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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Poissons d'avril au glyphosate, vrais et faux pour sourire, rire... et grincer des dents

3 Avril 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup), #Activisme, #Article scientifique

Poissons d'avril au glyphosate, vrais et faux pour sourire, rire... et grincer des dents

 

 

 

 

Un vrai : « Exclusif : l’Ariège bombardée au Glyphosate pendant plus de 6 mois »

 

C'est sur Azinat.com. Et c'est suffisamment grossier pour que le lecteur moyen comprenne que, publié le 1er avril... Quoique... On peut émettre quelques doutes quand on subit les théories de complots et autres insanités sur telle ou telle chaîne du service public.

 

On peut donc rire de bon cœur à la lecture d'une « enquête » qui démarre avec les « pisseurs involontaires de glyphosate » :

 

« Suite à cette parution, la rédaction d’Azinat.com a démarré une enquête pour voir d’où venait ces taux élevés dans un département où il fait si bon vivre et qui connaît le meilleur taux d’air pur de France on le rappelle.

 

Le dossier des "pisseurs de glyphosates" remettait en cause la salubrité du territoire et chaque "pisseur" pourtant consommateur avertis de produits bio et sans pesticides se trouvait exposé à des taux hors du commun. »

 

Mais l'auteur a pris soin de faire comprendre (enfin, on espère...) à l'équipe d'Envoyé Spécial – par la carte des zones épargnées de l'Ariège reproduite ci-dessous – qu'il n'y a pas vraiment matière à un numéro spécial d'Envoyé Spécial.

 

Mme Emmanuelle Ducros abondera peut-être dans notre sens pour épargner une nouvelle infamie aux téléspectateurs... Don't give up the fight !

 

 

 

 

Un faux : « Les agriculteurs peuvent désormais remplacer le glyphosate par… de l’eau bouillante »

 

C'est publié dans l'Obs le 30 mars 2019. Ça ne peut donc pas être un poisson d'avril. Et pourtant...

 

C'est sous la signature de l'inénarrable Arnaud Gonzague. Et mon moteur de recherche m'a affiché l'article sous un beau bandeau jaune qui m'a invité à m'abonner à l'Obs (je le suis encore, mais peut-être plus pour très longtemps)... parce que je pourrais en avoir « marre des "fake news" et des rumeurs » !

 

C'est à peu près aussi cocasse que cette merveilleuse publicité de SABENA que l'on trouva incongrûment placardée près de l'entrée d'un cimetière : « Avec la SABENA, vous y seriez déjà. » (Notons que pour les mauvaises langues, SABENA signifiait « such a bad experience never again » – très mauvaises, les langues, car SABENA était une excellente compagnie).

 

Ici, pas besoin d'être mauvaise langue : M. Arnaud Gonzague assure le service :

 

« S’il est quelqu’un dont les déboires du glyphosate font les affaires, c’est bien Jean-Pierre Barre. Car le PDG d’Oeliatec, petite entreprise de Saint-Jacques-de-la-Lande (à quelques encablures de Rennes), a une solution pour le remplacer dans beaucoup de ses usages agricoles. Une solution révolutionnaire, qui s’appelle… l’eau chaude. »

 

C'est vraiment dingue :

 

« Non, ce n’est pas une blague. Chauffée à 120°C par des brûleurs et aspergée sur les herbes folles, l’eau les réduit en poudre en vingt-quatre heures. »

 

Et figurez-vous...

 

« A priori inoffensive pour l’environnement – et même antigaspillage, puisque les gammes d’engins d’Oeliatec fonctionnent à l’eau de récupération –, "l'aquacide" présente des avantages énormes face aux désherbeurs mécaniques. Non seulement l’eau, contrairement aux arracheuses mécanisées, ne laboure pas la partie supérieure du sol (ce qui envoie du CO2 dans l’atmosphère), mais elle permet de réduire le nombre de passages nécessaires pour désherber : "On est à deux ou trois passages dans l’année contre sept en moyenne pour les solutions mécaniques" [...] »

 

Après, cela devient payant... mais c'est vraiment impayable !

