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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate , Monsanto et Envoyé Spécial : l'inqualifiable désinformation du Monde

2 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Glyphosate (Roundup), #Monsanto

Glyphosate , Monsanto et Envoyé Spécial  : l'inqualifiable désinformation du Monde

 

 

 

 

 

Toutes ces critiques contre l'Envoyé Spécial sur contre le glyphosate... Bon sang mais c'est bien sûr... la main invisible de Monsanto...

 

 

 

 

Quasiment deux pages – avec deux images qui laissent pantois et prennent bien une demi-page – dans la version papier du Monde datée du 1er février 2019. Deux articles signés Stéphane Foucart et Stéphane Horel, « Comment Monsanto mène sa guerre médiatique » et « Le poids lourd des pesticides est aussi un expert des infos en kit » (sur la toile c'est « Monsanto, poids lourd des pesticides et spécialiste des infos en kit ».

 

 

Même les objets publicitaires suscitent la haine !

 

Taillons une croupière à ces images, deux choses non identifiées et un trousseau à clés :

 

« Le photographe Mathieu Asselin a travaillé sur les produits dérivés de Monsanto. Il dit avoir été frappé par leur "apparente naïveté contrastant avec la sombre histoire industrielle" du géant de l’agrochimie. »

 

Mais jusqu'où va se loger la haine envers Monsanto au Monde ? Pouvons-nous recommander aux deux Stéphane de produire un article sur la scandaleuse distribution de babioles publicitaires par des firmes autres que Monsanto ?

 

Cette haine recuite va jusqu'à sortir des « informations » qui laissent entendre que de vilaines pratiques – forcément, « Monsanto is evil » – se poursuivent, alors que Monsanto a été racheté par Bayer et que, s'il faut retenir une chose de cet infâme et infamant Envoyé Spécial sur : « Glyphosate : comment en sortir », de Mme Élise Lucet, c'est que Bayer a décidé de mettre un terme aux pratiques, désormais anciennes, de Monsanto. Une déclaration qui, à notre sens, a été fort malvenue en ce qu'elle entérinait implicitement les opinions imprimées dans le public par un matraquage médiatique sur la perniciosité de la firme de Creve Coeur.

 

 

Au secours de Mme Élise Lucet

 

L'objet réel de ces deux articles n'a pas été d'informer, mais de désinformer.

 

C'est à la limite de la diffamation et certainement en plein dans le mille du dénigrement de tous ceux, journalistes, blogueurs, gazouilleurs, etc. qui ont osé décrypter l'infâme et infamant (bis repetita...) Envoyé Spécial, émettre des critiques, pointer les erreurs, approximations et autres malversations. En bref, tous pourris, tous faux-nez de Monsanto.

 

Un Envoyé Spécial parcimonieusement loué (même pas par le Monde Planète, c'est dire...), largement critiqué et signalé des centaines de fois au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel... Il fallait d'urgence allumer un contre-feu.

 

 

« L'intraitable lobbying de Monsanto »

 

En une du journal papier, le diable Monsanto a dû céder la place à : « Pourquoi la loi anticasseurs fait débat » pour la manchette.

 

Mais le lecteur se voit servir une sorte de résumé dans une rubrique « Glyphosate » et sous le titre : « L'intraitable lobbying de Monsanto » :

 

« Des fuites de documents provenant de Monsanto révèlent comment la firme agrochimique a orchestré une efficace campagne de défense de sa molécule-phare, le glyphosate. Une société de relations publiques, Fleishman-Hillard, était chargée de répondre aux spécialistes qui dénonçaient le caractère cancérigène de ce produit. Des blogueurs, mais aussi des journalistes, relayaient les argumentaires préécrits par la firme. Des campagnes de dénigrement sur Twitter ou sur les forums, à partir de comptes anonymes discréditaient les opposants et même les malades. La consigne était très claire :"Ne rien laisser passer", comme le reconnaît Monsanto. »

 

Les deux articles en pages internes démontrent-ils ces graves accusations ? Pas le moins du monde !

 

En revanche, ils brodent autour de ces deux « informations » hyper-importantes. Hyper-importantes parce qu'elles tombent évidemment à pic pour Mme Élise Lucet et son infâme et infamant (ter repetita...) Envoyé Spécial.

 

Monsanto s'est acquis les services de Fleishman-Hillard... mais c'est odieux et, évidemment, si invraisemblable que cela mérite un scoop...

