Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Envoyé Spécial, glyphosate au Sri Lanka et prix de l'AAAS : avoir raison à tout prix, c'est un métier !

10 Février 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Glyphosate (Roundup), #Monsanto, #Activisme

Envoyé Spécial, glyphosate au Sri Lanka et prix de l'AAAS : avoir raison à tout prix, c'est un métier !

 

Et une nouvelle théorie de complot de Monsanto est en marche...

 

 

L'AAAS, l'American Association for the Advancement of Science a annoncé le 4 février 2019 qu'elle décernait son Prix de la Liberté et de la Responsabilité Scientifiques à deux chercheurs sri-lankais, dont l'un avait « témoigné » dans le sinistre Envoyé Spécial sur contre le glyphosate diffusé le 17 janvier 2019.

 

Les auteurs de cette émission s'en sont emparés sur Twitter à l'appui de leur narration.

 

Hélas, interpellée par des scientifiques et des membres de l'Association, celle-ci s'est ravisée. Réactions sur Twitter des uns et des autres ? Lisez la suite.

 

 

Un événement extravagant et un signal d'alerte

 

Il s'est passé un événement extravagant – au vu des circonstances – à l'AAAS, l'American Association for the Advancement of Science : l'Association a annoncé le 4 février 2019 qu'elle décernait son Prix de la Liberté et de la Responsabilité Scientifiques à deux chercheurs sri-lankais, les Drs Sarath Gunatilake et Channa Jayasumana, pour leurs activités en relation avec une néphropathie qui affecte certains Sri-Lankais.

 

Les circonstances ? Disons tout net que la nomination a été frauduleuse (ça, c'est une supputation) et fondée sur des « états de service » largement imaginaires (ça, nous allons le voir ci-dessous).

 

Si c'est extravagant, ce n'est en fait pas extraordinaire : la science, la vraie, est largement infiltrée par les « sciences » militantes, post-modernes et poubelle, ainsi que par l'activisme. Les chercheurs qui ont un agenda et ont produit des résultats douteux, voire franchement contestés, ont une fâcheuse tendance à se dire victimes de l'establishment scientifique et, le cas échéant, d'entités économiques. Et ils disposent de plus en plus souvent du soutien des milieux activistes aux service desquels ils se sont mis, par choix personnel ou par le fait d'une récupération ; des milieux activistes particulièrement experts en forgeage de narrations complotistes. Il suffit alors d'une instance scientifique elle-même infiltrée, ou simplement naïve et inattentive.

 

Cette décision, heureusement vite remise en cause comme nous le verrons ci-dessous, est un nouveau signal d'alerte.

 

 

Les récipiendaires du Prix @AAAS pour la Liberté et la Responsabilité Scientifiques : les Drs Sarath Gunatilake et Channa Jayasumana, qui ont combattu les intérêts des entreprises en déterminant la cause d'une épidémie de maladie rénale ayant coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes. https://bit.ly/2SuZyNq [lien non fonctionnel – voir ci-dessous].

 

 

Envoyé Spécial : M. Channa Jayasumana déroule un discours grotesque

 

M. Channa Jayasumana avait fait le bonheur de l'équipe d'Envoyé Spécial qui a produit l'émission sur contre le glyphosate diffusée en prime time le 17 janvier 2019. Son intervention a été reprise sur le site de FranceTVInfo avec un titre plus qu'explicite : « VIDEO. "C'est un crime contre l'humanité" dénonce un scientifique dont l'étude a motivé l'interdiction du glyphosate au Sri Lanka ».

 

Mais le discours fait un effet bœuf... l'effet attendu par nos Torquemada. Une des séquences mémorables est visible ci-dessous.

 

 

Comme on le sait, cet Envoyé Spécial a soulevé des hauts-le-cœur dans les milieux rationnels – quelques journalistes, des blogueurs et gazouilleurs, le monde scientifique qui ne se terre pas, le monde économique. Plutôt que d'examiner les critiques et d'y répondre de manière argumentée, l'équipe d'Envoyé Spécial a choisi l'escalade d'engagement, l'intox et les infox, et la bataille rangée avec boules puantes.

