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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate : +41 % de risque de cancer ? Vraiment ?

19 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Article scientifique, #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information

Glyphosate  : +41 % de risque de cancer  ? Vraiment  ?

 

Geoffrey Kabat*

 

 

L'allégation d'une augmentation de 41 % du risque de cancer lié au glyphosate est sous le feu des critiques : les auteurs d'une nouvelle méta-étude ont-ils manipulé délibérément les données ou tout simplement bâclé leur analyse ?

 

 

Une exposition au glyphosate – un herbicide souvent associé à du maïs, du soja, du coton et d’autres plantes génétiquement modifiés – peut-elle provoquer le cancer ? Cette question est devenue la principale assertion avancée par les critiques de la biotechnologie agricole.

 

Le glyphosate est l’ingrédient actif du Roundup de Monsanto et n'est plus couvert par un brevet. C'est l'herbicide le plus vendu dans le monde, utilisé par les agriculteurs et les jardiniers amateurs depuis 1974. De nombreuses études et évaluations réalisées par tous les principaux organismes de réglementation du monde ont conclu que le glyphosate ne pose aucun risque important pour la santé, que ce soit pour le public en général du fait de traces de résidus présents dans notre alimentation ou pour les travailleurs exposés du fait des activités agricoles ou de fabrication.

 

Cependant, une nouvelle analyse publiée en ligne le 10 février dans la revue Mutation ResearchExposure to Glyphosate-Based Herbicides and Risk for Non-Hodgkin Lymphoma: A Meta-Analysis and Supporting Evidence (exposition aux herbicides à base de glyphosate et risque de lymphome non hodgkinien : méta-analyse et preuves à l'appui) – émet un signal d'alerte et conteste le consensus selon lequel le glyphosate est sans danger. L'article ne contient aucune nouvelle donnée. C'est ce qu'on appelle une « méta-analyse » car elle manipule les données de plusieurs études préexistantes. Les grandes méta-analyses sont souvent considérées comme plus fiables que les études individuelles.

 

 

L'article précise ce que les chercheurs disent être les études sur l'humain pertinentes

 

 

Que devons-nous faire de cette étude ? La recherche des auteurs prétend montrer que l’exposition humaine au glyphosate augmente d'un impressionnant 41 % le risque de lymphome non hodgkinien, ou LNH. Le premier auteur est Luoping Zhang, professeur auxiliaire de toxicologie à l'Université de Californie à Berkeley. Je me référerai à l'étude comme l'« étude de Zhang » ou l'« article de Zhang ».

 

La version finale de l'article n'est pas encore publiée. Toutefois, la pré-publication disponible a déjà attiré l'attention des médias critiques et suscité de nombreux débats sur Internet. Un article citant l'étude de Carey Gillam, activiste et lobbyiste anti-glyphosate de premier plan, et ancienne journaliste de Reuters [voir la note ci-dessous détaillant l'historique controversé de Gillam concernant ses reportages sur cette question], a été publié dans The Guardian le 14 février sous le titre : « Exposure to weed killing products increases risk of cancer by 41%. Evidence ‘supports link’ between exposures to glyphosate herbicides and increased risk for non-Hodgkin lymphoma » (l'exposition aux produits de désherbage augmente le risque de cancer de 41 %. Les preuves « corroborent » le lien entre les expositions aux herbicides à base de glyphosate et le risque accru de lymphome non hodgkinien). Les jours suivants, l’article de Gillam est devenu l’analyse la plus largement diffusée de l’étude de Zhang. Certaines personnes se sont inquiétées du fait que le consensus mondial trouvant le glyphosate sans danger puisse être passé d'une manière ou d'une autre à côté de preuves essentielles, délibérément ou non.

 

 
L’herbicide le plus étudié au monde

 

Avant d'examiner l'article paru dans Mutation Research, il est essentiel de disposer de connaissances de base.

 

La question de savoir si l'herbicide le plus utilisé dans le monde est à l'origine de cancers fait l'objet d'une controverse intense depuis mars 2015, lorsque le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a publié un rapport classant le glyphosate dans la catégorie « cancérogène probable ». Le CIRC est une agence controversée car elle est seule dans ce qu’elle fait dans la communauté réglementaire mondiale. Le CIRC n'évalue pas le risque de la même manière que les autres agences de santé – en tenant compte de l'exposition réelle à une substance ou à un agent dans le monde réel, en termes d'intensité et de durée de l'exposition. Le CIRC choisit plutôt d’évaluer le « danger », c’est-à-dire si une substance ou un agent est susceptible de provoquer le cancer dans certaines conditions, aussi éloignée soient-elles des réalités de la vie de tous les jours. En vertu de cette norme très assouplie, sur environ 1.000 agents classés par le CIRC en ce qui concerne la cancérogénicité, un seul a été jugé par l’Agence comme « probablement non cancérogène ».

