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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glyphosate interdit : concours de bidonnage au journal de 20 heures de France 2

17 Janvier 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #critique de l'information

Glyphosate interdit : concours de bidonnage au journal de 20 heures de France 2

 

 

 

Il y eut, le 7 janvier 2019, un « reportage » navrant sur une production d'huile de neem, censée être une formidable alternative aux pesticides de synthèse – voir pour notre démontage : « Huile de margousier (neem) et journal de 20 heures de France 2 : désolant ! ».

 

Il fallait bien, le lundi 15 janvier 2019, rapporter la décision du tribunal administratif de Lyon (Rhône) d'annuler l'autorisation de mise sur le marché du Roundup Pro 360, un herbicide à base de glyphosate.

 

La séquence télévisuelle a été relayé sur la toile par « Glyphosate : la justice retire un herbicide du marché en le jugeant cancérogène ».

 

On est confronté ici à une infox ! Ce n'est pas ce qu'a déclaré le tribunal ! Et ce n'est pas non plus ce qui est dit dans le reportage, ni même dans le texte de l'article. Selon celui-ci,

 

« ...la justice estime que le produit est sans doute cancérogène, et juge qu'il y a eu une erreur d'appréciation au regard du principe de précaution. »

 

Mais mieux vaut s'en remettre au texte du jugement, que les auteurs du reportage ont – pourtant – eu entre les mains et que l'auteur de l'article sur la toile aurait également dû avoir. Le paragraphe clé est ainsi libellé :

 

« 11. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le Roundup Pro 360 est probablement cancérogène pour l’homme eu égard notamment au résultat des expériences animales, est une "substance suspectée d'être toxique pour la reproduction humaine" au regard des expériences animales et est particulièrement toxique pour les organismes aquatiques. Dès lors, malgré les précautions d’emploi fixées par la décision attaquée, qui préconise un délai minimal de 7 à 21 jours entre le traitement des cultures et la récolte et une distance de sécurité de cinq mètres pour les zones aquatiques adjacentes non traitées, l’utilisation du Roundup Pro 360, autorisée par la décision attaquée, porte une atteinte à l'environnement susceptible de nuire de manière grave à la santé. Par suite l’ANSES a commis une erreur d’appréciation au regard du principe de précaution défini par l’article 5 de la charte de l’environnement en autorisant le Roundup Pro 360 malgré l’existence de ce risque. »

 

Rappelons que les tribunaux disent le droit – éventuellement de manière erronée (elle est humaine...) – et ne sont pas censés prononcer des avis scientifiques. Nous ne pouvons qu'espérer que cette décision passe aux instances judiciaires supérieures pour qu'il y ait une jurisprudence sur la portée du « principe de précaution », qui nous paraît particulièrement malmené en l'espèce.

 

France 2 nous rapporte les propos de Mme Corinne Lepage :

 

« C'est une décision qui me paraît très importante, parce que même si elle ne concerne qu'un seul type de Roundup, la manière de juger fait que c'est en réalité tous les Roundup qui sont concernés par cette décision ».

 

C'est un point de vue que nous pouvons partager. Mais il y a une suite... La décision concerne toutes les substances, tous les agents et toutes les activités qui sont des cancérogènes probables, et a fortiori avérés, suspectés d'être toxiques pour la reproduction, etc. !

 

Mais retour au reportage. Que nous montre-t-on pour illustrer le recours au glyphosate ? Un traitement de verger de pommiers avec un produit inconnu !

 

Serait-ce un vilain pesticide de synthèse ? Un gentil pesticide « naturel » autorisé et déployé en agriculture biologique, à tout hasard de l'azadirachtine toxique pour la reproduction, susceptible de nuire au fœtus, très toxique pour les organismes aquatiques, etc. ? Ou encore un ultra-gentil (là ce n'est pas de l'ironie) produit de biocontrôle comme la carpovirusine, laquelle nous permet d'évoquer des maintenant anciens « commentaires [qui] sont une pure trahison et d’une malhonnêteté intellectuelle peu courante » fondés sur une visite de l'exploitation de M. Daniel Sauvaitre et proférés par une tordeuse de vérité.

