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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Tu l'as dit... « En finir avec l’hypocrisie sur la question des pesticides »

9 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Abeilles, #Pesticides, #Politique, #Union européenne

Tu l'as dit... « En finir avec l’hypocrisie sur la question des pesticides »

 

À propos d'une tribune de M. Éric Andrieu, eurodéputé, dans le Monde...

 

 

...et porte-voix en Europe de l'avocat prédateur Robert F. Kennedy Jr... Quand on a la haine de Monsanto et des pesticides en général dans le sang...

 

 

Il a choisi un titre fort judicieux, « En finir avec l’hypocrisie sur la question des pesticides », pour sa tribune dans le Monde du 5 (date sur la toile) et du 6 février 2019 (date de l'édition papier).

 

C'est sans nul doute à l'insu de son plein gré...

 

Le motif de sa diatribe courroucée – un mode habituel de communication dans son cas ? Le chapô :

 

« Les 28 Etats membres de l’Union européenne ont de nouveau refusé, le 25 janvier, d’adopter les préconisations de la Commission européenne pour protéger les abeilles, se désole l’eurodéputé (PS) Eric Andrieu dans une tribune au "Monde". »

 

Tous les ingrédients d'une bonne tribune ou presque y sont : les pauvres zabeilles et les vilains pesticides... les preux députés européens et les veules États membres... une bonne Commission Européenne (dans ce cas précis, car elle tente de faire passer un texte qui tordrait le cou à la majorité des pesticides)... et même une gentille EFSA (également dans ce cas précis, puisque la proposition originale émane d'elle).

 

Cette binarité est liée avec une sauce épaisse de démagogie et de ridicules effets de manche, et saupoudrée de mots qui fâchent – « glyphosate », « néonicotinoïdes », etc. et aussi « lobbyistes », « industriels », « agrochimie », etc.

 

Or donc,

 

« Vendredi 25 janvier, les représentants des 28 Etats membres de l’Union européenne (UE) ont été incapables d’adopter les lignes directrices proposées par la Commission pour protéger les pollinisateurs des dommages causés par les pesticides.

 

Alors que 77 % des eurodéputés viennent d’adopter les recommandations de notre commission spéciale sur la procédure d’autorisation des pesticides par l’Union (PEST), chargée d’enquêter sur les procédures d’autorisation des pesticides en Europe, une majorité d’Etats continuent de faire la sourde oreille sur ces questions. »

 

La Commission a mis pour la vingt-cinquième fois – vous avez bien lu : 25e – sur le tapis le document d’orientation de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) relatif à l’évaluation des risques des pesticides pour les abeilles (le fameux « Bee Guidance Document ») initialement produit en 2013. Seize États sur 28 (ce qui fait tout de même une majorité) bloquent la proposition. Et, pour M. Éric Andrieu, ils

 

« doivent enfin prendre leurs responsabilités, appliquer le principe de précaution et adopter sans délai la proposition initiale de la Commission européenne ».

 

Mais ils ont pris leurs responsabilités, M. Andrieu ! Majoritairement, ils n'en veulent pas, ni de la proposition originale, ni de la version actuelle apparemment édulcorée. Mais comme cela ne répond pas aux obsessions de M. Éric Andrieu, ils sont irresponsables...

 

Pensez donc ! Pendant que les États membres font de l'obstruction,

 

« ...le taux de mortalité des abeilles atteint les 80 % dans certaines régions de l'UE. Alors que les études montrent que l'utilisation de pesticides représente un risque réel pour les abeilles sauvages et les abeilles mellifères […] Il en va de la préservation de la biodiversité et de notre sécurité alimentaire. Pour rappel, les abeilles pollinisent 84 % des cultures européennes et 4000 variétés de végétaux. »

 

 

...et porte-voix de l'entité Pollinis...

 

 

Et pourquoi donc les gouvernements nationaux campent-ils dans « l'opposition systématique » ?

 

« ...sous la pression incessante des lobbyistes des industriels de l'agrochimie, certains Etats demandent aujourd'hui à l'EFSA de réviser son document d'orientation de 2013, qui n'a jamais été mis en œuvre. Et pour cause : selon l'industrie, 82 % des produits phytosanitaires seraient alors sur la sellette! »

 

Ce « [e]t pour cause » signifie-t-il que M. Éric Andrieu partage le constat ? Ce serait probablement à l'insu de son plein gré : il est fort maladroit d'admettre un tel désastre pour la protection des plantes et, partant, l'agriculture quand on milite pour un passage en force d'un document aussi dévastateur.

 

Mais restons sur les « lobbies » :

 

« Au bout du compte, les protocoles d'évaluation des pesticides vis-à-vis des pollinisateurs en Europe continuent de se référer à un texte de 2002, un copié-collé de l'industrie, prétendument "actualisé" en 2010. »

 

Il nous semble que pour la clothianidine, l'imidaclopride et le thiaméthoxame, la Commission Européenne – ou un certain haut fonctionnaire apiculteur amateur – a donné instruction à l'EFSA de fonder son évaluation des risques pour les abeilles sur le projet de Bee Guidance Document, non adopté, donc sans valeur juridique (voir par exemple « Néonicotinoïdes : l'appel au secours codé de l'EFSA » de Risk-monger).

