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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Pesticides et autisme : l'étude publiée dans The BMJ a été très mal interprétée

16 Avril 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Santé publique, #Pesticides

Pesticides et autisme : l'étude publiée dans The BMJ a été très mal interprétée

 

Food Science Babe, AGDAILY*

 

 

Un pesticide est appliqué dans une ferme maraîchère (image de Fotokostic, Shutterstock)

 

 

Une étude intitulée « Prenatal and infant exposure to ambient pesticides and autism spectrum disorder in children: population based case-control study » (exposition prénatale et infantile aux pesticides ambiants et aux troubles du spectre autistique chez les enfants : étude cas-témoins fondée sur une population) a été publiée dans le British Medical Journal (BMJ) avec la conclusion suivante :

 

« Les résultats suggèrent que le risque de troubles du spectre autistique (TSA) d’une progéniture augmente après une exposition prénatale aux pesticides ambiants dans les 2.000 m de la résidence de leur mère pendant la grossesse, par rapport à la progéniture de femmes de la même région agricole qui ne sont pas soumises à cette exposition. L'exposition des nourrissons pourrait encore augmenter les risques de troubles du spectre autistique avec une déficience intellectuelle concomitante. »

 

La conclusion ainsi tirée est beaucoup plus catégorique que ne le permettent les données, en particulier à la lumière des nombreuses hypothèses qu'il a fallu poser et des limites importantes de l’étude. Bien sûr, les personnes qui étaient déjà montée dans le train anti-glyphosate saisissent cette conclusion et l'utilisent comme « preuve » que le glyphosate et d'autres pesticides sont à l'origine de l'autisme, mais c'est une interprétation totalement erronée de l'étude. Assurez-vous de corriger ceux qui ont mal interprété l’étude de cette façon, car elle ne montre absolument rien de plus que de faibles corrélations.

 

L'étude a été menée en examinant les données du rapport sur l'utilisation des pesticides prescrit par l'État californien, qui ont été intégrées à un outil de système d'information géographique permettant d'estimer les expositions prénatales et infantiles aux pesticides, mesurées en livres de pesticides appliquées par acre/mois dans un rayon de 2.000 mètres autour de la résidence de la mère. Onze pesticides à forte utilisation ont été sélectionnés pour examen, y compris le glyphosate. Les auteurs ont défini les expositions à une substance spécifique comme présente ou absente pendant trois périodes de développement spécifiques. Pensez-vous à ce que je pense ? Il y a là, semble-t-il, beaucoup de variables à prendre en compte. Comment ont-ils pu arriver à la conclusion qu'ils ont tirée alors qu'il y avait autant de degrés de liberté ? L'une des premières réponses à l'étude du BMJ a été celle de John Tucker, Ph.D., qui a soulevé ce point précis :

 

« Dans un exemple classique de test d'hypothèses multiples, les auteurs ont examiné les effets de l'exposition estimée à 11 pesticides différents pendant 3 périodes de développement différentes par rapport à deux résultats de développement défavorables différents. Parmi les 66 critères d'évaluation évalués, ils concluent que l'exposition prénatale à 6 de ces pesticides est associée à une augmentation de 10 à 20 % du risque de trouble de l'autisme, et que l'exposition prénatale à une liste se chevauchant partiellement (3 sur 6) est associée à un trouble de l'autisme avec une déficience intellectuelle. »

 

Ce n’est pas forcément une mauvaise chose que de tester plusieurs hypothèses dans une étude préliminaire afin de permettre à quelqu'un de confirmer les résultats avec des études subséquentes, mais utiliser une étude préliminaire comme celle-ci pour tirer une conclusion aussi péremptoire est totalement irresponsable.