 

Réfléchissez ! Une entreprise charge une firme de relations publiques de soigner son image de marque et celle de son produit phare... quoi de plus normal ! Ah, mais l'entreprise en question est Monsanto et son produit phare le glyphosate ? Mais c'est bien la preuve que « Monsanto is evil », Monsanto est le mal personnifié sur Terre et même dans toute la galaxie (alerte de divulgâcheur : je n'ai aucun intérêt dans (l'ex) Monsanto, ni dans Bayer, ni dans aucune entreprise agrochimique ou agrogénétique).

 

 

L'infox du programme « Let Nothing Go »

 

 

 

La deuxième « information », le programme « Let Nothing Go » (ne rien laisser passer), c'est de la bibine éventée !

 

Stéphane et Stéphane ont déjà évoqué ce prétendu programme dans « "Monsanto papers" : la guerre du géant des pesticides contre la science », dans l'édition datée du  19 1er juin 2017 sur la toile [corrigé : l'article a été mis à jour le 19], une folle histoire reprise par Marianne le 2 juin 2017, dans un formidable élan de panurgisme médiatique, dans « Comment Monsanto déploie des trolls pour polluer les articles critiques ».

 

Sauf apport d'éléments nouveaux et convaincants, c'est une infox.

 

Ce prétendu programme est évoqué dans une écriture, du 24 avril 2017, des avocats prédateurs agissant dans la procédure devant le juge Vince Chhabria, le tribunal de district pour le district nord de la Californie. Une écriture par laquelle ils ont défendu la demande de levée de la confidentialité de la déposition de M. William Heydens.

 

Voici le texte de la partie pertinente (nous l'avions déjà analysée dans « "Monsanto Papers" : comprendre la guerre du Monde contre Monsanto » :

 

« Les préoccupations que Monsanto a alléguées au sujet de la sortie éventuelle de ce litige hors du prétoire sont invalidées par ses propres activités jour après jour. La présente requête a été motivée par le fait que Monsanto a renoncé à ses propres désignations de confidentialité en insérant des citations de la transcription de la déposition du Dr Heydens sur son propre site Web à l'intention du public [ma note : ici]. Un regard attentif sur les documents joints aux procédures de requêtes jusqu'à présent dans ce cas élucide la stratégie de défense contre les délits de Monsanto ; travailler furieusement en dehors du prétoire pour produire une "littérature" en temps soigneusement choisi et des décisions réglementaires qui pourraient contribuer à la défense dans le litige. Monsanto a même commencé le programme nommé à juste titre "Let Nothing Go" pour ne rien laisser sans réponse, même pas les commentaires sur Facebook ; par l'intermédiaire d'une série de tiers, il emploie des personnes qui semblent ne pas avoir de lien avec l'industrie, qui postent des commentaires positifs sur des articles de presse et des publications sur Facebook, défendant Monsanto, ses produits chimiques et les OGM.1

 

Monsanto fait parvenir silencieusement de l'argent à des "think tanks" [groupes de réflexion] tels que le "Genetic Literacy Project" et l'"American Council on Science and Health", des organisations conçues pour dénigrer des scientifiques et mettre l'accent sur les informations utiles à Monsanto et à d'autres producteurs de produits chimiques. [Suit une liste de titres d'articles censés confirmer les affirmations précédentes]»

 

La note 1 se lit :

 

« Ce sujet est couvert longuement dans la déposition de David Heering [directeur de Monsanto pour la durabilité mondiale du glyphosate] ; les plaignants n'encombreront pas le Tribunal avec des transcriptions incidentes – Monsanto insiste également sur le fait que presque tout l'ensemble de cette déposition est "confidentielle", mais qu'il se pliera volontiers à la décision de la Cour sur demande. »

 

C'est très subtile : « les plaignants n'encombreront pas le Tribunal avec des transcriptions incidentes »... donc la seule « preuve » disponible de cette incroyable forfaiture de Monsanto (ironie) est une affirmation sans preuves d'avocats cherchant à convaincre un juge...

 

Quoique... la partie que nous avons citée n'apporte strictement rien à l'argument, si ce n'est qu'elle est susceptible d'irriter le juge (d'ailleurs, la levée de la confidentialité de la déposition n'apporte rien non plus, si ce n'est d'alimenter le flux d'« informations » alimentant l'hostilité envers Monsanto).

