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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Tous aux couverts ! cultiver un meilleur sol

12 Janvier 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agronomie

Tous aux couverts ! cultiver un meilleur sol

 

David Zaruk*

 

 

 

 

Il y a une révolution qui se développe en dessous de nous. Un groupe d'agriculteurs passionnés a expérimenté des combinaisons complexes d'espèces de plantes de couverture qui pourraient influer considérablement sur l'avenir de l'agriculture durable. Les biologistes des plantes ont-ils suivi ces pionniers ? Les espèces pourraient-elles être améliorées de manière à produire de meilleurs résultats pour le sol ?

 

Les pionniers de la dernière décennie ont montré à quel point les cultures de couverture ne sont pas seulement nécessaires pour prévenir la perte de sol, mais également pour développer le biome, renouveler la biodiversité, « adoucir » le sol et littéralement faire pousser la terre. Les mauvaises herbes, les insectes nuisibles et les maladies peuvent être gérés avec les bonnes variétés de couverture. Avec l'agriculture sans labour, cette révolution est connue sous le nom d'« agriculture de conservation ».

 

En développant le sol, les agriculteurs protègent leurs terres de l'érosion. Les nappes phréatiques sont protégées car les infiltrations de polluants sont réduites, le sol devient plus riche et plus poreux. À mesure que les sols reçoivent une grande variété d'éléments nutritifs, la matière organique augmente, les niveaux d'azote s'améliorent et les agriculteurs peuvent moins fertiliser. Avec la diminution du travail du sol, plus de CO2 est séquestré dans le sol et il y a moins d'émissions dues à la combustion de gazole.

 

 

Quelles semences sont les meilleures pour la couverture ?

 

Tandis que certains agriculteurs diraient : « plus il y en a, mieux c'est », d’autres veulent des plantes à enracinement profond ou à racines fibreuses, et des plantes qui peuvent survivre par temps froid. Le temps et le coût sont importants. Si les agriculteurs sèment des couvertures en août, un investissement plus important pourrait être justifié. Une plante à croissance rapide avec une absorption rapide d'éléments nutritifs est importante si les agriculteurs ne peuvent pas semer avant l’automne. La stratégie varie également si la couverture est combinée avec du fumier.

 

À mesure que les agriculteurs combinent mieux les espèces de couverture, certains, comme Jake Freestone, choisissent les espèces en fonction de la culture qui suit dans la rotation. Jake a participé aux travaux du NIAB et de Kellogg’s Origins sur l’évaluation des essais de cultures de couverture. Ils ont élaboré une sorte de « livre de recettes » répertoriant les forces et les faiblesses des espèces de couverture intitulé : Cover Crops: A practical guide to soil and system improvement, 2016/17.

 

 

Les défis

 

Les limaces. – Dans les climats plus froids, les cultures de couverture peuvent créer un pont vert permettant la prolifération des limaces (créant la nécessité coûteuse d'appliquer des granulés anti-limaces). Plusieurs agriculteurs souhaitent que les sélectionneurs se concentrent sur la création de plantes de couverture moins attractives pour les limaces.

 

Semer une culture de couverture dans des conditions de sécheresse était un sujet de préoccupation opposé (non seulement à cause des problèmes de levée, mais aussi du risque d’aggraver encore les problèmes de nappe phréatique si la couverture végétale est insuffisante).

 

 

Quelle est l'espèce de couverture parfaite ?

 

Les agriculteurs sont plus préoccupés par le développement racinaire que par la partie aérienne, qui doit laisser pénétrer plus de lumière et produire moins de fleurs. Une racine fibreuse contribue à ouvrir le sol, à augmenter la matière organique et à promouvoir le biome. Il s’agit de créer une « biomasse souterraine ». Certaines cultures fonctionnent comme des vaccins pour préparer le sol à mieux résister aux maladies. En dehors du problème des limaces, les cultures de couverture devraient repousser les parasites susceptibles de menacer les récoltes.

 

La destruction de la couverture est un sujet important. Comme le disait Tom Jewers : « Nous ne voulons pas que les cultures de couverture deviennent des mauvaises herbes. Idéalement, elles doivent se développer rapidement, mais ne jamais monter à graines ! »

 

 

Quelques points de vue opposés

 

Chaque sol, chaque climat, chaque culture sont différents. Tous les agriculteurs n'utilisent pas les plantes de couverture de la même manière – cette pratique est tout sauf une solution standard. Certains bénéficient de conditions idéales sans avoir à intervenir activement ; certains ont des fermes mixtes avec beaucoup de fumier ; d'autres, avec des hivers précoces ou des conditions humides, ne bénéficieraient pas beaucoup des cultures de couverture. Il reste beaucoup de recherche à faire.

 

Plusieurs agriculteurs ont soulevé la question du coût des semences, soulignant que la pousse naturelle en dehors de la saison (les repousses) peut être suffisante pour régénérer le sol. Les semenciers proposent souvent des mélanges complexes que de nombreux agriculteurs jugent inutiles (certains font leurs propres mélanges). Les agriculteurs doivent également acquérir du matériel supplémentaire pour permettre les semis à travers une couverture dense sans perturber le sol. Ensuite, il y a la question du temps de travail (qui vient habituellement juste après la moisson) et du carburant.

 

Bien que les agriculteurs reconnaissent que les cultures de couverture sont bénéfiques, le « quoi » et le « comment » ont fait l’objet de nombreux débats.

 

 

Le glyphosate est vital

 

Les cultures de couverture complexes ont été rendues possibles par des herbicides peu coûteux à base de glyphosate, permettant un processus de destruction efficace. De nombreux agriculteurs qui défendent les avantages environnementaux de l'agriculture de conservation ne pouvaient imaginer les pertes que subiraient la biodiversité si les activistes réussissaient à faire interdire l'herbicide.

