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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Envoyé spécial : ils ont pété un câble !

28 Janvier 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Activisme, #Glyphosate (Roundup)

Envoyé spécial : ils ont pété un câble !

 

Et petite revue de presse

 

 

(Source)

 

 
Petite chronique d'un désastre annoncé

 

Nous avions été prévenus par les aguiches de FranceTVInfo et nous avions prévu : « Numéro spécial d’Envoyé Spécial consacré au glyphosate : un grand moment de désinformation est annoncé ».

 

D'autres avaient prévenu aussi. Par exemple Mme Emmanuelle Ducros sur Twitter (ci-dessous).

 

 

 

 

Et aussi, sur le blog d'Utopia, « Test : Nous prédisons les biais d’Envoyé Spécial sur le Glyphosate (Janvier 2019). » S'appuyant sur l'annonce des thèmes qui seraient traités, les auteurs s'étaient penchés sur une boule de cristal pour identifier ce qu'il convient bien d'appeler des malversations médiatiques. Leurs pronostics étaient un peu loin de la réalité... au sens que l'émission a été pire que ce qu'ils en pensaient. Leur analyse a été mise à jour et confrontée aux faits.

 

 

(De l'analyse du blog d'Utopia)

 

 

Il y a aussi eu, bien sûr, des articles lénifiants d'avant émission, notamment des spécialistes des annonces de programmes – et ce pitoyable « Glyphosate : quand France Télévisions enquête » de Mme Giulietta Gamberini dans la Tribune du 16 janvier 2019.

 

 

Le coup des glyphotests et des députés inconséquents

 

Cette soirée du 17 janvier 2019 aura tenu ses promesses au-delà de toutes les prévisions.

 

L'après-émission nous a semblé plutôt discret... Un certain nombre de médias se sont précipités sur les people qui ont fait don de leur pipi. La subtile manœuvre de désinformation qui a consisté à diriger les échos journalistiques vers les Julie Gayet, etc. – qui se sont bien sûr exprimés avec toute l'expertise que l'on peut attendre de leurs professions respectives – a donc fonctionné en partie.

 

D'autres, surtout localiers, ont saisi la séquence – détestable – sur les députés qui ont louvoyé sur l'inscription de l'interdiction du glyphosate dans la loi égalim. Comment ? Untel a signé une proposition d'amendement puis voté contre elle... quel imbécile... Non, seuls les imbéciles ne changent jamais d'avis. Bien sûr, aucune mention des « amis » qui ont aussi déposé des propositions d'amendement et étaient aux abonnés absents au moment des votes... La dénonciation publique et l'indignation doivent être sélectives...

 

Au jeu du glyphotest, le JDD s'est signalé : « Envoyé Spécial et le glyphosate : Julie Gayet a-t-elle raison de s’inquiéter? » Réponse négative et argumentée... mais il est vrai que c'est signé Géraldine Woessner.

 

 

 

 

Un décodage bien timide et complaisant

 

Libération s'est essayé à un « Quel est le vrai du faux dans les critiques de l'émission d'Envoyé spécial sur le glyphosate ? ». Il a versé à notre sens dans le collégialement correct. Les checknews et autres décodeurs sont aussi atteints du mal profond qui ronge les médias français (nous l'avons aussi vu dans le Monde, où il arrive à M. Stéphane Foucart de « décoder » le décodage d'un de ses articles...). La conclusion de M. Olivier Monod :

 

« En résumé : L’émission Envoyé spécial sur le glyphosate a été fortement critiquée sur ce qu’elle avançait, mais souvent à tort. Le magazine met en scène les manoeuvres de Monsanto pour influencer la recherche scientifique et l’importance que le glyphosate a pris dans le système agricole français et international. En refusant, par choix, de rentrer dans le débat de fond sur les preuves scientifiques de la dangerosité du glyphosate, mais en donnant la parole à des plaignants et aux chercheurs Gilles-Eric Séralini et Channa Jayasumana, France 2 prête néanmoins le flanc à des critiques sur leur traitement scientifique de l’affaire. »

 

C'est bien mollasson ! Une série de journalistes – notamment les usual suspects Emmanuelle Ducros, Mac Lesggy, Géraldine Woessner – se sont pourtant épanchés avec bien plus de rudesse, parfaitement justifiée, sur Twitter.

