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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Niébé GM : combler le fossé entre innovation et changement social

29 Janvier 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique

Niébé GM : combler le fossé entre innovation et changement social

 

Opuah Abeikwen*

 

 

 

 

Le Nigeria a entamé un processus historique consistant à prendre la tête des pays africains en matière d’agriculture intelligente et innovante avec la récente demande d'autorisation de mise en marché du niébé génétiquement modifié résistant à des insectes.

 

S'il est approuvé, le niébé résistant au foreur de la gousse (Maruca vitrata) deviendra la première culture vivrière génétiquement modifiée du pays. On s'attend à ce qu'il augmente les rendements et réduise considérablement l'utilisation de pesticides dans la production de niébé.

 

Le niébé est une culture vivrière autochtone et une bonne source de protéines primaires pour les pauvres des zones urbaines et rurales du Nigeria. Il est également bénéfique pour l'agriculture en raison de ses propriétés de fixation de l'azote et de son utilisation dans l'alimentation du bétail.

 

On estime que 5,4 millions de tonnes de niébé sont produites chaque année dans le monde. Le Nigeria représente environ 3,1 millions de tonnes, soit plus de 58 % de cette production. En plus d’être le plus grand producteur mondial de cette culture, le Nigeria est également le plus grand consommateur, avec des besoins d'environ 3,6 millions de tonnes par an.

 

Le Nigeria continue de s’appuyer sur des pays comme le Cameroun et le Burkina Faso, principaux exportateurs nets, pour combler l’écart entre la production et la demande. Cela pèse lourdement sur l’économie, tout comme l’achat des pesticides actuellement utilisés pour aider à contrôler les foreurs de la gousse qui se nourrissent sur la plante.

 

Le foreur de la gousse est un insecte très connu dans la production de niébé, obligeant les agriculteurs à traiter avec des pesticides environ six à sept fois au cours d'une saison de culture. Les agriculteurs n'ont souvent pas les moyens d'acheter ces pesticides coûteux, nocifs pour la santé humaine et les pratiques environnementales durables. Mais ils risquent de perdre plus de 80 % de leur récolte si l'insecte n'est pas contrôlé.

 

Les scientifiques nigérians ont échoué par le passé dans leurs tentatives d'utiliser des méthodes de sélection conventionnelles pour empêcher ce ravageur de s'attaquer à la culture. Aucune des 15.000 accessions examinées pour rechercher des caractères de résistance à l'insecte foreur de la gousse n'a donné de résultat positif.

 

Les techniques modernes de sélection, telles que le génie génétique, semblent avoir brisé ce modèle, redonnant espoir aux agriculteurs. Des scientifiques de l’Institut de Recherche Agricole (IRA) du pays ont mis au point une variété résistante en introduisant un gène de la bactérie du sol Bacillus thuringiensis, couramment utilisée comme pesticide biologique, dans des variétés locales de niébé.

 

Dans un récent échange avec le public sur le niébé résistant au foreur de la gousse, le professeur Muhammad Ishiyaku, chercheur principal et scientifique principal de l'équipe de recherche sur le niébé, a déclaré que ce nouveau type de variété pouvait potentiellement réduire l'utilisation de pesticides de sept applications pendant une saison de culture à environ deux. La production devrait également augmenter de 20 %.

 

Bien que des scientifiques comme Ishiyaku et d’autres partisans de la technologie GM pensent que le niébé GM peut aider les agriculteurs à faire face au fardeau du foreur de la gousse, certains militants écologistes sont totalement en désaccord avec cette perspective et contestent l'utilisation commerciale de la variété de l'IRA. Pour bien démontrer leur colère, les militants anti-OGM ont diffusé des publications, organisé plusieurs activités pour empêcher la diffusion de la variété dans l'environnement et accusé l'Agence Nationale de Gestion de la Biosécurité (NBMA) de manquer de neutralité.

 

Mais en tant qu’arbitre chargé du pouvoir constitutionnel de contrôler la demande, le Dr Rufus Ebegba, directeur général de la NBMA, a exhorté les militants à comprendre que la neutralité dans ce contexte ne devrait pas se traduire par une absence de décision concrète. Il a expliqué que la NBMA n'a pas été établie pour bloquer les OGM, mais pour s'assurer qu'ils sont sans danger pour l'environnement ainsi que pour la santé humaine.

 

« Les préjugés de l’Agence, a-t-il déclaré, « sont la sécurité et l’intérêt national, tout comme le préjugé du juge est la justice ».

 

Il a fallu neuf ans à l'IAR (2009-2018) pour réaliser ses essais sur des sites sélectionnés, après l'approbation de la recherche par la NBMA. Le processus d’essai a été étroitement surveillé pendant cette période et toutes les exigences relatives à la conformité en matière de biosécurité ont été entièrement satisfaites.

 

Les nouvelles idées, selon Carl Gustav Jung, ne sont pas seulement les ennemies des vieilles idées, elles apparaissent aussi souvent sous une forme extrêmement inacceptable. Il est vrai que chaque nouvelle technologie doit faire face à la suspicion et aux préoccupations, mais le Nigeria doit faire preuve de courage et vaincre sa peur, en particulier lorsque des preuves scientifiques attestant de l'existence des mesures de sécurité sont disponibles.

 

Il est temps de combler le fossé entre les nouvelles innovations scientifiques et les changements sociaux et culturels afin que les agriculteurs africains puissent accéder à toutes les solutions existantes pour faire face aux crises qui affectent les systèmes alimentaires mondiaux.

 

____________

 

Opuah Abeikwen est le co-initiateur de Science Cafe Nigeria et un boursier du leadership mondial de l'Alliance pour la Science 2016.

 

Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2019/01/gmo-cowpea-bridging-gap-innovation-social-change/

 

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