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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Petite plongée dans le traitement différencié des pesticides à base de glyphosate et de sulfate de cuivre par l’UE

21 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Glyphosate (Roundup), #Andrew Porterfield

Petite plongée dans le traitement différencié des pesticides à base de glyphosate et de sulfate de cuivre par l’UE

 

Andrew Porterfield*

 

 

Le sulfate de cuivre fongicide est populaire auprès des agriculteurs biologiques.

 

 

Les politiques de l'Union européenne ont souvent laissé les observateurs perplexes. Mais les décisions – et leur absence – sur la manière de réglementer deux pesticides populaires ont abouti à une série de contorsions alors que les pays membres, les tribunaux et le Parlement Européen tentaient de combiner un principe de précaution strict, le soutien à l'agriculture biologique et la science.

 

Cette dernière a généralement reçu l'attention la plus limitée.

 

Pour l'herbicide glyphosate comme pour le fongicide sulfate de cuivre, l'UE a accordé une licence de cinq ans. Mais là s'arrête la similitude entre les manières dont l’Europe les a traités.

 

 

Guerres du glyphosate

 

En novembre 2017, l'UE a décidé d'autoriser à nouveau les agriculteurs et les particuliers à utiliser le glyphosate, un herbicide mieux connu à l'époque où il était protégé par un brevet en tant que matière active du Roundup. Le pesticide a efficacement éliminé les mauvaises herbes (ou presque toutes les plantes qu’il touche), mais il a été tout aussi efficace en tant que cible des activistes politiques anti-OGM « verts », qui s’appuient sur sa popularité pour éliminer les mauvaises herbes dans des cultures telles que le maïs et le soja qui ont été génétiquement modifiées pour lui résister.

 

L'UE a pris sa décision après des années de querelles remontant à 2002 avec des pays membres, des membres Verts du Parlement européen et des groupes d'activistes, dont beaucoup ont appelé à une interdiction totale de l'herbicide.

 

Jusqu'à présent, seul le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), l'organe de recherche de l'OMS sur le cancer qui a été critiqué pour ses biais sur certaines substances chimiques, a fait le lien entre le glyphosate et le cancer chez l'homme. En 2015, le CIRC avait déclaré que le glyphosate constituait un danger de classe 2a, le plaçant dans la catégorie « probablement cancérogène pour l'homme ». Cependant, l’Agence de Protection de l'Environnement des États-Unis, la Commission Européenne et d’autres agences en matière de santé et d’environnement ont déclaré que le produit était sans danger quand il était utilisé selon les préconosations, et il a obtenu une autorisation de mise en marché dans 130 pays.

 

 

 

 

La tactique pour le sulfate de cuivre

 

Par la suite, il a semblé que le renouvellement de l’autorisation du sulfate de cuivre, un fongicide considéré comme le seul outil antifongique réaliste que les agriculteurs biologiques sont autorisés à utiliser, recevrait un accueil plus favorable de l’UE et des États membres.

 

L’exécutif de l’Union Européenne a proposé de renouveler pour cinq ans la licence du sulfate de cuivre et d’autres composés à base de cuivre. Cette proposition a fait suite à une prolongation d'un an approuvée en décembre 2017 qui permettait aux autorités de contrôle des aliments d'analyser les dernières données scientifiques. À ce stade, la proposition avait de nouveau été retardée, sans échéance précise mais avec une promesse de l'UE de prendre une décision avant la fin de l'année 2018.

 

En janvier dernier, l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) a conclu dans un rapport commandé par l’Institut Technique de l’Agriculture Biologique (ITAB) : « ...des concentrations excédentaires en cuivre ont des effets néfastes sur la croissance et le développement de la plupart des plantes, sur les communautés microbiennes et la faune des sols » et recommandé dans un rapport scientifique que le gouvernement intervienne pour« réduire l’usage du cuivre en protection des cultures biologiques ».

