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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Poulet à croissance lente : qu'en pensent les consommateurs (aux États-Unis d'Amérique) ?

11 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #élevage

Poulet à croissance lente : qu'en pensent les consommateurs (aux États-Unis d'Amérique) ?

 

Jason Lusk*

 

 

Que pensez-vous des poulets à croissance lente ? Si vous êtes comme la plupart des gens à qui j'ai demandé cela, votre réponse est probablement : « Mais, que diable, qu'est-ce qu'un poulet à croissance lente ? »

 

Les détaillants en alimentation, cependant, ne se le demandent pas, car les organisations de défense des animaux leur demandent de prendre de nouveaux engagements pour acheter uniquement des poulets à croissance plus lente (voici la demande formulée dans l'UE et celle de la Humane Society of the United States sur la question).

 

Premièrement, qu'est-ce qu'un poulet à croissance lente ? Voici mon nouvel article sur le sujet qui vient d'être publié par la revue Poultry Science (les références sont omises pour faciliter la lecture) :

 

« Les améliorations génétiques ont permis aux producteurs de volaille d'élever des poulets de chair plus rapidement et avec un poids plus lourd que ce qui était possible au cours des décennies précédentes, avec pour résultat un poulet plus abordable pour les consommateurs. Cependant, certaines recherches ont suggéré qu'une croissance rapide pouvait entraîner chez le poulet de chair des dommages et des douleurs aux jambes. Ces idées ont récemment gagné en popularité dans les médias populaires et ont conduit à des appels pour l'utilisation de races de poulets plus anciennes, faisant partie du patrimoine, ou de nouveaux poulets à croissance plus lente qui seraient, dit-on, associés à un meilleur goût des poulets de chair et à un bien-être supérieur. Certaines recherches suggèrent qu'il y a peu ou pas de relation indépendante entre le nombre de jours de croissance et les évaluations sensorielles du poulet par le consommateur, et d'autres suggèrent que les races à croissance lente sont jugées moins tendres et moins juteuses que les races de poulet conventionnelles. Néanmoins, les préférences des consommateurs pour le poulet peuvent être autant affectées par les perceptions et l'étiquetage que par les caractéristiques sensorielles réelles. »

 

Le nouvel article rend compte des résultats de quelques enquêtes que j'ai menées à la fin de l'année dernière auprès d'environ 2.000 consommateurs américains de poulet, dans le cadre d'un projet financé par le Food Marketing Institute, l'Animal Agriculture Alliance et la Foundation for Food and Agricultural Research (un compte rendu plus détaillé des résultats, en accès libre, est ici). L'un des principaux résultats est que la plupart des consommateurs ne connaissent pas grand-chose des poulets à croissance lente et que, par conséquent, des informations positives ou négatives peuvent réellement influencer les gens dans un sens ou dans l'autre.

 

Un groupe de personnes n'a reçu aucune information supplémentaire. Un autre groupe de personnes a reçu des informations « pro » en faveur de la croissance lente provenant d'articles de NPR (de Dan Charles) et du New York Times (de Stephanie Strom), et un autre groupe de personnes a reçu des informations « anti » du National Chicken Council (conseil national du poulet).

 

Après avoir reçu cette information, les consommateurs ont fait un certain nombre de choix dans un environnement de vente au détail simulé, présentant des emballages de poitrines de poulet portant des étiquettes et des prix différents. Ces choix ont été utilisés pour sonder la volonté des consommateurs de payer pour le label à croissance lente (à l'heure actuelle, il n'existe pas de label pour la croissance lente largement adopté, j'en ai donc créé un moi-même pour cette étude). Voici la répartition de la volonté de payer ($/lb) pour les étiquettes à croissance lente et biologique dans les différents traitements de l’information.

 

 

 

 

Certains des résultats les plus intéressants sont liés au manque extrême de connaissances sur la production de poulets de chair en général et de croissance lente en particulier. Par exemple, voici quelques résultats obtenus lorsqu'on leur a demandé ce que les différentes étiquettes impliquaient à leur avis.

