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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Jus de pomme sans pesticides » de Biocoop : allô, la DGCCRF ?

15 Avril 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Activisme

« Jus de pomme sans pesticides » de Biocoop : allô, la DGCCRF ?

 

 

 

 

Pourquoi se gêneraient-ils chez Biocoop ?

 

« Santé ! À l'occasion de la #SPAP 2019, les magasins Biocoop vous proposent un jus de pommes sans pesticides Dont les bénéfices soutiendront les actions menées en faveur des alternatives aux #pesticides chimiques de synthèse @genefutures http://bit.ly/2FqUd2t »

 

Un « jus de pommes sans pesticides » ? Cette allégation est-elle exacte, ou téméraire, ou carrément mensongère ? Sachant par ailleurs qu'il n'est guère possible de produire des pommes sans un minimum de traitements phytosanitaires avec des produits qui, précisément, sont des « pesticides », y compris en « bio ».

 

Rappelons cette superbe séquence dans laquelle M. Romain Juthier a expliqué avec une grande honnêteté comment on cultive des pommes en « bio » :

 

 

Ou encore cet article scientifique que nous avons analysé dans « Pesticides : l'agriculture biologique est-elle vraiment vertueuse ? » et qui montre que le « bio » traite bien plus, avec davantage de produits en poids, que la production raisonnée.

 

Biocoop a été rapidement interpellé, et la réponse a aussi rapidement été une retraite piteuse :

 

« Bonjour, le jus de pomme militant est garanti sans pesticides chimiques de synthèse. N'hésitez pas à lire l'article pour en savoir plus »

 

 

 

 

Comment faut-il interpréter cela ? Un autre gazouilleur note à juste titre :

 

« Pourquoi ne pas le préciser d'emblée, plutôt que de le mentionner quand on pose la question ? Ça ressemble à de la publicité mensongère ... »

 

Et nous notons aussi que l'article que les contestataires sont invités à lire – « Semaine pour les alternatives aux pesticides : Biocoop lance un jus de pomme militant » ne précise pas que le jus de pomme est « garanti sans pesticides chimiques de synthèse », mais uniquement « élaboré à partir de pommes issues de vergers en troisième année de conversion vers l’agriculture biologique »...

 

On peut sourire en lisant en introduction :

 

« Du 20 au 30 mars débute la Semaine pour les alternatives aux pesticides (SPAP). Un événement coordonné par Générations Futures et porté par une cinquantaine d’organisations partenaires dont Biocoop. Objectif : informer le grand public sur les enjeux sanitaires et environnementaux des pesticides et proposer des alternatives écologiques. »

 

Informer ? Plutôt promouvoir deux fonds de commerce par une fructueuse symbiose : Biocoop alimente financièrement Générations Futures pour lui permettre de déployer le discours anxiogène sur les pesticides qui envoie les consommateurs hypocondriaques vers Biocoop...

 

Biocoop vend un « jus de pomme militant » et verse 15 centimes d'euros (payés par l'acheteur) à Générations Futures ? Générations Futures fait de la publicité pour le « jus de pomme militant » de Biocoop...

 

Mais revenons au message. Dans « Faut pas prendre les clients du bio pour des canards sauvages », dans l'Opinion, Mme Emmanuelle Ducros avertit :

 

« En maintenant des mythes dans la production des produits bio, le secteur assure ses ventes, mais s’expose à un retour de bâton de la part des consommateurs. La distribution porte une lourde responsabilité. »

 

De la partie lisible sur internet (la fin étant derrière un péage) :

 

« Les Français ont peur en passant à table. Les campagnes alarmistes sur les pesticides, notamment celles de l’ONG Générations Futures, amplement financée par le secteur du bio, sont passées par là. L’alimentation bio apparaît désormais comme une réassurance. Mais à grandes attentes, grandes responsabilités : elle ne doit pas décevoir, sous peine de sévère retour de boomerang. L’industrie du bio et son leader, le groupe Biocoop (1,1 milliard de chiffre d’affaires et 550 magasins en France) seraient bien inspirés de s’en rendre compte. D’autant qu’une grande partie de la communication de la petite agriculture bio a été prise en charge par le principal distributeur, qui diffuse en ce moment, des spots télévisés vantant son fameux "jus de pommes militant sans pesticide". Repris sur les réseaux sociaux, Biocoop a dû concéder qu’il fallait comprendre "sans pesticides de synthèse". »

 

Voilà un message qui devrait aussi « percuter » chez les producteurs « bio ». Ils feraient bien de s'inquiéter également de la campagne « Nous voulons des coquelicots » : un de ses effets collatéraux est d'éroder le mythe d'une agriculture bio « sans pesticides ». Et il suffit de peu de choses pour que les consommateurs comprennent qu'ils sont grugés par un marketing euh... eh bien... contestable.

