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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le fardeau mondial des agents pathogènes et des ravageurs sur les principales cultures vivrières

21 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Agronomie

Le fardeau mondial des agents pathogènes et des ravageurs sur les principales cultures vivrières

 

 

Une équipe internationale comprenant des chercheurs de l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) – Serge Savary, Laetitia Willocquet, Sarah Jane Pethybridge, Paul Esker, Neil McRoberts et Andy Nelson – ont publié dans Nature Ecology & Evolution « The global burden of pathogens and pests on major food crops » (le fardeau mondial des agents pathogènes et des ravageurs sur les principales cultures vivrières).

 

En voici le résumé (nous découpons...) :

 

« Les agents pathogènes et les ravageurs des cultures réduisent le rendement et la qualité de la production agricole. Ils entraînent des pertes économiques substantielles et réduisent la sécurité alimentaire aux niveaux des ménages, national et mondial. Les informations quantitatives normalisées sur les pertes de récoltes sont difficiles à compiler et à comparer entre les cultures, les agro-écosystèmes et les régions.

 

Nous présentons ici une évaluation de la santé des cultures effectuée par des experts et fournissons des estimations numériques des pertes de rendement par pathogène et par ravageur pour cinq cultures principales dans le monde et dans des zones critiques pour la sécurité alimentaire.

 

Nos résultats documentent des pertes associées à 137 pathogènes et ravageurs pour le blé, le riz, le maïs, la pomme de terre et le soja dans le monde. Nos pertes de rendement (fourchette) estimées au niveau mondial et par point chaud pour le blé (21,5 % (10,1-28,1 %)), le riz (30,0 % (24,6-40,9 %)), le maïs (22,5 % (19,5-41,1 %)), la pomme de terre (17,2 % (8,-21,0 %)) et le soja (21,4 % (11,0-32,4 %)) suggèrent que les pertes les plus importantes sont associées aux régions à déficit vivrier ayant une population en croissance rapide et fréquemment à des maladies et ravageurs émergents ou ré-émergents.

 

Notre évaluation met en évidence les différences d'impacts entre les agents pathogènes et les ravageurs des cultures et entre les points chauds de la sécurité alimentaire. Cette analyse apporte des informations cruciales pour prioriser la gestion de la santé des cultures afin d’améliorer la durabilité des agro-écosystèmes dans la fourniture de services aux sociétés. »

 

 

 

Une étude précédente – qui faisait largement autorité – est celle d'E.-C. Oerke, « Crop losses to pests » (pertes de récoltes dues aux ravageurs – au sens large). De son résumé :

 

« Des estimations des pertes potentielles et réelles malgré les pratiques de protection des cultures actuelles sont données pour le blé, le riz, le maïs, les pommes de terre, le soja et le cotonnier pour la période 2001-2003 sur une base régionale (19 régions) ainsi que pour le total mondial.

 

Parmi les cultures, la perte potentielle totale due aux ravageurs au niveau mondial variait d'environ 50 % pour le blé à plus de 80 % pour la production de coton. Les réponses sont estimées à 26–29 % de pertes pour le soja, le blé et le cotonnier et à 31, 37 et 40 % pour le maïs, le riz et les pommes de terre, respectivement.

 

Dans l'ensemble, les mauvaises herbes ont généré le potentiel de perte le plus élevé (34 %), les nuisibles et les agents pathogènes étant moins importants (pertes de 18 et 16 %).

 

L'efficacité de la protection des cultures était plus élevée dans les cultures commerciales que dans les cultures vivrières.

 

La lutte contre les mauvaises herbes peut être gérée mécaniquement ou chimiquement. Par conséquent, l'efficacité mondiale était considérablement supérieure à celle du contrôle des parasites ou des maladies, qui repose principalement sur des produits chimiques de synthèse. Les différences régionales en matière d'efficacité sont décrites. Malgré une nette augmentation de l'utilisation de pesticides, les pertes de récolte n'ont pas sensiblement diminué au cours des 40 dernières années. Cependant, l'utilisation de pesticides a permis aux agriculteurs de modifier les systèmes de production et d'accroître la productivité des cultures sans supporter les pertes plus élevées susceptibles de survenir en raison d'une vulnérabilité accrue à l'effet nuisible des parasites. »

 

Les chiffres des deux articles ne sont pas directement comparables ; en particulier, les approches ont été très différentes pour les colliger. Savary et al. notent cependant que leurs chiffres sont dans la même fourchette que ceux d'Oerke (qui avait inclus les pertes dues aux mauvaises herbes). Cela suggère qu'une estimation de 20-30 % est plutôt robuste et qu'il n'y a pas eu de modification majeure dans la santé des cultures entre 2001-2003 et 2017.

 

Il faut cependant souligner la dernière observation d'Oerke citée ci-dessus : « ...l'utilisation de pesticides a permis aux agriculteurs de modifier les systèmes de production et d'accroître la productivité des cultures sans supporter les pertes plus élevées susceptibles de survenir en raison d'une vulnérabilité accrue à l'effet nuisible des parasites. »

 

Mais les faits seront peut-être contredits par des chercheurs qui considèrent inutile le désherbage... et qui voudront peut-être se démarquer à nouveau en affirmant que les fongicides et insecticides sont inutiles...

