisé), publié en septembre 2016, d'André Conrad, Christa Schröter-Kermani, Hans-Wolfgang Hoppe, Maria Rüther, Silvia Pieper et Marike Kolossa-Gehring, majoritairement de l'Office Fédéral de l'Environnement.

 

« Faits saillants

 

  • La tendance temporelle de l'exposition de fond de la population allemande au glyphosate a été analysée.

 

  • Les données reflètent l'augmentation de l'utilisation du glyphosate et suggèrent une possible réduction de l'exposition après 2012.

 

  • Les résultats méritent un suivi de la tendance temporelle et une rechercher sur les raisons des différences d'exposition.

 

Résumé (nous découpons.)

 

L'herbicide à large spectre glyphosate (N-[phosphonométhyl]-glycine) et son principal métabolite, l'acide aminométhylphosphonique (AMPA), ont été analysés par GC-MS-MS dans des échantillons d'urine prélevés sur une période de 24 heures et cryo-archivés par la Banque Allemande de Spécimens Environnementaux (ESB). Les échantillons collectés en 2001, 2003, 2005, 2007, 2009, 2011, 2012, 2013, 2014 et 2015 ont été choisis pour cette analyse rétrospective. Tous les échantillons d'urine ont été fournis par des personnes âgées de 20 à 29 ans vivant à Greifswald, une ville du nord-est de l’Allemagne.

 

Sur les 399 échantillons d'urine analysés, 127 (= 31,8 %) contenaient des concentrations de glyphosate égales ou supérieures à la limite de quantification (LQ) de 0,1 μg/L. Pour l'AMPA, c'était le cas pour 160 échantillons (= 40,1 %).

 

La fraction des niveaux de glyphosate égaux ou supérieurs à la limite de quantification a culminé en 2012 (57,5 %) et en 2013 (56,4 %), après avoir augmenté de façon irrégulière par rapport à 10,0 % en 2001. Les taux de quantification ont de nouveau été inférieurs en 2014 et 2015 avec 32,5 % et 40,0 %, respectivement.

 

La tendance générale pour les niveaux quantifiables d’AMPA était similaire. Les concentrations de glyphosate et d'AMPA dans l'urine présentaient une corrélation statistiquement significative (coefficient de corrélation selon le rang de Spearman = 0,506, p ≤ 0,001).

 

Les niveaux de glyphosate urinaire et d’AMPA avaient tendance à être plus élevés chez les hommes. La réduction possible de l'exposition depuis 2013 indiquée par les données ESB pourrait être due à des changements dans l'utilisation du glyphosate dans les pratiques agricoles.

 

L'ESB continuera de surveiller les expositions internes au glyphosate et à l'AMPA afin de suivre la tendance chronologique, d'élucider les différences interindividuelles et de contribuer au débat en cours sur la réglementation des pesticides à base de glyphosate.

 

Curieux résumé... quoique... dans la ligne de nombreux articles scientifiques qui nous abreuvent de chiffres partiels – ici des fréquences de quantification – sans donner une image globale – ici sans préciser les niveaux mesurés. Mais les auteurs ne sont-ils pas d'une agence de l'environnement ?

 

 

 

 

...la vérité sur les niveaux mesurés

 

Ne soyons pas mauvaise langue : on trouve les données dans le texte, notamment dans le paragraphe sur lequel repose l'accusation :

 

« 3.4. Pertinence pour la santé de l'exposition interne observée

 

La dose journalière admissible (DJA) du glyphosate dérivée par l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) est de 0,5 mg/kg/j (EFSA, 2015). En supposant un poids corporel de 60 kg, une absorption orale de 20 % avec élimination rapide par l'urine et une excrétion quotidienne de 1.500 à 2.000 ml, la concentration dans l'urine de 24 h associée à cette DJA donne une concentration de 3 000 à 4 000 µg/L. Cette concentration est 1.000 fois supérieure à la concentration maximale observée dans cette étude (2,8 μg/L). Considérant l’évaluation des risques effectuée par l’EFSA, aucune concentration de glyphosate mesurée dans des échantillons de l'ESB n’est problématique pour la santé humaine. Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a toutefois classé le glyphosate dans le groupe 2A ("probablement cancérogène pour l'homme") (CIRC, 2016). Compte tenu de cette évaluation, la tendance à la hausse de l'exposition interne au glyphosate documentée par les échantillons de l'ESB mérite une attention particulière en ce qui concerne la santé humaine. »

 

 

Curieux paragraphe qui se termine en pratique – comme souvent – par une invitation à financer de nouvelles recherches... ici sur la base d'un classement largement contesté du CIRC, d'une hausse alléguée qui constitue en fait une baisse sur les deux dernières années et d'une présence – « problématique pour la santé humaine » (ironie) [parenthèse ajoutée le 27 mai 2019] de glyphosate dans les urines correspondant au pire au millième d'une DJA non contestée.