 

Mais que fait la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) ?

 

Les allégations évoquant le « sans pesticides » se développent, mais elles s'adossent sur des règles claires. Ici, à moins que la chaîne de magasins ne puisse la prouver, son allégation repose sur un a priori : « bio (même en année de conversion) = sans pesticides » qui a toutes les chances d'être en l'occurrence faux.

 

 

 

 

Voilà du reste une publicité qui pose un autre problème. « ..tous les produits devraient être 100% bio... bienvenue chez Biocoop » ?

 

Article 23.2, deuxième alinéa, du Règlement (CE) N° 834/2007 du Conseil du 28 juin 2007 relatif à la production biologique et à l'étiquetage des produits biologiques et abrogeant le règlement (CEE) N° 2092/91 :

 

« En outre, l'utilisation de termes, y compris de marques de commerce, ou pratiques en matière d'étiquetage ou de publicité qui seraient de nature à induire le consommateur ou l'utilisateur en erreur en suggérant qu'un produit ou ses ingrédients sont conformes aux exigences énoncées dans le présent règlement est interdite. »

 

Biocoop peut-il vendre des produits issus d'exploitations en conversion – donc non encore autorisées à se prévaloir de l'appellation « bio » – quand ses « pratiques en matière d'étiquetage ou de publicité » induisent le consommateur à croire qu'il n'achète que des produits « bio » dans un de ses magasins ?

 

Et que penser de cette image (une affiche, au moins numérique ?)

 

 

 

 

« Soutenons les alternatives aux pesticides » ? Vraiment ? Plus exact aurait été « ...de synthèse »...

 

Soutenons aussi le business de Biocoop. Sans paroles :

 

 

 

 

 

 

(Source)

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M
L'extrait du reportage proposé est tout autant contestable que ce qui est dénoncé dans votre blog : la dangerosité des traitements bio n'est argumentée que par un retraité de l'Inra (retraité de quel poste ? du service comptabilité ? du service paye ? de la cantine ? On en sait rien...), qui feuillète un document manifestement non publié, d'une dizaine de pages, chez lui, dans son salon. Une bien belle rigueur scientifique que cette "analyse" !
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R
Tous les pommiers familiaux chez moi, en Bourgogne, n'ont jamais reçus de traitements, ni au sol ni sur le feuillage, et les seules années où ils ne croulent pas sous les fruits sont celles où les fleurs ont gelé. Les pommes sans aucun pesticides, c'est la routine... Et vu la gueule des pommes vendues chez Biocoop où ailleurs, chez des producteurs bio direct, on voit bien que ce sont les mêmes que chez nous : elles sont de taille irrégulière, elles sont piquées, etc... Donc des pommes sans pesticides dans le commerce Bio, c'est fort probable.
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R
Le blé Rénan n'est pas un ogm selon l'arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 25 juillet 2018 : https://www.infogm.org/6716-ogm-ou-pas-point-sur-ble-renan
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N
J'ai deux pommiers sur mon terrain qui n'ont jamais reçu de traitement phyto mais qui donnent chaque année suffisamment de pomme pour toute la famille, certes, elles ne sont pas toute commercialisable car certaines d'entre elles sont tachées, vérolées ou de taille variable, donc faire des pommes sans traitement, oui c'est possible, mais seulement dans la sphère privée.
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J
Bonjour<br /> Ce matin entre 11h et midi j'ai écouté sur mon tracteur fance culture.Excelente émission consacrée aux antivaccins.j'ai entendu l'explication sur la fausse étude à l'origine de la rumeur que les vaccins favorisaient l'audist..Un médeçin contacté par des avocats,des familles intéressées qui vont se rendre au même endroit.Une étude bidon avec seulement 12 cas et des inventions.En écoutant tout celà je m'inquiétais de la ressemblance avec tout ce que dois faire nos anti pesticides,nos antiglyphosates.La Vérité est étouffée par des lobby militants qui acusent les autres d'être des lobby monstrueux afin de faire croire qu'ils sont tout blancs !!!
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