 

 

 

 

Une bataille rangée de militants ?

 

Arrêt sur Images a cru déceler un « Glyphosate : combat militant entre Envoyé Spécial et des journalistes ». Le texte étant derrière un péage, il ne nous est pas possible d'en extraire la substantifique moelle. Mais « combat militant » nous semble bien choquant pour une avalanche de critiques justifiées et, pour bon nombre, étayées.

 

 

Des éloges rares et des critiques acerbes

 

En définitive, les éloges sont rares, et la critique est acerbe.

 

Dans Atlantico, dans une rubrique « fake news », M. Marcel Kuntz a publié dès le 19 janvier 2019 une brève critique, « Glyphosate : l’incroyable manque de rigueur scientifique d’Envoyé Spécial ».

 

Il y a aussi cette opinion de M. Jean-Paul Oury dans Europeanscientist, « "Envoyé spécial glyphosate" … signe de l’impossible réconciliation entre magiciens et prophètes ? », qui porte les interrogations à un niveau supérieur, tout aussi préoccupant.

 

Parmi les décryptages plus détaillés et élaborés, citons (avec mille excuses à celles et ceux que nous ne citerons pas) :

 

 

 

 

 

 

 

Il y a aussi eu toutes les réactions, notamment sur Twitter, de commentateurs aguerris. Signalons encore celles-ci, encore de Mme Emmanuelle Ducros, en guise de résumé :

 

 

 

 

Citons encore une opinion publiée le 24 janvier 2019 – donc avec le bénéfice d'un peu de recul. Dans le titre, c'est « Glyphosate : Élise Lucet nous en remet une dose ». Et, dans le texte : « Élise Lucet nous a donc offert, une fois de plus, une leçon de militantisme journalistique. » Et, en conclusion : « Jeudi dernier, Élise Lucet nous a infligé une dose de désinformation, indigne d’une émission du service public. »

 

 

Quand les bornes sont dépassées, il n'y a plus de limites... sauf...

 

Sauf si, prenant enfin le taureau par les cornes, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuelqui avait déjà assez mollement critiqué un Cash Investigation précédent sur les pesticides – ou encore la direction de France 2 prend les mesures qui s'imposent. Selon 20 Minutes reprenant des informations d'Ozap, « "Envoyé spécial": Le reportage sur le glyphosate critiqué et signalé plus de 500 fois au CSA ».

 

C'est probablement une première ! En tout cas dans la catégorie des émissions qui se veulent documentaires...

 

 

Pour la direction de France 2, c'est « circulez, y a rien à voir »

 

Tel pourrait être le résumé d'« "Envoyé spécial" sur le glyphosate : Yannick Letranchant répond aux critiques dans "#QHM" » sur Ozap. En plus développé :

 

« "Le CSA reçoit beaucoup de signalements sur beaucoup de choses. Ce n'est donc pas parce qu'il y a signalements qu'il y a forcément un problème. Ca peut être parfois la traduction du ressenti de certaines personnes. L'équipe d''Envoyé spécial' a proposé un sujet extrêmement rigoureux, fouillé, minutieux sur le glyphosate", a estimé le patron de l'info de France Télé, affirmant qu'il s'attendait à une telle polémique. "On sait que ces sujets-là font beaucoup réagir et font interagir des intérêts économiques ou autres", a-t-il souligné. […] "C'est juste un sujet signé par Tristan Waleckx, prix Albert-Londres, présenté par Elise Lucet qui, je crois, en matière d'investigation, fait référence "

 

Le directeur de l'information de France Télévisions non seulement assume, mais encourage, et ce, avec une série de sophismes – le dénigrement des gens qui se sont plaints au CSA, la théorie des intérêts économiques ou autres lésés, l'argument d'autorité...

 

 

L'équipe d'Envoué Spécial « répond »...