 

Nos deux Stéphane sont bien obligés d'admettre, mais ils tiennent la plume...

 

 

Quand les preuves sont minces, voire inexistantes...

 

 

 

...on se fait péremptoire... et on insinue :

 

« Les avocats n’inventent rien : ils se fondent, expliquent-ils, sur la déposition sous serment d’un cadre de Monsanto, dont la retranscription n’a pas été rendue publique sur décision du juge Chhabria — son contenu étant semble-t-il de nature à nuire à la société. »

 

Et on fait l'amalgame avec le contrat avec Fleishman-Hillard :

 

« La description du "Let nothing go" correspond bien aux services offerts par Fleishman-Hillard à ses clients. »

 

Il faut croire les Dupond et Dupont du journalactivisme :

 

« Contacté à l’automne 2018 par Le Monde, Bayer, nouveau propriétaire de Monsanto, confirme que Fleishman-Hillard est l’opérateur de "Let nothing go" et renvoie vers la société de conseil pour plus de détails. »

 

Comment la question a-t-elle été posée à Bayer (et à qui) ? Qu'importe :

 

« Celle-ci dément... »

 

Fleishman-Hillard dément plein de choses, mais c'est sans importance... au contraire : il suffit de bien emballer – et nous avons là des experts –, de mélanger astucieusement la vantardise publicitaire de la firme et ses démentis, d'ajouter un courriel d'un cadre de Monsanto qui a trouvé en juillet 2015 qu'« [i]l y a au moins des preuves empiriques que la situation s’améliore ».

 

 

 

 

Et hop, on saute à janvier 2019 et Envoyé Spécial…

 

La situation s'est-elle améliorée à cause d'un prétendu programme « Let Nothing Go » et de l'activité – aux résultats fort modestes si on prend la peine de lire objectivement le gloubiboulga d'enfumage du Monde – ou parce que des informations fort dérangeantes sur les malversations du CIRC commençaient à sortir ? Ayant suivi la question de près, nous penchons pour la deuxième proposition.

 

Mais l'objet de l'article du Monde n'était pas là. Fast forward :

 

« La campagne est-elle toujours d’actualité ? L’agence parisienne de la firme de lobbying affirme qu’elle n’a pas œuvré pour Monsanto depuis plusieurs mois. Pour autant [...] »

 

Superbe application de la technique de création du doute, ou plutôt d'une certitude... Fleishman-Hillard ne saurait être innocent...

 

« […] Pour autant, stupéfaite par la levée de boucliers suscitée par la diffusion, le 17 janvier sur France 2, d’une édition du magazine "Envoyé spécial" consacrée au glyphosate, Elsa Margout, la directrice des magazines de l’information de France Télévisions, est convaincue que l’émission a été la cible d’une "campagne de dénigrement". »

 

Les propos de Mme Elsa Margout – rapportés avec complaisance et sans confrontation avec les faits – sont proprement hallucinants :

 

« Ce qui s’est produit a atteint des proportions très inhabituelles. Personne, à France 2, n’avait jamais vu un documentaire se faire attaquer de cette manière sur les réseaux sociaux, y compris par des confrères, avant même d’être diffusé [...] Nous acceptons bien sûr la critique ou les jugements de valeur, mais nous n’avions jamais vu une telle véhémence, avec des accusations de “fake news” et de complotisme basées sur des contrevérités factuelles. [...] des centaines de comptes anonymes, récents et avec très peu d’abonnés, ont systématiquement répercuté sur Twitter les éléments de langage de certains lobbys, créant un effet de masse et un effet d’entraînement impressionnant. […] Tout cela a produit un rideau de fumée très efficace. »

 

Les deux Stéphane ajoutent une couche avec une litanie d'arguments prétendument propagés ad nauséam. Y compris des infox que nous ne démonterons pas ici ; nous citerons simplement le particulièrement ignoble « le jardinier cancéreux Dewayne Johnson […] s’est aspergé de Roundup » prêté aux critiques de l'infâme et infamant Envoyé Spécial (quater...). Et on aboutit à :

 

«  Ces éléments de langage ont eu, en quelques jours, un écho formidable sur les réseaux sociaux, suffisant pour faire passer au second plan les informations du magazine. »

 

 

 

Coucou, revoilà M. Christopher Portier

 

Non, son nom n'est pas cité dans « Comment Monsanto mène sa guerre médiatique » de M. Stéphane Foucart et Mme Stéphane Horel. C'est du grand journalactivisme que de taire le nom et empêcher ainsi les recherches sur la nature, crédible ou non, des « informations ». Et c'est cocasse...

