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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Nourrir 10 milliards de manière durable en 21 graphiques

23 Janvier 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Alimentation

Nourrir 10 milliards de manière durable en 21 graphiques

 

 

 

 

C'est le défi – enfin, celui de présenter 21 graphiques – qu'a relevé le World Resources Institute (WRI – Institut des Ressources Mondiales) dans « How to Sustainably Feed 10 Billion People by 2050, in 21 Charts ».

 

En résumé :

 

« Nourrir 10 milliards de personnes de manière durable d'ici 2050 nécessite donc de combler trois lacunes :

 

  • Un déficit alimentaire de 56 % entre les calories des récoltes produites en 2010 et celles nécessaires en 2050 dans le cadre d'une croissance "business as usual" ;

     

  • Un déficit de terres de 593 millions d'hectares (une superficie presque deux fois supérieure à celle de l'Inde) entre la superficie de terres agricoles mondiales en 2010 et l'expansion agricole prévue pour 2050 ; et

     

  • Un déficit d'atténuation des émissions de GES de 11 gigatonnes entre les émissions agricoles attendues en 2050 et le niveau cible nécessaire pour maintenir le réchauffement planétaire en dessous de 2°C (3,6°F), le niveau nécessaire pour prévenir les pires impacts sur le climat. »

 

LeWRI propose ensuite un menu en cinq plats. Ce n'est pas forcément de la science pour « bac + 20 », mais c'est toujours bon de le rappeler de manière ordonnée, d'autant plus qu'il y a des éléments qui passent presque toujours sous les radars. Naturellement, il y a des choses qui se discutent dans cette liste...

 

Voici donc les cinq plats :

 

1. Réduire l'augmentation de la demande de produits alimentaires et d'autres produits agricoles :

 

  • Réduire les pertes et le gaspillage

  • Se tourner vers des régimes alimentaires plus sains, plus durables

  • Éviter la concurrence des bioénergies pour les cultures alimentaires et les terres

  • Arriver à un niveau de natalité humaine qui assure le renouvellement des populations

 

 

Quand on est confronté à ce genre de graphique, on aimerait bien connaître la surface en prairies qui sont la meilleure option pour l'exploitation humaine, et la surface qui pourrait être utilement convertie en terres arables.

 

 

2. Augmenter la production alimentaire sans extension des terres agricoles :

 

  • Augmenter la productivité du bétail et des pâtures

  • Améliorer l'amélioration des plantes

  • Améliorer la gestion des terres et de l'eau

  • Semer et planter plus souvent sur les terres agricoles existantes

  • S'adapter au changement climatique

 

3. Protéger et restaurer les écosystèmes naturels et limiter les conversions à l'agriculture :

 

  • Lier les gains de productivité à la protection des écosystèmes naturels

  • Limiter l'expansion inévitable des terres agricoles aux terres présentant de faibles coûts d'opportunité environnementaux

  • Reboiser les terres agricoles à potentiel d'intensification faible

  • Conserver et restaurer les tourbières

 

4. Augmenter l'approvisionnement en poissons

 

  • Améliorer la gestion de la pêche d'espèces sauvages

  • Améliorer la productivité et les performances environnementales de l'aquaculture

 

5. Réduire les émissions de gaz à effet de serre de la production agricole

 

  • Réduire la fermentation entérique grâce à de nouvelles technologies

  • Réduire les émissions grâce à une meilleure gestion des déjections

  • Réduire les émissions des déjections laissées dans les pâtures

  • Réduire les émissions des engrais en augmentant l'efficacité de l'utilisation d'azote

  • Adopter des systèmes de production et des variétés de riz réduisant les émissions

  • Augmenter l'efficacité de l'agriculture en matière d'énergie et se tourner vers des sources d'énergie non fossiles

  • Mettre en œuvre des options réalistes pour la séquestration du carbone dans le sol

 

 

 

 

La conclusion de ce billet :

 

« Vers un avenir alimentaire durable

 

Le défi de nourrir 10 milliards de personnes de manière durable d'ici 2050 est beaucoup plus difficile que ne le réalisent les gens. Ces éléments de menu ne sont pas facultatifs – le monde doit les mettre en œuvre tous les 22 pour combler les lacunes en matière d'atténuation des risques liés à l'alimentation, aux terres et aux GES.

 

La bonne nouvelle est que les cinq plats peuvent combler les lacunes tout en offrant des avantages aux agriculteurs, à la société et à la santé humaine. Cela nécessitera un effort herculéen et des changements majeurs dans notre façon de produire et de consommer. Commençons donc et commandons tout le menu ! »

 

Le rapport complet est ici.

 

 

 

 

Post scriptum

 

Découvert dans « Opinion | Interdire le glyphosate, une décision idéologique » de M. Jérôme Lassalle, dans les Échos :

 

« Lucien Séguy, ancien pédologue de l’Orstom, va encore plus loin. "En voulant supprimer par idéologie le glyphosate, la France pourrait passer à côté de tous les enjeux de l’agroécologie", s’alarme-t-il. Bien employé, le glyphosate est un "rempart encore indispensable contre l’érosion de la couche arable partout dans le monde... Avant, les tropiques produisaient peu, car leurs terres faiblement fertiles naturellement pour les cultures partaient avec l’eau des pluies. Avec l’agroécologie intensive, les agriculteurs brésiliens peuvent faire deux récoltes plus un engraissement de bêtes par an et même intégrer la production de bois dans le même champ... Il y a dans le monde des millions d’hectares dégradés que l’on peut transformer en jardins tropicaux, il y a de la place pour tout le monde, les gros et les petits agriculteurs. Mais tout cela sans le glyphosate, c’est compliqué", résume-t-il.

 

Pour l’Hexagone, renoncer au glyphosate reviendrait à précipiter une sorte de crise définitive. "L’agriculture française régressera inexorablement. Le pays deviendra acheteur de nourriture et n’exportera plus. Soit on fait le choix inverse, on recharge les sols en matière organique avec le génie végétal en semis direct, on assure alors de hautes productivités stables dans le changement climatique, on préserve des eaux et des sols propres, on garantit des productions totalement pures dans un environnement protégé qui capte plus de carbone qu’il n’en émet", prévient Lucien Séguy. Une agriculture en osmose avec le rythme des saisons et de la nature, mais qui ne peut se passer d’une utilisation raisonnée du glyphosate.

 

Pour les défenseurs de l’agroécologie, comme M. Séguy, il est donc possible de "produire intensivement à peu de frais de la nourriture de qualité sur des sols sans fuite à la fertilité améliorée". À condition de reconnaître le rôle majeur que le controversé herbicide doit jouer. Les débats et polémiques, on peut en être sûr, sont loin d’être terminés. »

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