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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Sésame, le bio s'ouvre à vous ! »... et les fonds publics pour eux : 10.000 euros de subventions/hectare ?

18 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

« Sésame, le bio s'ouvre à vous ! »... et les fonds publics pour eux : 10.000 euros de subventions/hectare ?

 

 

Le Parisien nous a proposé le 2 janvier 2019 un « Sésame, la grande ferme biologique de l’ex-base 217 de Brétigny » fort instructif :

 

« 61 hectares seront cultivées dès cet automne par 13 agriculteurs associés. Vingt et une autres exploitations devraient également être mises en place sur les vingt et une communes du territoire Coeur d’Essonne. »

 

Il paraît que c'est un « grand projet innovant et porteur d’avenir ».

 

 

Belles paroles...

 

On sort son mouchoir quand on lit que les porteurs de projet « ont choisi le nom d’une graine "peu consommatrice d’eau, respectueuse des sols et nourrissante" ». Ben oui, il y a des graines qui respectent les sols, et d'autres pas... C'est nouveau ! Et le sésame, c'est vraiment nourrissant ! Mangez un pain normal, puis le même au sésame... et constatez la différence...

 

Mais on peut les laisser à leur marketing. C'est toutefois une autre affaire s'agissant des responsables politiques, cités par le Parisien :

 

« "Il faut y lire notre ambition de tourner le territoire vers l’écoresponsabilité, indique Eric Braive, président (DVG) de Cœur d’Essonne agglomération. C’est-à-dire de le développer en étant attentif au devenir des générations futures, sans y créer de logements, mais en y générant des emplois." »

 

 

« Éco(lo)responsabilité » rime-t-il avec « éco(no)responsabilité » ?

 

Le Parisien écrit encore :

 

« Coût total du projet : 6,5 M€. Présélectionné par l’Etat et la Caisse des dépôts dans le cadre de l’appel à projets "Territoire d’innovation et de grande ambition", en janvier dernier, le projet Sésame pourrait par ailleurs remporter un soutien financier équivalent à plusieurs dizaines de millions d’euros sur les dix ans à venir. De quoi faciliter la mise en place de ses autres volets, et notamment de 21 fermes plus petites. Soit une par commune membre de l’agglomération. »

 

C'est un peu dur à décrypter. Mais admettons que les 6,5 M€ représentent bien le coût total du projet, pour 61 hectares mis en culture à l'automne et 75 hectares à terme. Sachant par ailleurs que :

 

« Les treize agriculteurs associés élèveront 249 poules et 20 vaches, et consacreront 13 ha à la culture maraîchère, et 20 à celle des céréales. Il y aura également une parcelle d’agroforesterie de 5 ha. »

 

L'économiste (que je ne suis pas) trouve que ce projet est subventionné à hauteur de quelque 100.000 euros/hectare ou 500.000 euros/« agriculteur ». Nous mettons des guillemets parce qu'à 13 sur 61 hectares, cela fait 4,7 hectares en moyenne. Ce n'est pas de l'agriculture en France.

 

L'achat des terrains à l'État, réalisé en décembre 2015, n'est pas inclus dans ce chiffre, mais cela ne change pas la donne : 300 des 750 hectares du site ont été cédés par l'État aux collectivités locales pour un euro symbolique.

 

 

Quelle taille, le projet ?

 

Faut-il au contraire penser que cette somme correspond à l'ensemble du projet, décrit comme suit dans l'annonce des lauréats de l’appel à manifestations d’intérêt pour les « Territoires d’Innovation de Grande Ambition » ?

 

« "Cœur d'Essonne, territoire pionnier de la transition agricole et alimentaire en région Ile-de-France", Cœur d’Essonne Agglomération

 

En 10 ans, Cœur d’Essonne a pour objectif de nourrir 10% des habitants et d’approvisionner 50% de la restauration collective en produits issus de l’agriculture biologique locale, d’assurer le renouvellement des agriculteurs et de créer 2 000 emplois directs et indirects tout en inversant la tendance de dégradation des sols et en rétablissant la biodiversité. Le projet prévoit également de démontrer la capacité de l’agro-écologie à changer d’échelle, avec la mise en place d’une exploitation de 75 Ha destinée à être la tête de réseau de 100 autres fermes pilotes, et d’implanter 12 unités de transformation sur le territoire.

 

Cent autres « fermes pilotes » ? Ou, une fois le projet accepté pour un financement sur nos très chers impôts, plus que « 21 fermes plus petites » comme vient de l'écrire le Parisien ?

 

L'agglomération dispose-t-elle des superficies nécessaires ? Si la centaine initialement annoncée sont de 75 hectares chacune, il faudrait 7.500 hectares, soit en gros la moitié de la superficie de l'agglomération...

