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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

60 Millions de Consommateurs s'interroge sur la sortie du glyphosate

10 Mai 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information

60 Millions de Consommateurs s'interroge sur la sortie du glyphosate

 

 

1er janvier 2019 : les produits de protection des plantes de synthèse ont disparu des rayons des jardineries... conséquence de l'« écologisme » débile et de la démagogie des Joël Labbé, Ségolène Royal et autres parlementaires qui se sont imaginés sauveurs de la santé publique et, surtout, de l'environnement.

 

Fin avril 2019 : 60 Millions de Consommateurs met en vente son numéro de mai 2019 avec en couverture un gros : « Glyphosate – Du champ au jardin, quelles alternatives ? » et « + Test – Les nouveaux désherbants ».

 

Mieux vaut tard que jamais... il eût été utile de faire un test avant les funestes décisions de manière à vérifier le bien-fondé d'une décision que, s'agissant du glyphosate et de quelques autres produits, nous qualifierons de stupide et d'irresponsable.

 

 
Un peu de réalisme apprécié et des illusions dans l'éditorial

 

Dans son éditorial, Mme Sylvie Metzelard, rédactrice en chef, se livre à un exercice de haute voltige. « Pour manipuler le glyphosate, il faut protéger sa peau, ses voies respiratoires ... », mais on trouvera en page 12 la photo d'un personnage traitant sans protection, avec un pulvérisateur portable, un rang d'arbres fruitiers (ou censé traiter car on ne distingue pas le brouillard de produit pulvérisé)... Le glyphosate est, bien sûr, un « herbicide de synthèse ultrapuissant ». Réaction et rédaction pavloviennes, mais c'est tout de même bon à savoir quand on aborde la page des tests.

 

C'est là le discours convenu, incontournable. Mme Sylvie Metzelard nous propose cependant aussi une analyse judicieuse :

 

« Pour les gens des villes, l'affaire est vite pliée : on retrouve des traces de glyphosate partout dans notre alimentation et, de fait, dans notre corps, ce qui peut porter atteinte à notre santé. Et côté environnement, ce redoutable tueur de plantes ne peut que nuire à la biodiversité. Pour les gens des campagnes, le tableau est moins monochrome. Comment trouver des alternatives aussi efficaces et peu chères? Combinaison de nouvelles méthodes, matériel adapté au désherbage mécanique, main d'œuvre supplémentaire... »

 

Et voici une phrase qui mérite que l'on s'y arrête :

 

« Un rétropédalage pour une agriculture plus propre dont nous devrons aussi accepter de supporter le coût. »

 

Un rétropédalage assurément ! Mais « régression » serait plus juste s'agissant tant de l'agriculture que du jardinage et de l'entretien des espaces. Nous renonçons à l' « herbicide du siècle » !

 

 

 

 

L'agriculture sans glyphosate ne sera pas plus propre, ce serait plutôt le contraire si l'on recourt au désherbage mécanique (gourmand en carburant, donc gros émetteur de GES, perturbant la vie du sol et favorisant l'érosion) ou à d'autres herbicides, au profil toxicologique et écotoxicologique moins favorable.

 

Mais oui, « nous devrons aussi accepter de supporter le coût »... sauf que les productions françaises seront en concurrence avec des produits étrangers qui auront bénéficié des itinéraires techniques les plus performants...

 

L'éditorial se termine par une mâle injonction : « Continuons à creuser le bon sillon. »

 

 

« Peut-on vraiment s'en passer ? »

 

Mais en page 10, on s'interroge : « À la une – Glyphosate – Peut-on vraiment s'en passer ? ». Avec, incidemment, une photo d'épandage... d'engrais...

 

 

 

 

C'est une synthèse des événements, controverses, polémiques, etc. Il y a une caractéristique remarquable : l'absence de références aux agences d'évaluation, ce qui permet de faire la part belle aux études scientifiques et « scientifiques ».

