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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Start-up d'État glyphosate » : la kermesse continue

13 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Glyphosate (Roundup), #Politique

« Start-up d'État glyphosate » : la kermesse continue

 

 

Le compteur vient de se débloquer après une longue période d'hibernation: + 1. Mais la carte des départements reste inchangée !

 

 

Non, le glyphosate (et les pesticides en général) n'est pas une obsession. En revanche, la capacité des agriculteurs français à répondre à leur mission de produire notre nourriture (et de contribuer à celle de nos voisins et amis), d'assurer notre souveraineté et sécurité alimentaires dans un monde toujours plus chaotique, de gérer une grande partie de notre environnement, de répondre à des enjeux économiques, sociaux et stratégiques vitaux, est une vraie préoccupation.

 

Et la dérive autoritaire récente teintée dans ce cas précis d'obscurantisme et d'illibéralisme « verts » est un souci majeur.

 

 

Au fond du trou... il creuse

 

Rappelons brièvement que, l'Union Européenne (les États membres, pas la Commission) ayant décidé le 27 novembre 2017 de renouveler l'autorisation du glyphosate pour cinq ans, le Président Emmanuel Macron – fort habile de ses mains sur un clavier de smartphone mais fort mal connecté au niveau neuronal – a décrété que la France allait « sortir du glyphosate » en trois ans, donc d'ici fin 2020 (selon les derniers écrits, ce seraient maintenant la mi-2021).

 

Le 9 octobre 2018, il a annoncé la création d'une « start-up d'État », en théorie pour aider les agriculteurs à réaliser son ambition à lui. « L’agriculture a déjà connu de grandes transitions dans son histoire, sortir du glyphosate en trois ans en fera partie » sera-t-il écrit plus tard... Facile à dire quand le défi est pour les autres, et franchement méprisant pour la profession.

 

Cette « start-up d'État » s'est matérialisée le 22 novembre 2018 sous la forme d'un site web, Glyphosate, objectif 2020, qui s'est révélé être un infomercial à la gloire du caprice présidentiel, un publireportage à l'intention d'une population déconnectée des réalités de l'agriculture, et surtout un instrument de coercition et de stigmatisation des agriculteurs qui oseraient braver la toute-puissance jupitérienne.

 

 

« Une escroquerie » selon la Coordination Rurale

 

À l'instar de la FNSEA et des JA (les Jeunes Agriculteurs) – les syndicats agricoles majoritaires en France parce que les agriculteurs votent majoritairement pour eux –, la Coordination Rurale s'est insurgée le 26 novembre 2018, sous un titre qui devrait alerter nos Excellences : « www.glyphosate.gouv.fr ou comment conjuguer com’ et escroquerie ! ».

 

Insistons : « Une initiative du Président de la République » est qualifiée – à juste titre – d'escroquerie. Le constat est aussi accablant :

 

« Gère-t-on une exploitation agricole comme on gère une start-up dans le domaine du numérique ? Évidemment, non. L’agronomie se raisonne sur un temps assez long et il faut parfois des années pour parvenir à changer son système de production.

 

[…]

 

Laisser croire que tout le monde peut y arriver parce que quelques uns y parviennent (non sans grande difficulté) relève non seulement d’une méconnaissance profonde de l’agriculture et de la nature mais aussi de l’escroquerie intellectuelle!

 

[...]

 

Sur le site Internet https://www.glyphosate.gouv.fr/, les agriculteurs déjà "sortis" ou "engagés à sortir d’ici 2020" doivent signaler leurs parcelles. Mais qu’adviendra-t-il aux agriculteurs qui ne se seront pas inscrits sur ce site ? On peut y voir une forme de dénonciation inversée ou un instrument de pression sur les agriculteurs récalcitrants.

 

Pourtant, même si ce n’est pas écologiquement correct de l’écrire, en l’état actuel des connaissances agronomiques, le glyphosate contribue à préserver la vie du sol, grâce aux techniques de l’agriculture de conservation ou de l’agroécologie.

 

Comme pour tous les autres produits phytosanitaires, il est certes souhaitable de réduire son utilisation mais cet herbicide reste indispensable dans certains cas et aucune start-up de communication ne pourra y faire quoi que ce soit d’autre que désinformer et continuer à jeter l’opprobre sur les agriculteurs. »

 

 

Des compteurs bloqués, témoins d'une vive résistance

 

Ajoutons qu'une déclaration (la France Agricoleréservé aux abonnés) de Mme Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, laisse entendre qu'il était bien de l'intention de la cellule de l'Élysée de publier une carte à la parcelle, ce qui aurait permis de désigner les récalcitrants à la vindicte publique !

 

Il n'était pas nécessaire pour la FNSEA d'appeler au boycott du site. Les agriculteurs ont dans l'immense majorité compris qu'il s'agissait d'un guet-apens : le compteur des agriculteurs ayant annoncé qu'ils sont « sortis du glyphosate » était bloqué à 9 jusqu'à ce matin ; celui des agriculteurs s'engageant à en sortir d'ici fin 2020 (quand le glyphosate sera de toute manière interdit si le Président de la République s'obstine), l'est à 2...