 

Et si c'était 100 fermes de 5 hectares chacune en moyenne (en extrapolant le projet actuel de 13 « agriculteurs » sur, à terme, 75 hectares) ? Est-ce crédible de « nourrir 10% des habitants et d’approvisionner 50% de la restauration collective » ? C'est certes suivi de : « en produits issus de l’agriculture biologique locale ». Nourrir quelque 20.000 personnes ?...

 

 

L'argent public est dilapidé...

 

Tout aussi ahurissant est le chiffre de 2.000 emplois directs ou indirects.

 

On a certes fait miroiter l'établissement de « douze unités de transformation, une centrale solaire et une ressourcerie agricole [qui] seront aussi créées. » Si le « bio » doit être local, il faut bien le transformer sur place. Mais là encore, quelle rentabilité de l'investissement, quelle productivité du travail, quel subventionnement du fonctionnement ?

 

En résumé, il se pose beaucoup de questions sur la gestion des finances publiques.

 

Dans un article plus ancien « Brétigny-sur-Orge : le projet de fermes bios sur l’ex base aérienne séduit l’Etat », le Parisien articule un autre chiffre – ahurissant – de subvention :

 

« Ce projet de "transition agricole et alimentaire unique en France", comme l’a souligné ce lundi Eric Braive, le président (DVG) lors de ses vœux à la population, doit voir le jour sur les 75 ha de l’ex base aérienne 217 de Brétigny-sur-Orge. En franchissant cette première étape, l’agglomération va bénéficier d’une aide de 387 000 € pour réaliser des études complémentaires. Une somme qui doit leur permettre de préparer la réponse à un nouvel appel à projets lancé mi-2018, où seule une douzaine de dossiers sera choisie. A la clé : un budget de 450 M€ sur 10 ans à répartir entre les lauréats. »

 

Des « études complémentaires » pour 387.000 euros ? Pour quelles subventions, au final, alimentant le fonctionnement du projet ?

 

Généralisons : combien de dépenses en frais d'études des 117 porteurs de projet dont on a retenu 24 pour une dotation de 450 millions d'euros sur 10 ans ?

 

 

On peut s'en remettre au jugement de la Chambre d'Agriculture de l'Île-de France

 

Beaucoup de questions se posent aussi sur les ambitions politiques. L'article précité nous apprend également que la Chambre d'Agriculture de l'Île-de-France s'est retirée du projet : elle refuse « l’imposition d’un projet alternatif n’ayant aucune viabilité économique en termes de financement et d’emplois ».

 

Mais on semble penser – sur ce projet et d'autres – que l'avenir de la société française se trouve dans des micro-fermes ou des ensembles de micro-fermes pratiquant une agriculture biologique ou, mieux encore, la « permaculture » et quelque autre activité (20 vaches et 249 poules... quelle productivité du travail et rentabilité de l'investissement ?).

 

Pendant ce temps, d'autres pays, en Europe et ailleurs, investissent dans l'agriculture productive... et investissent notre marché au dépens de notre agriculture nationale.