 

 

Envoyé Spécial sur Twitter : un message neutre

 

Cette annonce d'un prix décerné par la plus grande association scientifique du monde ne pouvait donc que ravir l'équipe. Elle répercute la nouvelle de manière neutre sur la page Twitter d'Envoyé Spécial :

 

« Le Dr Channa Jayasumana, qui témoignait sur les dangers du glyphosate au Sri Lanka dans #EnvoyeSpecial, prix de "la liberté et de la responsabilité scientifique" de l'@aaas, la plus prestigieuse fédération scientifique au monde. #Monsanto »

 

 

 

 

Mais le gazouillis suivant – curieux au vu de l'identité de son auteur – pose une question un brin vicieuse :

 

« Vous savez si l'AAAS est fiable quand ils disent qu'il y a un consensus chez les scientifiques en faveur des OGM ? »

 

 

 

 

Eh oui, difficile de tenir l'AAAS pour crédible dans un cas, et pas dans l'autre...

 

 

M. Tristan Walecks sur Twitter : niveau cour de récréation

 

Chez M. Tristan Walecks, on a du savoir-vivre : les coups sont lâchés contre Mme Emmanuelle Ducros et Mme Géraldine Woessner (voir le mur de gazouillis, explicite) :

 

« Dr Jayasumana (traité il y a 15 jours de "charlatan","mythomane,"non-scientifique","pseudo-chercheur") est décoré auj par une des + prestigieuses sociétés savantes au monde (American Association for the Advancement of science @aaas) pour ses recherches #glyphosate au Sri Lanka »

 

 

 

 

Mme Élise Lucet sur Twitter : l'ironie lui va mal...

 

Mme Élise Lucet, quant à elle, bombe le torse :

 

« Pseudo science?? Ah oui ?? »

 

et

 

« Et oui... vous allez nous dire que l’@aaas s’est trompée aussi ... »

 

 

 

 

La réponse tombe deux jours plus tard, et nous la prendrons de la page Twitter de Mme Élise Lucet :

 

« C'est apparemment ce qu'ils concluent eux-mêmes. »

 

et

 

« Mme Lucet, regardez ce tweet. Il donne une réponse aux critiques reçues, sans défaussement et sans partir dans un délire de persécution, en indiquant qu'une étude et réflexion supplémentaires sont nécessaires.

 

Voilà un comportement digne. Apprenez. »

 

L'annonce de l'AAAS :

 

« Nous prenons des mesures pour réévaluer le Prix 2019 pour la Liberté et la Responsabilité Scientifiques, après que des préoccupations ont été exprimées par des scientifiques et des membres. Ce prix ne sera pas présenté la semaine prochaine comme prévu à l'origine, alors que nous évaluons plus avant le choix pour le prix. »

 

 

 

 

Que c'est-il passé ?

 

En bref, les instances de décision de l'AAAS – le Comité de la Liberté et de la Responsabilité Scientifiques puis le Conseil d'Administration – ont gobé une nomination largement romancée et gonflée aux hyperboles.

 

Le communiqué de presse annonçant le prix – retiré du site de l'AAAS mais sauvegardé iciaurait pu être rédigé (a été prémâché?) par le plus forcené des activistes anti-glyphosate et anti-Monsanto.

 

 

Des chercheurs harcelés et menacés ?

 

Voici le début du communiqué de presse :

 

« La lutte contre des herbicides mortels remporte le Prix de la Liberté et de la Responsabilité Scientifiques de l'AAAS 2019

 

Deux chercheurs en santé publique qui ont combattu de puissants intérêts commerciaux pour découvrir les effets mortels des herbicides industriels, résoudre un mystère médical et protéger la santé des communautés agricoles du monde entier, recevront le Prix 2019 de la Liberté et de la Responsabilité Scientifiques décerné par l'Association Américaine pour l'Avancement de la Science.

