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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Un nouvel article explique comment la politique « post-vérité » met la science en péril

15 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Divers

Un nouvel article explique comment la politique « post-vérité » met la science en péril

 

Mark Lynas*

 

 

 

 

Un nouvel article publié dans le journal de haut niveau PNAS décrit les défis que pose à la connaissance scientifique la prolifération d'informations erronées en ligne sur des questions telles que le changement climatique, les vaccins et les plantes génétiquement modifiées.

 

Il décrit comment « de profonds changements structurels dans l'environnement médiatique » ont « permis à des acteurs peu scrupuleux, aux motifs cachés, de faire circuler de plus en plus d'infox, de fausses informations et de désinformation à l'aide de trolls, de robots et d'algorithmes pilotés par les répondants ».

 

En raison de ces changements structurels, « les points de vue des scientifiques et du public sont maintenant très éloignés les uns des autres » sur des questions telles que le climat, les vaccins et les OGM et seulement 21 % des adultes américains déclarent avoir « une grande confiance » dans le fait que les scientifiques agissent dans le meilleur intérêt du public.

 

En conséquence, l'article a averti que « chaque fois que des conclusions scientifiques contrediront l'agenda politique d'une personne ou d'un groupe, qu'ils soient conservateurs (comme pour la science du climat et l'immigration) ou de gauche (comme pour les aliments génétiquement modifiés et les risques de la vaccination), les scientifiques peuvent s'attendre à une campagne ciblée de fausses nouvelles, d'informations erronées et de désinformation en réponse, quelle que soit la clarté avec laquelle l'information est présentée ou le soin et la force de conviction mis dans sa formulation. »

 

 

Le dessin de l'époque de la dépression reste d'actualité.

 

 

L'article a été rédigé par Shanto Iyengar de l’Université de Stanford et Douglas S. Massey de Princeton, qui ont tous deux participé au colloque organisé par l’Académie Nationale des Sciences des États-Unis sur la science et la communication. Il est disponible en texte intégral en ligne.

 

Les auteurs soulignent que s’il peut être utile d’améliorer la capacité des scientifiques à communiquer avec le public, « nous soupçonnons que la méfiance à l’égard des activités scientifiques et les idées fausses sur les connaissances qu’elles produisent ont de moins en moins à voir avec les problèmes de communication et de plus en plus avec la disponibilité d'informations trompeuses et biaisées d'accès facile dans les médias. »

 

L'article analyse les profonds changements structurels intervenus dans le paysage médiatique depuis 1970, notamment « la déréglementation de la radiodiffusion, l'abrogation de la doctrine de l'équité [Fairness Doctrine], l'essor de la télévision par câble, l'avènement de l'Internet et le développement des réseaux sociaux », qui ont contribué à une polarisation politique et une animosité partisane croissantes.

 

Bien que les deux bords politiques puissent être des sources de la désinformation, les auteurs de l'article de PNAS ont déclaré très clairement que « les efforts délibérés pour saper la confiance dans la science proviennent malheureusement principalement de la droite du spectre politique » [aux États-Unis d'Amérique].

 

Alors que la confiance des libéraux [au sens états-unien] dans la communauté scientifique n’a guère changé au cours des dernières décennies, le pourcentage de conservateurs exprimant une grande confiance dans la communauté scientifique est tombé de 56 % à 36 % entre 1974 et 2016.

 

La polarisation partisane signifie que de plus en plus de citoyens sont coincés dans des « chambres de résonance », écrivent les auteurs, et que les gens sont devenus « plus enclins à rejeter les informations et les arguments qui s'opposent à leur vision du monde ». Quand les preuves scientifiques s'opposent aux allégeances partisanes, « elles sont soit rejetées, soit déformées, empêchant ainsi la diffusion des résultats scientifiques. »

 

Iyengar et Massey écrivent : « La prévisibilité des croyances et des attitudes partisanes représente un cas classique de raisonnement motivé dans lequel l'affirmation de l'identité partisane prime sur l'examen sans parti pris des preuves. »

 

L'article donne l'exemple d'une étude de l'Académie Nationale des Sciences sur l'immigration qui – bien qu'elle ait principalement montré que les impacts économiques de l'immigration sont principalement positifs – a été déformée par les médias conservateurs et la blogosphère pour lui faire dire le contraire.

 

L'article ne va pas jusqu'à proposer des solutions à la situation de plus en plus difficile en matière de communication qui touche la communauté scientifique. Les auteurs suggèrent qu'une réfutation rapide et organisée de la désinformation pourrait être utile, mais « étant donné ce que la recherche a révélé sur la façon dont la tribalisation de la société américaine a fermé les esprits américains, elle pourrait ne pas être très efficace ».

 

________________

 

Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2018/12/new-paper-outlines-science-imperiled-post-truth-politics/

 

 

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Maître Folace 17/12/2018 15:11

Voici le lien où l'on constate que les meilleurs scientifiques français (certes autoproclamés) sont les électeurs d'EELV et les bonnets d'âne (ou les plus modestes?) ceux du MODEM.
https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2018/10/115725-Rapport-03.09.2018-1.pdf

Seppi 04/01/2019 16:14

Bonjour,

Merci pour votre commentaire et le lien.

Ce qui m'a le plus intéressé -- et saisi d'effroi (quoique…) -- c'est le premier tableau, l'autoévaluation de sa culture scientifique.

Seppi 17/12/2018 15:53

Re-bonjour,

Merci pour le lien. Je vais voir ça de plus près.

Maître Folace 15/12/2018 11:53

Il y a une étude IFOP assez croquignolesque sur le niveau de connaissance scientifique de nos concitoyens.
Le bilan général est qu'elle est très inférieure à celle des allemands ou des britanniques mais ce qui est amusant c'est quand on cherche par préférence politique.
Alors que sur l'ensemble des français estiment à 5% qu'ils ont une culture scientifique très satisfaisante et 22% assez satisfaisante, ces pourcentages montent à 10 et 28% pour les sympathisants LFI et (accrochez vous aux branches!) 14 et 36% pour EELV, les plus ignares seraient le MODEM 2 et 25% et LR 3 et 19%. Seuls 7% des EELV avouent de grosses lacunes (c'est long comme lacune dirait la comtesse), deux fois moins que l'ensemble des français.
Voilà qui biuscule l'idée reçue que ce sont des idéologues seectaires (ceci est du second degré!)

Seppi 17/12/2018 14:40

Bonjour,

Merci pour votre commentaire (un physicien).

Ce qui manque surtout, c'est le viatique généraliste qui permet de réfléchir correctement et de ne pas gober toutes les âneries qui circulent dans les médias et sur les réseaux dits "sociaux".

Seppi 17/12/2018 14:33

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Auriez-vous un lien?

Si je comprends bien, EELV a des problèmes dans le recrutement de ses dirigeants… incapables de calculer la surface d'un cercle...

un physicien 16/12/2018 10:04

C'est déjà bien trop pour M. le ministre de l'éducation qui veut remplacer les sciences au bac par une épreuve de stand-up.