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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'AFP et le glyphosate dans le pipi : ça suffit !

17 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information, #Activisme, #Article scientifique

L'AFP et le glyphosate dans le pipi : ça suffit !

 

Et aurions-nous le remplaçant du glyphosate ?

 

 

Nous le prendrons du Monde, mais cela provient de l'AFP : « Glyphosate : nouvelles plaintes "pour mise en danger de la vie d’autrui" », avec en chapô :

 

« Quarante-cinq personnes ont décidé de porter plainte dans le cadre de la campagne toulousaine "J’ai du glyphosate dans les urines et toi ?". »

 

Quelle grande nouvelle, qui méritait sans nul doute une dépêche de l'AFP ! Largement reprise par des médias d'une médiocrité crasse...

 

Aurons-nous droit à une dépêche de l'AFP – une invitation à peine déguisée à participer à une vaste opération d'instrumentalisation de la justice – à chaque fois qu'un avocat organise un monôme devant un Palais de Justice ?

 

Le ridicule des plaintes « pour mise en danger de la vie d’autrui » – et aussi « tromperie aggravée » et « atteinte à l’environnement » échappe manifestement à la gente journaleuse.

 

Dans « Ils ont du glyphosate dans leurs urines : à Toulouse, 45 justiciables portent plainte », le pisse-copie de France 3 Région Occitanie écrit :

 

« Un laboratoire indépendant allemand a depuis procédé à l’analyse de ces échantillons. Avec un résultat sans appel : 100% des personnes présentent des taux très significatifs de glyphosate dans leurs urines, de 0,43 à 3,1 microgramme/litre de glyphosate, soit en moyenne, 1,113 microgramme/litre de glyphosate ont ainsi été retrouvés dans les urines des volontaires alors que la réglementation fixe le seuil maximal à 0,1 microgramme. »

 

Quelle réglementation ? Le seuil dans quoi ? Très au courant et très minutieux et respectueux du lectorat, le journaliste !

 

 

 

 

Bon, nous savons depuis longtemps – car il s'agit de la énième itération d'une gesticulation activiste – que c'est la norme (ou plutôt l'objectif) de qualité pour l'eau potable, une norme applicable de manière uniforme à quasiment tous les résidus de pesticides dans l'eau.

 

La norme pour la potabilité – de l'eau, pas du pipi – est la Vmax. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) s'est dispensé de fixer une valeur guide, si ténu est le problème sanitaire de la présence de résidus de glyphosate dans l'eau potable. En France, on a finalement opté pour une Vmax de 900 microgrammes par litre (rappel pour journalistes incultes : 900 microgrammes, c'est 9.000 fois la valeur de la norme de qualité).

 

Par ailleurs, la dose journalière admissible (DJA) – la dose que l'on peut ingérer journellement sans qu'on s'inquiète d'un risque pour la santé (un risque affecté d'un facteur de sécurité de 100) – a été fixée à 0,5 milligramme/jour/kg de poids corporel (rappel pour journalistes incultes : 0,5 milligramme = 500 microgrammes – pour une petite personne de 60 kg, cela représente au total 30 milligrammes ou 30.000 microgrammes).

 

Sachant que le glyphosate ne s'accumule pas dans le corps, les quantités excrétées dans l'urine – l'excrétion étant en soi une bonne nouvelle – témoignent du fait que les quantités ingérées sont extrêmement faibles... Et avec ça des activistes gesticulent devant la justice – faute de pouvoir convaincre la science – affirmant qu'il y a « mise en danger de la vie d'autrui »...

 

Et l'AFP pisse une dépêche pour annoncer la grande nouvelle... Elle rapporte aussi :

 

« "Plus il y a de plaintes, plus le dossier sera important et sérieux", a déclaré l’avocate toulousaine Claire Dujardin, venue représenter quelques plaignants. »

 

Les bavard(e)s ont évidemment pour mission de défendre les intérêts de leurs clients... mais faut-il le faire au prix du ridicule accompli ? En quoi le nombre de plaintes contribue-t-il au sérieux du dossier ?

 

« Ce n'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison » (Coluche).