 

Notons aussi que ce paragraphe [mot ajouté le 27 mai 2019] n'est pas la conclusion de l'étude. Dans leur résumé, les auteurs décrivent sobrement l'orientation générale de leurs travaux futurs.

 

 

 

Qu'a écrit l'AFIS ?

 

Mettons aussi l'objet du délit – cette phrase (prétendument) fausse – dans son contexte :

 

« Contrairement aux affirmations du reportage, on sait relier les concentrations retrouvées dans les urines à une norme sanitaire puisque le glyphosate n’est pratiquement pas métabolisé et est quasi complètement éliminé dans les selles et les urines. Ainsi, par exemple, des chercheurs allemands montrent que la concentration maximum atteinte dans les 12 années d’observation de leur étude (2,8 μg), correspond à une ingestion 1000 fois moindre que la dose journalière admissible, elle-même 100 fois inférieure à la dose sans effet. Les concentrations relevées sont donc 100 000 fois inférieures à la dose sans effet, c’est-à-dire le seuil en dessous duquel aucun effet n’est observé sur les animaux. Ceci permet aux auteurs de l’étude de conclure qu’"aucune des concentrations mesurées n’est problématique pour la santé humaine". »

 

 

Résumons, insistons et amplifions

 

« Ceci permet aux auteurs de l’étude de conclure qu’"aucune des concentrations mesurées n’est problématique pour la santé humaine" » serait « gravement fau[x] ».

 

Les chercheurs ont écrit pour leur part : « ...aucune concentration de glyphosate mesurée dans des échantillons de l'ESB n’est problématique pour la santé humaine. »

 

Oui, mais MM. Jean-Paul Krivine et Hervé Le Bars et la commission agriculture de l'AFIS ont zappé le début de la phrase des chercheurs – « Considérant l’évaluation des risques effectuée par l’EFSA [...] » – et les deux phrases qui viennent ensuite : « Le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a toutefois classé le glyphosate dans le groupe 2A ("probablement cancérogène pour l'homme") (CIRC, 2016). Compte tenu de cette évaluation, la tendance à la hausse de l'exposition interne au glyphosate documentée par les échantillons de l'ESB mérite une attention particulière en ce qui concerne la santé humaine. »

 

Citons le texte original pour être complet – et éviter ou au contraire susciter (c'est selon les interlocuteurs) des chamailleries sur la traduction :

 

« Considering EFSA’s risk assessment, no glyphosate concentration measured in ESB samples is problematic for human health. The International Agency for Research on Cancer (IARC), however, classified glyphosate in Group 2A (“probably carcinogenic to humans”) (IARC, 2016). Taking this assessment into account, especially the increasing trend in internal glyphosate exposure documented by ESB samples deserves attention with regard to human health. »

 

Nous vous laissons lire l'exégèse qu'en fait le connaisseur des idiots.

 

 

Ce n'est que le début ! (Source)

 

 

Bla bla bla...

 

En fait, ce qui précède n'est que le début d'un fil XXL, répétitif, filandreux, méandreux et haineux.

 

 

 

 

On trouve en particulier ce gazouillis :

 

« On m'a accusé de ne pas lire correctement l'anglais. On pourra vérifier que le mot "conclude" ou ses dérivés ou synonymes, pourtant fréquent dans ce genre de publication, ne figure pas du tout dans le paragraphe cité. Les auteurs ne concluent en fait pas. L'AFIS affabule. »

 

Effectivement ! Il aurait été malencontreux pour des chercheurs de clore un débat et de fermer la porte à de nouvelles recherches en capitalisant sur la constatation d'une « contamination » au glyphosate inférieure d'un facteur mille (au moins) à la dose journalière admissible (elle-même inférieure d'un facteur 100 à la dose sans effet nocif observable).

