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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate dans les miels canadiens : combien ?

18 Avril 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Abeilles, #Article scientifique

Glyphosate dans les miels canadiens : combien ?

 

 

Souvenez-vous ! Le 8 juin 2018, les médias – emmenés sans surprise par le Monde (avec AFP), Libération et FranceTVInfo – bruissaient de l'annonce de la découverte de glyphosate dans le miel d'un apiculteur de l'Aisne à hauteur de 16 ppb (parties par milliard ou microgrammes par kilogramme, ou encore milligrammes par tonne), alors que la limite légale est fixée à 50 ppb (une LMR surprenante car celle du blé est fixée à 10 milligrammes par kilogramme, soit 10.000 ppb) ; que ce miel a été refusé par Famille Michaud Apiculteurs, qui impose une limite de 10 ppb à ses fournisseurs ; et que le syndicat L'Abeille de l'Aisne a porté plainte contre Bayer pour « administration de substances nuisibles ».

 

Ce fut non sans proclamer dans le Monde qu'il s'agissait de « traces de l’herbicide— le plus utilisé en France et qualifié de "cancérogène probable" par l’Organisation mondiale de la santé », faussement puisque le classement est le fait du CIRC et non de l'OMS qui ne considère pas le glyphosate comme cancérogène dans les conditions d'emploi normales.

 

Personne n'a relevé que cette démarche équivalait à celle d'une victime d'accident causé par un tiers incriminant le constructeur automobile. Le plus en vue, pas nécessairement celui qui a fabriqué la voiture en cause...

 

Sud-Ouest, avec AFP, avait aussi tendu le micro à l'avocat du syndicat, Me Emmanuel Ludot, qui, en toxicologue averti, a déclaré : « La présence de glyphosate dans le miel est une atteinte grave à la santé humaine. »

 

Le ruche médiatique a de nouveau bourdonné le 4 juillet 2018 pour l'annonce de l'ouverture d'une enquête préliminaire, ce qui vaut, pour le tribunal médiatique, condamnation définitive.

 

Mais combien y a-t-il de glyphosate dans le miel ?

 

Trois chercheurs des Agri-Food Laboratories d'Alberta Agriculture and Forestry (ministère de l'agriculture et des forêts de l'Alberta) ont publié « Determination of glyphosate, AMPA, and glufosinate in honey by online solid-phase extraction-liquid chromatography-tandem mass spectrometry » (dosage du glyphosate, de l'AMPA et du glufosinate dans le miel par extraction en phase solide, chromatographie en phase liquide et spectrométrie de masse en ligne en tandem).

 

Leur article est derrière un péage. Leur résumé insiste beaucoup sur la méthode mise au point mais fournit quand même les principaux résultats :

 

« La limite de quantification (LQ) était de 1 μg.kg-1 pour chaque analyte. Deux cents échantillons de miel ont été analysés pour les trois analytes, l'AMPA et le glyphosate étant les plus fréquemment détectés (respectivement 99,0 % et 98,5 % des échantillons testés). Les concentrations de glyphosate se situaient entre <1 et 49,8 μg.kg-1, alors que celles de son produit de dégradation étaient comprises entre <1 et 50,1 μg.kg-1. On a constaté que le rapport entre le glyphosate et l'AMPA variait considérablement entre les échantillons où les deux analytes étaient présents au-dessus de la limite de quantification. Le glufosinate a été détecté dans 125 des 200 échantillons jusqu’à une concentration maximale de 33,0 μg.kg-1. »

 

C'est très frustrant comme résumé. « <1 » signifie une présence en dessous de la limite de quantification. Il n'y a pas d'indication sur les teneurs moyennes ou médianes...

 

L'Alberta est une province canadienne qui produit beaucoup de canola HT – incidemment à partir de semences enrobées d'un néonicotinoïde dont on dit en France qu'il est « tueur d'abeilles » mais qui ne préoccupe pas les apiculteurs de la province. On peut donc penser que les résultats d'analyse sont supérieurs à ceux que l'on obtiendrait en France, où le glyphosate ne peut être utilisé qu'avant le semis.

 

Cet article est peut-être promis à faire carrière dans l'altermonde médiatique et activiste. Mme Carey Gillam – de l'USRTK, la référence pour les « Monsanto Papers » du Monde Planète – a déjà embrayé avec un joyeux gloubiboulga, « Weed killer residues found in 98 percent of Canadian honey samples » (des résidus d'herbicides trouvés dans 98 pour cent des échantillons de miel canadien). Bien sûr, aucune indication sur les teneurs trouvées... le compte rendu serait moins anxiogène...

 

Mme Carey Gillam se réfère aussi à une autre étude, de la US Food and Drug Administration, qui avait trouvé que les 28 échantillons de miel analysés avaient des traces de glyphosate et que « 61 pour cent des échantillons avaient suffisamment de glyphosate pour être mesuré ». Sauf que la LQ était de 16 microgrammes par kilogramme et la limite de détection de 10 microgrammes par kilogramme. Illustration du fait que plus la technologie se développe, plus on trouve des échantillons avec des niveaux de présence mesurable... et plus propice est le champ d'action des marchands de peur.

 

Quant à la plainte déposée contre Bayer au motif d'une « administration de substances nuisibles », nous n'avons plus de nouvelles depuis le 4 juillet 2018 et le suspense est intolérable.

 

 

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