 

La liste des cancérogènes « connus » (groupe 1), « probables » (groupe 2A) ou « possibles » (groupe 2B) du CIRC comprend : la lumière du soleil ; les téléphones portables ; les boissons alcoolisées, y compris le vin biologique ; la poussière de bois ; le café ; la pollution extérieure ; le métier de coiffeur ; la fumée des feux de bois ; le travail de nuit ; le thé chaud ; la viande rouge – et l'herbicide glyphosate. Seule la désignation du glyphosate a suscité des protestations mondiales de la part de groupes de plaidoyer, et des préoccupations des organismes gouvernementaux de certains pays, en particulier en Europe.

 

La conclusion du CIRC concernant le danger potentiel du glyphosate pour les travailleurs est en contradiction avec l’évaluation de tous les autres organismes de santé ou de réglementation ayant examiné la sécurité de l’herbicide. Cela inclut l’Agence de Protection de l’Environnement des États-Unis, l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments, l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture dans une étude conjointe avec l’Organisation Mondiale de la Santé, l’Agence Européenne des Produits Chimiques, Santé Canada, l’Institut Fédéral allemand pour l'Évaluation des Risques, etc. Ces agences ont toutes conclu que, aux niveaux auxquels les agriculteurs et la population générale sont exposés, le glyphosate ne présente pas de risque de cancer.

 

Le Comité d’Examen par les Pairs de la Cancérogénicité de l’EPA a expressément rejeté les affirmations du CIRC selon lesquelles les études épidémiologiques soulèveraient des questions quant à un lien probable avec le cancer, dont le LNH. Il a conclu :

 

« Les données épidémiologiques disponibles à l’heure actuelle ne permettent pas d’établir une relation de cause à effet entre l’exposition au glyphosate et les tumeurs solides. Il n’existe pas non plus de preuve d’une relation de cause à effet entre l’exposition au glyphosate et les tumeurs non solides suivantes : leucémie, myélome multiple ou lymphome de Hodgkin. Les preuves épidémiologiques disponibles à ce jour ne permettent pas de conclure à une relation associative de cause à effet claire entre le glyphosate et le LNH [lymphome non hodgkinien]. »

 

À la suite des conclusions du CIRC, l’Organisation Mondiale de la Santé a réexaminé les conclusions du CIRC et les a rejetées. Le comité a écrit que la toxicité était si faible qu'il n'était pas nécessaire d'établir une DARf – une dose de toxicité aiguë de référence souvent utilisée pour réguler le risque. Il a également examiné son impact sur les travailleurs, notant que la seule étude « de haute qualité » n'a révélé aucune preuve de lien avec le cancer.

 

 

 

 

Lors d'un autre examen, une commission conjointe de l'OMS et de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture a publié un examen du glyphosate en mai 2016, concluant qu'il ne pose aucun risque de cancer en ce qui concerne sa présence dans les aliments, et qu'il n'a pas d'impact sur nos gènes.

 

À la suite de la publication du rapport du CIRC, une étude épidémiologique de grande envergure a été publiée sur la base des données recueillies par l’Agricultural Health Study. L’AHS a rassemblé des données sur 45.000 personnes qui avaient manipulé du glyphosate à partir du milieu des années 1990. Les auteurs de l'article (de l'épidémiologiste de l'Université Oxford, Gabriella Andreotti et ses collègues, « Glyphosate Use and Cancer Incidence in the Agricultural Health Study » (utilisation du glyphosate et incidence du cancer dans l'étude sur la santé en agriculture), 2018) ont conclu :

 

« Dans cette vaste étude de cohorte prospective, aucune association n'était apparente entre le glyphosate et les tumeurs solides ou les affections lymphoïdes malignes dans leur ensemble, y compris le LNH et ses sous-types. Il y avait des preuves d'un risque accru de LMA pour le groupe le plus exposé qui nécessitent une confirmation. »

 

Il convient de noter que la conclusion du CIRC était fondée sur des preuves chez l'animal (études menées sur le rat et la souris) plutôt que sur des preuves épidémiologiques humaines, que le CIRC a considéré comme « limitées ». Le CIRC a également été critiqué pour avoir sélectionné les quelques résultats « positifs » d'études sur des rongeurs qui semblaient montrer une incidence accrue de la tumeur chez les animaux exposés, tout en ignorant les résultats disculpatoires qui montraient une diminution de l'incidence de la tumeur chez les animaux exposés.

 

En dépit des nombreuses questions que pose le rapport sur le glyphosate du CIRC, sa conclusion a suscité une vive inquiétude dans le public et a été reprise par les activistes de l'environnement. En outre, il y a actuellement environ 9.300 procès en instance devant des tribunaux américains, intentés par des plaignants qui affirment que leur cancer est dû à une exposition au Roundup, dont le principe actif est le glyphosate.