 

Quelques mois plus tard, l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a déclaré que les composés du cuivre étaient « particulièrement inquiétants pour la santé publique et l’environnement ». L'EFSA a conclu que le glyphosate ne posait pas de danger sérieux et inacceptable pour l'environnement ou la santé publique. Mais des recherches définitives ont montré que le sulfate de cuivre peut être toxique pour l'homme, bien plus que le glyphosate. Il n’est pas aussi ciblé que de nombreux pesticides. Par conséquent, ce qu'il fait aux cellules fongiques, il peut le faire aussi sur vous et sur les insectes utiles. Il a été associé à une irritation de la peau et des yeux. En ingérer de grandes quantités peut provoquer des nausées, des vomissements et des lésions des tissus. Il est toxique pour les abeilles et une étude a montré une toxicité extrême pour les abeilles dans les environnements tropicaux (elle a été réalisée au Brésil), où le sulfate de cuivre est utilisé comme engrais foliaire (pour fournir des nutriments en métaux lourds). De plus, contrairement au glyphosate, l’Agence Européenne des Produits Chimiques (EChA) l’a déclaré cancérogène – la recherche l’a associé au cancer du rein, en particulier. En tant que substance cancérogène, le sulfate de cuivre serait soumis à la réglementation de l'Union Européenne limitant son utilisation par les travailleurs, voire totalement interdit.

 

 

 

 

De même, contrairement au glyphosate, qui est toujours la cible d’une demande d'interdiction totale, les composés à base de cuivre devraient être progressivement éliminés (même avec l’approbation de l’Union Européenne) et éventuellement remplacés par des fongicides moins toxiques.

 

Et c’est là que se présente une autre similitude et une différence entre le glyphosate et le cuivre : des alternatives (bien qu’à un coût plus élevé et moins efficace) existent à la fois pour le glyphosate et le cuivre dans l’agriculture conventionnelle, mais le glyphosate n’est pas autorisé dans l’agriculture biologique et le sulfate de cuivre est le seul fongicide approuvé pour celle-ci. Et il n'y a aucun autre produit de remplacement fiable pour le cuivre pour l'agriculture biologique. En fait, l'IFOAM, l'organisation internationale de lobbying du secteur des produits biologiques basée en Allemagne, a encouragé l'UE à continuer d'autoriser le sulfate de cuivre, tout en laissant une certaine flexibilité quant au nombre de kilogrammes par an que les agriculteurs peuvent utiliser, même si la nocivité potentielle pour les travailleurs agricoles est généralement reconnue.

 

 

Le cuivre s'associe moins bien au vin

 

En raison de la grave toxicité du sulfate de cuivre et de la tendance croissante à favoriser la durabilité plutôt que les modes de culture, plusieurs entreprises du secteur viticole, grand utilisateur de sulfate de cuivre depuis au moins un siècle, se sont retirées de l'agriculture biologique.

 

L’automne dernier, le vice-président de l’association professionnelle des vins de Bordeaux a prédit que sa région et d’autres en France commenceraient à passer de la culture biologique à la culture conventionnelle. L'organisation a évoqué un certain nombre de facteurs économiques, météorologiques et chimiques, notamment des tempêtes de grêle, le mildiou et un gel en 2017. Les vignobles, a déclaré le vice-président Bernard Farges, ont décidé que les risques supplémentaires liés à la poursuite de l'agriculture biologique et de l'utilisation du cuivre étaient trop importants.

 

Le rapport accablant de l’EFSA sur le sulfate de cuivre met les défenseurs de l’environnement en Europe dans une impasse. Éric Andrieu, eurodéputé du groupe de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (groupe S&D), est le chef de la commission PEST créée pour contrôler la transparence des procédures d'autorisation des pesticides dans l'UE. Andrieu avait précédemment insisté sur le fait que la santé publique devait être priorisée par rapport aux intérêts économiques en ce qui concerne l’autorisation des pesticides. Mais dans le cas du cuivre, il a fait pression pour que les décideurs politiques fassent preuve de flexibilité.

 

« Les alternatives au cuivre restent très limitées et ne répondent pas actuellement à la demande de 500 millions de consommateurs. À court terme, la survie d'une grande partie de la viticulture européenne, en particulier de la viticulture biologique, est en jeu », a-t-il déclaré à EURACTIV en juin 2018.

 

De nombreux décideurs politiques européens, en particulier les défenseurs de l'agriculture biologique, avaient sommairement rejeté les appels presque identiques, émanant de groupes d'agriculteurs, qui préconisaient une flexibilité dans la réglementation du glyphosate ; mais là, les appels à l'interdiction des écologistes ont été implacables.