 

La menace qui pèse sur le glyphosate est le plus grand défi pour les cultures de couverture. Le lobby du bio refuse l'agriculture de conservation, considérée comme une agriculture avec une charrue chimique. Étant donné que les agriculteurs biologiques ne sont pas autorisés à utiliser des herbicides de synthèse, la pression pour interdire totalement le glyphosate dans l'UE sera probablement renforcée.

 

Et c'est plus de pression sur le sol, les agriculteurs et les consommateurs.

 

_______________

 

* David pense que la faim, le SIDA et des maladies comme le paludisme sont les vraies menaces pour l'humanité – et non les matières plastiques, les OGM et les pesticides. Vous pouvez le suivre à plus petites doses (moins de poison) sur Twitter et la page Facebook de Risk-Monger.

 

Source : https://seedworld.com/run-for-cover-cropping-up-better-soil/

 

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yann 13/01/2019 12:44

Du fait de mes fonctions, je travail avec beaucoup d'agriculteurs et côtois toutes "les pratiques" agricoles qu' elles qu'elles soient : Agriculture de Conservation, techniques sans labours (TSL=tech sans labour mais avec travail du sol en "surface"), AB , ou les agri en conventionnel .
L' AC semble vraiment être une solution permettant de produire en quantité et qualité la plus prometteuse pour le développement des productions agricoles. Elle passe par des changement de paradigme sur les pratiques mais les résultats sont là dans beaucoup d'exploitations qui la pratique.
Le PB de cette pratique est le temps de conversion des sols a ce type de fonctionnement (4à 5 ans minimum). Sans avoir de baisse de rdt significative comme en bio , ses pratiques de l'AC sont effectivement beaucoup plus favorables à la biodiversité et elles l'utilisent même beaucoup plus en la valorisant dans les itinéraires techniques des cultures.
Il n'y a pas photo sur la richesse en" biodiversité fonctionnelle" présente en AC beaucoup plus importante et utilisable/valorisable qu'en AB.
Pour la disparition du glypho , si pour l'implantation des cultures d'hivers des solutions sont "possibles" mais avec plus de temps de travails , moins d'efficacités, plus chères et moins bonne dans les bilans environnementaux "a la mode écolo", pour les cultures de printemps cela semble impossible de ce passer herbicide totale aussi efficace et sure que le glypho .
Le cahier des charges de l'agriculture bio est une fumisterie dès sa conception, alors que l'AC mis en place/développée par des agriculteurs eux mêmes, reste pragmatique/pratique et semble de plus en plus efficace que ce soit en production et vis à vis de la protection valorisation de la biodiversité (celles dites fonctionnelles)ou pour ses résultats économiques pour les exploitations qui la ^pratiques.
Une des références mondialement connu (plus a l'étranger quand France==> encore un paradoxe bien français), c'est Monsieur Fréderic THOMAS. Cet agriculteurs propriétaire de la revue TCS, est a l'origine de tout le mouvement AC français . Les merdias devraient plus s'intéresser a ce type de personne qu'a des rabhy ou autre gourou/charlatans.
Frédéric THOMAS a déjà marquer l'histoire du développement des techniques agricoles en France et cela va continuer.
Entre toutes les solutions, possibilités techniques disponibles en productions végétales, L'AC me parait la plus prometteuse avec des résultats déjà plus qu'avérés en qualité et quantité de production.

Seppi 14/01/2019 12:54

Bonjour,

Merci pour votre commentaire, très utile.

Frédéric Thomas, et aussi Lucien Séguy.

SDF 12/01/2019 22:15

Article fort intéressant mais je ne sais pas pourquoi il se termine par un plaidoyer pour le glyphosate. Il y a d'autres moyens de destruction des cultures intermédiaires. Ou alors, Seppi, vous êtes un lobbyiste de cette molécule ... mais qu'auriez-vous à y gagner ????

Seppi 14/01/2019 12:01

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Tout à fait d'accord.

Seppi 14/01/2019 11:55

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

L'intérêt du glyphosate en agriculture de conservation vous est expliqué en partie par M.Yann dans son commentaire.

Le glyphosate, c'est une solution économique (pas chère en produit, ni en gazole) ; rapide (pensez qu'une rampe de 36 mètres fait le travail de six passages avec un (grand) outil de six mètres), laissant donc du temps pour d'autres travaux à une période souvent chargée) ; et… très favorable sur le plan environnemental (mais ça, bien sûr, les détracteurs du glypho ne voudrons jamais l'entendre).

Si je suis un lobbyiste, c'est en faveur de la rationalité en agriculture, alimentation, santé publique et environnement.

Lonetho 13/01/2019 03:58

Les autres moyens, c'est soit d'autres herbicides ou des moyens de travail du sol primaire. Dans une optique d'améliorer la structure du sol, le taux de matière organique, la capacité du sol à retenir les éléments nutritif et éviter la perte de sol, la destruction chimique à l'aide du glyphosate est l'option la plus durable dont disposent les agriculteurs en ce moment. Il y a même plus diversité biologique dans un sol traité au glyphosate que dans un sol sous régie biologique.

Le glyphosate est en ce moment attaqué de tout bord tout côté pour des raisons tout sauf scientifiques. Pourtant, c'est l'herbicide le moins dangereux qui existe et utiliser correctement, il ne cause aucun tord ni pour la santé et l'environnement. Le bannir ne conduirait qu'au retour au labour ou à l'utilisation de pesticides beaucoup plus néfastes.