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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le glyphosate est-il un antibiotique ?

16 Janvier 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Activisme, #critique de l'information, #Monsanto

Le glyphosate est-il un antibiotique ?

 

 

Une corrélation fantaisiste (source)

 

 

Le glyphosate est parfois décrit dans la littérature glypho- et Monsantophobe comme un antibiotique. Est-ce vrai ?

 

 

Une littérature activiste ébouriffante

 

Prenons par exemple cette déclaration faite par le navrant hélicologiste et ex-ministre Nicolas Hulot le 22 septembre 2017 au journal Sud Ouest :

 

« Contre le glyphosate et son rôle de perturbateur endocrinien, et peut-être d’antibiotique surpuissant, il y a un faisceau de présomptions qui justifie d’appliquer le principe de précaution. »

 

Avouez qu'associer l'hyperbole de « surpuissant » au principe de précaution oratoire du « peut-être », conforté par le « faisceau de présomptions », pour se rabattre sur la martingale du recours au « principe de précaution », alias « principe d'inaction ou au mieux d'interdiction » des marchands de peur, c'est fort !

 

Notons incidemment que l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a conclu que le poids de la preuve indique que le glyphosate n'a pas de propriétés de perturbation endocrine par les modes d'actions liés aux œstrogènes, aux androgènes, à la thyroïde ou à la stéroïdogenèse. Une formulation laborieuse mais éthiquement correcte, car si on peut affirmer péremptoirement une action, on ne le peut pas pour une absence d'action (« absence de preuve ne vaut pas preuve de l'absence »).

 

Wikipedia (ah, Wikipedia...) évoque aussi un « antibiotique puissant » en se référant notamment à GMO Free USA et Thierry Vrain, des références d'une grande fiabilité (ironie) ! Ce qui est extraordinaire, c'est que le glyphosate est (ou serait) aussi, parfois, une source d'antibiorésistance ; cela vient avec de nombreuses références à un article dont l'auteur principal est Jack A. Heinemann... encore une vedette de la « science » militante.

 

Citons encore Ouest France et son « Glyphosate. 11 questions pour tout savoir sur le pesticide de Monsanto » :

 

« L’enquête de Marie-Monique Robin révèle une suspicion supplémentaire : breveté pour ses propriétés antibiotiques et pour sa capacité à fixer les métaux, le glyphosate serait à l’origine de pathologies sévères chez les végétaux, les animaux et les humains. »

 

Même technique que pour Nicolas Hulot : les pathologies sont sévères, mais le lien de cause à effet est au conditionnel...

 

 

Un brevet, mais pour quelle invention ?

 

Toujours est-il qu'il y a un brevet aux États-Unis d'Amérique délivré à l'inventeur William Abraham (selon les exigences du droit états-unien) et assigné à Monsanto.

 

La demande a été déposée le 29 août 2003 et le brevet a été délivré le 10 août 2010. La procédure a été extraordinairement longue, et cela interroge. De même, sauf erreur, l'invention n'a été brevetée qu'aux seuls États-Unis d'Amérique. C'est un autre indice de l'intérêt mineur de cette invention.

 

En voici le titre et le résumé :

 

« Formulations de glyphosate et leur utilisation pour l'inhibition de la 5-énolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase

 

Les protozoaires parasites du phylum Apicomplexa incluent certains des agents causatifs les plus importants de maladies humaines et animales, en particulier le paludisme. La découverte qu'un organite trouvé à l'intérieur de parasites de ce phylum provient probablement d'un plastide d'origine végétale a stimulé la recherche sur l'effet des agents herbicides chimiques sur Apicomplexa. Il est important de noter que l'herbicide glyphosate peut inhiber la croissance de ces parasites, ce qui suggère que la voie du shikimate constituera une bonne cible pour le développement de nouveaux agents antiparasitaires. La présente invention décrit l'utilisation de l'agent herbicide glyphosate en combinaison avec l'acide oxalique d'anion polyvalent pour la prévention et le traitement de ces infections dues à des pathogènes. »

 

 

Qu'est-ce qu'un antibiotique ?

 

Premier problème : Wikipedia nous dit, à juste titre :

 

« Un antibiotique (du grec anti : "contre", et bios : "la vie") est une substance naturelle ou synthétique qui détruit ou bloque la croissance des bactéries. Dans le premier cas, on parle d'antibiotique bactéricide et dans le second cas d'antibiotique bactériostatique. »

 

Les protozoaires (littéralement : premiers animaux) ne sont pas des bactéries !

 

Toute la gesticulation activiste qui tire parti d'un brevet de Monsanto à propos d'un « antibiotique » serait donc vaine... Faux !

