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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Agressions d'agriculteurs : un sujet délicat, un ministre absent

10 Mars 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Pesticides, #Activisme

Agressions d'agriculteurs : un sujet délicat, un ministre absent

 

 

 

 

L'information perce modestement dans les médias autres qu'agricoles et régionaux (voir par exemple le Point). Que voulez-vous, la victime ne portait de gilet jaune...

 

Donc, le 3 mars 2019, à Loyettes, dans l'Ain, un agriculteur pulvérise un herbicide sélectif sur son champ d'orge (pas le glyphosate ennemi public numéro un, qui aurait détruit la culture). Il est violemment pris à partie par un riverain en colère qui lui reproche de polluer, puis l'agresse physiquement, le blessant à l'oreille. Selon les médias, une altercation avait déjà éclaté entre eux en automne dernier, « au moment des semis, pour des histoires de bruit », selon la France Agricole.

 

 

Cette agression a suscité une vive émotion dans les milieux agricoles. Des langues se sont déliées. La France Agricole (réservé aux abonnés) rapporte le cas d'un agriculteur dénoncé à la gendarmerie parce qu'il épandait des engrais et que, si l'on comprend bien, des granulés étaient tombés dans le jardin du riverain (le pauvre ne doit pas savoir qu'il a reçu un cadeau...). Là aussi, il y avait des précédents. Ayant traité la nuit, conformément aux bonnes pratiques, l'agriculteur s'est en quelque sorte fait accuser sur Facebook d'activités illégales, d'utiliser des produits non autorisés.

 

 

Faits divers ou sommet d'un inquiétant iceberg ?

 

Événements isolés ? Sommet d'un iceberg géant d'incompréhension croissante de la part des Français du métier d'agriculteur – de fournisseur de leur alimentation ? Ou pire encore : résultat de l'agribashing intense et incessant déployé par certains milieux activistes qui s'en prennent à l'agriculture « conventionnelle », ainsi que par certains médias (songez à l'infameux Envoyé Spécial, « Envoyé spécial – Glyphosate : comment s'en sortir ? », objet de plus de 500 signalements au CSA) ?

 

Quel sera votre opinion si on ajoute que la sénatrice Laure Darcos s'est fait insulter au Salon de l'Agriculture, à sa sortie du plateau de Public Sénat, et fait traiter d'empoisonneuse qui a « la responsabilité de milliers de cancers » par un thuriféraire historique de l'agriculture biologique ? Sans vouloir tomber dans le sophisme du déshonneur par association, il était flanqué d'un grand patron de la distribution du bio.

 

On peut aussi faire un lien avec les Faucheurs Volontaires – dont les actes de destruction de biens d'autrui, mollement sanctionnés, sont maintenant une longue histoire qui poursuit son cours – et des actes de vandalisme plus récents qui touchent le secteur de l'élevage et de la boucherie.

 

La France a mal à son agriculture. Dans le Point, un lecteur a écrit :

 

« J'ai eu le même genre de situation, étant en bio...

 

Étant en agriculture biologique, nous utilisons quand même des produits phytosanitaires, agréés pour ce type d'agriculture évidemment...

 

Nous vivons quand même parfois ce genre de situation, de prise à partie par un promeneur ou un passant, qui du haut de son ignorance sur le sujet, veut s'ériger en sauveur d'un environnement qu'il croit condamné à disparaître, tant on le lui répète quotidiennement...

 

Voilà le résultat d'autant de propagande et de contre vérités...

 

Bravo les écolos et démagos... »

 

 

Qui se sent morveux...

 

Faut-il aller si loin dans la dénonciation ? Le fait est que des acteurs du mouvement anti-pesticides et pro-biobusiness ont réalisé qu'ils pouvaient être mis sur la sellette.

 

M. François Veillerette, présentement directeur et porte-parole de Générations Futures et un des fondateurs de Nous Voulons des Coquelicots (qui n'est pas une création spontanée de citoyens de base comme on veut nous le faire croire) s'est rapidement fendu d'un gazouillis de condamnation sans équivoque.

 

 

 

 

Cela a, bien sûr, suscité quelques vives réactions, dont voici un fil qui nous ravit un peu (l'article « Les mythes et réalités de l'agriculture biologique : la cas de l'Autriche » vaut vraiment une visite, il n'a pas perdu une once de pertinence avec l'âge).

 

 

 

 
À quelque chose malheur est bon

 

C'est Nous voulons des coquelicots qui semble avoir été le plus prompt à instrumentaliser l'affaire. Mais qu'importe... c'est une succursale de Générations Futures, généreusement financé par le biobusiness... (au point de pouvoir se payer un tiers de page de publicité dans le Monde et le Figaro et une pleine page dans l'Obs).

 

Ce qui était une agression caractérisée d'un agriculteur coincé dans sa cabine de tracteur et incapable de se défendre ni même d'éviter les coups devient un « affrontement » pour les coquelicots... Ces gens se déclarent « définitivement non-violents » et ne peuvent « que déplorer les coups de poing portés » et souhaiter « à la personne touchée un prompt rétablissement ».

 

Non, il n'y a pas de condamnation de l'acte, mais :

 

« Au passage, cette pénible histoire montre une fois de plus l’irresponsabilité des autorités publiques. En laissant perdurer des situations inacceptables comme l’épandage de produits toxiques à proximité des habitations, elles créent et entretiennent un climat de tension qui ne peut conduire qu’à des affrontements qui ne seront jamais de notre fait. »

 

Leur billet se termine par une évocation des « bébés sans bras », pour lesquels,

 

« Certains pensent que les pesticides ont pu jouer leur rôle dans ce drame, ce qui peut expliquer, sans rien justifier, l’exaspération qui monte partout en France. »

 

Au-delà de la justification – « sans rien justifier » (ce n'est qu'une là qu'une clause de style) – de « l’exaspération » par la faute des pouvoirs publics, il y a bien, à notre sens, un début d'incitation à se livrer« des affrontements ».