 

Non seulement cela, mais il y avait quelques hypothèses très importantes qui devaient être faites et quelques très grandes limitations. Premièrement, ils ont dû supposer que des personnes étaient présentes à leur résidence autour des dates d'application et que ces applications entraînaient des expositions pendant les périodes ciblées uniquement et ne persistaient pas dans ou autour des maisons pendant de longues périodes. Une autre limitation est qu'on ne disposait que des adresses à la naissance et que 9 à 30 % des familles auraient pu déménager pendant la grossesse. Enfin, les auteurs manquaient d'informations sur le tabagisme passif et actif. Cela me semble être des hypothèses et des limitations assez importantes. De plus, puisqu'il s'agit d'une étude observationnelle basée sur une population, il y a de nombreux facteurs de confusion, ce que Tucker a expliqué :

 

« L'étude mesure l'effet de ces expositions en comparant les résultats chez les enfants exposés à ceux chez les enfants non exposés choisis au hasard dans le même comté. Cependant, chacun des comtés inclus dans l'étude comporte de grandes populations urbaines. Le groupe de test diffère du groupe de contrôle non seulement par la documentation de son exposition aux pesticides, mais par toutes les différences démographiques, de style de vie et de détermination qui distinguent les populations urbaines des populations rurales. »

 

Voici le détail des résultats de l’étude :

 

« Le risque de trouble du spectre autistique était associé à une exposition prénatale au glyphosate (odds ratio 1,16, intervalle de confiance à 95 % : 1,06 à 1,27), au chlorpyrifos (1,13, 1,05 à 1,23), au diazinon (1,11, 1,01 à 1,21), au malathion (1,1, 1,01 à 1,22), à l'avermectine (1,12, 1,04 à 1,22) et à la perméthrine (1,10, 1,01 à 1,20). Pour les troubles du spectre autistique avec déficience intellectuelle, les odds ratios estimés étaient plus élevés (d'environ 30%) pour l'exposition prénatale au glyphosate (1,33, 1,05 à 1,69), au chlorpyrifos (1,27, 1,04 à 1,56), au diazinon (1,41, 1,15 à 1,73), à la perméthrine (1,46, 1,20 à 1,78), au bromure de méthyle (1,33, 1,07 à 1,64) et au myclobutanil (1,32, 1,09 à 1,60) ; l'exposition au cours de la première année de vie augmentait de jusqu'à 50 % les risques de contracter une déficience intellectuelle comorbide pour certaines substances pesticides. »

 

Les produits chimiques inclus dans l’étude n’ont pas de caractéristiques communes évidentes à part le fait qu’ils sont tous des pesticides, mais ils produisent tous supposément les mêmes effets indésirables avec des risques relatifs très similaires, ce qui rend les résultats encore plus suspects.

 

La seule chose que cette étude montre, c’est des corrélations très faibles, mais elles pourraient très bien être de faux positifs en raison des diverses failles méthodologiques. Elle ne montre aucun lien particulier entre l'un ou l'autre des pesticides de l'étude et l'autisme. Des recherches supplémentaires doivent être menées afin de déterminer si ces résultats peuvent a) être répétés et b) montrer une relation particulière. Malheureusement, le mal est déjà fait. La conclusion surestime fortement les résultats pour faire croire qu'il existe un lien entre l'exposition prénatale et infantile aux pesticides ambiants et l'autisme. J’ai déjà vu des gens l’utiliser sur les réseaux sociaux pour promouvoir leurs programmes anti-glyphosate, anti-Monsanto et anti-OGM. Des publications telles que The BMJ devraient peut-être examiner de plus près les contenus qu'elles publient avant d'ajouter inutilement du combustible au feu anti-science.

 

______________

 

Food Science Babe est le pseudonyme d'une auteure et agvocate qui se concentre particulièrement sur la science derrière notre nourriture. Elle est diplômée en génie chimique et travaille dans l’industrie alimentaire depuis plus de 10 ans, dans les secteurs tant conventionnel que naturel/biologique.

 

Source : https://www.agdaily.com/insights/pesticides-autism-how-bmj-study-misinterpreted/

 

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