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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Couches (et glyphosate) : jusqu'où iront l'ignominie du Monde Planète et de Libération, et l'hystérie du gouvernement ?

24 Janvier 2019 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Politique

Couches (et glyphosate) : jusqu'où iront l'ignominie du Monde Planète et de Libération, et l'hystérie du gouvernement ?

 

 

Le 23 janvier 2019, l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (ANSES) a publié un rapport d'expertise collective, « Sécurité des couches pour bébé », d'une lecture assez ardue.

 

 

Une expertise collective d'ampleur pour un résultat pas vraiment préoccupant

 

Intéressons-nous aux tableaux. Tout d'abord, le code couleur (QD = quotient de danger ; ERI = excès de risque individuel) :

 

 

 

 

Et voici le résultat résumé pour le glyphosate :

 

 

 

 

Le communiqué de presse, « L’Anses recommande d’améliorer la sécurité sanitaire des couches pour bébé », résume, pour la partie « inquiétante » :

 

« Sur la base de ces données, l’Anses a réalisé une évaluation de risques afin de déterminer si les concentrations des différentes substances identifiées pouvaient présenter un risque pour la santé des bébés. Cette expertise a mis en évidence des dépassements de seuils sanitaires pour plusieurs substances, dans des conditions d’usage réalistes. Il s’agit de substances parfumantes (butylphényl méthyle propional ou lilial®, hydroxyisohexyl 3-cyclohexène carboxaldéhyde ou lyral®), certains hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), le PCB-126, la somme des PCB-DL et la somme des dioxines, furanes et PCB-DL.

 

Au regard des risques que peuvent présenter ces substances et de la population particulièrement sensible concernée, l’Anses recommande d’éliminer ou de réduire au maximum les substances chimiques présentes dans les couches pour bébé à usage unique.

 

A cet effet, l’Agence émet plusieurs recommandations à l'attention des industriels :

 

  • Supprimer l’utilisation de toutes substances parfumantes, en priorité celles susceptibles de présenter des effets sensibilisants cutanés.

  • Mieux maitriser l’origine des matières premières naturelles qui peuvent être contaminées avant même la fabrication.

  • Améliorer les procédés de fabrication des couches. »

 

 

 

 

Comme on dit par chez nous, et nous allons y revenir, « y a pas le feu au lac ! » On n'est pas dans une situation d'urgence.

 

 

 

 

Le Parisien chèvre-chou

 

Mais les médias se sont dans l'ensemble déchaînés...

 

Sur Internet, le Parisien a, semble-t-il, été le deuxième à lancer un pétard. « Des substances toxiques retrouvées dans 23 marques de couches pour bébés » avait en effet été sous-titré (c'est nous qui graissons) : « L’Anses a identifié une soixantaine de substances chimiques potentiellement dangereuses, dont du glyphosate»

 

La version papier du 24 janvier 2019 est chèvre-chou. Au titre hystérique, « Des couches bourrées de substances chimiques » (comment voulez-vous qu'il en soit autrement... même l'humble et innocente cellulose est une substance chimique) fait face un petit pavé : « Dans son rapport, l'Agence nationale de sécurité sanitaire dit qu'on "ne peut pas exclure un risque puisqu'un certain nombre de substances dépassent les seuils sanitaires" mais il n'y a pas de danger grave et immédiat » (c'est nous qui graissons).

 

 

L'obsession anti-glyphosate du Monde Planète

 

And the winner is ? C'est, sous la plume de M. Stéphane Mandard et mis en ligne le 22 janvier 2019, à 19h26 – soit la veille du communiqué de presse de l'ANSES –, le Monde Planète...

 

Le titre ? Attention les yeux (c'est nous qui graissons) : « Du glyphosate et des substances chimiques dangereuses dans les couches jetables pour bébés ».

 

Notons qu'en toute logique sémantique, « Du glyphosate et des substances chimiques dangereuses » implique que le glyphosate n'est pas dangereux... mais nous ne doutons pas que telle n'était pas l'intention de l'auteur.

 

L'article fait froid dans le dos :

 

« La liste est aussi longue qu’inquiétante. L’Anses a identifié une soixantaine de substances chimiques, dont du glyphosate, le fameux herbicide de Monsanto. Mais aussi des pesticides interdits depuis plus de quinze ans, comme le lindane, le quintozène ou l’hexachlorobenzène. Et de nombreuses substances parfumantes, comme l’alcool benzylique ou le butylphényl. Ou encore des polychlorobiphényles (PCB), des dioxines, des composés organiques volatiles (naphtalène, styrène, toluène, etc.), des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), que l’on retrouve habituellement dans la fumée de cigarette ou des moteurs diesel. »

 

C'est résumé par le chapô : « Une expertise inédite de l’Anses conclut à un risque pour la santé des enfants. Le gouvernement demande aux fabricants d’éliminer ces produits. »

 

Par extraordinaire, dans la version papier du journal, le titre devient : « Des substances dangereuses dans les couches »... exit le glyphosate...

 

Et pour le chapô, c'est : « Les autorités sanitaires n'excluent pas un risque pour les bébés. » La différence de sens est de taille !

 

Mais ce n'est toujours pas conforme aux conclusions de l'ANSES, dont la phrase standard est du type : « un risque ne peut être exclu » (il serait du reste temps que les agences d'évaluation changent de vocabulaire ou précisent leur propos à l'intention des faiseurs d'opinion manipulateurs).

 

 

Le journalisme faktieux de Libération

 

 

 

 

À Libération, il y a Mme Coralie Schaub, autre spécialiste des annonces écocalyptiques...