 

La communauté de l'agriculture biologique a commencé à se diviser sur cette question, opposant les défenseurs du développement durable aux puristes de l'agriculture biologique qui s'engagent pour maintenir les réglementations en vigueur, même si elles nuisent à l'environnement. Auparavant, le Domaine de Fondrèche à Mazan, dans l’appellation française des Côtes du Ventoux, avait annoncé le retrait de sa certification biologique sous laquelle il produisait des vins depuis 2009. La cave a mentionné l’accumulation de cuivre dans ses vignes, résultat de l’utilisation du sulfate de cuivre.

 

Pour certains viticulteurs et chercheurs, la génétique peut constituer une solution au problème des parasites et maladies. CRISPR/Cas9 a montré des résultats prometteurs (au moins en laboratoire) contre le sulfate de cuivre, mais les résultats sont très préliminaires.

 

D'autres viticulteurs ont fait valoir que le problème ne réside peut-être pas tant dans les réglementations que dans les définitions trop simplistes qui séparent l'agriculture biologique de l'agriculture conventionnelle. « Le naturel est bon, le synthétique est mauvais ? C’est trop manichéen de raisonner de la sorte », a déclaré au magazine Wine Spectator Charles Philipponnat, PDG des Champagnes Philipponnat. « L’objectif est de produire du bon vin d'une manière qui ne laisser pas d’impact négatif sur nos enfants. »

 

_____________

 

* Andrew Porterfield est un auteur, éditeur et consultant en communication pour des institutions universitaires, des entreprises et des organismes sans but lucratif du domaine des sciences de la vie. Biographie. Suivez-le @AMPorterfield sur Twitter.

 

Source  : https ://geneticliteracyproject.org/2018/12/19/examining-the-eus-contradictory-treatment-of-glyphosate-and-copper-sulfate-pesticides/

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Philippe (alsace) 24/12/2018 09:50

Bonjour
Pas sûr que la raison mise en avant par Andrew Porterfield pour l’utilisation D’engrais foliaires à base de cuivre soit la bonne. Il faudrait vérifier la réglementation qui a cours au Brésil mais pour moi il s’agit tout simplement d’une manière détournée pour utiliser des produits cupriques à des fins phytosanitaires avec la souplesse que procurent les engrais sur le plan réglementaire. Les besoins des plantes en cuivre sont très limités et dans ce cas les doses d’apport sont très faibles, rien à voir avec les doses apportées pour un usage phytosanitaire.
Au Danemark et aux pays bas le cuivre a été interdit sur le plan phytosanitaire avec pour conséquence une utilisation de produits cupriques sous la norme engrais foliaires détournée pour un usage phytosanitaire ...
En France aussi cela nous guette. Avec sa rehomologation le cuivre se verra assorti entre autres d’une ZNT aquatique de 50 m avec un DVP de 20 m ce qui va compliquer la tâche pour certaines parcelles trop proches de cours d’eau ou points d’eau. Les produits cupriques norme engrais foliaires ne sont concernés par aucune des restrictions qui s’appliquent aux produits phytosanitaires...

Seppi 05/01/2019 10:50

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Vous avez probablement raison sur le Brésil.

Pour la France, c'est la limite des 4 kg qui sera intéressante à suivre.

Si j'ai bien lu dans cette bouse ephy.anses, il n'y a pas de ZNT aquatique !

Ernst 21/12/2018 21:22

L’objectif est de produire du bon vin d'une manière qui ne laisser pas d’impact négatif sur nos enfants. »

Hilarant de la part d un vendeur de vin : avec 10cl de produit carcinogene certain par litre de vin ...faut etre cullote...!

Seppi 04/01/2019 18:13

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Oui, c'est un peu hilarant, mais les humains pourvus d'une aldéhyde-déshydrogénase active (et même certains autres) sontainsi faits qu'il adorent ce cancérogène (comme d'autres espèces qui ne rechignent pas à s'alcooliser, notamment avec des fruits en train de tourner.

Je retiendrais plutôt le début de la citation : "Le naturel est bon, le synthétique est mauvais ? C’est trop manichéen de raisonner de la sorte".