 

Mais les coups ont porté. Cela a incité l'équipe d'Envoyé Spécial à « répondre » le 22 janvier 2019 sur FranceTVInfo... et cela nous semble aussi être une première.

 

La rédaction de FranceTVInfo a publié sans broncher... On le comprend au vu de la réaction de M. Yannick Letranchant. Cela en dit aussi long sur l'état de déliquescence du service public télévisuel.

 

De surcroît, le titre est : « "Envoyé spécial" sur le glyphosate : nos réponses aux intox qui circulent sur les réseaux sociaux ».

 

Des « intox » ? Vraiment ? Et que sur les réseaux sociaux ? Vraiment ?

 

En sous-titre :

 

« Alors que de nombreuses intox ont été publiées sur les réseaux sociaux après la diffusion du numéro spécial du magazine au sujet du glyphosate, la rédaction répond point par point aux principales rumeurs. »

 

« ...la rédaction » ? Vraiment ?

 

Nous n'entrerons pas ici dans le détail des « réponses » – à des questions que les auteurs de ce torchon ont soigneusement sélectionnées. Mme Géraldine Woessner l'a fait brièvement dans un fil (ci-dessous, le début) : et M. Eugène Matadon ici.

 

 

 

 

Une introduction agressive, à connotation délictueuse

 

Ce qui retiendra notre attention, c'est l'infamie de l'introduction. Ils ont pété un câble !

 

On laisse en effet subtilement entendre que les critiques ont été téléguidées, a priori, par Monsanto (qui n'existe plus en tant qu'entité indépendante), sur la base du bobard du « let nothing go » (que nous avons démonté ici) :

 

« Nous nous y attendions, les "Monsanto papers" révèlent d’ailleurs l'existence par le passé d'un programme baptisé "Let nothing go" ("ne rien laisser passer"), mis en place par la firme agrochimique, et destiné à attaquer les enquêtes journalistiques sérieuses à l’aide de trolls actifs sur les réseaux sociaux. »

 

 

 

 

L'infamie se poursuit, y compris par de la diffamation caractérisée :

 

« Aujourd'hui, la plupart des attaques proviennent de comptes anonymes, mais aussi d’un site internet donnant la parole sans contradicteur à un chercheur controversé, ou encore d’une consoeur, déjà prise en flagrant délit de désinformation sur la question des pesticides, qui a tweeté près de 300 fois en 4 jours pour défendre le glyphosate et s’en prendre à notre émission.

 

Les « comptes anonymes » ? Oui, certainement sur Twitter, par exemple quand d'illustres inconnus ont réagi à des propos tenus par des gens connus qui ont procédé à un décryptage en règle. Mais « la plupart » ? C'est un peu facile, peu glorieux et certainement indigne du service public.

 

Le « chercheur controversé », c'est M. Marcel Kuntz... Où sont les controverses (les études rétractées par exemple ou invalidées par la communauté scientifique, la vraie) ? Qualifier Atlantico d'« un site internet »... c'est vraiment minable. Tout comme imputer le fait que M. Kuntz aurait eu la parole sans contradicteur : où sont les contradicteurs dans cet Envoyé Spécial exclusivement à charge (si l'on excepte les petites phrases de moins de cinq secondes, du style : « Depuis, d’autres expériences ont contredit l’étude de Séralini » à 54 :40) ?

 

La consœur, c'est Mme Géraldine Woessner qui avait osé une « une chronique de vérification des faits diffusée sur Europe 1, mercredi 28 mars » démontant des allégations faites, notamment, par M. Stéphane Foucart dans le Monde, lequel Monde a répliqué dans la rubrique Décodeurs sous la plume de MM. Gary Dagorn et... Stéphane Foucart. Mme Géraldine Woessner avait répliqué ici...

 

 
Collusion et instrumentalisation du service public...

