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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le scandale du colza contaminé par un OGM

8 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM

Le scandale du colza contaminé par un OGM

 

Heureux qui vit dans un pays qui peut détruire 8.000 hectares de cultures pour un caprice

 

 

La photo d'illustration de France Inter. Décidément, les médias ont un problème…

 

 

Taratata ! Voilà une interjection fort opportune : dans une acception, elle imite le son du clairon – celui qui annonce une grande nouvelle, et dans une autre la négation ou l'incrédulité.

 

Taratata ! « La France pionnière de la lutte contre le gaspillage alimentaire », c'était l'annonce tonitruante claironnée par le Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation le 26 décembre 2019... Le motif du bombement de torse :

 

« Deux ans et demi après la promulgation de la loi relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire – une première mondiale –, le bilan tiré montre des effets très positifs, largement exprimés lors des États généraux de l’alimentation. Une réglementation ayant prouvé son efficacité, notamment auprès des associations caritatives, et qui devrait bientôt être étendue à d'autres secteurs, tels que la restauration collective et l'industrie agroalimentaire. »

 

 

 

 

Il faut lutter contre le gaspillage alimentaire... Toto, mange ta soupe !

 

Mais où commence le gaspillage ? Déjà au champ !

 

Voici donc la plus que navrante histoire d'une hystérie anti-OGM.

 

La France Agricole (réservé aux abonnés) nous a informés le 5 février 2019 qu'à l’automne 2018, la DGCCRFDirection Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes – avait détecté un canola GM résistant au glyphosate (GT73) dans trois lots de semences de la variété de colza 'DK Exception' (première variété sur le marché français, de marque Dekalb... Monsanto... Bayer).

 

Les lots sont donc « pollués de manière fortuite ». Et de manière peu compréhensible, les semences ayant été produites en contre-saison en Argentine, où l’OGM incriminé n'est pas autorisé à la culture.

 

Cet OGM – comme tout OGM – n'est pas autorisé à la culture en France.

 

La situation est donc très grave !

 

Vous rendez-vous compte ? Il y a, en France, des champs de colza qui comportent des plantes GM susceptibles de produire des graines qui ne présentent aucun risque pour l'environnement – du moins dans les pays qui produisent la variété GM en cause ; par exemple au Canada, un pays connu pour son grand laxisme en matière de protection de l'environnement (ironie).

 

La situation est très grave !

 

Cet OGM est autorisé à l'importation pour l’alimentation humaine et animale dans l’Union Européenne... et donc aussi en France. Les graines incriminées ne présentent donc aucun risque pour la santé humaine ou animale. Leur descendance et les produits qui en seraient issus (de l'huile pour l'alimentation humaine, ou peut-être un biocarburant, et des tourteaux pour l'alimentation animale) non plus.

 

Mais la situation est vraiment très grave !

 

Car, grâce aux blocages des rouages politiques – y compris les petits calculs démagogiques et les pusillanimités politiciennes – l'Union Européenne a été incapable de fixer un seuil (ou une limite) pour la présence fortuite d'OGM non autorisés dans des lots de semences. La règle est donc : tolérance zéro.

 

Aucun risque pour la santé humaine avons nous dit ? Probablement pas pour la santé mentale, notamment des décideurs politiques et administratifs...

 

Car la DGAL – la Direction Générale de l'Alimentation – a demandé que les colzas issus des lots incriminés soient détruits !

 

Cela touche 8.000 hectares (80 kilomètres carrés – Paris en fait 105,4...) et 700 agriculteurs.

 

Que ce serait-il passé si on avait laissé les cultures en place ? Il y aurait quelques graines GM dans la récolte ; probablement quelques repousses GM, qui disparaîtraient lors de la prochaine campagne agricole suivante ou peut-être de la suivante. En bref, rien.

 

Mais... c'est... un... OGM...

 

La DGAL exige donc une destruction du colza « pollué » ou « contaminé » « dès que possible cet hiver » – elle a tout de même réalisé que certains champs sont sous la neige ou dans un état qui ne permet pas d'y entrer – et au plus tard avant la floraison.

