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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Message pour Mme Géraldine Woessner : « Don't give up the fight »

4 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

Message pour Mme Géraldine Woessner : « Don't give up the fight »

 

Et soutien à Géraldine Woessner (et les autres qui font encore honneur à la profession)

 

 

 

 

Mme Géraldine Woessner a eu récemment un fort compréhensible haut-le-cœur qui a produit un texte superbe qu'elle a mis sur sa page Facebook le 24 janvier 2019.

 

Et que je me permets de recopier (en supprimant un mot... le constat des six académies scientifiques et technologiques françaises est suffisamment accablant).

 

C'est un appel au secours d'une profession devenue suicidaire qui doit être largement diffusé.

 

« Il faut lire les commentaires délirants à la suite des articles traitant du dernier Envoyé spécial. J'espère que le Conseil supérieur de l'audiovisuel - CSA les prendra en compte. La rage se déchaîne, la peur... "Ce poison TUE !"

 

Ils prouvent que ce reportage a désinformé à plein...

 

Et ce soir, je suis écrasée de déprime.

 

La population, plus que jamais, est aveuglée, paniquée, incapable de penser rationnellement, et prête à tomber dans les bras de tous les populismes.

 

Il y a 6 ans, quelques jours après la publication de l'étude de Séralini, 6 agences scientifiques françaises, fait rarissime, publiaient ce communiqué commun indigné.

 

Chaque journaliste prétendant donner son opinion sur ce sujet a le DEVOIR de le lire. Ça prend 5 minutes. LISEZ-LE !!!!

 

Tout y est : exposé des faits, relation des manquements, conséquences sociétales, problèmes d'éthique :

 

http://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/avis1012.pdf

 

Comment croire une seconde que tous ces scientifiques étaient manipulés par la firme ? Ceux qui relaient cette fakenews (et la SDJ de France 2, mon Dieu !) ont sombré dans le pire du complotisme. Par paresse intellectuelle, par aveuglement idéologique, ils crachent sur la science, la déontologie, salissent la raison, et entèrent notre profession.

 

Le compte rendu des faits, glaçant, éclaire le naufrage de notre presse. L'appel impérieux au sursaut a été enterré, jeté aux oubliettes.

 

Aujourd'hui, je suis atterrée de constater qu'on rejoue le même mauvais film... En toute conscience. En toute impunité. Et en plaçant, comme toujours, le corporatisme avant la déontologie.

 

OUI, Monsanto a menti. Oui, cette firme a triché, manipulé, ourdi pour maintenir son business. CENT FOIS OUI, il faut le dénoncer. Mais utiliser ce fait dans un but politique, pour jeter le discrédit sur l'ensemble de la recherche et des agences sanitaires mondiales, est irresponsable. Ce sont elles qui, demain, devront évaluer les produits de substitution.

 

Je n'ai pas d'avis concernant le glyphosate. Son effet néfaste sur les sols, les organismes aquatiques, la biodiversité est réel et documenté. Comme l'est celui d'autres molécules. Aucun herbicide n'est anodin : c'est impossible.

 

Des décisions politiques seront prises. Mais il est essentiel qu'elles le soient en toute connaissance des éléments permettant au jugement de chacun de s'exercer.

 

Alors que toutes les antennes ont glosé, aujourd'hui, sur la part affolante de la population ne nous faisant plus confiance, pas UN pour faire le lien avec les fakenews qu'on leur balance, les manipulations qu'ils subissent sur la télévision publique. Pas que. Mais d'elle, on est en droit d'attendre autre chose.

 

Tant que je le pourrai, donc, je continuerai à le dire. Et j'aimerais que ceux qui partagent mon avis (ils sont nombreux) aient le COURAGE, enfin, de s'indigner publiquement.

J'en ai MARRE de recevoir ces messages en privé.

 

Quelle excuse objective avez-vous pour vous aplatir, pour vous coucher ?

 

C'était la même chose quand on dénonçait, il y a 10 ans, les collusions avec les politiques, les arrangements et emplois fictifs à l'Assemblée. Ceux qui gueulent le plus fort sur ces sujets aujourd'hui, sont les mêmes que j'ai vu alors se planquer derrière leurs cahiers. "Pas de vagues!"

 

Ils m'envoyaient, aussi, des messages en privé...

 

Vous pensez que c'est la même chose, cette fois ? Vous pensez que vous pouvez attendre, parce que comme toujours quand les faits sont solides, le vent va tourner ? Que vous pourrez alors vous manifester sans danger ?

 

Mais il ne tournera PLUS, les amis. C'est fini. On est à l'ère de la désinformation de masse. Vos complaisances corporatistes dépassent largement le cadre d'une seule diffusion. Elles nourrissent un torrent lentement creusé par nos manquements successifs, qui grossit, se déverse sur Facebook où aucun barrage ne le retient, il explose, se démultiplie.

 

Et c'est ce même torrent qui vous emportera. Qui NOUS emporte déjà. Moi avec.

 

ET VOUS NE LE VOYEZ PAS ?

 

Face à la science, maintenir, et encourager les positions "relativistes" est une hypocrisie : la vérité, c'est que cela assure de fortes audiences en exploitant les peurs (légitimes) des populations. A court terme, c'est payant.

 

A long terme, c'est simplement la MORT de notre profession.

 

academie-sciences.fr

 

 

www.academie-sciences.fr

 

 

 

Post scriptum

 

Ne pas rater : « Les dangers du "journalisme d’insinuation" » de l'Association Française pour l'Information Scientifique (AFIS).

 

Et un rappel historique :

 

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F
Beau texte et belle preuve de courage. Bravo à Géraldine Woessner.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

C'est effectivement un très beau texte.

Mais il n'y a plus d'Ernest Vaughan (directeur de l'Aurore quand parut le "J'accuse" d'Emile Zola) pour le publier...
M
Si seulement les autres journalistes était comme Géraldine Woessner et Emmanuelle Ducros.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Hélas, beaucoup d'entre eux ne sont pas comme elle… Mais le mal est plus profond. Il faut aussi le chercher dans le (dys)fonctionnement des médias.

On en a un exemple avec cet Envoyé Spécial que le directeur de l'information de France Télévisions et la société des journalistes de l'A2 soutiennent sans réserve.