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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Point de vue : il faut cesser de blâmer les vaches pour le changement climatique

1 Mars 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #élevage

Point de vue : il faut cesser de blâmer les vaches pour le changement climatique

 

Frank Mitloehner*

 

 

 

 

L'ampleur et les impacts du changement climatique devenant de plus en plus alarmants, la viande est une cible d'action populaire. Les militants exhortent le public à manger moins de viande pour préserver l'environnement. Certains activistes ont appelé à taxer la viande pour en réduire la consommation.

 

Une affirmation clé sous-jacente à ces arguments est qu’à l’échelle mondiale, la production de viande génère plus de gaz à effet de serre que l’ensemble du secteur des transports. Cependant, cette affirmation est manifestement fausse, comme je le montrerai. Et sa persistance a conduit à de fausses hypothèses sur le lien entre viande et changement climatique.

 

[Note de la rédaction : la contribution de l’élevage, en particulier les émissions de méthane des vaches, au changement climatique reste controversée. Voir cet article et cet autre article pour une autre perspective. Voir aussi ici, sur ce site.]

 

Mes recherches portent sur les effets de l'élevage sur la qualité de l'air et les changements climatiques. À mon avis, il existe de nombreuses raisons pour choisir des protéines animales ou opter pour une alimentation végétarienne. Cependant, renoncer à la viande et aux produits carnés n’est pas la panacée environnementale que beaucoup voudraient nous faire croire. Et à l'extrême, cela pourrait également avoir des conséquences nutritionnelles néfastes.

 

 

Productions animales mondiales par région (le lait et les œufs sont exprimés en protéines). FAO, CC BY-ND

 

 

Mise au point sur la viande et les gaz à effet de serre

 

Une bonne partie de la mauvaise réputation de la viande est basée sur l’affirmation selon laquelle le bétail est la plus grande source de gaz à effet de serre au monde. Par exemple, une analyse de 2009 publiée par le Worldwatch Institute, basé à Washington, a affirmé que 51 % des émissions mondiales de GES provenaient de l'élevage et de la transformation du bétail.

 

Selon l’Agence de Protection de l'Environnement des États-Unis, les principales sources d’émission de GES aux États-Unis étaient en 2016 la production d’électricité (28 % des émissions totales), les transports (28 %) et l’industrie (22 %). L'agriculture, prise dans sa totalité, représentait un total de 9 %. L’élevage représente moins de la moitié de ce chiffre, soit 3,9 % du total des émissions de gaz à effet de serre des États-Unis. C’est très différent de prétendre que le bétail représente autant ou plus que le transport.

 

Pourquoi cette idée fausse ? En 2006, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture a publié une étude intitulée « L'ombre portée de l'élevage », qui a suscité un grand intérêt de la part de la communauté internationale. Elle a déclaré que le bétail produisait un extraordinaire 18 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. L'agence a tiré une conclusion surprenante : le bétail nuisait davantage au climat que tous les modes de transport réunis.

 

Cette dernière affirmation était erronée et a depuis été corrigée par Henning Steinfeld, l’auteur principal du rapport. Le problème était que les analystes de la FAO ont utilisé une analyse complète du cycle de vie pour étudier l'impact du bétail sur le climat, mais une méthode différente lorsqu'ils ont analysé le transport.

 

Pour le bétail, ils ont examiné tous les facteurs associés à la production de viande. Cela comprenait les émissions provenant de la production d'engrais, la conversion des terres forestières en pâturages, la production d'aliments pour animaux et les émissions directes d'animaux (rots et fumier) de la naissance à la mort.

 

Cependant, quand ils ont examiné l’empreinte carbone des transports, ils ont ignoré les effets sur le climat de la fabrication de matériaux et de pièces de véhicules, de l’assemblage des véhicules et de l’entretien des routes, des ponts et des aéroports. Au lieu de cela, ils ont uniquement pris en compte les gaz d'échappement émis par les voitures, les camions, les trains et les avions. En conséquence, la comparaison faite par la FAO des émissions de gaz à effet de serre provenant du bétail et de celles provenant des transports a été considérablement faussée.

 

 

Les chercheurs ont identifié plusieurs options pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur de l'élevage. Les barres rouges représentent la plage potentielle pour chaque pratique. Herrero et al, 2016, via l'Université Penn State, CC BY-NC-SA

 

 

J'ai souligné cette lacune lors d'un discours prononcé devant des collègues scientifiques à San Francisco le 22 mars 2010, ce qui a entraîné une avalanche de couverture médiatique. À son crédit, la FAO a immédiatement reconnu son erreur. Malheureusement, l’affirmation initiale de l’agence selon laquelle le bétail était responsable de la part du lion des émissions mondiales de gaz à effet de serre avait déjà été largement répandue. À ce jour, nous luttons pour arrêter le signal d'alarme.