 

Mais l'AFP a répercuté. En ajoutant encore de quoi meubler la dépêche et distiller un message bien anxiogène. Ainsi :

 

« Pierre, 71 ans, un ingénieur agronome à la retraite, qui affiche un taux de 1,39, s’indigne d’une "contamination scandaleuse". »

 

Pierre, vous faite honte à notre profession et notre diplôme.

 

Et aussi :

 

« Mi-janvier, le ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, avait qualifié "d’inquiétante" la présence de glyphosate dans les urines des Français, rappelant que la France s’est engagée à sortir du glyphosate d’ici à 2021. »

 

Nous serons indulgent : il est ministre...

 

Il a aussi été interviewé façon interrogatoire musclé. Et il aussi déclaré :

 

« Je veux être le garant de la sécurité sanitaire des aliments, de la traçabilité de l'alimentation. C'est vraiment quelque chose d'important. Et en même temps [neuf occurrences de cette expression dans l'interview...], il ne faut pas effrayer nos concitoyens. »

 

 

° o O o °

 

 

Les commentaires sous les articles du Monde livrent parfois des informations intéressantes. Ainsi, dans ce cas précis, il y a eu une référence à « Un herbicide à base de sucre pour remplacer le glyphosate ? » publié par Futura-Sciences, un titre prudent avec son point d'interrogation mais un texte qui l'est beaucoup moins. La faribole du « c'est naturel, donc c'est sans danger » a sévi...

 

Un texte qui nous renvoie à un article dans Nature Communications de Klaus Brilisauer et al. ; « Cyanobacterial antimetabolite 7-deoxy-sedoheptulose blocks the shikimate pathway to inhibit the growth of prototrophic organisms » (l'antimétabolite cyanobactérien 7-déoxy-sédoheptulose bloque la voie métabolique du shikimate pour inhiber la croissance d'organismes phototrophiques).

 

Mais, braves activistes anti-glyphosate, cachez votre joie (si tant est que le désherbage avec un pulvérisateur entre dans les choses que vous trouvez acceptables ou, à la rigueur, tolérables) : si « ça marche » dans le monde réel, il faudra des années pour mettre un produit sur le marché.

 

 

 

 

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G
Ah mais en fait ca vous emmerderait presque qu'on trouve un remplaçant au glyphosate...
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire (si, si…).<br /> <br /> Ma réponse est "oui et non", mais c'est un peu long à expliquer.<br /> <br /> Je serais ravi si les agriculteurs et autres gestionnaires de l'environnement avaient un autre produit ayant les mêmes qualités (ou étant encore meilleur) à leur disposition en tant qu'outil de plus dans leur boîte à outils.
A
Sur le glyphosate : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1152946/glyphosate-ble-herbicide-roundup-ouest-prerecolte-italie-pates-canada-exportations-sante<br /> <br /> "L'utilisation du glyphosate, un herbicide pulvérisé sur le blé dans l'Ouest canadien quelques jours avant la récolte, soulève de plus en plus de questions. Craignant les effets potentiels sur leur santé, les Italiens, qui recherchaient autrefois le blé canadien pour la fabrication de leurs pâtes, lèvent désormais le nez sur cette céréale."<br /> <br /> "Mais le traitement au glyphosate procure un autre bénéfice. Le blé n’est pas une plante génétiquement modifiée pour survivre à l'herbicide. Quand on le pulvérise, il lui arrive la même chose qu’aux mauvaises herbes : il meurt. Plus besoin de le faucher et d’attendre qu’il sèche comme autrefois. La céréale est prête pour la récolte à une date précise.<br /> <br /> « On a semé huit cultures différentes cette année. Alors, c’est très important d’arriver à les récolter rapidement. Le traitement en prérécolte nous aide parce qu’il accélère la moisson », explique Jake Leguee.<br /> <br /> Le problème, c’est qu’utiliser le glyphosate pour faire mûrir les champs de blé n’a jamais été approuvé par Santé Canada"
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S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire et le lien.<br /> <br /> Une petite recherche montre que les dirigeants agricoles s'investissent dans la communication et appellent à ne pas utiliser le glyphosate comme dessicant.