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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Semis direct : partager l'expertise argentine dans les pays africains

21 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Agronomie, #Afrique

Semis direct : partager l'expertise argentine dans les pays africains

 

Edgard Ramίrez*

 

 

 

 

Edgard Ramίrez, participant au Forum Mondial des Agriculteurs 2018, a été interviewé par Ag News Daily le 19 octobre 2018. Vous trouverez ci-dessous des extraits de cette discussion suivis du lien vers l'intégralité de l'entretien.

 

 

Question : Parlez-nous de votre ferme.

 

Réponse : La ferme de ma famille est située à environ 300 kilomètres de Córdoba, au sud. Et puis je loue avec des partenaires plus de terres dans chaque partie de la province et dans d'autres provinces.

 

 

Question : Principalement du maïs et du soja et un peu de blé ? Est-ce principalement la rotation des cultures ?

 

Réponse : En général, des cultures de printemps : soja et maïs avec système de culture en semis direct sans labour (« no-till ») parce que nous aimons la technologie et en sommes fiers.

 

 

Question : Parlons du système de semis direct, car vous faites beaucoup de recherches. Vous vous rendez en Afrique pour promouvoir le semis direct en Afrique, est-ce exact ?

 

Réponse : Oui, je suis membre d’Aapresid [Asociación Argentina de Productores en Siembra Directa – association argentine des producteurs en semis direct]. L'Aapresid est une organisation paysanne argentine. Il y a deux ans, la Banque Africaine de Développement nous a demandé de contribuer à la production alimentaire en Afrique. La Banque gère un programme appelé Feed Africa [nourrir l'Afrique]. Et dans le programme, c’est un projet qui s’appelait d’abord TASI [Transformation of the African Savannah Initiative]. C’est une technologie pour l’agriculture africaine et sa transformation, car l’idée de la Banque s’applique à toute la savane, dans 26 pays différents, c’est environ 400 millions d’hectares [rappel : en France, la surface occupée par les activités agricoles se monte à environ 28 millions d’hectares]. C’est plus ou moins douze fois l'Argentine en termes de surface de production. L'Argentine utilise environ 32 millions d'hectares. Ici, c'est 400 millions. Et ils pensent que sans systèmes d’irrigation, il est impossible de faire de l’agriculture. Et je leur ai dit que c’est faux, car avec un système de semis direct, nous apprenons à stocker l’eau de pluie, à protéger les sols et à pratiquer une agriculture efficace. La Banque nous a donc demandé de nous rendre en premier lieu au Ghana et d’essayer d’y faire adopter notre technologie. Nous travaillons dans quatre parcelles différentes et cette année, ils m'ont demandé (l'Aapresid) de me rendre en Guinée et d'y faire de même.

 

 

Question : Ainsi, lorsque vous parlez de la technologie que vous utilisez pour le semis direct, ici, bien sûr, nous pensons immédiatement aux plantes RoundUp Ready, notamment au soja RoundUp Ready. Mais je sais que dans certains endroits ce n’est pas une option. Qu'est-ce que les producteurs utilisent pour le semis direct ?

 

Réponse : Je me rappelle que quand j'étais jeune, plus jeune, nous ne semions en Argentine et dans toutes les régions du monde aucune plante GM et nous nous étions débrouillés avec différents herbicides. En Argentine, nous avons un problème car nous avons mal géré la technologie RoundUp Ready. Nous avons beaucoup de mauvaises herbes résiduelles. Nous devons donc utiliser tous les produits chimiques. C'est la même chose que nous faisons maintenant en Afrique. Nous avons approché le gouvernement pour qu'il nous permette d’utiliser des plantes GM, mais c’est un processus long. J'ai rencontré le Ministre de l'Alimentation et de l'Agriculture, le ministre du Ghana, et nous lui avons demandé pourquoi ils ne nous laissaient pas utiliser des OGM. Il nous a dit que 80 % du poulet qu’ils peuvent importer vient du Brésil et que les poulets ont été nourris avec des aliments génétiquement modifiés. C'est la même chose pour le bœuf et le lait. Il pense donc que le moment est venu de poser cette question. Lors de la Table Ronde Mondiale des Agriculteurs et de la cérémonie de remise du Prix Mondial de l'Alimentation, je pense que les populations africaines ont besoin d'informations car elles se trompent sur ce plan. Elles pensent que s'ils plantent du maïs GM, elles mangeront des insecticides. C’est une grave erreur. Nous devons leur apprendre, leur montrer qu'ils ont tort.

 

Ramίrez et Bill Couser discutant lors d'une visite de la Couser Cattle Company à Nevada, dans l'Iowa.

 

Question : Nous avons toujours des gens aux États-Unis qui sont de cet avis. Si vous mangez un produit de culture GM, vous mangez de l’insecticide, et ce genre de désinformation se trouve sur Facebook tous les jours. Ainsi, dans votre travail avec l'Aapresid, avez-vous l’impression que le mouvement de la culture sans labour gagne du terrain ? Voyez-vous de plus en plus d'agriculteurs se tourner vers le non-travail lorsque vous travaillez avec eux en Afrique ?