 

Ce qui, mécaniquement et conformément à l'objectif du donneur d'ordre et du document d'orientation, a abouti à leur retrait de la panoplie des produits de protection de plantes pour presque tous les usages.

 

Car le problème général des études de toxicité pour les abeilles est que les études de laboratoire ou en milieu confiné aboutissent (souvent par conception) à des constats de toxicité qu'on ne retrouve pas en conditions de terrain. Il suffisait donc d'imposer des conditions irréalisables aux essais de terrain pour les éliminer de l'évaluation. C'est ce qui a été fait lors de la rédaction du document d'orientation avec le concours d'experts affligés d'un gros conflit d'intérêts –non divulgué (voir par exemple « Le scandale des néonicotinoïdes à l'EFSA : illogisme, illégitimité, illégalité » et « The Neonicotinoid Bee Guidance Document: How EFSA was deceived by activist scientists », également de Risk-monger).

 

 

...et porte-voix des faux-nez du biobusiness

 

 

Mais ce sont là des faits dérangeants qui ne sauraient bouleverser le manichéisme des pourfendeurs de pesticides (de synthèse, cela va de soi).

 

Un manichéisme qui mène à de grandes envolées lyriques dans la tribune dans le Monde. Nous avons l'embarras du choix !

 

« ...les gouvernements des 28 se grandiraient à prendre en compte les aspirations de nos concitoyens en matière de biodiversité et de protection de la santé humaine. »

 

« Et le président de la République, en sauveur de la planète, d'arriver à réunir
cette fois une majorité d'Etats membres autour de lui afin de prendre des mesures
pour protéger concrètement les abeilles. 
»

 

« Les chefs d'Etat doivent en finir avec leur hypocrisie sur la question des pesticides et cesser de dérouler le tapis rouge aux multinationales de l'agrochimie, peu scrupuleuses de l'avenir de la planète. »

 

Nous en connaissons d'autres qui devraient en finir avec leur propre hypocrisie...

 

Les abeilles méritent mieux que leur instrumentalisation au profit d'une idéologie anti-entreprises et anti-technologie.

 

 

...et porte-voix du Corporate Europe Observatory

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Marc FAURE 12/02/2019 14:33

Ce député sent les prochaines élections Européennes et son prochain argent de poche ! La consommation de pesticides en France est en baisse constante (si l'on prend le ratio quantité de matière active / hectares traités) ! Il faut enlever de la SAU, les STH, les prairies artificielles (elles ne reçoivent pas de phytos, sauf quelques unités de fertilisants).
Je me suis toujours posé des questions sur le réel intérêt de tous ces pourfendeurs de réel progrès en agriculture. Mr José Bovet, dans sa bataille contre les OGM a favorisé les géants semenciers Américains et autres non Européens ! Ils vont faire reculer l'agriculture Française et n'aurons le choix que d'accepter des produits agricoles provenant de pays ou les contrôles ne sont pas à la hauteur de notre Europe. On le voit avec le début des importations de viande bovine provenant des U.S. et bientôt du Brésil, viandes qui vont auprès des industriels et très peu, pour l'instant, dans les boucheries traditionnelles.
Marre des ces gens qui parlent et ne connaissent rien !

Seppi 12/02/2019 19:35

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Oui, la soupe bruxello-strasbourgeoise est bonne… Et le gus se sent investi d'une mission de Superman.

Le réel intérêt de ces gens ? Leur égo. Dans le cas de José Bové, un Œdipe très mal négocié (son père Joseph-Marie Bové était un grand chercheur dans le domaine de la pathologie végétale et, d'une certaine manière, un contributeur précoce à la révolution génétique.

Oui, ils sont les idiots utiles des semenciers étrangers (pas seulement américains, les développements en cours en Amérique Latine, et même en Afrique, sont intéressants).

Oui, ils sont les idiots utiles des agricultures non européennes. On parle trop des viandes bovines concernées par les accords de libre-échange avec le Canada, le MERCOSUR et les Etats-Unis (celui-ci a été "trumpisé"), pas assez du poulet brésilien…

La France, deuxième exportateur mondial de produits agricoles est tombée au sixième rang… Le désastre est avancé.

Alexandre Damiron 11/02/2019 20:44

Et donc, que méritent les abeilles ? Quelles sont vos propositions ? J'ose espérer qu'il ne s'agit pas d'attentisme bien intentionné ?

Seppi 12/02/2019 19:22

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je ne suis pas un spécialiste des abeilles, mais les réponses se trouvent, au moins indirectement, dans ce blog. Je vous recommande notamment :

http://seppi.over-blog.com/2017/12/mortalite-des-abeilles-l-erreur-se-tient-debout-derriere-la-ruche.html