 

Dans son rapport d'évaluation le plus récent, la FAO a estimé que l'élevage produit 14,5 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre provenant des activités humaines. Il n'y a pas d’évaluation comparable du cycle de vie complet pour le transport. Cependant, comme Steinfeld l’a fait remarquer, les émissions directes provenant du transport par rapport au bétail peuvent être comparées et représentent respectivement 14 % et 5 %.

 

 

Renoncer à la viande ne sauvera pas le climat

 

Beaucoup de gens continuent à penser qu'éviter de manger de la viande aussi rarement qu'une fois par semaine aura un impact significatif sur le climat. Mais selon une étude récente, même si les Américains éliminaient toutes les protéines animales de leur alimentation, ils ne réduiraient que de 2,6 % les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis. Selon nos recherches à l’Université de Californie, Davis, si la pratique du lundi sans viande devait être adoptée par tous les Américains, nous ne verrions une réduction que de 0,5 % [ma note : à condition que cela ne soit pas compensé par une augmentation de la consommation les jours suivants].

 

De plus, les changements technologiques, génétiques et de gestion intervenus dans l’agriculture américaine au cours des 70 dernières années ont rendu la production animale plus efficace et moins productrice de gaz à effet de serre. Selon la base de données statistiques de la FAO, le total des émissions directes de gaz à effet de serre provenant du bétail américain a diminué de 11,3 % depuis 1961, tandis que la production de viande de bovins a plus que doublé.

 

La demande de viande augmente dans les économies en développement et émergentes, avec le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et l’Asie du Sud-Est en tête. Cependant, la consommation de viande par habitant reste inférieure dans ces régions à celle des pays développés. En 2015, la consommation annuelle moyenne de viande par habitant dans les pays développés était de 92 kilogrammes, contre 24 kilogrammes au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et 18 kilogrammes en Asie du Sud-Est.

 

Néanmoins, compte tenu de la croissance démographique prévue dans les pays en développement, il sera certainement possible pour des pays tels que les États-Unis de mettre en avant leurs pratiques d'élevage durable.

Dans les pays en développement, l'élevage d'animaux comme ces chèvres au Kenya est une source importante de nourriture et de revenus pour de nombreux petits agriculteurs et éleveurs. Loisa Kitakaya, CC BY-SA

 

 

La valeur de l'élevage

 

En retirant les animaux de l'agriculture américaine, on réduirait légèrement les émissions de gaz à effet de serre au niveau national, mais il serait également plus difficile de satisfaire les besoins nutritionnels. Beaucoup de critiques de l'élevage s'empressent de dire que si les agriculteurs ne cultivaient que des plantes, ils pourraient produire plus de kilos de nourriture et plus de calories par personne. Mais les humains ont également besoin de nombreux micro- et macronutriments essentiels à leur santé.

 

Il est difficile de soutenir de manière convaincante que les États-Unis ont un déficit calorique, étant donné les taux nationaux élevés d'obésité chez les adultes et les enfants. De plus, toutes les parties de plantes ne sont pas comestibles ni souhaitables. L'élevage du bétail est un moyen d'ajouter de la valeur nutritionnelle et économique à la production de plantes.

 

À titre d'exemple, l'énergie contenue dans les plantes que consomment les animaux d'élevage est le plus souvent contenue dans de la cellulose, non digestible pour l'homme et de nombreux autres mammifères. Mais les vaches, moutons et autres ruminants peuvent décomposer la cellulose et libérer l’énergie solaire contenue dans cette vaste ressource. Selon la FAO, 70 % de toutes les terres agricoles dans le monde sont des terres de parcours qui ne peuvent être utilisées que comme pâturages pour le bétail ruminant.

 

Selon les prévisions actuelles, la population mondiale devrait atteindre 9,8 milliards de personnes d’ici 2050. Nourrir un si grand nombre de personnes soulèvera d’immenses défis. La viande est plus dense en nutriments par portion que les options végétariennes, et les ruminants se nourrissent principalement d'aliments qui ne conviennent pas à l'homme. L'élevage du bétail offre également un revenu indispensable aux petits agriculteurs des pays en développement. Dans le monde entier, l’élevage fournit des moyens de subsistance à 1 milliard de personnes.

 

Les changements climatiques exigent une attention urgente et le secteur de l'élevage a une grande empreinte environnementale globale qui affecte l'air, l'eau et la terre. Ces facteurs, combinés à une population mondiale en augmentation rapide, nous fournissent de nombreuses raisons impérieuses de continuer à œuvrer pour une efficacité accrue de l’élevage. Je pense qu’il faut commencer par des faits scientifiques.