 

 

 

 

 

 

Ces images, suivies par celle de trois pommes semble-t-il mouillées (alors que les feuilles en arrière plan semblent sèchent) sont aussi l'expression d'une « pure trahison et d'une malhonnêteté peu courante » – et pas seulement le reflet d'une déconnexion totale des réalités de l'agriculture.

 

Ce traitement ne peut pas être fait avec du glyphosate... qui détruirait la récolte et endommagerait sévèrement les arbres. Mais il y a pire dans le bidonnage : le traitement qui nous est montré a manifestement lieu à une époque où les fruits ne sont pas encore formés !

 

De la même manière, la séquence dont est tirée l'image ci-dessous ne porte pas sur un désherbage au Roundup.

 

 

 

 

Prise dans son ensemble, la séquence est informative et équilibrée. Les dérapages dans l'utilisation d'images d'archive n'en est que plus regrettable. N'y a-t-il plus personne à France 2 avec des connaissances élémentaires en science et en agriculture ?

 

 

 

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M
Superbe article de bfm tv "Julie Gayet présente le taux le plus élevé: 1,26 microgramme par litre." "Kevin Mayer, le champion du monde de décathlon, a quant à lui 1,20 mg par litre de glyphosate.", les mg sont plus petit que les μg, on en apprend tous les jours.
https://people.bfmtv.com/tv/glyphosate-jamel-debbouze-et-julie-gayet-se-pretent-a-une-analyse-d-urine-pourenvoye-special-1614876.html
Article de numerama sur Séralini que je trouve un peu plus équilibré
https://www.numerama.com/sciences/456400-qui-est-seralini-lauteur-dune-etude-ratee-sur-les-ogm-interroge-par-envoye-special.html
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire. Bfm tv…

Quant à l'article de Numerama, il est effectivement courageux.
J
ce qui dépasse l'entendement c'est d'imaginer ce qu'il sera possible d'interdire si le glyphosate est interdit...
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Réponse : tout !

Enfin tout ce qui déplaît aux activistes.
M
Eh oui, tabac (ce qui ne me dérangerait pas), toutes boissons alcoolisées, viande rouge, charcuterie, salons de coiffure, boissons chaudes, etc....
M
Oui avec le principe de précaution on peut faire interdire tous et n'importe quoi. Qui sais peut-être qu'en faisant ça (en s'attaquant aussi au produit bio), ce seras tellement chiant qu'on renonceras enfin à ce concept stupide pour passer à celui de la balance bénéfice/risque.
A
Attendez de voir Séralini... la caution "scientifique". Le reportage a pour vocation de le ré-habilité aux yeux du grand public. Ecoeurant, je n'en reviens pas qu'une chaine publique à heure de grande écoute puisse faire cela.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire. En voiture, dans la région, nous écoutons les Suisses (et nous regardons les infos suisses sur la RTS). C'est une autre qualité...
D
"S'agissant de la chaîne publique, je crains fort qu'elle soutienne la comparaison avec bien des chaînes privées."
Je pense même que c'est pire et je me demande bien pourquoi.
Il se trouve que je roule pas mal et que j'écoute souvent France Culture, parfois France Inter (beaucoup moins, j'ai ainsi définitivement arrêté d'écouter la Tête au carré) et il faut reconnaître qu'à FC, le meilleur cotoit souvent le pire.
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire. Très pertinent !


S'agissant de la "caution scientifique", il est remarquable que le jugement ne comporte aucune mention de la "caution scientifique', alors que l'affaire avait été introduite par le CRIIGEN...

S'agissant de la chaîne publique, je crains fort qu'elle soutienne la comparaison avec bien des chaînes privées.