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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le glyphosate est-il un agent chélateur ? (2)

4 Janvier 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Activisme, #critique de l'information

Le glyphosate est-il un agent chélateur ? (2)

 

Oui... et alors ?

 

 

(Source)

 

 

Nous avons vu dans la première partie que les gesticulations du monde glyphophobe et Monsantophobe à propos d'un brevet protégeant le glyphosate en tant qu'agent chélateur sont une infox.

 

Soyons clairs : le glyphosate n'a jamais été breveté en tant qu'agent chélateur.

 

Mais le glyphosate est bien un agent chélateur... d'une puissance similaire à celle de l'acide citrique, autrement dit du jus de citron. Il n'a aucune influence inquiétante sur la santé des plantes et de la vie des sols, ni sur la santé humaine et animale.

 

C'est même la conclusion d'une vaste revue de la littérature dont la majorité des auteurs ont des affinités avec le mouvement environnementaliste.

 

 

Qu'est-ce que la chélation ?

 

L'article précédent ne répondait pas à la question de base, mais à des infox fondées sur un brevet et des affirmations non étayées par des preuves et, au contraire, rendues invraisemblables par le brevet en question.

 

Le glyphosate est-il un agent chélateur ? La réponse est sans conteste : oui. Et alors ?

 

(Source : Wikipedia)

 

Rappelons tout d'abord que la chélation est un processus physico-chimique au cours duquel un cation (un ion à charge positive) métallique est fixé à un « ligand chélateur » par au moins deux liaisons de coordination pour former un complexe, le chélate. Le ligand forme une structure annulaire, de sorte que l'on parle aussi de « séquestration »... un terme qui a donné lieu à beaucoup de malentendus... et d'infox...

 

En effet, le chélate peut être soluble ; la « séquestration » – qui implique un blocage selon son acception commune – peut ainsi avoir pour effet, au contraire, de rendre l'ion métallique disponible.

 

Les plantes et d'autres organismes libèrent ainsi des agents chélateurs dans le sol pour solubiliser et rendre disponibles des micro-nutriments.

 

Bien des aliments sont des agents chélateurs ou en contiennent de manière naturelle ou ajoutée. L'un d'eux est l'acide citrique, autrement dit un élément du jus de citron. Un autre est la glycine, un acide aminé que l'on trouvera sous forme libre dans le tube digestif à la suite de la dissociation des protéines... et un élément de la molécule de glyphosate.

 

Chlorose ferrique sur pomme de terre

 

La chélation est utilisée en médecine lors d'une intoxication avec des poisons métalliques ou une contamination interne par des produits radiologiques, le chélate étant éliminé dans les urines. En agriculture, on utilise aussi des chélates, par exemple le mal nommé séquestrène pour lutter contre la chlorose et apporter à la plante les éléments métalliques dont elle est privée du fait d'une composition physico-chimique particulière du sol.

 

Ainsi donc, lorsque l'agriculture utilise des chélates pour contrer une carence en certains métaux, l'altermonde peut par exemple proclamer :

 

« Du coup, lorsque le glyphosate est appliqué dans les champs, sa fonction de chélation prive les plantes et les mammifères de minéraux [...] »

 

Composition : 6 % de fer (Fe) soluble dans l'eau et chélaté par EDDHA -- approuvé pour l'AB…

 

 

Soluble (et disponible) ou « séquestré » ?

 

L'effet chélateur a été largement utilisé dans la littérature anti-glyphosate, y compris scientifique et, surtout, alter-scientifique.

 

La prose de Mme Marie-Monique Robin illustre bien, par exemple dans : « Un responsable de l’INRA pris en flagrant délit d’incompétence » – un monument d'arrogance – la versatilité des arguments (c'est nous qui graissons) :

 

« ...Car le processus de chélation rend les métaux solubles, ce qui permet aux organismes vivants de les excréter, notamment par les voies urinaires. Le brevet obtenu en 1964 par Stauffer Chemical montre ainsi que le glyphosate est un chélateur puissant, capable de séquestrer de nombreux métaux et minéraux, comme le calcium, le magnésium, le cadmium, le nickel, le cobalt, le plomb ou le strontium. La structure chimique de la molécule lui permet d’extraire les métaux de leur milieu, de les fixer et de les rendre solubles dans l’eau. »

 

Et, quelques lignes plus loin :

 

