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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Produire plus avec moins

30 Avril 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Produire plus avec moins

 

Jason Lusk*

 

 

Au cours des deux dernières années, j’ai beaucoup parlé de l’importance d’accroître la productivité agricole. Souvent, ces discussions sont formulées en termes malthusiens en relation avec la nécessité de produire plus de nourriture pour une population mondiale croissante. Ce document de 2009 de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, par exemple, suggère que la production agricole des pays en développement doit doubler d'ici 2050 pour répondre à la demande issue de la croissance démographique attendue.

 

J’ai eu suffisamment de conversations à ce stade pour savoir qu’on rétorque fréquemment que nous produisons déjà plus que suffisamment de nourriture pour nourrir la population d’aujourd’hui. N’est-ce pas simplement une question de distribution plutôt que d’approvisionnement ? J'ai déjà abordé cette question dans des billets précédents. Ici, je veux illustrer une implication de l'augmentation de la productivité qui est probablement évidente pour de nombreux économistes universitaires, mais qui n’est peut-être pas aussi largement comprise qu’elle le devrait.

 

En particulier, lorsque nous parlons d’une augmentation de la productivité nous permettant de « faire plus avec moins », l’accent est souvent mis sur la partie « faire plus ». C’est-à-dire augmenter la production alimentaire. Mais il ne faut pas oublier la partie « avec moins ». En bref, augmenter la productivité signifie produire de manière plus durable.

 

Pour illustrer cela, considérons la figure ci-dessous (c'est ce que nous, les économistes, appelons une fonction de production).

 

 

 

 

La courbe bleue plus claire du bas indique la relation entre divers intrants (terres, eau, engrais, main-d'œuvre, etc.) et le résultat (la production alimentaire). La figure montre que nous pouvons produire plus de nourriture en ajoutant plus d'intrants – plus de terres, plus d'eau, etc. Cependant, les rendements décroissent. Les premiers mètres cubes d'eau (ou de pluie) produisent beaucoup de quintaux supplémentaires, mais les prochains mètres cubes ont un effet moindre. En fait, s'il y a trop d’eau (c’est-à-dire une inondation, comme c'est actuellement le cas dans certaines régions du Midwest), la production peut même chuter. La diminution de la productivité marginale était au cœur de la préoccupation malthusienne – si nous continuons d'ajouter de la population (ou des travailleurs) à une superficie fixe de terres, la quantité supplémentaire de nourriture qui sera produite (et disponible par travailleur) diminuera et la faim apparaîtra.

 

Comment pouvons-nous échapper à ce « piège » ? La recherche scientifique, l'innovation et l'esprit d'entreprise nous permettent de passer à une courbe plus haute, la courbe bleu foncé du graphique ci-dessus. Pour une quantité donnée d'intrants (main-d'œuvre ou terre), nous pourrions en fait avoir plus de nourriture par personne (maintenant et dans l'avenir, tant que nous continuons à innover et à déplacer la courbe vers le haut).

 

Disons, cependant, que nous pensons déjà que nous produisons « trop ». Nous ne voulons pas plus de nourriture. Admettons. J'ai donc tracé la ligne pointillée horizontale dans le graphique ci-dessus pour indiquer une production alimentaire constante. Mais regardez où cette ligne se croise avec les fonctions de production. La figure montre qu'une courbe de productivité plus élevée nous permet d'utiliser moins d'intrants (moins de terres, moins d'eau, moins d'engrais, moins de pesticides, etc.) pour produire la même quantité de nourriture par rapport à la fonction de production initiale, inférieure.

 

La conclusion ? Même si vous pensez que le problème de la production est « résolu », ne voulez-vous toujours pas trouver des moyens novateurs d’accroître la productivité pour réduire notre recours à des ressources naturelles rares ?

 

Alors, comment se porte la productivité agricole américaine ? Voici les données du Service de Recherche Économique de l'USDA.

 

 

 

 

La figure montre que la production agricole a été multipliée par 2,7 environ (c’est-à-dire que nous produisons environ 170 % de nourriture en plus) depuis 1948, tandis que l’utilisation des intrants agricoles, dans l’ensemble, a très peu augmenté et produit une courbe pratiquement plate. L'écart entre la courbe du haut (production) et la courbe du bas (intrants) est la définition de la productivité.

 

À quoi ressemblera ce graphique en 2050 ? Est-il possible que les courbes de tendance pour les produits et les intrants puissent évoluer ? C'est-à-dire une production inchangée et des intrants en baisse ? Si la production totale reste relativement constante, mais que nous pouvons trouver des moyens d'améliorer la productivité, l'utilisation totale des intrants diminuera. Ce serait une belle histoire de durabilité.

 

______________

 

* Jayson Lusk est un économiste de l'agriculture et de l'alimentation. Il est actuellement professeur distingué et chef du Département de l'Économie Agricole de l'Université de Purdue.

 

Source : http://jaysonlusk.com/blog/2019/4/4/producing-more-with-less

 

 

 

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