 

Détruire, oui, mais pas n'importe comment : mécanique, mais sans recours à un travail du sol profond, selon le cas avec désherbage chimique préalable (comment vont faire les agribios ?).

 

La DGAL requiert aussi de ne pas appliquer de glyphosate sur la parcelle pendant deux campagnes (2018-19 et 2019-20)... des fois qu'une plante GM aurait survécu, aurait été avantagée (sélectionnée) par le désherbage au glyphosate et aurait produit des semences qui seraient tombées à terre, auraient germé, produit de nouvelles graines... et « contaminé » à terme la France entière...

 

Amis agriculteurs, vous êtes aussi requis de prendre des photos avant/après pour documenter la destruction... Il faudra aussi mettre en place une culture de remplacement – enfin, si c'est possible – qui ne soit pas une crucifère (ni en semer une en 2019-2020) et qui permette de visualiser et de contrôler les repousses de colza.

 

En résumé : un formidable élan d'hystérie ! Il lui aura fallu du temps pour se matérialiser (la « contamination » a été détectée à l'automne dernier), mais seul le résultat compte.

 

Mais pour quoi donc, cette hystérie ?

 

L'avis envoyé aux agriculteurs concernés mentionne un niveau de présence de graines GM inférieur au seuil de quantification de 0,1 %. C'est là, en partie, de l'imprécision et de la prudence administratives et, en partie, de la bonne logique : quand on est en-dessous du seuil de quantification, on ne donne pas de chiffre.

 

« Les lots incriminés, distribués en France, contiennent un taux de présence fortuite inférieur à 0,005 % », a indiqué Bayer Crop Science le 5 février 2019.

 

Avez-vous bien lu ce chiffre qui donne le vertige ? 0,005 %, c'est 5 graines GM sur 100.000 ! Avec un semis plutôt dense de 50 graines par mètre carré (500.000 par hectare), cela représente 25 graines GM à l'hectare, et une douzaine de plantes GM en sortie d'hiver.

 

C'est vraiment terrible !

 

Et donc les autorités demandent de détruire 8.000 hectares de colza, le travail, l'investissement et l'espoir de récolte de 700 agriculteurs.

 

Le semencier propose de verser aux agriculteurs une indemnité forfaitaire de 2.000 euros par hectare, soit une dépense totale, pour ce seul poste, de 16 millions d'euros !

 

Les activistes anticapitalistes, anti-chimie et anti-génétique se réjouiront. Schadenfreude ! À tort. D'une manière ou d'une autre, les coûts seront répercutés sur la société tout entière (ou le sont déjà, les sociétés semencières faisant des provisions pour couvrir ce genre de risque). Et cet incident aura des répercussions sur les activités futures... il est vain d'espérer que les instances européennes règlent la question de manière rationnelle dans un avenir proche, ni même lointain.

 

Détruire 8.000 hectares de cultures en place depuis la fin de l'été dernier, n'est-ce pas du gaspillage ?

 

En tout cas, c'est un scandale.

 

Toto, mange ta soupe !

 

 

Le début de la lettre envoyée aux agriculteurs

 

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E
Et l'Espagne !!
Le MON810 y est autorisé , d'ailleurs : https://www.miteco.gob.es/es/calidad-y-evaluacion-ambiental/temas/biotecnologia/2018_tcm30-483486.pdf .
il y a t'il une date limite de destruction !
Non parce que si celle-ci est après la floraison alors c'est doublement aberrant .
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Il s'agit ici d'une "contamination" de semences de colza par des graines GM tolérantes au glyphosate.

Le MON 810 est un maïs (une gamme de variétés) Bt.