 

 

Ligne du haut : marque ; bon/mauvais pour la santé ; coût ; saveur ; sécurité ; bien-être animal.

Les notes vont de 1 (le moins favorable) à 5 (le plus favorable), sauf pour le coût (1 = peu cher ; 5 = très cher).

Les cases en vert et en jaune dénotent la plus haute valeur et la deuxième plus haute valeur dans une colonne : les cases en rouge sont celles de la valeur la plus petite.

L'erreur d'échantillonnage est d'environ 0,08 pour une échelle de 1 à 5.

De haut en bas : témoins sans information donnée aux consommateurs : bio selon les normes de l'USDA ; Perdue ; sans aucun antibiotique ; tout naturel ; vérifié non-OGM ; sans ajout d'hormones ; poulet de croissance lente ; Tyson.

 

 

Le tableau montre les croyances moyennes sur le bien-être des animaux, les dépenses, la valeur du point de vue de la santé, la sécurité et la saveur de différentes marques et étiquetages. Sans informations supplémentaires, les étiquettes dénotant une croissance lente avaient tendance à être associées à des croyances défavorables. Sans information supplémentaire, les étiquettes dénotant une croissance lente sont associées à la signalisation du plus bas niveau de sécurité, de saveur et de santé de l'ensemble des étiquettes considérées.

 

Voici comment j'ai conclu l'article :

 

« Compte tenu des convictions défavorables des consommateurs au sujet des allégations de croissance lente, un important effort de marketing serait probablement nécessaire pour que l'attribut devienne un facteur déterminant du choix du consommateur. Étant donné le manque de connaissances des consommateurs sur la production de poulets de chair, le simple fait de les informer des pratiques existantes (par exemple, sans cage et sans hormones ajoutées) pourrait constituer un moyen plus rentable de stimuler la demande de poulet. Cela dit, il est possible que la présence d'étiquettes d'absence d'hormone exacerbe le problème de désinformation en suggérant indirectement que certaines marques de poulet utilisent des hormones de croissance. Alors que les étiquettes biologiques sont associées à des croyances positives et sont relativement appréciées par les consommateurs, la production biologique implique des coûts beaucoup plus élevés par rapport à des allégations sans OGM ou sans antibiotiques.

 

Le prix est peut-être le facteur le plus important expliquant l'augmentation de la consommation de poulet au cours des dernières décennies. L'augmentation des rendements de la production a permis de réduire les prix du poulet par rapport aux prix du bœuf et du porc. Il n’est donc peut-être pas surprenant que cette étude montre également que le prix est un facteur de choix majeur pour les consommateurs. Néanmoins, il existe une minorité non négligeable de consommateurs qui se soucient relativement peu du prix du poulet et qui constituent le marché cible pour les allégations d'étiquettes prises en compte dans cette étude. »

 

________________

 

 

Capture Jayson Lusk

 

 

* Jayson Lusk est un économiste de l'agriculture et de l'alimentation. Il est actuellement professeur distingué et chef du Département de l'Économie Agricole de l'Université de Purdue.

 

Source : http://jaysonlusk.com/blog/2018/8/20/slow-growth-chicken-what-do-consumers-think

 

 

 

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D
N'y aurait il pas une confusion dans la traduction?
car je doute que des hormones de croissance soient utilisées en volaille (interdit aux US depuis plus de 50 ans).
Par contre, des antibiotiques sont utilisés comme facteur de croissance aux US, mais pas en Europe depuis maintenant près de 20 ans. Il y a sans doute confusion entre hormones de croissance et facteurs de croissance (AGP, antibiotic growth promoters).
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S
Bonjour,

Merci pour votre question.

Non, c'est bien traduit. Mais l'auteur avait fait une simulation et testé les réponses à des choix dont l'un impliquait l'utilisation d'hormones.