 

 

 

 

Dans son communiqué de presse, l'Université de Twente a notamment écrit :

 

« S'attaquer au problème

 

Lors du 10e Congrès international de phytopathologie tenu à Beijing en 2013, le comité sur les pertes de récoltes de la Société Internationale de Phytopathologie (ISPP), récemment créé, a décidé de mener une enquête sur les pertes dues aux P & R [pathogènes et ravageurs] parmi les experts de la santé des végétaux. Cette enquête en ligne mondiale a été réalisée avec le soutien de l'ISPP entre le 1er novembre 2016 et le 31 janvier 2017 et a touché plus de 2.500 membres de l'ISPP, ainsi que près de 100 experts en santé des cultures de plusieurs organisations, notamment les instituts du GCRAI [Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale] et de Rothamsted Research.

 

À l'aide d'un questionnaire en ligne très simple, les auteurs ont recueilli près de 1.000 réponses de 219 experts en santé des cultures sur cinq grandes cultures vivrières (blé, riz, maïs, soja et pomme de terre) dans 67 pays. Ces cinq cultures fournissent environ 50 % de l'apport calorique humain mondial et les 67 pays représentent une fraction substantielle (84 %) de la production mondiale de ces cinq cultures.

 

Les pertes sont considérables et varient selon les points chauds de la sécurité alimentaire

 

Le "fardeau mondial des agents pathogènes et des ravageurs" documente les pertes associées à 137 P & R dans le blé, le riz, le maïs, la pomme de terre et le soja dans le monde. À l'échelle mondiale, les auteurs estiment que l'ampleur des pertes varie de 10,1 à 28,1 % pour le blé, de 24,6 à 40,9 % pour le riz, de 19,5 à 41,1 % pour le maïs, de 8,1 à 21,0 % pour la pomme de terre et de 11,0 à 32,4 % pour le soja.

 

L'étude fournit également des estimations des pertes dues aux P & R individuels pour ces cultures dans le monde, ainsi que dans plusieurs "points chauds" de la sécurité alimentaire mondiale. Ces points chauds sont des sources et/ou des puits critiques dans le système alimentaire mondial : Europe du Nord-Ouest, plaines du Mid-West américain et sud du Canada, sud du Brésil et Argentine, plaines indo-gangétiques de l'Asie du Sud, plaines de la Chine, Asie du Sud-Est et Afrique subsaharienne.

 

Les résultats mettent en évidence les différences d'impacts entre les agents pathogènes et les ravageurs des cultures et entre les points chauds de la sécurité alimentaire. Mais ils montrent également que les pertes les plus importantes semblent être associées aux régions à déficit vivrier où la population croît rapidement et à des maladies et des ravageurs émergents ou ré-émergents.

 

Informations à l'appui des actions visant à lutter contre les agents pathogènes et les ravageurs des cultures chroniques et émergents

 

La quantification des pertes de récolte fournit une mesure des avancées passées et une référence pour les progrès futurs dans la gestion de la santé des cultures. Nos résultats fournissent une base pour la recherche et la hiérarchisation des politiques en matière de gestion de la santé des cultures. Certains P & R sont chroniques – ce qui signifie qu’ils se produisent régulièrement et sur de grandes surfaces. Pour les P & R chroniques, des efforts sont nécessaires pour fournir des outils de gestion plus efficaces et durables, tels que des variétés résistantes. Certains P & R émergent ou ré-émergent et sont associés à de fortes augmentations récentes des pertes dans des points chauds spécifiques de la sécurité alimentaire. Pour les P & R émergents ou ré-émergents, une action urgente est nécessaire pour les contenir et des efforts pour trouver des solutions à long terme, telles que la résistance variétale, doivent être entrepris rapidement.

 

 

 

 

C'est donc un travail intéressant. Il n'en demeure pas moins que les décisions quant à la santé et la protection des cultures doivent se prendre, en général, au niveau de l'exploitation et de la parcelle.

 

Vous pouvez (ne pas) comparer ce texte avec le communiqué de presse de l'INRA... Voici pour l'intérêt des résultats :

 

« Les résultats obtenus par les chercheurs permettent d’évaluer quantitativement l’incidence de la santé végétale sur la sécurité alimentaire mondiale. Ils fournissent également des données essentielles sur l’impact d’agents pathogènes et de ravageurs émergents. Ces données pourront être utilisées pour construire ou conforter des priorités de recherche en matière de gestion de la santé des cultures afin d’améliorer la durabilité des agro-écosystèmes. »

 

Ne chipotons pas sur la chute : « sécurité alimentaire » apparaît deux fois dans le texte.

 

L'INRA a aussi mis en ligne un powerpoint d'une conférence de Mme Laetitia Willocquet.

 

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