Mais c'est vrai que c'est totalement aberrant. Si la crainte devait se situer au niveau des pollinisations, le maïs, anémophile, serait bien plus problématique que le colza.
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Mais vous n'y êtes pas ! Le grain de pollen est susceptible de monter dans la haute atmosphère (où il sera bien conservé par le froid), choper le jet Stream, faire le tour de la Terre et atterrir au Béarn dans un champ de maïs en pleine floraison femelle… Il faut appliquer le "principe de précaution"
E
Oups , j'avais lu trop rapidement le texte qui précise bien la destruction avant floraison .
N'empêche qu'avec 15 ou 20 plantes ogm/ha récolté il y a de quoi fulminer contre cette décision .
Pour le coup , quand les vents sont orientés au sud Juin Juillet cela m’étonnerait beaucoup que la région du Béarn ne soit pas "contaminé" par du pollen ogm venant
de la province voisine d'Aragon .
P
Tout cela est assez surréaliste; et si les 700 agriculteurs refusaient, en bloc, cette destruction, qui aurait les moyens de le faire à leur place, parcelle après parcelle ? Les faucheurs volontaires (à la faux bien sûr) auraient justement là une bonne occasion de démontrer leur réelle sincérité concernant leur "peur des OGM": 8000 ha voilà le job; mais quand on hait, on ne compte pas.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

La situation est effectivement dramatique. Et il faut se secouer.
Y
Seppi vous dites:
"Les agriculteurs ne refuseront pas, encore moins en bloc. D'une manière générale, je crains que la profession ne soit engagée dans une démarche suicidaire ".
100% vrai, mais les agriculteurs le font sous la contrainte ! Ils n'ont pas d'autres choix que d'appliquer les règles/normes/directives/cahiers des charges et autres "règles de contentions" .
Quand ils se plaignent de l'administratifs ou des nombreux contrôles pénibles et chronophages ce n'est pas pour rien. Ils sont sans arrêt en train de devoir appliquer des règles "débiles et contre productives", mais sans avoir la moindre possibilité de les évités. D'où une "communication" souvent "malheureuse" qui fini violente car désespérée faite toujours trop tard quand la cocote minute a explosée.
Pour les semences OGM dans le colza, c'est encore plus ubuesque a vivre que ce que vous décrivez : un agriculteur a acheté plusieurs doses incriminées, la traçabilité nous permet de remonter jusqu'à ces parcelles pour s'apercevoir qu'ils fait partie de ceux qui mélangent (de façon raisonnée) des variétés entre elles! Et oui , ce n'est pas forcement une mauvaise idée, mais là bingo!!!! 3doses contaminent 30 ha. Comme d'habitude, a l'annonce du pb l'agriculteurs après quelques secondes de silence/choc réagit en agriculteurs avec le "bon sens paysan" et la "cocote minute explose" (là il faut baisser les oreilles et attendre que cela passe)et quelque temps après , avec quelque réflexions en "bon chef d'entreprise", c'est le bon sens économique qui reprend le dessus et effectivement 30ha x 2 000€ que l'on va remettre en culture de printemps en plus.........!
Pour une foi que l'agriculteur n'est pas le "dernier dindon de la farce" à cause des conneries des écolo...!!!
Là encore il subit la bêtisé des corniauds écolos bloquer du cerveaux par leurs idéologies.(certes, positivement en finalité)
Le gros avantage du monde agricole dans cette histoire qui personnellement ne m'étonne même plus, est que lui , il est déjà habitué et endurci a subir ce type ubuesque de situation.(il faut laisser passer le moment cocote minute quand même, ils faut bien qu'ils décompressent avec ce qu'ils prennent dans la tête))
Il ne passe pas 6 mois sans y avoir de nouvelles contraintes réglementaires à mettre en place avec dans 95% des cas des impacts négatives sur leurs entreprises agricoles.
Comme ce monde agricole ne sait pas "communiquer", quand il le fait , il est incompris car incompréhensible .
ah si!!! on vient de les aider!! La loi EGALIM !!!!!!!!!!! (triste ironies )
Beaucoup voudraient essayer "quelque chose" mais ils ne savent plus comment faire!