 

Dans le premier cas à avoir été jugé, Dewayne Johnson, un jardinier d'une école californienne, a poursuivi Monsanto (le fabricant de Roundup), affirmant que son LNH en phase terminale avait été causé par son exposition au Roundup au cours de son travail. En août dernier, il a reçu 39 millions de dollars en dommages-intérêts compensatoires et 250 millions de dollars en dommages-intérêts punitifs. Les dommages-intérêts punitifs ont ensuite été réduits à 39 millions de dollars. Dans des interviews, des jurés ont affirmé qu’ils ont été fortement influencés par la conclusion du CIRC de l'existence d'un risque.

 

 

La méta-analyse mine-t-elle le consensus général selon lequel le glyphosate ne pose aucun danger grave pour la santé ?

 

Passons maintenant aux affirmations de l'article paru dans Mutation Research.

 

Le contexte résumé ci-dessus est pertinent, car l'article de Zhang parle d'une « controverse considérable » autour de la question de la cancérogénicité du glyphosate. Les auteurs décrivent une situation dans laquelle l'opinion est divisée de manière égale, ce qui est inexact. Ils semblent délibérément ignorer le consensus écrasant des agences de santé sur la sécurité du glyphosate. L’EPA, Santé Canada, ainsi que l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) et le BfR allemand, ont examiné et rejeté les conclusions du CIRC s'agissant du cancer après leur publication en 2015.

 

L'article de Zhang ne fait pas non plus mention des questions scientifiques et éthiques sérieuses relatives à l’évaluation du CIRC. Kate Kelland de Reuters (voir ici et ici) a constaté que le CIRC avait initialement conclu que le poids de la preuve montrait que le glyphosate ne posait aucune menace cancérogène grave, mais cette conclusion a changé dans les jours avant la publication du rapport. Christopher Portier, spécialiste invité du groupe d'experts du CIRC chargé d'évaluer le glyphosate, a commencé à travailler avec des cabinets d'avocats poursuivant Monsanto quelques semaines après la publication par le CIRC de sa classification du glyphosate en tant que cancérogène humain probable. Le CIRC a nié les conclusions de Reuters.

 

L'épidémiologiste Geoffrey Kabat

 

Je devrais noter qu'il s'agit d'un article très long, trois ou quatre fois plus long qu'un article moyen en épidémiologie. La longueur inhabituelle est due en grande partie au fait que les auteurs incluent de nombreuses analyses secondaires par lesquelles ils tentent de renforcer les arguments avancés. Cependant, les analyses secondaires occultent des problèmes beaucoup plus importants, que les auteurs ont évité d’aborder.

 

La majeure partie de l'article est consacrée à une méta-analyse du petit nombre d'études épidémiologiques portant sur l'association entre l'exposition au glyphosate et le risque de développer un LNH.

 

Dans l'analyse principale présentée dans l'article, Zhang et les autres chercheurs associent les résultats de la grande cohorte de l'Agricultural Health Study et les résultats de cinq études cas-témoins. Le résultat en est un risque relatif global de 1,41 (intervalle de confiance à 95 % de 1,13 à 1,75). Cela signifie que, par rapport à ceux qui n'ont pas été exposés au glyphosate, ceux exposés à la substance présentaient une probabilité 41 % plus élevée de développer un LNH.

 

À titre de référence, bien que le chiffre de 41 % semble important et alarmant, il s’agit d’une augmentation statistique très modeste du risque. Le LNH est une maladie rare. Aux États-Unis, environ 20 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année pour 100.000 hommes et femmes.

 

Si le chiffre de 41 % est corroboré (ce qui ne ressort pas clairement de la preuve dans l'article), cela signifierait que 8 nouveaux cas de LNH supplémentaires [28 en tout] seraient attendus chaque année pour 100.000 personnes exposées au glyphosate. Comme nous le verrons ci-dessous, le chiffre de 41 % est presque certainement trop élevé, ainsi que cela résulte des meilleures preuves humaines. Cependant, les auteurs ont souligné cette statistique très discutable dans le résumé, sachant qu'elle serait choisie par des journalistes et des activistes et susciterait probablement la peur dans le public.

 

C’est exactement ce qui s’est passé.

 

 

Des données discutables aboutissent à des conclusions discutables (junk in, junk out – camelote à l'entrée, camelote à la sortie)

 

La méta-analyse est une technique statistique utilisée pour combiner plusieurs études relativement petites afin d'obtenir une estimation plus stable, et donc plus crédible, d'une association. Une méta-analyse produit un risque relatif (RR) global, qui est une moyenne pondérée des RR des études individuelles. La condition essentielle pour mener une méta-analyse valide est que les études individuelles sont suffisamment similaires sur le plan des méthodes, de la conception de l'étude et de la qualité des données pour justifier leur combinaison afin d’obtenir une mesure globale sommaire du risque. En d'autres termes, les résultats d'une méta-analyse ne valent que par les études individuelles qui y entrent.

