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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les aliments biologiques sont pires pour le climat

5 Janvier 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agriculture biologique, #Article scientifique

Les aliments biologiques sont pires pour le climat

 

Un communiqué de presse de l'Université de Technologie Chalmers (Suède – 13 décembre 2018)*

 

 

Les rendements à l'hectare sont nettement inférieurs en agriculture biologique, ce qui, selon l'étude, entraîne des émissions indirectes de dioxyde de carbone beaucoup plus importantes dues à la déforestation.

Crédit: Yen Strandqvist/Université de Technologie Chalmers

 

 

Les aliments issus de l'agriculture biologique ont un impact climatique plus important que les aliments issus de l'agriculture conventionnelle, en raison de la superficie plus grande des terres nécessaires. Telle est la conclusion d'une nouvelle étude internationale réalisée par la l'Université de Technologie Chalmers en Suède et publiée dans la revue Nature.

 

 

Les chercheurs ont mis au point une nouvelle méthode d'évaluation de l'impact de l'utilisation des terres sur le climat et l'ont utilisée, ainsi que d'autres méthodes, pour comparer la production d'aliments biologiques et d'aliments conventionnels. Les résultats montrent que les aliments biologiques peuvent générer des émissions beaucoup plus importantes.

 

« Notre étude montre que les pois biologiques cultivés en Suède ont un impact sur le climat environ 50 % plus important que les pois cultivés de manière conventionnelle. Pour certains produits alimentaires, la différence est encore plus grande. Par exemple, pour le blé d'hiver suédois biologique, la différence est plus proche de 70 % », déclare Stefan Wirsenius, professeur associé à Chalmers et l'un des responsables de l'étude.

 

La raison pour laquelle les aliments biologiques sont tellement pires pour le climat est que les rendements à l'hectare sont beaucoup plus bas, principalement parce que des engrais ne sont pas utilisés. Pour produire la même quantité d'aliments biologiques, vous avez donc besoin d'une surface beaucoup plus grande.

 

L’aspect novateur de la nouvelle étude est la conclusion selon laquelle cette différence d’utilisation des terres fait que les aliments biologiques ont un impact beaucoup plus important sur le climat.

 

« La plus grande utilisation des terres en agriculture biologique entraîne indirectement une augmentation des émissions de dioxyde de carbone, à cause de la déforestation », explique Stefan Wirsenius. « La production alimentaire mondiale est régie par le commerce international. La manière dont nous produisons en Suède a donc une influence sur la déforestation sous les tropiques. Si nous utilisons plus de terres pour la même quantité de nourriture, nous contribuons indirectement à une déforestation plus importante ailleurs dans le monde. »

 

Du point de vue climatique, même la viande et les produits laitiers biologiques sont pires que leurs équivalents conventionnels, affirme Stefan Wirsenius.

 

« Étant donné que la production de viande et de lait biologiques utilise des aliments biologiques, elle nécessite également plus de terres que la production conventionnelle. Cela signifie que les conclusions concernant le blé et les pois biologiques s'appliquent en principe également à la viande et aux produits laitiers. Cependant, nous n'avons pas fait de calculs spécifiques sur la viande et le lait et nous n'avons aucun exemple concret à ce sujet dans l'article », explique-t-il.

 

 

Une nouvelle métrique : le coût d'opportunité du carbone

 

Les chercheurs ont utilisé une nouvelle mesure, qu'ils ont baptisée « coût d'opportunité du carbone », pour évaluer les effets d'une utilisation accrue des terres contribuant à augmenter les émissions de dioxyde de carbone résultant de la déforestation. Cette mesure prend en compte la quantité de carbone stockée dans les forêts et libérée sous forme de dioxyde de carbone en raison de la déforestation. L’étude est l’une des premières au monde à utiliser cette métrique.