 

Les Drs Sarath Gunatilake et Channa Jayasumana ont fait face à des menaces de mort et à des allégations d'inconduite en recherche en cherchant à déterminer la cause d'une épidémie de maladie rénale qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes dans leur pays, le Sri Lanka, et dans le monde. Leur plaidoyer a finalement abouti à l'interdiction du coupable, l'herbicide appelé glyphosate, dans plusieurs pays touchés.

 

"Redresser un tort lorsque des intérêts financiers importants sont en cause et que le déséquilibre de pouvoir entre l'industrie et les individus est en jeu constitue la combinaison unique de rigueur scientifique, de persistance professionnelle et d'acceptation de risques personnels démontrée par les deux scientifiques reconnus par le prix de cette année", déclare Jessica Wyndham, directrice du Programme Responsabilité Scientifique, Droits de l'Homme et Droit de l'AAAS. »

 

Les allégations pour inconduite en recherche auraient été portées contre le Dr Sarath Gunatilake « par douze scientifiques qui ont obtenu des financements de l'industrie ». Curieusement, alors que l'altermonde est friand de ce genre de « scandale », il n'y a aucune trace sur Internet.

 

 

Des auteurs d'une découverte dérangeante ?

 

D'autre part, la contribution des deux récipiendaires du prix à l'élucidation de la maladie qui continue à être appelée « Chronic Kikney Disease of Unknown Origin » (maladie rénale chronique d'étiologie inconnue) est présentée comme suit dans le communiqué de presse :

 

« […] Gunatilake et Jayasumana ont découvert que le glyphosate, principalement commercialisé par Monsanto sous le nom de Roundup, transportait de l'arsenic, du cadmium et d'autres métaux lourds aux reins de ceux qui buvaient de l'eau contaminée, causant la maladie rénale chronique.

 

En 2014, ils ont publié leurs résultats dans International Journal of Environmental Research and Public Health. »

 

Un coup d'œil au titre de l'article suffit pour constater que leur « découverte » se limite essentiellement à la formulation d'une hypothèse : « Glyphosate, Hard Water and Nephrotoxic Metals: Are They the Culprits Behind the Epidemic of Chronic Kidney Disease of Unknown Etiology in Sri Lanka? » (glyphosate, eau dure et métaux néphrotoxiques : sont-ils les coupables de l'épidémie de maladie rénale chronique d'étiologie inconnue au Sri Lanka ?).

 

Rassurez-vous : ce n'est pas une conclusion hâtive : le titre reflète bien le contenu de l'article. Par ailleurs, ce fait n'est en rien infamant : formuler une hypothèse permet de faire avancer la réflexion et, le cas échéant, les travaux.

 

Mais, de travaux pour tester cette hypothèse, il n'y en eut à notre connaissance point. Succombons un instant à la complotite : l'hypothèse est trop belle pour l'activisme pour risquer de la perdre par une expérimentation qui l'invaliderait (ou la ramènerait à des proportions secondaires, derrière le rôle principal des métaux lourds).

 

Et, comme nous l'avons déjà écrit sur ce site (dernier article en date ici), cette hypothèse est largement contestée. En outre, le statut de chercheurs courageux se battant pour faire émerger la vérité peut tout aussi bien s'analyser comme un comportement belliqueux en réponse aux critiques sur le fond. Les exemples abondent en fait (y compris de l'« autre bord »).

 

On peut aussi voir un article très complet du Daily FT du Sri Lanka, « The glyphosate story – CKDu, food security and national economy » (l'histoire du glyphosate – CKDu, sécurité alimentaire et économie nationale) : même la chronologie des événements pose question, l'identification de la CKDu dans une province rizicole précédant la date à laquelle le glyphosate a été recommandé pour le désherbage des rizières avant le semis, et même la période où le glyphosate a été effectivement utilisé en remplacement du paraquat, finalement interdit.

 

L'AAAS a donc été saisie par de nombreux scientifiques et membres de l'Association (nous avons traduit une excellente analyse de M. Kevin Folta)... et en a tiré une première conséquence.

 

 

Et qu'en est-il de nos vedettes d'Envoyé Spécial ?

 

Silence sur la page d'Envoyé Spécial et celle de Mme Élise Lucet... Et chez M. Tristan Walecks ?