 

Générations Futures a emboîté le pas, avec « Riverains, agriculteurs et pesticides : Les pouvoirs publics doivent prendre les mesures qui s’imposent ». Mais le sur-titre est très évocateur : « victimes » au pluriel.

 

 

L'agression devient une "altercation". Une définition : "Échange bref et brutal de propos vifs, de répliques désobligeantes."

 

 

C'est plus soft, mais les financeurs de la petite entreprise incorporée sous forme d'association et la promotion de leurs intérêts économiques par le dénigrement des intérêts concurrents ne sont pas oubliés :

 

« Plus généralement, cette situation montre clairement qu’il y a une attente sociétale forte pour que notre agriculture sorte rapidement de l’usage de ces pesticides de synthèse dangereux. Nous demandons aux pouvoirs publics d’entendre cette demande et d’y répondre avec efficacité. »

 

L'herbicide épandu était-il « dangereux » ? Générations Futures n'en sait fichtrement rien. Et non, la bouillie bordelaise n'est pas un « pesticide de synthèse » (faire agir de l'acide sulfurique sur du cuivre métal, les deux abondants dans la nature, n'est-il pas, pour produire du sulfate de cuivre n'est pas une synthèse, n'est-il pas ?)... Elle n'est pas dangereuse... elle est dangereuse et elle salit !

 

Mais on peut certainement conclure que l'instrumentalisation de cet événement – qui n'est plus tout à fait un fait divers mais le début d'un problème de société – par les deux associations susvisées est scandaleusement indécente. Et ça, ce n'est certainement pas un fait divers mais un vrai problème de société.

 

Nous allons du reste assister ces prochains jours à une nouvelle manœuvre sur les zones interdites de traitement au voisinage des habitations.

 

 

Allô ! Monsieur le Ministre ? Non, mais allô quoi !

 

Il est délicat de commenter l'événement de Loyettes en l'absence de l'ensemble des données. Ainsi, pourquoi l'agriculteur a-t-il traité un dimanche ? Notons cependant, d'une part, que le métier d'agriculteur est soumis à des aléas auxquels bon nombre d'abonnés aux 35 heures et aux RTT ne sont pas assujettis. D'autre part, ce traitement se fait vers le sol, avec une rampe basse, quasiment sans aucune nuisance (peut-être l'odeur). L'agresseur ne semble pas s'être plaint d'une nuisance, mais du simple fait qu'un agriculteur puisse utiliser un produit de protection des plantes.

 

Rien à voir avec les traitements des vergers de pommiers, qui se font vers le haut. Dans le Limousin, les pomiculteurs sont parvenus à adopter une charte en mars 2017, en accord avec diverses associations et des élus, dans l'indifférence médiatique quasi-générale, « afin de renforcer et améliorer l'image de la filière "Pomme du Limousin", préserver l'environnement et les intérêts de chacun ». Quelle remarquable expression de la volonté de cohabiter en intelligence !

 

À Noyettes, c'est l'absolutisme qui transparaît des rapports de presse. Un absolutisme qui est promu par des associations, même si c'est, peut-être pour le moment – sur le mode poli, voire festif.

 

C'est grave. Et la virulence à l'encontre des agriculteurs est effrayante dans certains gazouillis.

 

Confronté à l'événement, le gouvernement s'est tu.

 

M. Didier Guillaume, Ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, a déclaré le 29 novembre 2018, lors d'une visite à l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture, se positionner en « bouclier face à l’agri-bashing ». Il faut, a-t-il dit, « réconcilier rural et urbain » et faire de l’« agri-positive ». Invité au colloque de l'interprofession des huiles et protéines végétales, il a déclaré qu'il était « interdit de traiter un paysan d'empoisonneur ». Et traiter ainsi une sénatrice ?

 

Le fait est que l'on cherchera en vain une déclaration de M. Didier Guillaume sur son compte Twitter...

 

Il serait peut-être temps d'entamer une campagne de lutte contre le dénigrement massif, non ? Et aussi de mettre une sourdine aux fanfaronnades sur l'agriculture dite « biologique » et l'agro-écologie implicitement présentée comme alternative à un « modèle » implicitement (bis) mis au pilori.

 

 

Ajout du 14 mars 2019

 

Titre de Lyon Capitale : « Un agriculteur agressé dans l’Ain parce qu’il utilisait du glyphosate »... Le glyphosate, une obsession…

 

 

 

 

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M
https://www.midilibre.fr/2019/03/12/ales-la-guerre-des-coquelicots-contre-les-pesticides-sintensifie-via-un-colloque-et-un-fleurissement-de-la-ville,8063701.php Ce n'est pas avec des articles comme celui-ci que ça va s’arranger.
Ont peut aussi se demander si le projet de répandre des graine de coquelicots par nous voulons des coquelicots na pas pour but de détruire des champs de conventionnel. Un moyen pour Veillerette de s'attaquer à la concurrence (je sais que je vire dans le complotisme mais vu l'éthique du personnage ont peut tout de même se poser le question).
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire et le lien.

Ce mouvement bénéficie, hélas, d'importants relais dans la presse grâce à des journalistes militants, en mal de pige ou tout simplement obligés de rapporter les événements locaux. Et aussi du silence de "l'autre bord".

Quant aux graines de coquelicot, il me semble qu'il n'est pas nécessaire de faire un dessin pour les plus acharnés (de l'acabit de celui qui a agressé un agriculteur dans l'Ain).

Semer de la nielle dans les blés serait criminel… Ces gens sont franchement des apprentis sorciers...