 

______________

 

* Frank M. Mitloehner est professeur de zootechnie et spécialiste de la vulgarisation pour la qualité de l'air à l'Université de Californie à Davis. Visitez son site web. Suivez-le sur Twitter @GHGGuru.

 

Cet article a été initialement publié dans Conversation sous le titre « Yes, eating meat affects the environment, but cows are not killing the climate » (oui, la consommation de viande affecte l'environnement, mais les vaches ne détruisent pas le climat).

 

Source : https://geneticliteracyproject.org/2019/01/16/viewpoint-we-should-stop-blaming-cows-for-climate-change/?mc_cid=5da7d21938&mc_eid=afcdb5c221

 

 

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M
en plus selon le GIEC, le taux de methane est pratiquement stable dans l'atmosphère depuis plusieurs décennies<br /> cf le livre de F Gervais, un membre du Giec qui critique le Giec, "l'urgence climatique est un leurre"<br /> ce qui tend à prouver que le cycle de vie du méthane est court, plus court que ce que dit le GIEC<br /> car les émissions de méthane augmente bien, mais il est réutilisé par la nature<br /> et bientôt on saura qu'il est sans danger<br /> le GIEC est une source trés peu scientifique pour ses hypothèses<br /> mais une bonne source pour les mesures
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> A en croire une source Wikipédia, le méthane aurait une durée de présence dans l'atmosphère de 12 ans.<br /> <br /> Quel que soit le chiffre, toutes autres choses étant égales par ailleurs, le méthane dégagé par les rots des bovins d'aujourd'hui remplace celui qui a été produit par des bovins par le passé -- à hypothèse de cheptel constant.<br /> <br /> L'effet de ce méthane sur le réchauffement climatique est une question de FLUX. Celui du CO2 issu de combustibles fossiles est une question de STOCK. Et il me semble que dans les gesticulations sur le RCA, bien des gens oublient de faire la différence.
H
A savoir que TOUS les gaz se recyclent ! TOUS ! Les volcans (sousmarins & sous océaniques) étant les plus émetteurs de gaz. D'ailleurs, si ce n'était le cas, l'humain ne serait JAMAIS apparu sur Terre !<br /> Le gaz de shiste (méthane/pet) fait - comme le gaz carbonique (0,04 %) - partie des gaz rares dans l'atmosphère.<br /> <br /> Par contre,<br /> (...) L'ampleur et les impacts du changement climatique devenant de plus en plus alarmants (...) <br /> est - sans le dire - une fausse information puisque le climat se refroidit !<br /> <br /> https://huemaurice5.blogspot.com/2019/02/nouvelles-du-soleil.html
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire et le lien.<br /> <br /> Je ne ferai aucune prédiction sur le climat. Mais une chose me paraît sûre : les calculs sur la contribution des vaches à l'effet de serre sont de la charlatanerie.
D
Bah, tout ça repose sur des modèles d'une précision , disons, discutable.<br /> Le problème, c'est que d'hypothèses assez peu étayées, peuvent déboucher des décisions politiques fortes; ça s'est vu dans le passé.<br /> Même l'INRA a commencé à défendre les productions animales, à mon avis, un peu tard:<br /> <br /> http://www.inra.fr/Chercheurs-etudiants/Systemes-agricoles/Tous-les-dossiers/Fausse-viande-ou-vrai-elevage/Quelques-idees-fausses-sur-la-viande-et-l-elevage/(key)/0<br /> <br /> mais qu'est ce qu'on ne ferait pas pour sauver Gaïa, même la démocratie devrait passer après (voir LM Bréon, Aurélien Barrau, B.Latour...)
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S
@ blank (email) le ‎mercredi‎ ‎06‎ ‎mars‎ ‎2019‎ ‎10‎:‎48<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre contribution et pour le lien.<br /> <br /> Les choses me paraissent bien plus complexes que le traditionnel et binaire climatoconvaincu c. climatosceptique.
B
Bonjour,<br /> <br /> Vous semblez etre assez contre le fait d'avoir rechauffement climatique globale.<br /> <br /> Une personne avait fait l'analyse de ce sujet, dont critiques de discours climato-sceptique. Je pense que ça pourrait vous interesser :)<br /> <br /> https://www.youtube.com/watch?v=XGq4WRTLfvc
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> "Discutable" est un doux euphémisme.<br /> <br /> Quant à l'INRA, il a dû en coûter pour s'élever au-dessus du politiquement correct...