« Le glyphosate séquestre les minéraux présents dans le sol, et les rend inaccessibles aux plantes. Du coup, comme l’explique très bien le phytopathologiste Don Huber de l’Université de Purdue (États-Unis) dans ce bonus de mon film les plantes OGM, – comme le soja ou le maïs – qui ont été manipulées génétiquement pour résister au glyphosate tombent malades, pour cause de déficience en minéraux. Le glyphosate chélate aussi les minéraux présents dans les organismes des mammifères qui sont contaminés par les voies de l’alimentation, provoquant des déficiences, ainsi que l’ont montré plusieurs études européennes et américaines. »

 

Lectures et références hautement sélectives, bien entendu. Si nous citons Mme Marie-Monique Robin, c'est juste pour l'exemple – le grand écart rhétorique est largement répandu dans l'altermonde – et pour le clin d'œil à celle qui a découvert en nous, évidemment à la suite d'une enquête minutieuse, un espion de Monsanto.

 

 

Qu'en dit la science ?

 

Un marchand de doute dans toute sa splendeur: on ne sait pas grand-chose de ce qu'on fait en génie génétique… mais on a déjà largement sacrifié toute une génération d'enfants...

 

Don Huber ? M. Rob Wallbridge – qui a l'avantage d'être un producteur bio, canadien, peu suspect de glyphophilie – a produit un démontage du discours dans « Deconstructing Don Huber – A Tale of Two Talks » (déconstruire Don Huber – un conte de deux discours). Nous en avons déjà parlé ici et ici. Mais avec Rob nous sommes dans le registre des blogs.

 

Plus généralement, et sur le plan scientifique, ce discours apocalyptique est démonté, par exemple, par Stephen O. Duke, de l'USDA, et al., dans « Glyphosate Effects on Plant Mineral Nutrition, Crop Rhizosphere Microbiota, and Plant Disease in Glyphosate-Resistant Crops » (effets du glyphosate sur la nutrition minérale des plantes, le microbiome de la rhizosphère des cultures, et les maladies des plantes dans les cultures résistantes au glyphosate – 2012). En voici le résumé (nous découpons en paragraphes) :

 

« Des allégations ont été faites récemment selon lesquelles les cultures résistantes au glyphosate présentent parfois des carences en minéraux et une maladie accrue des plantes. Cette revue évalue la littérature en rapport avec ces affirmations. Nos conclusions sont les suivantes :

 

(1) bien qu'il existe une littérature contradictoire sur les effets du glyphosate sur la nutrition minérale des cultures GR [résistantes au glyphosate], la plupart de la littérature indique que la nutrition minérale des cultures GR n'est affectée ni par le trait GR, ni par l'application de glyphosate ;

 

(2) la plupart des données disponibles confirment l'opinion selon laquelle ni les transgènes GR, ni l'utilisation de glyphosate dans les cultures GR n'aggravent les maladies des cultures ; et

 

(3) les données de rendement sur les cultures GR ne corroborent pas les hypothèses selon lesquelles il existe des problèmes de nutrition minérale importants ou des maladies spécifiques aux cultures GR. »

 

 

Même la littérature scientifique « tendance verte » !

 

Un autre article majeur est à notre sens « Glyphosate, a chelating agent—relevant for ecological risk assessment? » (glyphosate, un agent chélateur – pertinent pour l'évaluation des risques écologiques? – janvier 2018) de Martha Mertens et al. En voici le résumé (nous découpons) :

 

« Les herbicides à base de glyphosate (GBH), composés de glyphosate et de produits de formulation, sont les herbicides les plus fréquemment appliqués dans le monde. L'ingrédient actif déclaré, le glyphosate, inhibe non seulement l'EPSPS, mais est également un agent chélatant se liant aux macro- et micronutriments, essentiels pour de nombreux processus végétaux et la résistance aux agents pathogènes. Le traitement par GBH peut donc entraver l'absorption et la disponibilité de macro- et de micronutriments chez les plantes.

 

La présente étude a examiné si cette caractéristique du glyphosate pourrait contribuer à des effets indésirables de l’application de GBH dans l’environnement et pour la santé humaine.

 

Selon les résultats, il n’a pas été complètement élucidé si l’activité de chélation du glyphosate contribue aux effets toxiques sur les plantes et potentiellement aux interactions entre plantes et microorganismes, par exemple la fixation de l’azote chez les légumineuses.

 

Il reste également à déterminer si la propriété de chélation du glyphosate est impliquée dans les effets toxiques sur les organismes autres que les plantes, décrits dans de nombreux articles.

 

En modifiant la disponibilité des métaux essentiels ou toxiques liés aux particules de sol, l'herbicide pourrait également avoir un impact sur la vie du sol, bien que la présence de chélateurs naturels au potentiel de chélation considérablement plus élevé rende moins probable l'impact supplémentaire du glyphosate sur la plupart des métaux.