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C
A lire votre analyse faite de l'article du Parisien, je ressens une forte amertume et une belle pointe de jalousie. Ce que Ferme d'avenir propose, c'est l'espoir de pouvoir nourrir sainement la population dans un monde où l'eau, l'air et la terre atteignent des niveaux de pollution sans précédent. <br /> Qu'en est-il des subventions données aux agriculteurs conventionnels ? Qu'en est-il du désastreux nombre de suicides d'agriculteurs conventionnels en France ? Est-ce ce model que vous défendez et voulez perpétuer ? Est-ce vraiment le chemin à suivre pour sauver l'humanité de la crise alimentaire et sanitaire qui arrive ? Il serait temps de laisser la place à de nouveaux models qui ont le mérite de chercher à améliorer les choses sans tuer toute la biodiversité qui nous fait vivre, qu'on le veuille ou non. <br /> Des études scientifiques en cours commencent, à traver le monde, à démontrer la viabilité de micro-ferme. Oui, 100 fermes sur 75 hectares, c'est possible. Les cultures de légumes respectueuses des sols et ingénieuses (je ne parle pas du bio classique qui ne fait "que" se passer des pulvérisations chimiques) produisent beaucoup plus que l'agriculture conventionnelle.<br /> Merci de m'avoir lue. J'espère que vous laisserez germer la graine que je sème dans vos esprits.
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Vous déroulez la propagande et les lieux communs attrape-couillons. Et les grandiloquentes déclarations style "sauver l'humanité".<br /> <br /> Oui, il est possible d'avoir 100 "fermes" sur 75 hectares. Elles vous produiront -- peut-être, rien n'est moins sûr -- votre persil et vos autres herbes condimentaires, mais pas votre pain.<br /> <br /> Et quand j'ai écrit "peut-être", c'est en pensant que ce sera à coup d'extraordinaires subventions ou d'autres trucs pour maintenir le système sous respiration artificielle. "Fermes d'Avenir" vous vend du vent. Cherchez les résultats économiques de la Ferme de la Bourdaisière…<br /> <br /> On nous vend du vent et on pompe notre fric… qui pourrait être employé à des choses bien plus utiles.
J
C'est bien diffusé: Les" pauvres agriculteurs Bio" sont moins aidés que les conventionnels.Même si c'est totalement faux ce milieu écolo bobo se plait à répéter à l'infini ses mensonges.lors de la mise en place de la mauvaise pac en 1993 les producteurs bio en blé ont bénéficié des primes calculé sur la moyenne des rendements départementaux des conventionnels.Au fil des réformes les aides à l'hectares vonvergent vers les mêmes montants,les BIOS les touchent aussi mais avec les médias et y compris avec la conf ils font comme si ils ne les touchaient pas et en réclament toujours plus.Moi qui croyais qu'avec un produit Bio les agriculteurs bénéfiecieraient du juste prix pour avoir un bon revenu,j'entends médusé tous ces écolos politiques qui veulent peut être des produits bio gratuits et qui réclament toujours plus d'aides au détriment des autres agriculteurs.Sur mon exploitation où nous travaillons à 2 j'avais un potentiel de 20.000€ des différentes compenstion,depuis le bilan de santé 2009 cela chute.En 2014 on a transféré 10% des crédits pac du 1° pilier pour compenser le retrait des crédits de l'état français.Travers à encore fait une pioche dans les crédits du 1° pilier pour aller au second (ce fond sers aussi à financer le gaspillage financier de la réintroduction du Loup.bref en 2018 même si j'ai quelques ha de plus qu'en 2008 je vais à peine arriver à 15000€
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre témoignage.<br /> <br /> On peut en effet être médusé par la communication, et surtout la crédulité des médias. Les jours pairs, c'est : "l'agriculture biologique paient mieux (ou est plus rentable); les jours impairs, c'est "il nous faut des subventions".
J
Toujours les mêmes méthodes de l'équipe Ferme d'Avenir : on récupère le maximum de subventions, on séduit les collectivités en affirmant que cela servira de ferme modèle. Donc normalement des charges de production annuelles bien plus faible. <br /> C'est la méthode employées pour la 1ere Ferme dite "d'avenir" au château de la Bourdaisière à Montlouis sur Loire (près de Tours); Bilan : une catastrophe économique, un échec, comme le leader, M de Rostolan l'avait avoué lors d'une conférence en novembre 2017. Mais cela n'a pas empêché l'association de continuer son marketing avec le film (le documentaire à la gloire de ...) "on a 20ans pour changer le monde" et la ferme en région parisienne. Pour en savoir plus lisez les docs de la presse agricole locale.<br /> Lien 1 http://www.maisondesagriculteurs37.fr/index.php?page=actu-detail&id=6027&retour=accueil<br /> Lien 2 : http://www.maisondesagriculteurs37.fr/upload/document/Tract_revu_ferme_davenir_film_on_a_20_ans_pour_changer_le_monde.pdf<br /> <br /> et lien 2
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire et les liens.<br /> <br /> Il y a aussi eu un fil de commentaires sur la Bourdaisière ici :<br /> <br /> http://alerte-environnement.fr/2019/01/12/quelques-verites-sur-lagriculture-francaise-daujourdhui/<br /> <br /> J'ai écrit à propos de :<br /> <br /> https://fermesdavenir.org/ferme-de-bourdaisiere/le-projet-la-boudaisiere/quelques-chiffres<br /> <br /> Seb,<br /> Il faut lire!<br /> « Le chiffre d’affaire de l’année 2019 ( sic, c’est 2018) s’élève à près de 31000 €. »<br /> « La ferme a dépensé pour environ 15000€ en consommable et matériel. »<br /> Même moi qui ai horreur des chiffres et des questions financières, je comprends que 31.000 – 15.000 = 16.000 euros… pour payer :<br /> « La ferme emploie deux personnes (Rachel et Tom puis Corentin) ».<br /> Et puis, la ferme « accueille des stagiaires sur toute l’année »… manifestement non pays ou payés au lance-pierre:<br /> « Un stagiaire « longue durée » pour la partie administrative et commerciale de la ferme, la communication extérieure et une aide sur le terrain.<br /> – Nous avons eu 24 personnes sur le terrain cette année, principalement des personnes en formation agricole (BTS production horticole, BPREA, …) et quelques bénévoles. »<br /> 16.000 euros pour 3 ETP sûrs et combien d’ETP correspondant aux « 24 personnes sur le terrain » ?<br /> C’est simple : la Bourdaisière démontre que l’utopie est une utopie. Et, quand elle est promue, une escroquerie.<br /> <br /> <br />