 

N'oubliez pas de lire aussi les commentaires... J'aime bien cet échange :

 

« Et comment on chauffe l'eau ? Avec du gaz ou du pétrole. La bonne fausse idée que voilà.

 

– Avec l'électricité. Il parait qu'elle est écologique, verte et a toutes les vertus.

 

– Oui mais quand on a 10 hectares à traiter la prise de courant est souvent très éloignée ! »

 

La nuit portant conseil, j'ai cherché « Oeliatec + Gonzague ». Bingo !

 

Le 13 janvier 2018, le journal qui m'invite à m'abonner pour éviter les fake news publiait un infomercial sous la signature de M. Arnaud Gonzague, « Pour se passer du Glyphosate, cet homme a inventé l'eau chaude ». Avec la même photo.

 

 

 

 

Le 17 janvier 2019, profitant de l'infâme Envoyé Spécial sur le glyphosate, M. Arnaud Gonzague remettait le couvert avec le même informercial, « Comment sortir du glyphosate ? Cet homme a trouvé une réponse : l'eau chaude ». Même photo. Il est juste précédé d'une petite introduction.

 

Dans les deux cas, des commentateurs avaient souligné que si ces machines pouvaient servir pour les espaces publics (à quel prix... pour nos impôts et taxes), elles étaient inutilisables en agriculture.

 

Mais les idéologies résistent aux faits... Imperturbable, M. Arnaud Gonzague nous présenta le jour des poissons d'avril « une solution pour [...] remplacer [le glyphosate] dans beaucoup de ses usages agricoles »...

 

 

On peut hésiter : « A Tours, des chercheurs en neuro-biologie ont prouvé que le glyphosate avait un effet sur les moustiques »

 

C'est publié un 1er avril par France 3 Centre-Val de Loire... mais cela se rapporte à un article scientifique paru dans le Journal of experimental biology, une revue sérieuse, « Glyphosate impairs learning in Aedes aegypti mosquito larvae at field-realistic doses » (le glyphosate entrave l'apprentissage chez les larves de moustiques Aedes aegypti à des doses réalistes sur le terrain).

 

L'article est derrière un péage, mais voici un extrait du résumé :

 

«  Dans cette étude, différents groupes de larves ont été élevés dans de l'eau contenant différentes concentrations de glyphosate que l'on trouve couramment sur le terrain (50 µg.l-1, 100 µg.l-1 , 210 µg.l-1 et 2 mg.l-1 1). Les larves élevées dans une solution de glyphosate de 2 mg.l-1 (dose d'application) ont pu compléter leur développement. Cependant, le glyphosate à une concentration de 100 µg.l-1 altère l’accoutumance. Un effet délétère dépendant de la dose sur la capacité d'apprentissage a été observé. Ce protocole ouvre de nouvelles voies à de futures études visant à comprendre comment le glyphosate affecte les organismes non ciblés, tels que les insectes. L’habitude chez les larves de moustiques pourrait servir de paramètre pour tester l’impact des polluants dans l’eau. »

 

En bref, les larves de moustique sont normalement accrochées à la surface pour pouvoir respirer et plongent quand elles perçoivent un danger, une ombre projetées au-dessus d'elles. Mais quand l'ombre se projette plusieurs fois, par exemple d'une feuille qui tremble, elles apprennent qu'il n'y a pas de danger et arrêtent de plonger. Le glyphosate inhiberait donc la capacité d'apprentissage.