 

 

Une revendication principale de nature générale

 

Le système états-unien des brevets a longtemps été critiqué pour son manque de rigueur, et ce brevet nous en offre un exemple. En effet, la revendication principale a la teneur suivante :

 

1. Procédé de traitement d'un animal sujet pour une infection par un pathogène, dans lequel l'infection est provoquée par un agent pathogène contenant l'enzyme 5-énolpyruvoylshikimate-3-phosphate synthase, ladite enzyme étant susceptible d'inhibition de son activité enzymatique par l'agent herbicide glyphosate, le procédé comprenant l'administration audit sujet animal d'une quantité efficace sur le plan thérapeutique ou prophylactique d'une source de glyphosate et d'une source d'acide dicarboxylique. »

 

Les sept revendications dépendantes précisent les formes des substances chimiques, revendiquent l'utilisation du procédé pour un mammifère ou l'homme et pour une administration en intraveineuse ou orale.

 

Nulle part dans ces revendication ne sont précisés les pathogènes contre lesquels ce procédé peut être utilisé. Il faut dès lors se référer à la description des modes de réalisation préférés qui donne, de manière générale, le champ d'application. Par exemple :

 

« Les organismes sensibles incluent, sans toutefois s'y limiter, toutes les espèces de la famille des Enterobacteriaceae, y compris mais sans s'y limiter Escherichia coli [...] »

 

On a donc bien affaire, au moins sur le papier, à un antibiotique.

 

 

Est-ce que ça marche ?

 

Ouf ! La gesticulation est sauve... Non pas tout à fait.

 

Le texte qui suit est en grande partie conforme à la liturgie qui préside à la rédaction des documents de brevets :

 

« En général, une posologie d’à peine 1 à 2 milligrammes (mg) par kilogramme (kg) de poids corporel convient, mais de préférence une posologie aussi faible que 10 mg/kg et jusqu’à environ 10.000 mg/kg chacune de la source de glyphosate et du composant acide dicarboxylique peut être utilisée. Typiquement, un dosage de 15 mg/kg à environ 5.000 mg/kg de chacun est utilisé. Plus typiquement, la dose est comprise entre 150 mg/kg et environ 1 000 mg/kg, bien que toute gamme de doses puisse être utilisée. Généralement, une composition, son sel, son précurseur de médicament ou une combinaison de la présente invention peuvent être administrés quotidiennement une ou plusieurs fois par jour, ou une à quatre fois par semaine, soit en une seule dose, soit en doses séparées pendant la journée. Une posologie bihebdomadaire sur une période d'au moins plusieurs semaines est préférable et elle sera souvent poursuivie sur de longues périodes et éventuellement pendant toute la vie du patient. La posologie et le schéma posologique varieront en fonction de l'aptitude du patient à maintenir les taux plasmatiques désirés et efficaces des composés de la présente invention, ou de leurs sels ou de leurs précurseurs de médicaments, dans le sang. »

 

Le demandeur de brevet essaie ici de poser ses jalons le plus loin possible, selon une technique courante (rassurez-vous, les vrais utilisateurs de la documentation en matière de brevet savent lire er décrypter) ; afin de ne pas risquer de tout perdre s'il a été trop gourmand, il pose des jalons intermédiaires comme autant de branches de salut.

 

Mais une chose est claire : la dose à administrer – avec un complément carboxylique – est particulièrement élevée.

 

Et même étonnamment élevée... La DL50 est généralement affichée à 5.600 mg/kg p.c. Chez le rat...

 

Qui a dit, et ne cesse de répéter, que le glyphosate est un antibiotique « puissant », voire « très puissant » ?

 

 

Et on fait un caca nerveux pour...

 

« ...Plus typiquement, la dose est comprise entre 150 mg/kg et environ 1 000 mg/kg » de poids corporel, c'est la fourchette de repli ultime, celle qui, à notre sens, doit correspondre au mieux à la posologie qui serait efficace.

 

C'est au minimum 300 fois, au maximum 2.000 fois, la dose journalière admissible fixée par l'EFSA à 0,5 mg/kg p.c. Rappelons que la DJA est une valeur établie avec une grande marge de sécurité ; mais les doses mentionnées dans le brevet feraient entrer le patient dans la zone à risque.

 

La relation est plus complexe pour les doses affichées par les « pisseurs involontaires de glyphosate ». Ici, on a évoqué une dose maximale testée de 3,5 nanogrammes par millilitre d'urine. En admettant que la personne en question soit une crevette de 60 kg (le standard en toxicologie), excrète trois litres d'urine par jour (c'est un grand buveur) et, avec elle, la totalité du glyphosate ingurgité (c'est faux, une partie part dans les selles, mais c'est compensé dans notre exemple par la quantité d'urine), ces 3,5 microgrammes par litre correspondent à une absorption journalière de 10,5 microgrammes à comparer à la dose minimale préférée de 150 mg/kg p.c., soit 9.000 milligrammes au total (plus d'un litre de glyphosate prêt à l'emploi...), soit un rapport de 1 à 857.143.