 

« Les comparaisons précédentes entre les aliments biologiques et les aliments conventionnels n’ont pas souvent tenu compte du fait que l’utilisation accrue des terres entraînait un plus grand impact sur le climat », déclare Stefan Wirsenius. « C'est un gros oubli, car, comme le montre notre étude, cet effet peut être beaucoup plus important que les effets de gaz à effet de serre, qui sont normalement inclus. C'est aussi grave, car aujourd'hui en Suède, nous avons des objectifs politiques d'accroître la production d'aliments biologiques. Si ces objectifs sont mis en œuvre, l'influence de la production alimentaire suédoise sur le climat augmentera probablement beaucoup. »

 

Alors, pourquoi les études antérieures n’ont-elles pas tenu compte de l’utilisation des terres et de sa relation avec les émissions de dioxyde de carbone ?

 

«Il y a sûrement beaucoup de raisons. Je pense qu'une explication importante est simplement un manque antérieur de bonnes méthodes facilement applicables pour mesurer l'effet. Notre nouvelle méthode de mesure nous permet de faire des comparaisons environnementales larges, avec une relative facilité », déclare Stefan Wirsenius.

 

Les résultats de l’étude sont publiés dans l’article intitulé « Assessing the efficiency of changes in land use for mitigating climate change » (évaluer l’efficacité des changements d’utilisation des terres pour atténuer le changement climatique) dans la revue Nature. L'article est écrit par Timothy Searchinger, Université de Princeton, Stefan Wirsenius, Université de Technologie de Chalmers, Tim Beringer, Humboldt Universität zu Berlin, et Patrice Dumas, Cired.

 

[….]

 

 

Plus sur la perspective du consommateur

 

Stefan Wirsenius fait remarquer que les résultats ne signifient pas que les consommateurs consciencieux devraient simplement acheter des aliments non biologiques.

 

« Le type de nourriture est souvent beaucoup plus important. Par exemple, manger des haricots bio ou du poulet bio est bien meilleur pour le climat que de manger du bœuf produit de manière conventionnelle », dit-il. « Les aliments biologiques présentent plusieurs avantages par rapport aux aliments produits par des méthodes conventionnelles », poursuit-il. « Par exemple, c'est mieux pour le bien-être des animaux de ferme. Mais en ce qui concerne l'impact sur le climat, notre étude montre que les produits biologiques sont une alternative bien pire, en général. »

 

Pour les consommateurs qui souhaitent contribuer aux aspects positifs de la production d'aliments biologiques sans augmenter leur impact sur le climat, il est efficace de se concentrer sur les différents impacts des différents types de viande et de légumes dans notre alimentation. Remplacer le bœuf et l'agneau, ainsi que les fromages à pâte dure, par des protéines végétales telles que les haricots a le plus grand effet. Le porc, le poulet, le poisson et les œufs ont également un impact climatique beaucoup moins important que le bœuf et l'agneau.

 

Voir également le communiqué de presse du 24 février 2016 : « Better technology could take agriculture halfway towards climate targets » (une meilleure technologie pourrait amener l'agriculture à mi-chemin des objectifs climatiques).

 

 

Plus sur : Le conflit entre différents objectifs environnementaux

 

En agriculture biologique, aucun engrais n'est utilisé. L'objectif est d'utiliser des ressources telles que l'énergie, la terre et l'eau de manière durable et à long terme. Les cultures sont principalement nourries grâce aux nutriments présents dans le sol. Les principaux objectifs sont une plus grande diversité biologique et un équilibre entre la durabilité des animaux et des plantes. Seuls les pesticides d'origine naturelle sont utilisés.

 

Les arguments en faveur des aliments biologiques mettent l’accent sur la santé des consommateurs, le bien-être des animaux et différents aspects de la politique environnementale. Il y a de bonnes justifications pour ces arguments, mais, dans le même temps, il n'y a pas de preuves scientifiques démontrant que les aliments biologiques sont en général plus sains et plus écologiques que les aliments issus de l'agriculture conventionnelle, selon l'Administration Nationale de l'Alimentation de la Suède et d’autres institutions. La variabilité entre les exploitations est grande, l'interprétation variant en fonction des objectifs environnementaux que l'on définit comme prioritaires. Dans le même temps, les méthodes d'analyse actuelles ne permettent pas de capturer tous les aspects.