 

Des recherches supplémentaires devraient élucider le rôle du glyphosate (et des GBH) en tant que chélateur, en particulier parce qu'il s’agit d’une propriété non spécifique qui affecte potentiellement de nombreux organismes et processus. Dans le processus de réévaluation du glyphosate, son activité de chélation n’a guère été discutée. »

 

 

Où l'on voit que les constantes de stabilité du glyphosate sont assez similaires à celles de l'acide citrique (Source)

 

 

Cet article très détaillé a été produit par cinq auteurs : deux d'une association « verte », Institut für Biodiversität - Netzwerk e.V., deux de l'institut d'agronomie de l'Université de Hohenheim et un de l'Agence Fédérale (allemande) pour la Conservation de la Nature. Cela explique à notre sens le style rédactionnel et le parti pris en faveur du doute : la nocivité en tant que chélateur n'est pas établie par la littérature... donc il faut poursuivre les recherches. Mais le constat est en fait clair : RAS.

 

 

Si le glyphosate « séquestrait » des micro-nutriments, il ne parviendrait à perturber que le métabolisme du zinc à condition de « contaminer » tout le sol exploré par les racines et en supposant en outre qu'il s'attaque exclusivement et spécifiquement au zinc (Source)

 

 

On trouvera aussi des réponses sur le site GMO Answers, particulièrement ici et, bien sûr, chez Monsanto.

 

 

Le glyphosate et les néphropathies au Sri Lanka

 

Il y a cependant une polémique active – évidemment entretenue par l'activisme – sur l'implication du glyphosate dans ce qu'on a appelé – la désignation est parlante – maladie rénale chronique d'étiologie inconnue du Sri Lanka. Qu'en est-il ? Ce sera pour un prochain article.

 

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J
Je crois que l'affirmation de Pol75 est réaliste, mortalité des abeilles dans les ruches implantées en zone désertique type lande, 10%. Mortalité des abeilles en zone agricole 50% et plus, je n'ai pas les chiffres exacts concernant les zones urbaines, mais ils sont moindres et surtout depuis que l'on a interdit l'usage des pesticides, retour de la biodiversité visible à l'oeil nu et confirmée par les comptages. Les charlots scientistes sont des imbéciles dangereux.
Répondre
S
@ JFK le dimanche 05 janvier 2020 à 21:00

Bonjour,

Merci pour votre commentaire (si, si…)

Le Parisien n'a articulé qu'un chiffre et une cause alléguée, et n'a pas répondu à la sollicitation de produire les sources : "80% de la faune a disparu à cause de l'agrochimie".

Je suppose que vous avez des sources crédibles pour les vôtres, de chiffres...
P
80% de la faune a disparu à cause de l'agrochimie... et vous vous acharnez ?
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire (si, si…)

Je suppose que vous avez tous les éléments d'information nécessaires -- dûment sourcés -- pour affirmer que"80% de la faune a disparu à cause de l'agrochimie".

C'est bien connu : les moineaux qui régressent en ville, c'est à cause de l'agrochimie. Ce n'est qu'un exemple.
M
Vu vos autres commentaires vous vous êtes fais une idée de ce que doit être la nature et non de ce qu'elle est. Vous prétendez que la situation est catastrophique ce qui n'est pas le cas, sauf si l'on parle des vendeurs de peur et naturopathe qui tir un grand profits de ce types de discours et des médias et politiques qui les suivent aveuglément. Vous faites partie des personnes prêts à accepter les produits dangereux pourvue que l'on vous dise que c'est naturelle comme le sulfate de cuivre, le spinosad qui tue les abeilles (prouvé au contraire des néonicotinoïdes) et l'huile de neem tellement perturbatrice endocrinienne qu'on l'utilise comme contraceptif en Inde qui sont des pesticides utilisé en bio. Si vous pensez que le bio (ou même biodynamie) sauveront le monde vous vous plantez. Ce n'est pas la peur de la chimie, de la science et du progrès qui nous aideras (pas la peine de me répondre que le progrès et la chimie ont été une catastrophe, ce qui avait une espérance de vie de 25 ans ne serait pas tout à fait d'accord).
M
Le WWF dit 60% des vertébré même si on ne sait pas trop d’où sort ce nombre, Yahn Arthus Bertrand lui dit 60% du vivant et vous 80%, la prochaine fois se sera 100%, on seras tous mort mais on ne le sauras pas. Et je le rappel, TOUT est chimique, y compris les produits utilisé en agriculture bio, donc le terme agrochimie ça veut pas dire grand chose.