 

Réponse : Oui. Quatre-vingt-dix pour cent des cultures en Argentine sont menées dans un système sans labour. Ceci est important pour nous. Je pense que nous devons aller non seulement en Afrique, mais aussi un jour en Chine, en Nouvelle-Zélande, en Inde. Les conditions de l’environnement sont favorables à la culture sans labour. Pour l'agriculture, nous avons besoin d'un sol, de chaleur et d'eau. Si vous disposez de ces trois éléments, vous pouvez créer une agriculture efficace sans labour. C’est notre point de vue.

 

 

Question : Cela marche en Argentine. Et cela marche dans de nombreux endroits aux États-Unis. Le Dakota du Nord a été incroyable avec leur adoption de la culture sans labour.

 

En revenant en Argentine, voyez-vous beaucoup d'hectares passer du maïs ou du blé au soja cette année à cause de la situation aux États-Unis ?

 

Réponse : Dans le sud de Buenos Aires, le blé est la principale culture et l’Argentine produit environ 18 millions de tonnes de blé , essentiellement dans la plupart des régions du centre sud de la province de Buenos Aires [rappel : selon les estimations au 1er novembre 2018, la production française de blé tendre s’établirait à 34,1 Mt en diminution de 2,4 Mt en un an]. Dans une autre partie du pays, nous avons une saison sèche et une saison humide. Et pendant la saison des pluies au printemps/été, on produit des cultures de printemps. Nous plantons donc en rotation. Parfois, nous pouvons mettre du tournesol, mais en général nous mettons 50 % de soja et 50 % de maïs. Et l’année suivante, nous tournons. Et c'est ainsi que nous produisons.

 

 

Question : Cela a du sens. Donc, cela limite l’augmentation de la superficie cultivée que nous pourrions voir et pour ceux d’entre nous qui ne sommes pas allés en Argentine – qui veulent y aller mais ne l’ont pas fait. Nous parlons au Brésil de la conversion du Cerrado en terres cultivées. Y a-t-il des surfaces en Argentine qui peuvent encore être converties en terres cultivées ou avez-vous cultivé à peu près tout ce que vous allez cultiver ?

 

Réponse : Lorsque nous pensons aller en Afrique, nous leur avons offert la possibilité de couper au plus court, car nous avons commis beaucoup d’erreurs en Argentine lors du développement de la technologie. Nous avons fait de l'agriculture dans certaines situations fragiles. Nous avons coupé beaucoup d'arbres. Nous essayons maintenant d’éviter que l’Afrique commette les mêmes erreurs. Nous pouvons partager notre expérience. Je pense que c’est le plus important. Nous ne leur disons pas comment le faire. Nous devons travailler ensemble car ils connaissent le sol, ils connaissent les gens, ils connaissent la culture, les pluies, les insectes, mais nous devons partager notre expérience, nos connaissances…

 

 

Question : Ils connaissent leurs conditions. Ils connaissent le fonctionnement de leurs systèmes. Vous les aidez peut-être simplement à apprendre le meilleur moyen de le faire.

 

Réponse : Et la culture, parce qu'en Côte d'Ivoire, j'ai suggéré aux gens de planter du sorgho, mais dans cette région, pour le village, le sorgho est religieux. Ils ne peuvent pas planter du sorgho. C’est nouveau pour nous aussi. Nous devons donc gérer cela, car nous devons travailler avec la culture de la population.

 

 

Question : Bien, vous ne pouvez pas. Si c’est religieux, vous ne pouvez pas le cultiver.

 

Réponse : Je suppose que c’est pareil en Inde avec les vaches et que nous devons nous débrouiller.

 

 

Interview complète :

 

https://agnewsdaily.com/podcasts/october-19-2018-edgard-Ramίrez-argentinian-grain-grower

 

 

________________

 

* Edgard Ramίrez, agriculteur, Córdoba, Argentine

Edgard est un maillon d'une lignée d'agriculteurs, agronome et conseiller. Il produit du soja, du maïs, du blé, de l'orge, des légumineuses et du sorgho dans le nord de la province de Córdoba. Sa ferme couvre 275 hectares. Par le biais de l'organisation de culture sans labour Aapresid et en collaboration avec la Banque Africaine de Développement, Edgard dirige un programme international visant à transférer des systèmes de production agricole durables sans labour et à promouvoir l'adoption de technologies innovantes en Afrique. L’Initiative « Transformation de la Savane Africaine » est chargée de l’exportation de connaissances et de machines pour le semis direct. L'objectif est de transférer l'expérience de l'Argentine en matière de production durable vers plus de 400 millions d'hectares, soit l'équivalent de 12 fois l'Argentine, actuellement sans production ou mal gérés. Aapresid a décidé de commencer par le Ghana, avec une équipe technique et des machines fournies par des sociétés argentines. Ils cherchent à produire ainsi du maïs et du soja.

 

Source : https://globalfarmernetwork.org/2018/11/sharing-argentine-no-till-expertise-with-africa/

 

 

Notes

 

1. Le texte original est manifestement une transcription de la conversation, d'où quelques incohérences.

 

2. L'intérêt de ce texte est de montrer qu'il y a une coopération sud-sud, dans ce cas précis sans arrière-pensées politiques, économiques ou idéologiques.

 

3. Que fait la France en la matière ?

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