 

Sur Twitter, Mme Emmanuelle Ducros a posé une question puis apporté une réponse :

 

 

 

 

 

« Je crois que vous savez très bien où est le problème. Mais reconnaître que des lobbies environnementalistes vous ont fourni thèses, témoins, sujets et Que vous avez tout gobé sans la moindre réserve... C'est moche quand on est un tel héros de l'investigation. »

 

C'est limite ad hominem, mais on touche là le nœud d'un important problème : s'il n'y a pas complot, il y a manifestement une collusion associant des lobbies à objectifs socio-politiques (les anticapitalistes, anti-OGM, anti-pesticides et plus généralement « environnementalistes ») ou économiques (le biobusiness, les cabinets d'avocats prédateurs ou militants, ou tout simplement attirés par lucre), des chercheurs militants (ou militants chercheurs) et des médias.

 

Dans cette affaire, France 2 s'est mis au service de causes qui ne relèvent pas d'une mission d'information du service public.

 

Et nous avons de très gros soucis à nous faire quand M. Yannick Letranchant déclare :

 

« C'est un sujet qui fait parler et tant mieux ! Je n'ai aucun problème avec ce sujet. Je soutiens les journalistes et je les encourage à faire ce type de sujets-là parce que c'est notre mission d'enquêter, de faire de l'investigation ».

 

 

 

 

Et aveuglement !

 

 

France Télévision a un sérieux problème de déontologie... Comment la Société des Journalistes de France 2 peut-elle faire preuve de corporatisme après le tsunami de critiques ?


 

 

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lemiere jacques 29/01/2019 21:13

vous répondez sur le plan scientifique à des gens qui ont un projet de nature politique.
que les gens boycottent le glyphosate pour de mauvaises raisons ne me choque plus que cela, ..la question est d'avoir la capacité de l'interdire...il s'agit d'un abus de démocratie typiquement.

le projet est de faire interdire le glyphosate ///


mais une remarque où est la communauté scientifique?

Seppi 05/02/2019 15:46

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Notons cependant qu'une partie de la communauté scientifique n'a pas été inactive :

https://sciencetechaction.tumblr.com/post/182110189705/communiqué-sta-envoyé-spécial-désinformation-sur

https://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article3113

https://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article3111

Mais où sont les relais médiatiques ?

Seppi 05/02/2019 15:38

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

D'une manière ou d'une autre, il faut répondre. Et la seule que j'aie à ma disposition est essentiellement scientifique.

Où est la communauté scientifique ? On peut poser la même question pour les communautés agricole (qui me semble atteinte du syndrome de Stockholm), économique, politique.

Maître Folace 30/01/2019 10:33

Vous avez raison mais quand on donne la parole à des membres de la communauté scientifique ils se font descendre en flammes sous l'éternel prétexte "conflit d'intérêt". Dans sa défense contre les attaques dont elle a fait l'objet à juste titre l'émission "Envoyé spécial" reproche à un site Internet d'avoir donné la parole à un "chercheur très controversé", non il ne s'agit pas de l'inénarrable GES mais du très sérieux et très honnête Marcel Kuntz de l'Université de Grenoble dont on salit la réputation.
On constate d'ailleurs les mêmes dérives dès qu'il s'agit de parler du nucléaire.

max 28/01/2019 20:03

Il n'y a plus qu'a espérer que le CSA fasse son boulot et sanctionne Élise Lucet, son équipe et France TV. Et que cette décision (si elle a lieu) soit correctement médiatisé. Mais je suis surement un peu trop optimiste.

Seppi 05/02/2019 15:06

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Oui, espérons...

Murps 28/01/2019 17:06

Mes impôts servent à tout ça...
Je suis atterré.
Petite consolation : avec le net, toute cette fange va rester et sera consultable par les générations futures.
Ce phénomène de société représente un sujet d'étude remarquable qui fera le bonheur des historiens et des sociologues dans les années à venir.
Les journalo-activistes de cette propagande hallucinante n'auront pas le beau rôle.
Tout se paie.

Seppi 05/02/2019 15:05

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Personnellement je préférerais que l'argent de la recherche soit investi ailleurs.

"Les journalo-activistes de cette propagande hallucinante n'auront pas le beau rôle" ? Je n'en suis pas si sûr avec le post-modernisme.

Albert Amgar 28/01/2019 15:09

Bravo André pour cette synthèse remarquable !

Seppi 05/02/2019 15:02

Bonjour,

Merci pour les encouragements.