 

Dans leur méta-analyse principale, Zhang et ses co-auteurs combinent six études. Cinq d’entre elles sont des études cas-témoins ; l'une est une étude de cohorte. Dans une étude cas-témoins, les chercheurs identifient les cas de la maladie d’intérêt (en consultant les hôpitaux, les registres de cancer, etc.) et choisissent un groupe de comparaison généralement similaire au groupe de cas mais exempt de la maladie étudiée. Les cas et les contrôles sont ensuite interrogés sur leurs habitudes personnelles et leurs expositions passées. Cette méthode a pour mérite de permettre d'enrôler un grand nombre de cas, même pour une maladie rare, telle les LNH.

 

Cependant, une des principales faiblesses de la conception de l'étude cas-témoins est que l'on obtient des informations sur les expositions présentant un intérêt pour les cas après que ceux-ci ont déjà développé la maladie. Les cas peuvent répondre aux questions sur leur exposition différemment des contrôles. Plus précisément, les cas peuvent avoir tendance à ruminer sur la cause de leur maladie, ce qui peut les amener à mettre l’accent sur leur exposition, alors que les contrôles n’ont pas la même motivation. Ceci est appelé « biais de rappel » et peut conduire à une association parasite ou fallacieuse.

 

Un problème supplémentaire, pertinent en la matière, est que les études cas-témoins fondées sur des populations ne conviennent pas à l'étude des expositions environnementales ou professionnelles, en raison du faible pourcentage de personnes exposées à un agent particulier.

 

Les études de cohorte commencent par recruter une population d’étude (une cohorte) qui peut être évaluée au départ en termes de santé et d’exposition, puis suivie pendant plusieurs années afin d’identifier les nouveaux cas de maladie qui se développent au cours du suivi. Les études de cohorte prennent généralement plus de temps et coûtent plus cher à mener que les études cas-témoins.

 

En outre, la cohorte doit être suffisamment nombreuse et suivie pendant une durée suffisante pour obtenir un nombre suffisant de cas d'une maladie rare afin d'évaluer l'association d'intérêt. Le principal avantage d'une étude de cohorte par rapport à une étude cas-témoins est que, dans le premier cas, le chercheur obtient des informations sur les expositions présentant un intérêt avant le développement de la maladie. Ainsi, le biais de rappel n'est pas un problème dans les études de cohorte. Un avantage supplémentaire est que les cohortes peuvent être composées de personnes exerçant une profession donnée, ce qui augmente la prévalence d'exposition à des expositions professionnelles potentiellement intéressantes (par exemple, les pesticides dans une cohorte d'agriculteurs).

 

 

Pourquoi les données ne corroborent pas les conclusions de l'article de Zhang

 

Dans cet article, les chercheurs ont effectué de nombreuses analyses subsidiaires pour déterminer si l'estimation d'une augmentation de 41 % du risque pour les personnes exposées au glyphosate résiste à l'épreuve d'hypothèses différentes. Mais une grande partie de leur longue discussion est hors sujet et ne sert qu'à distraire le lecteur de la question clé de leur analyse : les différentes études sont-elles suffisamment comparables en termes de qualité des données et de calcul du risque pour justifier leur combinaison ?

 

Un coup d'œil au tableau 4 de l'article de Zhang, qui présente les résultats des différentes études combinées dans la méta-analyse, permet de répondre à cette question.

 

 

 

 

Des informations détaillées sur l'exposition étaient disponibles dans l'étude AHS ; elles ont permis aux chercheurs de classer la population étudiée d'environ 54.000 applicateurs de pesticides en quartiles d'exposition. L'estimation du risque choisie par Zhang et al. (parmi de nombreux résultats publiés par Andreotti et al. en 2018) pour les agriculteurs du quartile les plus exposés de l'AHS, comparés à ceux qui ne sont pas exposés au glyphosate, est de 1,12 (IC à 95 % : 0,83-1,51), indiquant l'absence de risque accru pour ceux avec l'exposition cumulative la plus élevée. (Nous reviendrons sur le choix crucial de cette estimation ci-dessous.) En raison de la taille importante de l'AHS, les intervalles de confiance sont assez étroits. En fait, 440 des 575 cas de LNH de l'étude AHS ont été exposés au glyphosate.

 

Si nous examinons les études cas-témoins, les estimations du risque pour 4 des 5 études étaient élevées, allant de 1,85 à 2,36, tandis que la dernière étude ne montrait aucune augmentation du risque. Les intervalles de confiance sont beaucoup plus larges, reflétant à la fois la taille réduite des études cas-témoins et le nombre réduit de cas exposés au glyphosate. Le nombre de cas dans toutes les études cas-témoins n’est que de 136 sur un total de 2.836 cas de LNH.