 

Elle a tendu le micro à M. Quentin Guillemain, porte-parole de Génération Écologie – rappel : un mouvement politique créé en mai 1990 par MM. Brice Lalonde, Jean-Louis Borloo, Yves Piétrasanta, Noël Mamère et Mme Corinne Lepage, dont Mme Delphine Batho a pris la présidence – et président de l’association des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles de Lactalis.

 

M. Quentin Guillemain « voit des similitudes dans les deux scandales », parce que, voyez-vous, il voit déjà un nouveau scandale. C'est sous le titre : « Couches contaminées : "On est en train de créer des cancers à long terme" ».

 

Et puis, faisons parler de nous, instrumentalisons... « Et [M. Quentin Guillemain] envisage une action en justice pour faire retirer du marché les couches contaminées. »

 

Le délire est avancé... En voilà un qui n'a toujours pas compris la différence entre danger et risque, ni l'incidence du facteur exposition :

 

« L’information du consommateur est obligatoire surtout dans le cas d’un produit dangereux pour la santé. L’Anses le dit clairement : certaines des substances en cause sont considérées comme cancérogènes ou perturbateurs endocriniens.

 

[…] Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas de retrait ou de rappel des produits s’ils représentent un vrai danger pour les nourrissons. On parle de bébés, d’enfants en très bas âge dont on sait qu’ils sont hypersensibles à ce type de substances chimiques ! On est en train de créer des cancers à long terme. Et volontairement parce qu’on connaît le risque. Il n’est pas normal que l’on continue à vendre ces produits. »

 

 

Le gouvernement hystérique !

 

La réponse du gouvernement ne satisfait donc pas du tout M. Quentin Guillemain, qui verse dans une lamentable théorie du complot.

 

Elle ne nous satisfait pas non plus, mais pour une autre raison. Elle fait remonter quelques souvenirs... par exemple la réaction intempestive de M. Stéphane Le Foll et Mme Marisol Touraine lors de la publication de l'infameuse étude sur les rats de Séralini. Citons de Libération et de Mme Coralie Schaub :

 

« Le gouvernement français a tenté mercredi d’apaiser les inquiétudes des parents qui ont découvert avec effroi les conclusions d’un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) relevant "la présence de différentes substances chimiques dangereuses dans les couches jetables qui peuvent notamment migrer dans l’urine et entrer en contact prolongé avec la peau des bébés". A longueur de journée et de nuit, les bébés sont exposés à une soixantaine de substances cancérogènes ou de perturbateurs endocriniens, dont des pesticides interdits dans de nombreux pays dont la France (lindane, quintozène), du glyphosate, l’herbicide controversé de Bayer-Monsanto, ou des dioxines. »

 

Comment ? L'expertise collective était à peine publiée que, déjà, « [l]es parents [...] ont découvert avec effroi les conclusions... » ?

 

Et il fallait que la Ministre de la Santé Agnès Buzyn, le Ministre de la Transition Écologique et Solidaire François de Rugy, et le Ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire convoquent les fabricants et distributeurs ?

 

Mieux encore : les fabricants et distributeurs ont été sommés de prendre « avant quinze jours des engagements pour éliminer ces substances des couches pour bébé ». Non mais ! Scrogneugneu !

 

 
Les Suisses flegmatiques !

 

La polémique française a rapidement franchi les frontières. La Tribune de Genève a produit une page dans sa version papier et des articles sur internet : « Les langes font polémique en France, la Suisse relativise » et « Alerte sur les risques des couches pour bébés ».

 

Le deuxième cite le début du paragraphe clé de l'expertise collective, puis brode pour terminer par une déclaration de M. Gérard Lasfargue, directeur général délégué de l'ANSES. Voici ce paragraphe :

 

« En conclusion, il n’existe aucune donnée épidémiologique permettant de mettre en évidence des effets sanitaires en lien avec le port de couches. Toutefois, des substances chimiques dangereuses ont été retrouvées dans ces couches. Sur la base des résultats des essais de l’INC et du SCL et des données bibliographiques, une évaluation quantitative de risques sanitaires a été réalisée sur les couches pour bébé à usage unique selon des scenarios réalistes. Cette EQRS [évaluation quantitative des risques sanitaires] a mis en évidence des dépassements de seuils sanitaires pour plusieurs substances. Aussi, à ce jour et en l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible d’exclure un risque sanitaire lié au port des couches à usage unique. »

 

Les Suisses s s'étaient aussi penchés sur la question et ont obtenu des résultats similaires s'agissant des substances (sauf pour les parfums qui n'avaient pas été recherchés) et quantités présentes... mais l'état d'esprit n'est pas le même, ni à l'Office de la Sécurité Alimentaire et des Affaires Vétérinaires (OSAV), ni à la Fédération Romande des Consommateurs :

 

« Sophie Michaud Gigon, secrétaire générale de la Fédération romande des consommateurs (FRC, qui a participé à l’étude de l’OSAV), relativise ces différences. "Les conclusions de l’étude française sont les mêmes que les nôtres. Dans les deux cas, nous avons retrouvé des substances chimiques en petites quantités dont on ne peut pas dire qu’elles représentent un risque pour la santé." Elle juge "intéressant" que Paris applique le principe de précaution. "Les autorités françaises considèrent qu’il y a un risque potentiel et interviennent avant de pouvoir creuser la question.»

 

C'est bien ça : réagir d'abord, réfléchir ensuite (enfin... pour autant qu'on soit prêt à manger son chapeau... ce qui n'est pas dans les mœurs politiques françaises).

 

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