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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Monde et les frites : à hurler de rire...

11 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information

Le Monde et les frites : à hurler de rire...

 

à propos de : « Au Royaume-Uni, le réchauffement climatique fait raccourcir les frites »

 

 

L'été 2018 a été sec, également au Royaume-Uni où, paraît-il, il n'a pas plu dans certaines régions pendant 58 jours.

 

Les pommes de terre ont donc souffert et sont petites... et les frites ne sauraient pas être plus longues que les pommes de terre. Parole d'expert, comme l'apprend le Monde à ceux qui pourraient en douter :

 

« Or, "des pommes de terre plus petites signifient des frites plus petites", explicite [sic] donc Cedric Porter, rédacteur en chef de la World Potato Markets Review, qui publie chaque jeudi une newsletter d’analyse du marché de la pomme de terre en Europe et dans le monde. »

 

Mais comme l'indique le titre du Monde (et le sous-titre de ce billet), le raccourcissement des frites est attribué au... changement climatique !

 

En chapô de « Au Royaume-Uni, le réchauffement climatique fait raccourcir les frites » :

 

« Selon un rapport de The Climate Coalition, qui regroupe cent trente organisations, les "chips" britanniques ont été en moyenne trois centimètres plus courtes en 2018. »

 

C'est aller vite en besogne. Mais si The Climate Coalition voit midi à sa porte – c'est de bonne guerre – son rapport (que nous avons trouvé ici) est manifestement plus nuancé et plus complexe.

 

Dans ce billet de la rubrique big browser, les journalistes du Monde répercutent ce qu'ils ont – sélectivement – lu dans la presse britannique, essentiellement, sinon exclusivement, dans le Guardian, « UK chips an inch shorter after summer heatwave – report » ( les frites britanniques plus courtes d'un pouce après la vague de chaleur estivale), avec en chapô : « L'augmentation des épisodes météorologiques extrêmes due au changement climatique limite la production de fruits et de légumes »). Notez qu'un pouce équivaut à 2,54 et non 3 centimètres...

 

Le Monde se complaît dans les outrances – au conditionnel, cela va de soi :

 

« Le réchauffement climatique pourrait rendre trois quarts des terres agricoles britanniques impropres à la culture d’ici à 2050 ».

 

Mais, selon l'Independent, c'est : « impropre à la culture de la pomme de terre »... c'est probablement déjà le cas aujourd'hui compte tenu des exigences de cette culture. Ecowatch est plus précis : c'est les trois-quarts des terres sur lesquelles on produit actuellement des pommes de terre.

 

Sont aussi rapportées les outrances – toujours au conditionnel – du Philippulus de service, « Gareth Redmond-King, de l’ONG écologiste WWF (World Wildlife Fund, Fonds mondial pour la nature) » – nous ne savions pas que le WWF était « écologiste » (ironie) :

 

« C’est inimaginable pour nous de penser que la pomme de terre pourrait devenir un produit de luxe, mais cela pourrait bien devenir une réalité si des actions contre le réchauffement climatique ne sont pas immédiatement prises ».

 

Quelles actions ?

 

L'Eastern Daily Press, un journal régional, a interrogé un agriculteur dans « Chips are an inch shorter after summer heatwave, says climate change report » (les frites sont plus courtes d'un pouce après la vague de chaleur estivale selon un rapport sur le changement climatique). L'agriculteur sait évidemment de quoi il parle... notamment de retenues d'eau et de mesures permettant de les exploiter.

 

Le Monde préfère citer de sa source principale, sinon exclusive, du Guardian :

 

« Interrogé par le Guardian, le cuisinier britannique Hugh Fearnley-Whittingstall prodigue ainsi ses conseils pour espérer continuer à manger des frites aussi plantureuses qu’au XIXe siècle :

 

"Mangez local et de saison, et vous ferez déjà un peu. Des produits issus de l’agriculture biologique autant que possible, et limitez les produits carnés, et vous ferez encore plus.»

 

Ben voyons...

 

Rappelons incidemment à l'auteur de cet article du Monde qui étale sa culture littéraire et se prévaut de Charles Dickens – vous avez bien lu : Charles Dickens – que le XIXe siècle a connu l'« Irish Potato Famine », la grande famine due (en partie) aux ravages du mildiou de la pomme de terre.

 

Un commentaire sarcastique dans le Monde :

 

« Donc si l’an prochain il pleut davantage et si les patates ont la frite (ou inversement), le réchauffement climatique aura fait allonger les frites ? »

 

Non, « si... », il n'y aura pas d'article collapsologique dans le Monde.

 

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M
Lier le raccourcissement des frites au réchauffement climatique, cela peut sembler risible de prime abord. Cela permet surtout de visualiser le phénomène et de le rendre perceptible par les foules. Et oui, le réchauffement climatique, ce n'est pas seulement quelques jours de beau temps supplémentaire par an avec un peu moins de jours de gel. En constatant l'aversion du mauvais temps par certains, ils en viendraient à rendre le réchauffement climatique souhaitable, sans avoir réelle conscience de ses impacts sur tout ce qui nous entoure. Des articles pareils sont justement des tentatives de vulgarisation qui utilisent un langage que tout le monde comprend car il touche à ce que tout le monde connait.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Le raccourcissement des frites du fait d'une saison de culture qui aura été particulièrement sèche est un phénomène tout à fait normal et prévisible. Mais le lien avec le réchauffement climatique --dans le sens : le réchauffement climatique raccourcit les frites -- l'est assurément.

Quant à l'aversion du "mauvais temps", je suis bien d'accord avec vous. Les petites séquences de la télévision sur la météo du lendemain et des jours suivants me font toujours hurler de rage.
M
Le monde à fait un autre copier/coller de theguardian sur la disparition des insectes.
https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/02/11/le-declin-des-insectes-une-menace-grandissante-pour-les-ecosystemes-naturels_5422018_3244.html
https://www.theguardian.com/environment/2019/feb/10/plummeting-insect-numbers-threaten-collapse-of-nature
Les insectes ont survécu plusieurs centaine de millions d'année et à des extinctions massive pires que ce qui se passe aujourd'hui, mais ne survivraient pas à l'agriculture (conventionnelle bien sur) ?
Dans c'est article là, la méthode pour constater la disparition d'insectes, les insectes explosés sur le parebrise.
https://www.theguardian.com/environment/2019/feb/10/why-are-insects-in-decline-and-can-we-do-anything-about-it
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

J'avais vu l'article du Guardian en butinant sur le compte Twitter de l'ineffable Eric Andrieu et j'ai complété mon article sur le sujet après vous avoir lu.

Vous avez fondamentalement raison. D'ailleurs, l'article de Sanchez-Mayo -- malheureusement derrière un péage (ou peut-être heureusement… cela m'empêchera peut-être de perdre mon temps) joue sur l'ambiguïté. Des espèces disparaîtraient ? Elles sont remplacées dans leur niche écologique. Par ailleurs, une espèce dont la population se réduit peut soudainement exploser… c'est ce que nous voyons régulièrement dans nos cultures.

Pour l'histoire des pare-brise, j'aimerais qu'on se penche un jour sérieusement sur le salissement des optiques et les moucherons que les cyclistes se prennent dans les dents… juste pour faire la part des choses entre disparition des insectes et amélioration de l'aérodynamisme.