 

 

Un « témoin » témoigne, mais sur Terre-Net, et comment...

 

Le "témoignage" non autorisé, rétiré

 

 

Le site présidentiel a tout de même un peu évolué. Dans notre billet précédent, nous avions laissé entendre que des « témoignages » n'avaient pas été autorisés. C'est confirmé... plus que confirmé ! M. Guillaume Joubert a longuement expliqué ses itinéraires culturaux – et le caractère impératif du glyphosate pour de bonnes pratiques agricoles et environnementales – sur Terre-Net dans « Au contraire de ce qui est suggéré, je ne m’engage pas à sortir du glyphosate ». Nos autorités gouvernementales entendront-elles cet agriculteur, nullement arc-bouté sur les « béquilles chimiques » selon une expression à la mode chez les contempteurs de l'agriculture qui nous nourrit, puisqu'il est aussi engagé en bio pour ses activités maraîchères ?

 

« [...] "J’ai divisé par trois la traction dans mes champs, et donc ma consommation de fuel. J’utilise deux fois moins d’engrais azoté et je n’utilise plus d’engrais de fond. Je n’ai plus de problème d’érosion, j’ai des lombrics dans mes champs, ça nourrit les oiseaux et ça alimente la biodiversité. Je stocke davantage de carbone."

 

"Que veut-on de plus ?", réagit-il. "L’État va me mettre dans une impasse. J’utilise le glyphosate seulement si je ne peux pas faire autrement. Mais si on me l’interdit, je tire un trait sur dix ans de pratiques et je devrais recommencer le travail du sol." »

 

 

Le témoignage sur Terre-Net

 

 

Son « témoignage » – d'une autre teneur – a été retiré du site, tout comme celui d'un agriculteur des Pyrénées-Atlantiques qui disait tester l'agriculture biologique sans labour. Quelle valeur un tel « témoignage » ? L'agriculture biologique s'interdit les herbicides et s'autorise toutes les méthodes alternatives quels qu'en soient le coût et les conséquences environnementales (quoi qu'en disent ses thuriféraires). De toute manière, il n'apprenait rien aux candidats à la sortie du glyphosate.

 

 

Le deuxième "témoignage" retiré.

 

Il reste aujourd'hui sept « témoignages », dont quatre de gestionnaires d'exploitations liées à des établissements d'enseignement agricole... et non liées par des impératifs de rentabilité. Dont un anonyme, ce qui nous permettra de le critiquer sans mettre une personne nommément en cause : il est incompréhensible :

 

« La présence d’une seconde culture de printemps dans la rotation avec la succession maïs - grain - soja, permet de nettoyer les parcelles des adventices ».

 

 

La voix du bon sens.

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P
Lu sur http://huet.blog.lemonde.fr/2018/12/11/ogm-poisons-la-vraie-fin-de-laffaire-seralini/

ci dessous la conclusion de cet excellent article:

il est utile de lire in extenso le compte rendu d’un séminaire du programme RisKOGM qui a notamment financé l’étude GMO90+ où l’on peut lire cette remarque d’Armin Spök de l’Université de Klagenfurt : «il ne faut pas surestimer ce que la science ouverte est réellement capable de faire, en particulier en ce qui concerne les domaines fortement polarisants et les questions controversées de type réglementaire telles que le sujet des OGM, car la science ouverte ne peut pas résoudre ou atténuer les controverses portant sur les facteurs contextuels sous-jacents.»

Pour traduire ce langage en termes plus clairs :
certains participants à ces dialogues ne sont pas prêts à renoncer à leurs affirmations d’origine, même si la science normale démontre qu’elles sont erronées, parce que leur conviction est en réalité ancrée sur d’autres points, économiques, sociaux voire moraux pour lesquels le compromis n’est pas envisagé. C’est pourquoi, par exemple, Gilles-Eric Séralini et nombre de ses soutiens n’ont jamais accepté le verdict scientifique pourtant solidement établi sur leur expérience originelle et qu’il est très peu probable qu’ils admettent que les trois expériences conduites pour répondre à la question qu’ils avaient mal traitée sont, elles, conclusives.
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.


Je partage sa conclusion… fort mesurée, car il est un autre élément d'importance : tout le monde ne s'appelle pas Mark Linas et est capable de dire qu'il s'est trompé. Il y a, en outre, dans ce débat des gens dont on peut se demande s'ils n'étaient pas au courant de leur erreur dès le départ.
J'ai lu Sylvestre Huet et posé quelques commentaires.
D
Un commentaire de Noah Harari dans Sapiens:
"La plupart des disrupteurs de la Silicon valleyont en commun cette assurance à toute épreuve et cette naïveté qui se heurte souvent à la complexité du réel".

Tout est dit: la startup nation va se prendre le mur.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

"...va se prendre…" ? Il me semble que c'est déjà fait.