 

Mais n'est-il pas extraordinaire que l'on présente ces micro-doses comme des dangers pour la santé, alors que des maxi-doses seraient des médicaments antibiotiques ?

 

 

Et le microbiote intestinal, la vie du sol ?

 

Le glyphosate peut inhiber une des formes de l'enzyme EPSPS synthase, bloquant la voie du shikimate qui aboutit à la synthèse des acides aminés aromatiques.

 

Selon la doxa activiste, il inhibe les « bonnes » bactéries de l'intestin, permettant aux « mauvaises » de se développer... comme si Bonne Mère Nature avait inversé la distribution des formes d'EPSPS synthase, les « mauvaises » bactéries ayant été dotées de la « bonne » version qui permet de résister au glyphosate.

 

Qu'il ne se passe rien de significatif nous est enseigné par exemple par l'Institut Ramazzini – ses résultats de tests, pas sa communication d'entité activiste (voir notamment Glyphosate : la dernière carabistouille de l'Institut Ramazzini, de Générations Futures, etc. – première partie : des études rassurantes).

 

On peut aussi citer un ouvrage collectif, « Concerns over use of glyphosate-based herbicides and risks associated with exposures: a consensus statement » (préoccupations concernant l'utilisation d'herbicides à base de glyphosate et les risques associés aux expositions : une déclaration de consensus) de John Peterson Myers et al. (nous savons maintenant que la liste des contributeurs est bien plus longue que la liste des auteurs... c'est une partie du gratin du monde activiste de la science). C'est un article en principe scientifique et en réalité une intervention dans le débat public pour susciter, faute de certitudes pertinentes, le doute :

 

« Les données existantes suggèrent, sans toutefois confirmer empiriquement, un large éventail de résultats défavorables:

 

[…]

 

2 L'action du glyphosate en tant qu'antibiotique peut altérer le microbiome gastro-intestinal chez les vertébrés [33, 70, 71 [c'est le brevet examiné ici], 72], ce qui pourrait favoriser la prolifération de microbes pathogènes chez l'homme, les animaux d'élevage, les animaux domestiques et les autres vertébrés exposés.

 

[...] »

 

Admirez le florilège de précautions... Caractéristique commune aux trois articles cités : la présence de la très activiste Monika Krüger...

 

En fait, la quantité de glyphosate qui peut se retrouver dans l'intestin est trop faible pour qu'il y ait une action significative. En outre, les bactéries qui seraient privées de leur capacité de synthèse peuvent s'approvisionner en acides aminés aromatiques dans les matières du transit intestinal.

 

De même, aux doses employées au champ, le glyphosate a, au mieux, une action négligeable. Un litre par hectare de matière active, c'est 0,1 millilitre par mètre carré (en admettant que tout est épandu sur le sol). Rappelons que la goutte métrique vaut 1/20 ml, soit 0,050 ml ; la dose par mètre carré est donc de deux gouttes de matière active. C'est aussi 1 microlitre ou 1,7 milligramme par décimètre carré et, disons (puisqu'il migre peu dans le sol), un kilogramme de terre.

 

 

Est-ce que ça marche (2)

 

Le glyphosate – associé à une source d'acide dicarboxylique – est-il vraiment un antibiotique ?

 

Utilisons le rasoir d'Ockham : où sont les gélules ou les ampoules pour une injection en intraveineuse ?

 

Nous ne sommes certes qu'à quinze ans après le dépôt de la demande de brevet, et la recherche-développement médicale prend du temps. Mais n'est-il pas curieux qu'il n'y ait rien dans la littérature qui ait suivi cette demande et le brevet ? Pour un procédé qui permettrait de lutter contre des parasitoses comme la malaria, la toxoplasmose, etc ? C'est à notre sens symptomatique : intérêt au mieux limité.

 

Et c'est surtout symptomatique du cynisme avec lequel l'activisme agit.

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P
Qu'est-ce qui vous empêche d'aller compléter et/ou modifier l'article de Wikipédia ?
Et de contester les affirmations et citations ad-nauseam des journalistes du
Répondre
M
De 1 à 2 mg/kg à 10000 mg/kg (600 g pour une personne de 60 kg, aucun médicament n'a une posologie aussi élevé, ils ont trouvé l'anti-bio le moins efficace du monde), la vie des activistes doit êtres merveilleuse avec de telle fourchette "200 g de farine pour un gâteau c'est bon je vais en mettre 10".
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

La vie des activistes est merveilleuse avec très peu de choses… du glyphosate dans l'urine par exemple à des doses homéopathiques… Oups ! Si c'est homéopathique, c'est que ça doit avoir un effet, non ?