 

Comment accréditer la thèse d'une intervention malhonnête d'une firme de relations publiques dans la formidable bronca qu'a suscitée Envoyé Spécial ?

 

« "Let nothing go" a été utilisé à d’autres fins que la défense de l’image ou des produits de Monsanto. Souvent, la défense, c’est l’attaque. Selon nos informations, les consultants de Fleishman-Hillard ont ainsi approché, à l’automne 2017, des journalistes européens afin de leur fournir un dossier clé en main, accusant de conflit d’intérêts un chercheur consulté par les experts du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) ayant classé le glyphosate "cancérogène probable". »

 

« Souvent, la défense, c’est l’attaque » ? Effectivement ! Et en-dessous de la ceinture, pour dénigrer ceux qui ont dit du mal d'Envoyé Spécial, c'est encore mieux...

 

« …accusant de conflit d'intérêts »... cela semble malhonnête, non ? « ...un chercheur »... l'intéressé était devenu un activiste notoire.

 

Il a bien fallu admettre cette chose dérangeante qui a toujours été tue – et l'est encore autant que possible – par le Monde Planète et qui a été baptisée « Portier Papers » par une presse plus soucieuse de déontologie journalistique, des blogs (dont le nôtre) et une partie des réseaux sociaux :

 

« De fait, après que l’avis du CIRC fut rendu en 2015, l’intéressé avait accepté une mission rémunérée d’expert témoin auprès des plaignants de l’une des actions en justice conduites aux Etats-Unis contre Monsanto. »

 

Mais c'est tout de suite relativisé...

 

« A travers la mise en cause du toxicologue [ma note : il n'est pas toxicologue], l’objectif était aussi d’attaquer l’intégrité de l’organisme onusien. Or le scientifique visé n’avait été consulté qu’à titre de "spécialiste invité" — position réservée aux experts précisément en conflit d’intérêts — et n’avait donc pas pris part à la rédaction de l’avis du CIRC. […] »

 

On continue donc à minimiser et à balayer le scandale sous le tapis au Monde Planète... Brave gens, M. Christopher Portier avait été invité à participer à ce groupe de travail du CIRC à Lyon, en mars 2015, pour faire les cafés...

 

Mais cela vient là avec une vilaine manœuvre :

 

« […] Fleishman-Hillard confirme nos informations, précisant qu’il ne s’agissait là que d’un "engagement classique".

 

Le "scoop" proposé par l’agence de relations publiques a finalement été publié par un blogueur. De là, il a essaimé dans la blogosphère, sur les réseaux sociaux, avant d’être repris par quelques médias traditionnels. »

 

Quelle preuve que le « scoop » ait été refilé à notre ami David Zaruk, alias Risk-monger – par quelqu'un qui aurait été chargé de suivre l'avalanche de documents mis en ligne par l'USRTK et de lire les 385 pages de la déposition de M. Christopher Portier ? Aucune !

 

Les auteurs de cette belle entourloupe ont judicieusement fait référence à « l'automne 2017 »... Il est bien plus raisonnable de penser que Fleishman-Hillard se soit servi de l'article de notre ami...

 

Et, si vous avez bien suivi le récit des deux Stéphane avec esprit critique, pour un flop...

 

C'est ce qu'aura produit cette formidable machine de guerre médiatique qu'aurait été « Let Nothing Go » opportunément ressuscitée pour défendre un indéfendable Envoyé Spécial...

 

Sic transit gloria Mundi...

 

 

Et pour la bonne bouche...

 

La lecture du deuxième article, « Le poids lourd des pesticides – ha ! Ha ! Ha ! – est aussi un expert des infos en kit » est tout aussi ébouriffante.

 

Il va de soi, en résumé, que Monsanto s'est livré à une activité délictueuse.

 

Comment ? Refiler des informations à une journaliste de Reuters dont on n'aura que le prénom, Kate (Kelland) ? Mais c'est intolérable !

 

Il va de soi que les deux Stéphane – Foucart et Horel – n'ont bénéficié d'aucune « info » en kit qui leur aurait été livrée, clés en main, par l'USRTK, Carey (Gillam) ou encore les avocats prédateurs.

 

Tout cela est pathétique.

 

 

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