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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les raisins du Mali

31 Mars 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique

Les raisins du Mali

 

Amadou Sidibe*

 

 

 

 

Il faut un agriculteur pour produire du raisin, mais il faut un architecte pour produire du raisin dans le désert.

 

C’est ce que j’ai découvert ici au Mali, un pays enclavé qui s’enfonce profondément dans le Sahara.

 

Je ne vis pas dans le désert, pas plus que la plupart de mes compatriotes maliens, qui sont près de 20 millions. Nous vivons dans une région plus tropicale au sud. Pourtant, nous nous trouvons tous à la frontière du changement climatique, essayant de faire pousser les cultures dans une région qui semble devenir de plus en plus sèche et rude chaque année.

 

La grande majorité des Maliens travaillent dans l'agriculture, produisant du coton et des céréales. Je voulais produire quelque chose que personne n'avait encore essayé de produire dans mon pays : le raisin de table.

 

Derrière tout cela se cache une histoire de relations internationales – et une leçon sur l’importance du commerce et de la technologie pour les agriculteurs du monde entier.

 

Des melons poussant dans une serre de Sidibe Agrotechniques (page Facebook).

 

Le récit commence avec ma formation à l'Institut d'Architecture de Moscou – une formation étrange pour un agriculteur, mais elle m'a permis de voir un lien important qui portera ses fruits après que je suis devenu agro-entrepreneur chez moi, au Mali.

 

L’agriculture africaine est à la traîne par rapport à la production alimentaire mondiale. C’est pourquoi j’ai toujours pensé qu'on pourrait faire beaucoup mieux. Nous avons une grande quantité de terres cultivables, un soleil abondant et, souvent, beaucoup d’eau. Avec le type de connaissances et d’outils adéquat, nous pourrions commencer à bénéficier de la sécurité alimentaire que les populations des pays développés considèrent comme allant de soi.

 

Mes voyages en Afrique du Nord, notamment au Maroc et en Tunisie, m'ont convaincu que les raisins peuvent prospérer sous les latitudes méridionales. Donc, en 2008, j'ai importé des plants de vigne de table d'Italie et je les ai plantés sur un hectare de terre. Après un an, nous avons récolté un raisin au goût exceptionnel. Nous avons prouvé que cela pouvait être fait.

 

Pourtant, nous avons été confrontés à de grands défis. Les raisins ne se comportent pas au Mali comme ils le font en Italie, et nous avons dû apprendre cela par essais et erreurs. La chaleur extrême peut les affaiblir et la saison des pluies amène des quantités de parasites et maladies. Pourtant, nous avons persévéré, en nous inspirant des agriculteurs qui avaient réussi avec des vignes en Floride, en Australie et en Inde.

 

Puis vint une technologie clé en provenance d'Israël et de Netafim, un leader mondial des serres tropicales. Voilà enfin un moyen de concilier mon éducation en architecture et ma passion pour l'agriculture.

 

Les serres sont de toutes formes et tailles, des simples abris aux structures complexes ressemblant à des usines. Les éléments essentiels comprennent un toit transparent qui laisse passer la lumière du soleil ainsi qu'un intérieur au climat contrôlé. Elles sont chères mais, entre de bonnes mains, elles permettent aux Néerlandais de produire des fleurs en hiver – et à un Malien comme moi de récolter des raisins dans un endroit où ils ne sont pas censés pousser.

 

En 2012, j'ai acheté une petite serre à une société israélienne – une structure en métal recouverte de plastique et entourée d'un filet à insectes. Mesurant 320 mètres carrés, elle a fait ses preuves avec des tomates, des concombres et des poivrons. J'ai aimé les résultats et j'ai agrandi l'année suivante avec une serre de 5.000 mètres carrés. En 2016, j'ai encore agrandi avec une serre de 10.000 mètres carrés et des technologies de pointe, notamment un meilleur contrôle du climat, l'irrigation et le recyclage de l'eau.

 

L'accès au crédit reste un problème pour les agriculteurs africains qui n'ont aucune garantie à offrir aux banques commerciales. Pour ma serre, le prêt a été sécurisé par l'autorité de crédit pour le développement (DCA) financée par l'USAID et l'Agence Suédoise de Développement International (SIDA), qui utilise des accords de partage des risques pour mobiliser des capitaux privés locaux afin de combler un déficit financier.

 

Interview d'Amadou par Africa 24 dans l'une de ses serres.

 

Aujourd'hui, j'emploie 40 personnes pour entretenir nos vignes et récolter nos raisins, mais aussi les tomates, les concombres, les poivrons, les melons, la laitue et les fraises. Plus de 80 % d'entre elles sont des femmes. Elles font bien ce qu’elles font et gagnent un salaire qui leur permet de subvenir aux besoins de leur famille. En termes de rendement par mètre carré, nous nous approchons maintenant de la productivité des agriculteurs des pays développés.

 

Je suis convaincu que nous allons bientôt rattraper tout notre retard. C’est la raison pour laquelle je prévois maintenant de construire une installation de 15 hectares près de Bamako, capitale du Mali.

 

Cela nous aidera non seulement à lutter contre le problème urgent de la faim en Afrique, mais créera également des opportunités commerciales pour d'autres agro-entrepreneurs.

 

Les raisins du Mali sont une réussite africaine. Parce que nous nous sommes appuyés sur le commerce, la technologie et les agriculteurs du monde entier désireux de partager leur expertise et leur expérience de première main ; ils représentent également un succès mondial.

 

_____________

 

Amadou Sidibe, agriculteur, Mali

 

Amadou est un architecte de métier qui a investi dans la création d'une serre de haute technologie afin de stabiliser les prix des légumes hors-saison au Mali. Les serres utilisent la production hors sol, la climatisation, la brumisation, l'ombrage en aluminium et le recyclage de l'eau.

 

Source : https://globalfarmernetwork.org/2019/02/the-grapes-of-mali/

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Commenter cet article

Sisi 23/05/2020 12:23

C’est très bien. Mais je trouve cela dommage de planter des fruits qui ne sont pas vraiment consommés par nos populations. Il est vrai également que les serres apportent un coup de boost au début. Malheureusement à long terme elles posent énormément de problèmes. L’Espagne est entrain de vivre ces problèmes.

sika 29/07/2019 14:30

Vraiment bravo. J'aurai bien aimé vous rencontrer. Enfin des hommes qui croient au continent.

Seppi 09/08/2019 10:23

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Manière astucieuse de signaler votre site.

Oui, je crois au continent des entrepreneurs ouverts à la modernité. Non, je ne crois pas à la pertinence de nombre de "solutions" dont vous vous faites l'écho.