 

Comme mentionné précédemment, il y a un point qui est mal compris, même par certains épidémiologistes, qui est que les études cas-témoins sur les expositions professionnelles fondées sur des population portent sur un nombre de cas et de contrôles exposés à l'agent d'intérêt relativement restreint, voire très réduit. Il en résulte non seulement un pouvoir statistique moindre pour détecter un effet, mais aussi des estimations extrêmement instables (de petites modifications dans la catégorisation de l'exposition peuvent donner lieu à des estimations de différences importantes).

 

 

Les auteurs abusent du terme « exposition »

 

Le tableau 4 montre clairement qu'« exposition » ne signifie pas la même chose dans les différentes études. Alors que, dans l’AHS, le quartile d’exposition le plus élevé est comparé à « aucune exposition au glyphosate » pour estimer le risque, dans trois des études cas-témoins, le contraste d’exposition est simplement « exposé » par rapport à « jamais exposé au glyphosate ». Dans deux autres études cas-témoins, la définition de l’exposition est « supérieure à 10 jours/an » (contre « aucune exposition à aucun pesticide ») et « supérieure à 2 jours/an » (contre « aucune exposition au glyphosate »). Ainsi, la classification de l'exposition dans les études cas-témoins est beaucoup plus rudimentaire que dans l'AHS, et on ne s'attend pas à ce que des comparaisons aussi rudimentaires et binaires produisent un risque plus élevé que le contraste plus net utilisé dans l'AHS entre le groupe d'exposition la plus élevée et le groupe le plus faible.

 

L'AHS a examiné l'exposition au glyphosate en relation avec le risque de 20 cancers différents, y compris différents types de cancers lymphohématopoïétiques, y compris le LNH. Dans leur analyse, les chercheurs ont ajusté leur exposition pour tenir compte d'autres pesticides, ainsi que d'importants facteurs de confusion tels que le tabagisme et le poids corporel. En revanche, les études cas-témoins portent sur un seul type de cancer, le LNH, qui comporte en fait différents sous-types. Et ils ont été incapables de procéder à des ajustements pour tenir compte de nombreux facteurs de confusion.

 

En raison de la taille de l'AHS, du grand nombre de membres de la cohorte exposés au glyphosate et du long suivi de la cohorte, cette étude fournit des informations beaucoup plus détaillées sur les effets de l'exposition sur la santé que les études cas-témoins avec les faiblesses décrites ci-dessus.

 

Compte tenu des différences de qualité des données et de méthodes entre les études cas-témoins et l'étude de cohorte, il est hautement discutable de les combiner. Les auteurs consacrent beaucoup de temps à la discussion sur les faiblesses potentielles de l'AHS afin d'expliquer pourquoi elle aurait pu échouer à détecter une association positive avec l'exposition au glyphosate. Une grande partie de cette discussion est à côté du sujet. Ils consacrent beaucoup moins d’espace à décrire les véritables lacunes des études cas-témoins.

 

 

Et il y a encore...

 

Lors de la réalisation d'une méta-analyse, il est souvent difficile de choisir l'estimation du risque à partir d'une étude donnée, laquelle peut proposer plusieurs estimations de risque différentes. L'analyse mise à jour de l'AHS par Andreotti et al. (2018) a proposé un grand nombre d'estimations du risque résultant de différentes analyses de tumeurs malignes lymphohématopoïétiques, y compris du LNH. Elles incluent des résultats pour des périodes de décalage de 5 ans, 10 ans, 15 ans et 20 ans. Zhang et al. ont choisi d’utiliser le résultat du décalage de 20 ans pour l’inclusion dans la méta-analyse (RR = 1,12, IC à 95 % de 0,83 à 1,51).

 

En fait, les RR non décalé et décalés sur 5, 10 et 15 ans pour le quartile supérieur sont tous inférieurs à 1,00 (0,87, 0,87, 0,83 et 0,94, respectivement). Il n'y a aucune justification particulière pour choisir le résultat décalé sur 20 ans, comme Zhang et al. l'ont fait. Ils auraient tout aussi bien pu choisir l'analyse avec un décalage de 10 ans, qui donnait un RR = 0,83 (IC à 95 % de 0,62 à 1,10). Mais il est intéressant de noter que le RR décalé sur 20 ans était la plus grande des cinq estimations de risque présentées dans l'article et la seule au-dessus de 1,00. Si Zhang et al. avaient choisi le RR décalé de 10 ans et l'avaient inclus dans la méta-analyse, le résultat global n'aurait probablement pas été statistiquement significatif, car même avec le choix du plus grand RR, la limite de confiance inférieure du RR global était à peine supérieure au seuil de signification statistique (limite inférieure = 1,13). (Les données de l'AHS représentent plus de 50 % du total des données de la méta-analyse, de sorte que l'utilisation d'un RR inférieur à 1,0 exercerait une forte influence à la baisse sur le RR global).