 

Les auteurs de l'étude affirment maintenant que les aliments issus de l'agriculture biologique sont pires pour le climat en raison d'une plus grande utilisation des terres. Pour cet argument, ils utilisent les statistiques de l'Office Suédois de l'Agriculture sur la production totale en Suède et les rendements à l'hectare pour l'agriculture biologique par rapport à l'agriculture conventionnelle pour les années 2013-2015 (lien en suédois).

 

 

Plus sur les biocarburants : « L'investissement dans les biocarburants augmente les émissions de dioxyde de carbone »

 

Les investissements majeurs actuels dans les biocarburants sont également préjudiciables au climat, car ils nécessitent de grandes superficies de terres adaptées à la culture, et donc, selon la même logique, augmentent la déforestation au niveau mondial, affirment les chercheurs de la même étude.

 

L'étude montre que, pour tous les biocarburants courants (éthanol de blé, de canne à sucre et de maïs, ainsi que biodiesel d'huile de palme, de colza et de soja), le coût d'opportunité du carbone est supérieur aux émissions provenant des carburants fossiles et du diesel. Les biocarburants issus de déchets et de sous-produits n'ont pas cet effet, mais leur potentiel est faible, disent les chercheurs.

 

Tous les biocarburants produits à partir de cultures arables ont des émissions si élevées qu’ils ne peuvent pas être qualifiés d'écologiques, selon les chercheurs, qui présentent les résultats sur les biocarburants dans un éditorial du journal suédois Dagens Nyheter : « The investment in biofuels increases carbon dioxide emissions » (l'investissement dans les biocarburants augmente les émissions de dioxyde de carbone – lien en suédois [et derrière un péage])

 

 

L'Université de Technologie Chalmers de Göteborg mène des activités de recherche et d'enseignement en technologie et en sciences naturelles à un haut niveau international. L'université compte 3.100 employés et 10.000 étudiants et propose une formation en ingénierie, sciences, transport et architecture.

 

Sur la base de l’excellence scientifique, Chalmers promeut la connaissance et les solutions techniques pour un monde durable. Grâce à notre engagement mondial et à notre esprit d’entreprise, nous favorisons un esprit novateur, en étroite collaboration avec la société dans son ensemble. La plus grande initiative de recherche de l’UE – le Graphène Flagship (navire-amiral du graphène) – est coordonnée par Chalmers. Nous menons également les travaux sur le développement d'un ordinateur quantique suédois.

 

Chalmers a été fondée en 1829 et a toujours pour devise : « Avancez – forward ».

 

______________

 

Source : https://www.mynewsdesk.com/uk/chalmers/pressreleases/organic-food-worse-for-the-climate-2813280

 

 

Ma note : Ce communiqué est livré brut de décoffrage.

 

C'est manifestement de la haute voltige en matière de modélisation et de calculs. Et on peut rester sceptique. Il est notamment curieux que l'un des auteurs se prononce sur la conversion en bio pour le lait et la viande alors qu'ils n'ont fait aucun calcul à ce sujet.

 

C'est toutefois un article qui remet en cause une littérature abondante sur les bénéfices allégués du bio... littérature principalement produite par des adeptes du bio.

 

Les compléments tendant à rester politiquement correct sur les bénéfices allégués du bio par rapport au conventionnel sont, au mieux, amusants. « ...Il y a de bonnes justifications pour ces arguments, mais, dans le même temps, il n'y a pas de preuves scientifiques... » est une merveille !

 

 
Post scriptum

 

Numérama (un site bizarre) parle de cet article ici sous le titre : « La nourriture bio présente-t-elle un danger pour l’environnement ? ».

