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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Salon International de l'Agriculture : les donneurs de leçons sont de sortie... Isabelle Saporta et le solo de la Tartuffe

1 Mars 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

Salon International de l'Agriculture : les donneurs de leçons sont de sortie... Isabelle Saporta et le solo de la Tartuffe

 

 

Le Salon International de l'Agriculture est l'occasion pour de nombreux « sachants » (souvent auto-proclamés) et influenceurs de sortir leurs articles. Et, évidemment, pour les médias de remplir leurs colonnes.

 

Ainsi, le Figaro a donné la parole à Mme Isabelle Saporta pour un «On glorifie les paysans pendant le Salon de l'agriculture pour les oublier le reste de l'année ».

 

En chapô :

 

« Alors que s'ouvre le Salon de l'agriculture ce samedi 23 février à Paris, la journaliste Isabelle Saporta dénonce l'hypocrisie politique qui consiste, selon elle, à regarder avec commisération le monde agricole pendant une semaine sans s'attaquer au système qui le meurtrit le reste de l'année. »

 

Notons d'emblée qu'il y a une part de vrai.

 

Mais merveilleux monde du journalisme qui pratique avec délice l'entre-soi... un journaliste ne peut trouver qu'un(e) autre journaliste pour nous informer sur un sujet que celui-ci (ou celle-ci) maîtrise grâce à des études de sciences politiques – on devient expert en tout en faisant Sciences Po, n'est-il pas ? La dame a certes aussi participé à un « documentaire », après avoir rendu visite à M. Daniel Sauvaitre sur son exploitation (voir notamment ici et ici) ; et des livres que l'on peut résumer d'un mot : agri-bashing...

 

Enfin, le dénigrement d'une forme d'agriculture, celle qui nourrit la majorité des Français ainsi que des Européens et des gens de certains pays tiers, alimentant aussi notre balance commerciale de l'équivalent de deux Airbus par semaine pour les céréales en temps normal et se faisant en quelque sorte les Casques Bleus de l'alimentation et d'une relative paix sociale outre-Méditerranée. Le rejet d'une forme d'agriculture qui ne peut satisfaire la bien-pensance bien bourgeoise.

 

Il faut une bonne dose de cynisme et d'opportunisme pour déclarer : « Le mépris social qu'ils [les agriculteurs] ressentent est réel » quand on a contribué à un « documentaire » accusé de bidonnage ou commis « Le livre noir de l'agriculture » (voir ici et ici), sans oublier « Du courage » (voir ici).

 

Oui, Mme Isabelle Saporta a raison : « Le niveau d'hypocrisie qui régit nos relations au monde agricole est sidérant. » Enfin, par « nos », elle entend certaines populations urbaines, des « métropoles [qui] sont littéralement hors-sol », dont elle s'exclut naturellement.

 

Encore faut-il distinguer ici ceux pour qui le mépris est porté haut et assumé et ceux qui, déconnectés des réalités, y sont entraînés par une désinformation incessante.

 

Mais en l'espace de deux paragraphes successifs – quasiment dans un « en même temps » macronien –, elle arrive à nous servir le « mépris social » déjà mentionné et un « attachement des Français au monde agricole et à la ruralité ».

 

La bobogeoisie surgit vite : « ...surtout depuis la crise écologique, nous n'avons jamais autant pris conscience de l'importance de notre ruralité, nous n'avons jamais été aussi fiers de nos terroirs ». C'est peut-être vrai... mais pour une grande partie des Français, la priorité c'est de boucler le mois avec une alimentation raisonnable qui ne se limite pas aux pâtes et la viande hachée à partir du 15. En France, selon les estimations, environ 8 millions de personnes n’ont pas accès à une alimentation suffisante et de bonne qualité pour des raisons financières.

 

Le problème à résoudre relève en partie de la quadrature du cercle et ne s'examine pas selon le mode binaire en vogue.

 

« Nous sommes aujourd'hui face à un terrible paradoxe », dit-elle ? Il y a une pensée fort paradoxale...

 

« Car une réalité implacable est sous nos yeux: les seuls enfants qui mangent bien sont les enfants de bourgeois, tandis que les enfants de pauvres sont les plus touchés par la fracture alimentaire », dit-elle encore ? Traduction : si cette agriculture que « nous » – enfin « eux » – aimons haïr nourrit mal une partie de la population, c'est qu'elle en est en partie responsable, même si l'auteure fait une concession à la pauvreté.

 

Les décideurs politiques et la filière agroalimentaire et de distribution sont bien sûr pointés du doigt, mais il ne faut pas se leurrer : les agriculteurs sont à la base de ce système honni. Évoquer « la réalité que les paysans, eux, ont fait ce qu'on leur a demandé de faire jusqu'ici, et qu'ils se sont adaptés », c'est aussi impliquer qu'ils s'en sont fait les serviteurs, sinon les complices.

 

De fait, l'expression « agriculture productiviste » apparaît cinq fois dans le texte, dont une fois dans une question de l'intervieweur.

 

Il y a :

 

« Il faut à tout prix reconnecter la qualité de ce que nos paysans sont capables de produire et l'alimentation de tous les Français, or le système productiviste empêche cela et enserre nos paysans dans la précarité sans que nous ne puissions rien y faire, hormis constater! »

 

Comprenez : les agriculteurs ne produisent pas la qualité dont ils sont capables... alors que la France se classe dans les premières places pour la qualité et la sécurité de l’alimentation.

 

Et voici la grande envolée :

 

« Pour l'instant la PAC consiste à mettre des milliards d'euros de façon inadaptée et déconnectée des réalités de notre agriculture, le tout pour alimenter le modèle productiviste! Modèle qui ne nourrit plus correctement, soutenant les pesticides qui abîment notre santé… et surtout celle de nos agriculteurs qui y vivent au plus proche! Sans parler des souffrances endurées par les animaux... On peut penser ce qu'on veut du mouvement vegan et je suis la première à le critiquer, mais si ce mouvement existe, ce n'est pas pour rien. Les réserves qu'on lui oppose ne doivent pas faire oublier l'immense maltraitance animale qu'on trouve dans les élevages industriels. Il était nécessaire de mettre en lumière ce qu'on fait subir aux animaux, cet univers concentrationnaire abject qui par ailleurs endette nos paysans. Le problème est que cette idéologie vegan est en train d'enterrer au passage toute la petite agriculture et les petits élevages, il a montré les aberrations du système productiviste, mais s'en prend aux petits bouchers et éleveurs de proximité qui eux ne sont pas responsables de ces aberrations, c'est contre-productif de s'en prendre à ceux qui font les choses bien. Entre l'étau de l'agriculture intensive et ses pesticides, et les vegans, il y a une voie: celle de l'intelligence. Celle d'une agriculture plus respectueuse de nos territoires, de nos paysans et de leurs bêtes! »

 

Quel lyrisme ! Avec de tels propos, le monde de l'élevage n'a plus besoin des végans et autres mouvements sectaires pour le « soin » apporté à sa réputation.

 

Tout cela débouche sur une philippique contre les décideurs politiques et, évidemment, une préconisation : « ...le modèle dominant est un échec […] il faut changer de modèle. »

 

Ils sont nombreux les Diafoirus prescripteurs d'une nouvelle politique agricole... Il manque simplement une description réaliste de cette merveilleuse politique qui résoudrait tout, voire une description tout court.

 

 

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R
Je l'ai entendue l'autre soir sur RTL dans un débat qualifier plusieurs fois de "merde" tout ce qui est issu de l'agriculture soi-disant productiviste ...Heureusement son vis-a-vis (Olivier Mazerolles, je crois ) n'était pas d'accord .
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

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