 

 

Récapitulation des points clés

 

  1. Zhang et ses collègues ont tenté de combiner les résultats d'études de qualités radicalement différentes. Pourtant, ils ne doutent jamais de l'opportunité de réaliser une méta-analyse, qui est dans ce cas la moyenne pondérée d'une étude de cohorte de qualité supérieure et de cinq études cas-témoins de qualité bien plus médiocre.

     

  2. Confrontés au choix de l’estimation du risque à retenir dans l’AHS, les chercheurs ont pris le RR le plus élevé sur les 5 rapportés par Andreotti et al. (2018), garantissant ainsi que le RR global qui en résulterait aurait une signification statistique.

 

  1. Afin de donner l’apparence d’une rigueur académique à leur article, les auteurs ont procédé à un grand nombre d’analyses secondaires, en faisant varier les conditions, afin de nous convaincre que l’augmentation de 41 % du risque est un résultat solide qui n’est pas affecté quand ils font varier différents facteurs de leur analyse. Mais ces « analyses de sensibilité » et considérations statistiques subtiles sont présentées en lieu et place du traitement des points plus fondamentaux qui ont déterminé les résultats de la méta-analyse. Par exemple, si les auteurs avaient vraiment été intéressés par la validité de leur méta-analyse, ils auraient reconnu la faiblesse des études cas-témoins. En outre, ils auraient présenté une analyse montrant l'effet de l'utilisation de chacune des cinq estimations de risque différentes rapportées dans l'étude AHS, et pas seulement la plus élevée. Une telle analyse aurait probablement montré que l’utilisation, dans la méta-analyse, de la plupart des RR indiqués dans l'AHS donnait un résultat qui n’était pas statistiquement significatif. Bien sûr, cela aurait été beaucoup moins digne d'intérêt et aurait rendu leur article beaucoup moins susceptible d'être publié.

     

  2. Les auteurs ont mis en évidence le résultat de 41 %, dont ils ont presque certainement compris qu'ils feraient les gros titres et inspireraient la peur.

 

Ce qui peut être pris pour une étude universitaire dépassionnée à ceux qui ne connaissent pas les données ou les moyens de les manipuler est tout sauf cela. On ne peut échapper à l’impression que les auteurs ont délibérément inclus dans leur méta-analyse un résultat choisi et non représentatif de l'AHS très respectée et ont utilisé des études cas-témoins bien inférieures en qualité pour faire grimper le risque relatif global et obtenir un résultat statistiquement significatif. Les auteurs semblent avoir jugé que peu de non-spécialistes, y compris des journalistes, et même de nombreux scientifiques, ne remarqueraient probablement pas le tour de passe-passe noyé dans le grand nombre d'analyses secondaires et de longues discussions obscures.

 

Il est paradoxal que les auteurs citent l’article classique de John Ioannidis, intitulé « Why most published research findings are false » (pourquoi la plupart des résultats de recherche publiés sont faux – 2005), car, en faisant les erreurs cardinales susmentionnées, ils ont produit un résultat qu’aucune analyse secondaire et aucun point de détail statistique ne peut compenser.

 

Une dernière observation. Cet article a fait l'objet d'une évaluation par les pairs, par vraisemblablement au moins deux évaluateurs externes ainsi que le ou les rédacteurs en chef de la revue. Nous devons nous demander comment un article aussi trompeur et tendancieux a pu passer avec succès le processus d'examen par les pairs.

 

 

Note sur l'article du Guardian sur cette méta-analyse par Carey Gillam, de US Right to Know

 

 

J'ai déjà écrit sur Carey Gillam, l'auteure de l'article du Guardian, qui a ravivé l'intérêt du public pour ces études. Gillam est une ancienne journaliste de Reuters qui travaille maintenant comme « directeur de recherche » pour US Right to Know, un groupe anti-biotechnologie financé par le biobusiness et qui a fait les gros titres pour ses attaques répétées contre la biotechnologie agricole, les scientifiques universitaires et les communicateurs scientifiques. Elle a récemment écrit un livre prétendant documenter les prétendus dangers du glyphosate.

 

___________

 

* Geoffrey Kabat est un épidémiologiste du cancer et l'auteur de Hyping Health Risks: Environmental Hazards in Daily Life and the Science of Epidemiology (monter en épingle les risques pour la santé : dangers environnementaux dans la vie quotidienne et science de l'épidémiologie) et Getting Risk Right: Understanding the Science of Elusive Health Risks (bien comprendre les risques : comprendre la science des risques insaisissables pour la santé). Il est membre du conseil d'administration du Genetic Literacy Project. Suivez-le à geokabat@twitter.com.