Passer bio et dire oui oui le glyphosate est toxique alors que le cuivre lui, c'est super bon pour l'environnement.!
Ben oui même nos politiques font "qu'embêter" l'Europe pour interdire le glyphosate et continuer d'utiliser le cuivre pour l'agriculture biologique bonne pour la nature....y parait! (pour rappel les agriculteurs , eux, ils sont dans les champs et ils voient les traces de vignes arrachées depuis 50 ans , mais qui intoxiquent toujours leurs zones ou rien ne pousse...).
Passer bio, pour sa santé aux moins! : Un chef d'exploitation bio et son salarier passe une après midi à arracher a la main de la datura..... arrêt de travail le lendemain car ils n'avaient pas pris de gant et pour cette plante bien naturelle qui en passant envahi tous les territoires depuis une dizaine d'années dans l'ouest , et qui est déjà très toxique en pénétration cutanée. Mais bien naturelle pour en rassurer certains !
Ils doivent arriver a garder "du bon sens paysan" dans un monde qui les obliges a faire avec des règles toujours plus compliquer au minimum quand pas carrément illogiques et contreproductives.
Pour la communication possible du monde agricole avec le "grand public": Comment fait on pour être écouter/crédible en étant toujours "contre" la majorité des médias, des politiques et même de certains "sois disant" chercheurs du CNRS ou de l'INRA???
Personnellement, je ne veux plus parler de ces sujets dans la vie privée. J'ai du quitté un anniversaire il n'y a pas longtemps encore , car mon absence de réponse a des questions polémique associé à ma profession connu, ma condamné a être le méchants .Connaissant le zozo intégriste en face de moi, je n'ai pas trouver de porte de sortie autre, pour ne pas gâcher la fête que de partir avant que je ne puisse plus supporter les insinuations/insultes a mon égard (à 21h30 fin apéro bien engagé pour le zozo...)!
Avec un groupe de "rando inconnu " cet été ,j'était informaticien spécialisé en réseau Elisa! Qu'elle bonne idée cela a été aux vues de la conversation au casse croute du midi qui à quand même dégénérée, mais sans moi (il faut savoir ce contenir quand même ..!).
En tant qu'expert en réseau informatique, on n'a pas pu me prendre a témoins pour mon expertise avant de finir par m'insulté ou dénigré au minimum sur mes compétences d'agronome !
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Si… Les agriculteurs ne refuseront pas, encore moins en bloc. D'une manière générale, je crains que la profession ne soit engagée dans une démarche suicidaire : faisons une agriculture française "propre" , sans OGM, sans glyphosate puisque l'opinion publique n'en veut pas, sans…, sans… dans l'espoir de livrer du "haut de gamme", plus cher. C'est suicidaire parce que le "dire" des consommateurs n'est pas le "faire" quand ils prennent un produit sur les rayons des supermarchés.

Plus prosaïquement, un refus des agriculteurs serait très mal perçu et soulèverait un tollé dans une opinion publique largement travaillée au corps par la mouvance alter et anti.

Enfin, encore plus prosaïquement, la période des semis, très sèche, n'a pas été terrible. Une bonne indemnisation serait plutôt bienvenue pour nombre d'entre eux.
D
à se demander si ce nes serait pas une nouvelle méthode des activistes pour "lutter" contre les OGM. Je récupère quelques graines de canola au Canada que je diffuse en France et hop, un scandale.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je n'ai pas voulu l'écrire… mais je le pense (aussi)...

Dans l'Opinion, Mme Emmanuelle Ducros a cependant écrit:

"Quelqu’un en veut-il à une de nos filières d’excellence ?"

https://www.lopinion.fr/edition/economie/colza-contamine-aux-ogm-cultivateurs-pieges-paradoxes-reglementation-177186

C'est elliptique, mais visiblement, elle pense comme nous.

Cette affaire me rappelle vigoureusement d'autres : la "découverte" de blé GM aux Etats-Unis (en particulier dans l'Etat de Washington en 2016) et au Canada ; la "découverte" de pommes de terre 'Amadea' dans un champ d''Amflora' en Suède, en 2010.