 

La petite vidéo de France 3 Centre-Val de Loire montre bien la remarquable ingéniosité du dispositif d'essai. Notez que, selon la journaliste, « Dans son laboratoire de l'Irbi ( Institut de recherche sur la biologie de l'insecte) de Tours, Fernado Guerrieri a reconstitué l'espace naturelle de développement d'une larve de moustique. »

 

 

Nous ne commenterons pas... mais 50 microgrammes de glyphosate/litre d'eau (ou plus) dans une gouille à moustiques ? Réaliste ? C'est une blague. La teneur moyenne des cours d'eau est de l'ordre de 0,1 microgramme/litre. Du reste le seuil d'écotoxicité est fixé à 28 µg/L et a été franchi dans... 0,0 % des prélèvements en 2013.

 

Euh si ! Commentons ! Les auteurs claironnent en conclusion :

 

« L’accoutumance chez les larves de moustiques pourrait servir de paramètre pour tester l’impact des polluants dans l’eau. »

 

J'espère qu'ils auront déposé un brevet et mis en route une start-up comme Mme Barbara D..., spécialiste des perturbateurs endocriniens qui doivent nous rendre idiots.

 

Et commentons aussi l'article de France 3 Centre-Val de Loire... Quel feux d'artifice sous un titre plutôt anodin ! En chapô :

 

« A l'institut de recherche sur la biologie de l'insecte de Tours, des scientifiques ont prouvé que le glyphosate affecte aussi le développement des moustiques. Cette étude, publiée dans une prestigieuse revue internationale, a de quoi nous inquiéter. Reportage. »

 

Pourquoi nous inquiéter ?

 

« Cette étude apporte une preuve de plus que le pesticide le plus utilisé a un effet sur le développement des animaux. "Il prouve les effets nocifs du glyphosate sur les animaux. Sur les petits animaux, les effets se voient en quelques jours, sur les grands animaux comme nous, ça se verra à plus long terme. Il nous faudra faire des études cliniques et d'observation sur le terrain chez les humains, pour voir quelles sont les conséquences sur notre santé. Il ne faudra pas juste changer la molécule pour une molécule équivalente mais changer la façon de traiter l'environnement pour préserver la biodiversité.»

 

Quelle extrapolation extravagante ! Il y a loin de l'insecte à l'Homme...

 

Ah mais ce grand scientifique se sent aussi investi de la mission de sauver le monde :

 

« Le neurobiologiste en appelle au gouvernement : "Je pense que les autorités et ceux qui prennent les décisions devraient notamment faire attention aux études scientifiques, nous les faisons en tant qu'agent du service public dans l'intérêt des citoyens, plutôt que de suivre des recommandations faites par des corporations aux intérêts particuliers". »

 

Voilà un gloubiboulga rhétorique qui s'explique facilement : l'auteur « hashtague » EELV dans son portrait sur son compte Twitter...

 

Quant au reportage de France 3, faire le lien entre glyphosate dans l'eau du bain des moustiques et le glyphosate (prétendument) dans les urines, quelle indigence !

 

Mais, en fait, M. Fernando Mordi Guerrieri participe activement à la grande arnaque du glyphosate dans les urines...

 

Décidément, l'idéologie politique pollue la recherche scientifique... qui produit des résultats de recherche avec des protocoles invraisemblables qui polluent le discours politique.

 

 

 

 

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D
Dans l'Os à moelle, devant les difficultés récurrentes de chauffage des français de l'époque (1939), Pierre Dac avait déjà proposé de se chauffer...avec de l'eau chaude. Solution simple, fallait y penser.<br /> Il n'aurait certainement pas imaginé que certains l'auraient pris au mot dans d'autres circonstances.
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L
En quoi a t'il été pris au mot?
T
Je vous invite à visionner l'émission politique sur la chaine publique pour les élections européennes dans laquelle toutes têtes de liste de la gauche à l'extrême droite ont voté pour l'interdiction du glyphosate dans 3 ans. Débat abracadabrant sur l'agriculture
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L
Donc votre réponse à la solution de l'eau chaude c'est de dire que des commentaires avertis ont statué que c'était inutilisable en agriculture, c'est un peu faiblard non ? De la part d'un grand gourou onusien comme vous je m'attendais à un debunkage en règle ! On a fait plus tordant comme poisson d'avril...
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