 

Déclaration du Genetic Literacy Project : Le GLP, ni aucun membre de son personnel n'a d'implication financière avec Monsanto/Bayer , ni aucun autre conflit d'intérêts lié à ce sujet.

 

Source : https://geneticliteracyproject.org/2019/02/18/41-glyphosate-cancer-increase-claim-under-fire-did-the-authors-of-new-meta-study-deliberately-manipulate-data-or-just-botch-their-analysis/

 

 

Mes compléments

 

1. Extrait d'un commentaire de M. Chris Preston sur GLP :

 

« Les Forest plots de la figure 2 m’intriguent. L’AHS est de loin l’étude la plus vaste et possède l’IC [intervalle de confiance] le plus étroit de toutes les études utilisées. Cependant, le fait de la combiner à d’autres études beaucoup plus modestes avec un IC beaucoup plus large conduit à un résultat avec un IC plus petit que l'AHS. Sans passer par l'analyse, j'ai du mal à voir comment cela pourrait se produire avec les ensembles de données utilisés. »

 

 

 

 

2. Il y a des fils twitter intéressants (mes excuses aux auteurs – rationnels évidemment – que je n'aurais pas repérés) :

 

https://twitter.com/GeWoessner/status/1095790472902131713

 

Mme Géraldine Woessner insiste beaucoup, dans ces gazouillis, sur les messages de prudence inclus dans l'article de Zhang, ce qui contraste un peu avec l'analyse de M. Geoffrey Kabat.

 

https://twitter.com/T_Fiolet/status/1096041304964894720?s=19

 

https://twitter.com/Matadon_/status/1095960880880193536

 

Avec une peite critique du communiqué de Bayer.

 

https://twitter.com/Damkyan_Omega/status/1096078877359779840

 

 

3. À propos des « exploits » de M. Stéphane Foucart :

 

https://mur.simardcasanova.net/119/

 

 

 

4. Le gazouillis du Génération.s – rappel : le parti de M. Benoît Hamon – et les réactions :

 

https://twitter.com/GenerationsMvt/status/1097410287030931456

 

 

 

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Florence 29/05/2019 15:08

Mon père : 70 ans - vie saine (non-fumeur, sport, alimentation exemplaire) - 0 antécédents familiaux
mais ayant manipulé du glyphosate pendant toute sa vie professionnelle
mort d'un lymphome non hodgkinien en 4 mois (+diagnostic d'un myélome qui arrivait derrière)
Moi qui ne suis ni écolo, ni anti-industrie chimique, je pense quand-même que ce n'est pas un hasard.
Il serait raisonnable que tous les malades de lymphomes ou myelomes renseignent un questionnaire sur leur mode de vie, que ces infos remontent aux autorités de santé publique, et qu'on récupère de vraies stats réelles sur l'exposition au glyphosate et ce type de cancer.

Seppi 30/05/2019 07:39

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Tout d'abord, je vous présente mes condoléances.

Il est toujours difficile de résister à la tentation de faire un lien entre une maladie et une cause alléguée. Il est difficile, voire impossible, de faire ce lien dans un cas particulier, hormis pour certaines associations comme le mésothéliome et l'amiante.

Les stats, on les a faites sur plus de 50.000 applicateurs aux Etats-Unis dans l'enquête NHS (Andreotti et al. pour l'exploitation la plus récente de la cohorte). Sans bidouillage.

En France, on n'a encore rien rapporté (à ma connaissance) sur le NHL et le glyphosate dans la cohorte AGRICAN.

Pascal SOLAL 21/02/2019 21:51

Il est évident que ce blog est tenu par le lobby agro-chimique.

Seppi 22/02/2019 15:09

Vous faites preuve d'une extraordinaire sagacité ! Creusez encore et vous trouverez que derrière "le lobby agro-chimique" il y a les Illuminati… ou les Reptiliens.

Pascal SOLAL 21/02/2019 21:49

À seppi
Mes neurones vont très bien, merci. Gardez votre mépris, qui n'éclabousse que vous. Pour le reste, je suis justement en train de regarder une émission sur LCP, sur les agriculteurs convertis au bio, et qui en sont très heureux. Voilà l'avenir. Vous appartenez au passé.

Seppi 22/02/2019 15:06

Ha ! Ha ! Ha ! Alors, on se permet des insinuations désobligeantes et à la moindre réponse trouvée désagréable, on pique la mouche ?

Heureux que vous êtes de pouvoir voir sur LCP des agriculteurs convertis au bio qui sont très heureux.. C'est curieux car les médias fourmillent d'articles à propos des agriculteurs bios qui se plaignent (à juste titre) de ne pas avoir touché les subventions et aides spécifiques auxquelles ils ont droit.

