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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Académie de Médecine, alimentation « bio » et cancer : pas si vite !

11 Avril 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Santé publique

Académie de Médecine, alimentation « bio » et cancer : pas si vite !

 

 

L'Académie de Médecine a publié un communiqué de presse le 4 avril 2019 sous le titre : « Communiqué de presse : Rôle de l’alimentation « bio » sur le cancer, l’Académie nationale de médecine alerte sur l’interprétation trop rapide des résultats épidémiologiques »

 

En voici le texte intégral :

 

« La presse et les médias ont largement relayé les travaux d’une équipe française reconnue, publiée en octobre 2018 dans une revue internationale, avec la conclusion que la consommation d’une alimentation organique* en d’autres termes "bio" réduisait le risque d’incidence de certains cancers (1). Pour cela les auteurs ont comparé le nombre de cancers observé chez des personnes affirmant consommer une alimentation "bio" et ceux qui n’en consommaient pas.

 

Cette étude est intéressante et les auteurs ont réalisé un important travail. Cependant il existe un certain nombre de biais méthodologiques qui ne permettent pas de soutenir les conclusions des auteurs. L’académie nationale de médecine avait exposé la complexité des méthodes épidémiologiques et les critères de qualité qui les sous-tendent dans un rapport publié en 2011 (2).

 

En effet les deux groupes de personnes évaluées diffèrent non seulement par le fait que les uns consomment une alimentation « bio », mais également par d’autres facteurs : le sexe, l’âge de la première grossesse, facteur déterminant pour le risque de cancer du sein, la consommation de fruits et légumes, le niveau socio-économique, l’activité physique… tous facteurs susceptibles d’expliquer à eux seuls une différence. De plus les sujets inclus dans l’étude devaient dire s’ils consommaient une alimentation "bio" de temps en temps, sans précision ni sur la quantité ni sur la durée de cette consommation. Enfin la survenue de cancers n’était appréciée que sur une période de 4,5 ans ce qui est très court pour la genèse d’un cancer par exposition à des produits.

 

Ainsi même si cette étude met en évidence un "signal" entre alimentation "bio" et la moindre survenue d’un cancer, l’Académie nationale de médecine considère qu’à ce jour, au vu de cette seule étude, le lien de causalité entre alimentation "bio" et cancer ne peut être affirmé et invite à la prudence dans l’interprétation trop rapide de ces résultats.

 

Association of Frequency of Organic Food Consumption with Cancer Risk: Findings from the NutriNet-Santé Prospective Cohort Study.Baudry J, Assmann KE, Touvier M, Allès B, Seconda L, Latino-Martel P, Ezzedine K, Galan P, Hercberg S, Lairon D, Kesse-Guyot E.JAMA Intern Med. 2018 Dec 1;178(12):1597-1606.

 

Rapport ANM 2011 http://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2014/01/RapportEpidemiologieANM_FlahaultSpira_04nov2011.pdf

 

*organic food consumption = alimentation “bio” : sans utilisation d’engrais synthétiques, pesticides, modifications génétiques, et médicaments vétérinaires pour les animaux. »

 

On attend de la « presse et [des] médias [qui] ont largement relayé les travaux d’une équipe française reconnue » – sans optimisme excessif – qu'ils relaient également ce communiqué et mettent leurs lecteurs/auditeurs en garde contre l'interprétation trop rapide qu'ils ont diffusée lors de la sortie de l'article scientifique.

 

Les services de presse de l'INRA et de l'INSERM voudront peut-être ajouter ce communiqué à celui qu'ils avaient produit le 22 octobre 2018 sous le titre « Moins de cancers chez les consommateurs d’aliments bio » – avec un point d'interrogation pour l'INRA, sans pour l'INSERM (et un point d'exclamation pour le sous-titre de Générations Futures).

 

Ils se sont tout de même livrés à d'admirables contorsions. Par exemple :

 

« Les conclusions de cette étude doivent être confirmées par d’autres investigations conduites sur d’autres populations d’étude, dans différents contextes. Néanmoins, ces résultats soutiennent les recommandations du Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) émises en 2017 pour les futurs repères alimentaires du Programme National Nutrition Santé (PNNS) visant à privilégier les aliments cultivés selon des modes de production diminuant l’exposition aux pesticides pour les fruits et légumes, les légumineuses et les produits céréaliers complets. »

 

Comment des conclusions qui « doivent être confirmées » peuvent-elles « soutenir » des recommandations... ?

 

Et sur quelles bases ces recommandations ont-elles été faites ? Beau sujet également pour l'Académie de Médecine : outre le fait que le « bio » n'a pas démontré sa supériorité sur le plan de la santé au regard de la problématique des pesticides (si tel était le cas, ce serait tout l'édifice de la réglementation qui serait en cause), que vaut-il mieux ? Une pomme avec résidu(s) de pesticide(s) de synthèse dans les limites réglementaires (souvent une petite fraction de la DJA) ou une pomme non traitée avec de tels pesticides mais susceptible de contenir une dose de patuline ?

 

Nos articles sur le sujet sont ici et ici.

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M
Il est intéressant de constater que S Hercberg, l'initiateur de Nutrinet et signataire de cet article, était co-président avec le Pr T Lang du groupe de travail du Haut Conseil de la santé publique qui a préparé le travail de la Commission prévention, éducation et promotion de la santé qui a finalement validé les recommandations (avis relatif à la révision des repères alimentaires pour les adultes du futur Programme national nutrition santé 2017-2021 du 16 février 2017). S Hercberg est également membre de cette commission https://www.hcsp.fr/Explore.cgi/Groupe?clef=127. La convergence n'est donc pas une surprise...bien que la transparence sur les personnes impliquées dans le processus d'élaboration de ces recommandations ne soit pas très évidente sur le site du HCSP... Le document rapportant ces recommandations ne donne qu'une information succincte " La Commission spécialisée Prévention, éducation et promotion de la santé a tenu sa réunion le 16 février 2017 : 7 membres sur 13 membres qualifiés étaient présents, aucun conflit d’intérêt, le texte a été approuvé par 7 votants, 0 abstention, 0 vote"
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