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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Mission argentine d'exportation de l'expertise

5 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Afrique, #Agronomie

Mission argentine d'exportation de l'expertise

 

Edgard Ramίrez*

 

 

 

 

Partout dans le monde, les agriculteurs veulent produire suffisamment de récoltes pour les vendre à d’autres. C’est ainsi que nous vivons en Argentine : depuis notre ferme de La Carlota, une petite ville située dans les plaines de la Pampa, nous produisons du maïs, du soja et parfois du blé. Et nous en vendons une grande partie à des clients d'autres pays.

 

Mais ce n’est pas tout ce que nous pouvons exporter. J’ai aussi appris que les agriculteurs peuvent exporter des idées – et c’est ce que j’essaie de faire en m'impliquant dans l’agriculture africaine.

 

L'idée est de cultiver sans labour, ce qui nous permet de tirer le meilleur parti de notre accès limité à l'eau et de protéger notre sol. Plutôt que de bouleverser le sol chaque année en labourant, nous essayons de le perturber le moins possible au fur et à mesure que nous procédons aux semis et aux récoltes. Nous protégeons le sol avec des cultures de couverture pour améliorer l'efficacité de l'utilisation de l'eau. De cette façon, nous protégeons l'humidité dans nos champs et luttons également contre l'érosion.

 

En Argentine, l'agriculture sans labour a fait une grande différence. En conjonction avec d’autres pratiques et technologies, nous produisons plus de nourriture sur moins de terres que jamais auparavant.

 

C’est une excellente nouvelle pour un monde caractérisé par une population en expansion et des pressions environnementales croissantes.

 

Ayant constaté les grands avantages de cette approche, je suis membre de l’Aapresid [Asociación Argentina de Productores en Siembra Directa], l'association argentine des producteurs en semis direct (« no till»). Je suis également directeur du Programme International pour le Savoir sur le Sans-Labour et le Transfert de Technologie.

 

Il y a deux ans, la Banque Africaine de Développement (BAD) nous a contactés pour nous demander si nous pensions que les systèmes de culture sans labour qui fonctionnent si bien en Argentine pourraient également fonctionner dans la savane africaine, qui présente plusieurs caractéristiques similaires à celles du nord de l'Argentine dans l'est et l'ouest.

 

Ramirez avec des représentants de la BAD, un agronome argentin et des agriculteurs locaux du Ghana.

 

En d'autres termes : pourrions-nous exporter l'une de nos meilleures idées ?

 

L'agriculture est différente partout. Ce n'est pas parce que quelque chose fonctionne dans mon pays que cela fonctionnera dans le vôtre. Je l’ai même vu dans ma propre ferme : la production végétale peut varier d’un hectare à l’autre, parfois pour des raisons que je comprends, mais parfois aussi pour des raisons qui restent mystérieuses.

 

Cependant, il est possible de partager les connaissances et de les adapter aux conditions locales – et c’est ce que nous avons essayé de faire en Afrique. Nous avons d'abord visité la Côte d'Ivoire, où se trouve le siège de la Banque Africaine de Développement. Nous avons animé un atelier et déterminé que l'agriculture sans labour pouvait y fonctionner. Puis ce fut le tour du Ghana, qui semble également prometteur. Nous commencerons bientôt en Guinée, notre deuxième pays, le tout à la demande de la BAD et en partenariat avec elle.

 

Récolte de soja au Ghana (novembre 2018). S'agissant de l'utilisation de la mécanisation, l'image principale en tête d'article montre comment la récolte était traditionnellement réalisée : à la main et généralement par les femmes.

 

 

La différence la plus significative entre l'agriculture en Argentine et l'agriculture en Afrique est que chez nous, nous pouvons compter sur un large éventail de ressources. Nous avons des agronomes, des entrepreneurs, des scientifiques et d'autres qui comprennent l'agriculture et qui sont prêts à répondre aux besoins de chaque producteur. Nous pouvons compter sur de bons équipements, de bonnes entreprises et beaucoup de savoir-faire.

 

Ce n’est pas le cas en Afrique. Le continent manque de machines – et même s’il disposait de nombreux tracteurs, semoirs et moissonneuses-batteuses, il n’aurait pas les gens qui savent les utiliser, du moins pas au début. Au Ghana, vous trouverez des producteurs de maïs, mais pas nécessairement des producteurs de maïs pouvant tirer parti des technologies de protection des cultures que nous tenons pour acquises.

 

Toujours en apprentissage et en partage, Ramirez et Bill Couser discutant lors d'une visite de la Couser Cattle Company, à Nevada, dans l'Iowa (octobre 2018).

 

De plus, il y a beaucoup d’incertitudes sur ce que l’agriculture sans labour peut accomplir. Dans ma ferme, par exemple, nous faisons avec environ 700 mm de pluie par an. De nombreuses fermes de la savane africaine reçoivent 1.000 mm de pluie, mais les agriculteurs de la région pensent souvent qu’ils ne peuvent rien cultiver à moins d’irriguer.

 

Ce n’est tout simplement pas vrai. Nous nous sommes donc donné pour mission d’exporter notre savoir-faire. Nous enseignons à ces agriculteurs comment l’agriculture sans labour peut les aider à produire plus d’aliments là où ils ne l’ont pas encore fait.

 

La BAD est convaincue que l'agriculture sans labour peut contribuer à des cultures sur des millions d'hectares de savane africaine. Si c'est le cas, elle aidera un pays en difficulté à relever ses défis en matière de sécurité alimentaire.

 

L’agriculture sans labour ne fonctionnera pas comme par magie. Les agriculteurs africains ont besoin de stabilité politique, de capitaux, d'infrastructures, de machines et d'un meilleur accès à la technologie, y compris la biotechnologie. Pourtant, l'agriculture sans labour est prête à faire une différence positive en ce moment.

 

En tant qu’agriculteur et agronome, j’ai toujours cru au pouvoir des idées. Nous devons partager notre expérience et échanger nos connaissances avec d'autres agriculteurs. Nous devons apprendre de nos erreurs, parler de ce que nous avons mal fait et réfléchir à la façon dont tout le monde peut s'améliorer.

 

Nous n'avons qu'une planète. Nous devons la protéger et nous assurer que notre agriculture, peu importe où nous la pratiquons, est durable sur le plan environnemental, social et économique.

 

 

Maïs émergeant d'une culture de couverture dans un champ de la ferme d'Edgard, en Argentine.

________________

 

* Edgard Ramίrez, agriculteur, Córdoba, Argentine

Edgard est un maillon d'une lignée d'agriculteurs, agronome et conseiller. Il produit du soja, du maïs, du blé, de l'orge, des légumineuses et du sorgho dans le nord de la province de Córdoba. Sa ferme couvre 275 hectares. Par le biais de l'organisation de culture sans labour Aapresid et en collaboration avec la Banque Africaine de Développement, Edgard dirige un programme international visant à transférer des systèmes de production agricole durables sans labour et à promouvoir l'adoption de technologies innovantes en Afrique. L’Initiative « Transformation de la Savane Africaine » est chargée de l’exportation de connaissances et de machines pour le semis direct. L'objectif est de transférer l'expérience de l'Argentine en matière de production durable vers plus de 400 millions d'hectares, soit l'équivalent de 12 fois l'Argentine, actuellement sans production ou mal gérés. Aapresid a décidé de commencer par le Ghana, avec une équipe technique et des machines fournies par des sociétés argentines. Ils cherchent à produire ainsi du maïs et du soja.

 

Source : https://globalfarmernetwork.org/2018/12/argentinian-mission-to-export-expertise/

 

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