Tout chaud… dommage que ce soit derrière un péage :

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/02/21/01016-20190221ARTFIG00252-le-cauchemar-d-un-eleveur-en-conversion-vers-le-bio.php

Les villages Potemkine, vous connaissez ? Il y a des exploitations bio FNAB... ou Martine à la ferme bio.

Pascal SOLAL 20/02/2019 15:48

J'habite non loin d'un champ. Quand le chimiste, pardon l'agriculteur, épand ses produits, ça me prend tellement à la gorge que je suis obligé de fermer mes fenêtres. Alors votre rhétorique, gardez-la pour vos actionnaires.

Seppi 21/02/2019 16:37

@ Jacques Lemiere le ‎mercredi‎ ‎20‎ ‎février‎ ‎2019

Merci pour cette mise au point. ‎

Seppi 21/02/2019 16:35

On se calme !

Seppi 21/02/2019 16:34

Je ne pense pas que je puisse vous remercier pour ce commentaire… sauf peut-être que vous démontrez une aversion de plus en plus répandue de "l'industrie".

Seppi 21/02/2019 16:32

@ max le ‎mercredi‎ ‎20‎ ‎février‎ ‎2019

Bonjour,

Merci pour votre commentaire. Au moins aura-t-il suscité une réponse en forme d'escalade (ou de plongée).

Seppi 21/02/2019 16:27

Bonjour,

Merci pour votre commentaire (si, si…).

Très drôle !

Mais je pense que vous devriez vous asseoir confortablement, etc. et bien analyser la "rhétorique". Si vous trouvez une erreur je serai ravi de la corriger.

Pascal SOLAL 20/02/2019 09:28

Quels que soient les risques du glyphosate (de toutes façons, vous ne serez jamais d'accord, chacun défendant ses intérêts), mon point de vue est celui du bon sens: vous trouvez normal de déverser pendant des décennies, voire des siècles, des produits chimiques dans la nature. Pas moi.

Seppi 21/02/2019 17:24

@ yann le ‎jeudi‎ ‎21‎ ‎février‎ ‎2019

Bonjour,

Merci pour ce commentaire.

Désolé, vous êtes bien naïf ! Tout est possible dans la galaxie des anti-pesticides.

Aux USA, Stephanie Seneff (si je ne me trompe pas) a même trouvé une corrélation entre utilisation du glyphosate (sur maïs et soja si je ne m'abuse) et nombre de suicides...‎

Seppi 21/02/2019 16:22

@ max le ‎mercredi‎ ‎20‎ ‎février‎ ‎2019

Merci pour votre commentaire.

J'y pense… combien de Français "ne veulent plus de chimie dans leur assiette" et mettent une sucrette dans leur tasse ?

Seppi 21/02/2019 15:59

@ Pascal SOLAL le ‎mercredi‎ ‎20‎ ‎février‎ ‎2019

Merci pour votre commentaire.

C'est curieux ! Cette réponse me fait penser aux "arguments […] tellement ineptes" déployés par les thuriféraires du "bio" pour sauver le soldat sulfate de cuivre et la soldate bouillie bordelaise…

"Les gens veulent revenir à un rapport raisonnable et sain à la terre" ? Moi je vois plein de gens qui veulent boucler leur fin du mois le 30 ou 31 et non le 15 et souhaitent pouvoir s'alimenter bon marché.

Seppi 21/02/2019 15:50

@ gattaca le ‎mercredi‎ ‎20‎ ‎février‎ ‎2019

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

"...et pour pouvoir les vendre ensuite"... à des gens qui y trouvent (généralement) une utilité. Enfin, je mets "généralement" parce que je ne vois pas l'utilité, par exemple, du "slime" -- aussi fabriqué par des "amateurs" avec des dangers bien plus sérieux que celui de la molécule dont on cause.

Seppi 21/02/2019 15:45

@ Pascal SOLAL le ‎mercredi‎ ‎20‎ ‎février‎ ‎2019‎ ‎11‎:‎13

Merci pour ce nouveau commentaire.

Il serait bon de s'asseoir confortablement, de prendre une grande inspiration histoire d'oxygéner les neurones et de procéder à quelques interconnections.

Oui, l'industrie chimique a fabriqué des milliers de molécules… la nature encore plus. Dans l'un et l'autre cas il y a de formidables zones d'ombre. Moi, ça ne m'empêche pas de dormir… sur mes deux oreilles. C'est peut-être la chimie et la pharmacie qui m'ont maintenu en vie… et qui me permettent aussi, par exemple, de vous répondre en utilisant un ordinateur.

Nous prendrions une lourde responsabilité devant nos descendants ? Nous prendrions aussi une lourde responsabilité devant nos descendants en refusant le progrès technique, l'existant et celui à créer. Evidemment en faisant preuve de discernement.