 

Le post-modernisme s'invite par la bouche de M. Robert Barouki, toxicologue à l'INSERM, s'agissant des risques sanitaires :

 

« Il suscite tant d'études et d'avis contradictoires qu'il est, du moins aujourd'hui, impossible de trancher»

 

Il est vrai qu' il lui est difficile d'invoquer le consensus des agences d'évaluation au vu des productions de l'INSERM... par exemple des études sur animaux de laboratoire qui, rapportées à l'humain, nécessiteraient l'absorption de l'équivalent d'un demi-litre de Roundup (au glyphosate) prêt à l'emploi...

 

C'est en partie contrebalancé par une longue déclaration :

 

« "Beaucoup d'études sur le glyphosate sont mal conduites, et les données souvent entachées de conflits d'intérêts, nous confie un toxicologue qui souhaite rester anonyme. En attestent les résultats d'une méta-analyse menée aux États-Unis par l'Agricultural Health Study (AHS) qui ne montraient aucune association entre exposition professionnelle au glyphosate et lymphomes. Or, une contre-étude parue fin février et basée en partie sur les mêmes données, démontre le contraire : le risque de développer un lymphome non hodgkinien, une forme rare du cancer du sang, est accru de 41 % pour les travailleurs les plus exposés" »

 

Pourquoi rester anonyme ? N'est-ce pas là le résultat d'une pression qui s'exerce sur les scientifiques des domaines pollués par les controverses socio-politiques ? Quant à la « contre-étude », elle a été réalisée par des chercheurs affligés d'un conflit d'intérêts intellectuels proclamé et, de plus, elle souffre manifestement de biais et d'insuffisances méthodologiques.

 

L'étude d'AGRICOH est également évoquée, le toxicologue anonyme concluant :

 

« On ne peut plus nier le lien entre exposition professionnelle au glyphosate et cancer. »

 

Certainement pas sur la base de cette étude dont les associations – positives ou négatives – entre pesticides et maladies statistiquement significatives le sont toutes à la limite de la signification...

 

Retour à M. Robert Barouki :

 

« Quant à savoir si l'on a aussi affaire à un perturbateur endocrinien, "le débat est encore moins avancé que sur ses effets génotoxiques.»

 

Les agences d'évaluation ont pourtant statué... sur la base d'analyses de la littérature scientifique (l'EPA états-unienne encore le 30 avril 2019, malgré le tapage médiatique au sujet des procès contre Monsanto/Bayer) !

 

Passons sur « le glyphosate est omniprésent. En témoignent les analyses d'urine [...] » et l'implication alléguée du glyphosate dans la disparition des insectes, « en particulier des abeilles domestiques ». Place aux « solutions » :

 

« Et dans l'agriculture? Son remplacement est un vrai défi. "Arrêter le glyphosate pose d'emblée la question de la 'ceinture de sécurité' pour les agriculteurs ; même ceux qui s'en passent déjà peuvent l'utiliser ponctuellement en cas d'aléa climatique, susceptible de détruire la culture", explique Xavier Reboud chercheur à l'Institut national de 1a recherche agronomique (Inra). »

 

On peut discuter de la pertinence des propos – qui n'omettent pas l'inévitable référence au rapport de l'INRA qui « estime possible de s'en passer pour 90 % des volumes utilisés, en misant sur la diversité des cultures, le choix des variétés et un certain nombre de pratiques alternatives empêchant la pousse des mauvaises herbes » et embrayent sur « les régulations biologiques », dont 60 Millions écrit qu'elles « font appel aux coccinelles qui dévorent les pucerons, aux chenilles qui mangent les liserons, à des bactéries tuant la pyrale du maïs, etc. »

 

L'important est dans l'expression « vrai défi » ; dans un pavé qui signale des « effets pervers », avec l'exemple du datura ; dans l'intertitre « Des surcoûts pour les agriculteurs », suivi de « Facile à dire [à propos des méthodes « alternatives], moins à faire ».