 

Un certain Athéenuation titille le 6 février 2019 :

 

« Quelle explication va t-elle vous venir en tête en premier ?

 

- Monsanto a fait pression sur l'AAAS

- les twittos #soutienGW ont piraté le compte twitter de l'AAAS

- les scientifiques du monde entier ont critiqué cette remise de prix »

 

 

 

 

La réponse tombe le lendemain :

 

« Apparemment ce qui se voulait une boutade n'était pas encore au niveau de votre mauvaise foi : que Monsanto soit à l'origine de cette remise en question est une thèse assez plausible pour vous pour la diffuser, puisqu'elle vous conforte. Quitte à faire de la diffamation. »

 

Que disait M. Paul Thacker – journaliste (vraiment) militant états-unien – dont M. Tristan Walecks a répercuté le gazouillis ?

 

« Si vous aviez des inquiétudes sur le fait que la science soit pervertie par des intérêts d'entreprises, ce rétropédalage de l'AAAS dans l'attribution d'un prix à un chercheur en pesticides devrait les dissiper. »

 

 

 

 

Et la titillation continue :

 

« Mais au fait : l'histoire n'est pas encore terminée... Il est tout à fait possible qu'à la fin de son examen du sujet, l'AAAS décide de maintenir son prix. Que ferez-vous alors ? Vous supprimerez votre retweet complotiste ? Vous ferez un nouveau tweet triomphateur ? »

 

 

 

 

La théorie du complot est sur les rails

 

Pour la réponse, il faudra évidemment attendre... quoique... Le prix ne sera pas décerné aux Drs Sarath Gunatilake et Channa Jayasumana tant il est clair que les instances de décision ont été abusées par le(s) auteur(s) de leur nomination pour le prix. Qui donc ?

 

Mais on a une réponse à un autre gazouillis. C'est sans nul doute sur le mode sarcastique. Les théories du complot ont toujours de l'avenir...

 

 

 

 

Le complot est déjà documenté...

 

 

 

 

Et les échanges aigre-doux bien entamés (M. Jacques Caplat est secrétaire général d'Agir pour l'Environnement)…

 

 

 

 

 

Et voici, pour donner du grain à moudre aux complotistes, le titre de GMWatch :

 

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
L
fascinant...
et élise lucet doit faire partie des journalistes préférée des français..

Montrer l'absence de preuves justifiant une interdiction du glyphosate ne m’intéresse plus..
le public est perdu..il raisonne façon lucet..
mais que les scientifiques expliquent bien que cette décision est d'ordre politique..auquel cas une idiotie de plus..
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Oui, c'est une idiotie de plus, hélas !
M
Bérézina journalistique...
Dans quelques années, les historiens et les sociologues se demanderont comment une démocratie peut accoucher de journalistes comme ceux-là...
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour vos commentaires (j'inclue les suivants, y compris celui de GPP29).

Si nous ne réagissons pas vigoureusement, les historiens et sociologues se féliciteront du fait qu'il y ait eu des journalistes précurseurs…

S'agissant de la Berezina,

"Le nom de la Bérézina est resté dans le vocabulaire français comme un équivalent de « déroute », ou plutôt d’hécatombe, de graves pertes subies lors d’une situation complètement désorganisée. La bataille de la Bérézina n’est pourtant pas une défaite mais au contraire une « victoire » de l’armée française. Elle échappa aux forces russes menées par Koutouzov grâce à une manœuvre habile de Napoléon et au dévouement du régiment de pontonniers néerlandais, qui réussit à construire deux ponts sur cet affluent du Dniepr. — (« Bérézina » sur Wikipédia)"

https://fr.wiktionary.org/wiki/Bérézina
M
Ah mais je ne crois rien. Le terme Berezina est en général associé à un "fail" bien gratiné. Remplacez par "Waterloo" si vous préférez. :-)
G
Contrairement à ce que vous semblez croire, la bataille de la Bérézina n'a pas été une défaite, mais une victoire (très coûteuse, certes) qui a permis à l'armée de Napoléon de franchir cette rivière et de poursuivre sa retraite.