 

Et le Figaro a aussi produit un article ici sous le titre emphatique : « Manger bio est-il dangereux pour la planète ? » (heureusement, c'est sous la forme d'une question, le ridicule n'est que partiel). À voir : le déchaînement des adeptes du bio dans les commentaires.

 

Rien dans le Monde Planète... C'est pourtant une sorte d'annonce de l'apocalypse... Ah oui, cela concerne l'agriculture biologique…

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C
Bonjour,<br /> La comparaison du bio et du conventionnel cultivés de manières similaires n'est pas spécialement pertinente, puisqu'ici l'article se résumerait ainsi : le bio est moins productif à l'hectare, donc utilise plus de surface et donc requière une déforestation plus importante. De nouvelles facons de produire se développent partout dans le monde, cela s'appelle, entre autre, le bio-intensif : produire énormément plus sur une petite surface.<br /> De plus,il manque de nombreux éléments clefs dans ce jugement hâtif du bio. Quid des pesticides aspergés en conventionnel ? Ils comptent à eux seuls pour 200L de pétrol par hectar (sans compter le gazoil dans le tracteur). Si cela ne compte pas pour une émission de CO2... De plus, l'étude suédoise citée ne parle absolument pas de l'agriculture biologique. Le terme "organic" n'apparait pas dans le résumé et le sujet de l'article concerne cette nouvelle facon d'évaluer l'impact de l'agriculture sur les émissions de CO2. Point. Le chercheur dont vous avez traduit l'interview s'avance sur le bio sans citer de source. <br /> D'autre part, l'effet de l'agriculture conventionnelle sur la planète ne s'arrête pas aux émission de CO2, malheureusement. Mais bien à la destruction de la vie dans les sols, de la vie autour des champs et de la vie chez les insectes qui s'y aventurent. Une planète morte, c'est ce qui nous attend. <br /> Enfin, concernant l'effet des phytosanitaires sur la santé, j'attends de voir les études que Monsanto devra bientôt révéler au grand jour. AUCUNE étude scientifique sur le glyphosate n'a pour l'instant été financée de facon indépendante sans être censurée, cela en dit long. Les films documentaires de Marie-Monique Robin sur le sujet nous mettent pourtant la puce à l'oreille.
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Croyez-vous vraiment que je vais donner du crédit aux robinades ? Si vous pensez que MMR est une source crédible d'informations, on est vraiment mal…<br /> <br /> " AUCUNE étude scientifique sur le glyphosate n'a pour l'instant été financée de facon indépendante sans être censurée" ? C'est une blague ? Source ?<br /> <br /> Oui la comparaison des rendements est importante. Cruciale même. L'agriculture, ce n'est pas Martine à la ferme pour bobos, mais mettre quelque chose dans la gamelle de tout un chacun, de préférence trois fois par jour.<br /> <br /> Les "nouvelles facons de produire se développent partout dans le monde", je voudrais les voir, chiffres et détails à l'appui, pas seulement sous forme de vidéos dithyrambiques. Et pas seulement pour la production de radis et d'herbes condimentaires.<br /> <br /> "Quid des pesticides aspergés en conventionnel ?" Quid des pesticides aspergés en bio ? Le cuivre ? Les pyréthrines ? L'azadirachtine ? La roténone, là où elle est autorisée/pas formellement interdite ?<br /> <br /> 200 litres de pétrole à l'hectare ? Source ? Et pour le gazole du tracteur (ou l'essence du motoculteur), combien en bio ?<br /> <br /> Vous avez raison pour l'absence du mot "organic" de l'article dans Nature. Les auteurs ont offert une application pratique de leur méthode de calcul dans le communiqué de presse. Cela ne change rien au constat fondamental.<br /> <br /> Quant aux annonces de l'Apocalypse, vous n'êtes pas à la bonne adresse.