 

Tout n'est pas bon dans cet article, comme cette référence finale aux produits importés « contenant du maïs ou du soja OGM […] largement aspergés de glyphosate auquel ils ont été rendus résistants ». Mais un lecteur attentif y trouvera matière à réflexion. La question posée en titre reste toutefois sans réponse expresse.

 

Et il y a, en pavé entre deux colonnes :

 

« Il faut accepter de payer plus cher les aliments plus vertueux. »

 

Dites ça à ceux pour qui, financièrement, la fin du mois commence le 15...

 

 

Pour le jardinier amateur, ce sera galère

 

« Jardinage – À la recherche du désherbant idéal » présente les résultats d'un test sur six flacons pulvérisateurs prêts à l'emploi : cinq à base d'acides gras (caprylique + caprique ou pélargonique) ou d'acide acétique (le vinaigre...) et un Roundup à base de glyphosate et d'acide pélargonique (notons que la marque Roundup est maintenant appliquée sur des produits à base d'autres substances). En chapô :

 

« Comme les autres pesticides de synthèse, le glyphosate a disparu des rayons. Les produits de substitution, à base d'acides naturels, ne sont pas sans risques. Et côté performances, ils ne font pas de miracles ... »

 

Ce test est basique et insuffisant. À quoi sert, par exemple, le prix au litre quand on ne connaît pas la surface traitée et la vraie efficacité du produit. Il n'y a pas d'évaluation des risques pour les utilisateurs dans le tableau comparatif. Et le choix d'un Roundup à bas de glyphosate contenant aussi de l'acide pélargonique péjore les avis sur sa biotoxicité et sa composition.

 

Le texte est cependant émaillé de remarques judicieuses. Par exemple :

 

« En témoin, le Roundup à base de glyphosate reste sans surprise le plus efficace, puisqu'il se diffuse dans toute la plante et la tue intégralement. Herbicide dit total, il détruit toutes les espèces. »

 

Tous les autres produits sont de contact : ils détruiront la végétation au-dessus du sol (à condition qu'elle soit bien aspergée), sans détruire les racines... oubliez pour le chiendent, le pissenlit, les orties, etc.

 

Voici encore :

 

« Nous avons évalué, à la fois, leur efficacité et leur toxicité. Et les résultats sont peu probants. Ces désherbants viennent difficilement à bout des herbes folles, tout en ayant, eux aussi, des impacts sur la santé et l'environnement. Tous ces produits, dits de biocontrôle, sont à base d'acide. Leurs effets reposent sur le même mécanisme : l'acide brûle les feuilles et les tiges. Il détruit la partie aérienne de la plante, mais ne la tue pas forcément. Notre essai montre d'ailleurs de meilleurs résultats une semaine après l'application que trois semaines plus tard, car les feuilles des adventices repoussent. »

 

Revenons à l'éditorial : « Pour les gens des villes, l'affaire est vite pliée […] Pour les gens des campagnes [...] »...

 

Cette décision stupide et irresponsable (bis repetita...) ne réconciliera pas la France urbaine et la France rurale... Et croisons les doigts : espérons que personne ne boutera le feu à sa maison ou à celle de son voisin, ou à sa propre personne, avec un chalumeau désherbeur.

 

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J
ben oui pas mieux que le glyphosate pour désherber..
mais les écolo ont réussi à imposer un discours hallucinant...si un truc qu'on aime pas a des effets négatifs réels ou supposés il faut l’interdire...pricnipe qu'ils n'appliquent qu'à l'envi..
Répondre
E
@Seppi,Vous avez oublier? Le délire (qui n'en n'est pas un) de 100% c'est qui?
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je pense que les "écolos" ne sont pas seuls responsables de cette situation. Le "principe de précaution" a tout de même été inscrit dans nos textes fondamentaux sous Jacques Chirac, avec si je ne m'abuse une majorité d'au moins les trois cinquièmes de l'Assemblée Nationale et du Sénat réunis. Ecophyto et le délire du - 50 %, c'est Nicolas Sarkozy...