 

Pour finir, tout l'argumentaire, l'accusation de « fraude scientifique » – pour un texte qui n'a du reste rien de scientifique mais se veut vulgarisateur –, repose en grande partie sur le choix du mot « conclure » par MM. Jean-Paul Krivine et Hervé Le Bars... Big deal... Une tempête dans un dé à coudre.

 

 

Pour faire bonne mesure, une « forfaiture scientifique »

 

Résumons : MM. Jean-Paul Krivine et Hervé le Bars ont aussi écrit :

 

« Dans les 1000 pages de son expertise collective sur les effets sur la santé des pesticides, à aucun endroit l’INSERM ne mentionne l’atrésie de l’œsophage. »

 

Scandale ! « Forfaiture scientifique » ! Mais voici un extrait de l'exégèse :

 

« La citation de l'AFIS est donc littéralement exacte uniquement parce que les malformations données en exemple n'incluent pas l'atrésie. Cependant, le rapport de l'INSERM démontre que dans toutes les études prises en compte, les pesticides sont associés à des malformations. »

 

Et :

 

« L'AFIS trompe à nouveau son monde par "omission", en ne relatant pas correctement le lien entre pesticides et malformations congénitales qui est pourtant clairement établi dans toutes les études mentionnées, je dis bien: toutes. »

 

Nous n'irons pas aux sources pour démontrer qu'ici aussi, il s'agit d'une accusation extravagante. Il suffit de noter qu'il y a une « forfaiture scientifique » par une « citation […] littéralement exacte »...

 

 

 

 

Et voici les journalistes !

 

Tout cela serait risible – et encore, nous n'en sommes apparemment pas encore à la fin du bombardement massif (voir aussi les réponses de M. Hervé le Bars) – s'il n'y avait pas une reprise de ce fil par des journalistes.

 

Ont-ils vérifié le sérieux de leur source et des allégations qu'ils ont republiées ?

 

 

(Source)

 

 

M. Tristan Walecks, répété par M. Stéphane Foucart :

 

« Thread édifiant qui prouve comment la tendancieuse AFIS (association française d'information scientifique, qui aime se présenter comme LA communauté scientifique : il n'en est rien) a dû falsifier et tronquer les conclusions d'une étude pour pouvoir critiquer @EnvoyeSpecial »

 

Accusation grave ! Elle se poursuit par :

 

« Alors que les auteurs cités concluent être "préoccupés par le risque pour la santé humaine", l'AFIS tronque le paragraphe en leur faisant dire -hors contexte- l'exact contraire :"Aucune des concentrations mesurées n’est problématique pour la santé humaine" https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1438463916302024 … »

 

Les auteurs « concluent être "préoccupés par le risque pour la santé humaine" » ? Voilà une « conclusion » que nous n'avons pas trouvée...

 

Les auteurs auraient-ils écrit « l'exact contraire » de : « Aucune des concentrations mesurées n’est problématique pour la santé humaine » ? Nous vous renvoyons à leur texte...

 

Cela se poursuit encore par de l'ad hominem... ben voyons...

 

« Pour information, tous les membres de l'AFIS (association qui fut longtemps climatosceptique) présents dans les fichiers #glyphosate de Fleishman Hillard obtiennent la note maximale (5/5) dans la colonne "soutien à Monsanto", aux rubriques "OGM" et "pesticides" »

 

Et ce n'est pas fini... le juge arbitre des vérités scientifiques... même chez un journaliste scientifique…

 

 

 

 

Réponses brèves de M. Hervé le Bars :

 

 

 

 

En guise de conclusion...

 

Dans une de ses dernières contributions, notre expert en fraudes scientifiques et identification d'idiots écrit notamment :

 

« Ca me rappelle un tweet récent: "Mode de détection d'idiot utile: si vous adhérez sans réserve à une cause, c'est vous l'idiot utile". »

 

Nos journalistes apprécieront...

 

 

 

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U
Notons quand même qu'ils trouvent environ la moitié des échantillons sans glyphosate, à la différence de certains qui en trouvent partout.
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> C'est un point qu'a tout particulièrement développé M.Gil Rivière-Wekstein :<br /> <br /> https://www.agriculture-environnement.fr/2019/02/21/biocheck-un-laboratoire-aux-curieuses-analyses<br /> <br />