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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

OGM : Épouvantail ou colombe envoyée par le ciel ?

8 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique

OGM : Épouvantail ou colombe envoyée par le ciel ?

 

Bradford Owusu*

 

 

 

 

Quand j'étais petit, ce que je craignais le plus, c’était les masques. Savez-vous qui sont les masques ? Ce sont des êtres humains portant des masques ou des peintures sur le visage et des costumes effrayants, parfois sur des échasses. Vous les rencontriez habituellement lors de fêtes locales ou parfois à Noël, demandant de l'argent. Je courais aussi vite que mes jambes me portaient chaque fois que je les voyais. Je pensais qu'ils venaient d'une autre planète et non de la Terre. En grandissant, j'ai réalisé qu'ils étaient des êtres humains doux, et même des personnes connues de ma communauté et des parents.

 

Si vous me demandiez de décrire les organismes génétiquement modifiés (OGM) aujourd'hui, cet exemple serait la meilleure description que je donnerais. Grâce aux groupes anti-science, de nombreuses personnes en Afrique considèrent aujourd'hui les OGM comme des épouvantails et des masques alors que c'est le contraire qui est vrai.

 

L’ancien dicton selon lequel il est plus facile de construire que de détruire s’est avéré dans le cas des OGM. Le dicton populaire dit aussi que les mauvaises nouvelles voyagent vite. Malgré toutes les preuves que les OGM sont sûrs, comme cela a été confirmé par un nombre incalculable d'institutions scientifiques mondiales renommées, les activités des groupes anti-OGM continuent de créer des doutes dans l'esprit des gens. L’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture, la Commission de l’Union Européenne, l’Académie Nationale des Arts et des Sciences, l’Autorité Ghanéenne des Produits Alimentaires et Pharmaceutiques et le Conseil pour la Recherche Scientifique et Industrielle ont confirmé de manière répétée la sécurité des OGM. Mais un petit nombre de groupes anti-science bruyants continuent d'alimenter la population en informations erronées sur cette noble technologie qui a contribué à accroître les revenus des petits agriculteurs d'Afrique du Sud, de plusieurs pays d'Amérique du Sud et même du Burkina Faso voisin.

 

En Afrique du Sud, par exemple, les travaux sur l’introduction des cultures biotechnologiques ont débuté en 1997 et le pays a beaucoup progressé depuis lors dans leur utilisation. Selon les estimations, entre 1998 et 2015, le gain économique tiré des cultures GM en Afrique du Sud s'est élevé à 2,1 milliards de dollars. Plus de 80 % du maïs et du soja cultivés en Afrique du Sud sont des OGM, mais personne n'est jamais mort, ni n'a souffert d'un cancer ou d'une insuffisance rénale parce qu'il en a consommé. L’histoire est la même aux États-Unis d’Amérique, où les OGM sont encore plus largement consommés et n’ont tué personne. Avant que le Burkina Faso ne mette fin, pour des raisons politiques, à la culture du cotonnier Bt, on estimait que les bénéfices supplémentaires réalisés par les agriculteurs représentaient en moyenne 51 %, sous forme d'économies de main-d'œuvre pour les traitements et d'investissements dans les produits chimiques. Une étude nationale a montré que l'introduction de cultivars de cotonnier Bt au Burkina Faso avait entraîné une augmentation de 22 % du rendement par rapport aux cultivars conventionnels.

 

Personne n’est mort au Burkina Faso de l’introduction du cotonnier Bt dans ce pays. En fait, les agriculteurs ont déclaré que l'introduction du cotonnier génétiquement modifié a été bénéfique pour la santé. Lorsqu'ils utilisaient des semences de cotonnier conventionnelles, ils pulvérisaient des produits chimiques dans leurs champs de coton entre sept et dix fois par campagne de culture pour lutter contre les ravageurs, mais ne le faisaient plus que deux fois avec le cotonnier GM. Les exemples positifs de la culture d'OGM du Brésil, de l' Argentine et de plusieurs autres pays sont sans fin.

 

Le Ghana a adopté la Loi National sur la Biosécurité de 2011 afin de permettre la commercialisation des OGM dans le pays. Les essais menés par le CSIR sont en cours dans le cadre du processus réglementaire avant que les OGM testés ne soient autorisés à entrer sur le marché. La grande question qui se pose à plusieurs personnes dans le pays est la suivante : le Ghana devrait-il accepter les OGM ou, au contraire, permettre aux critiques dont les arguments ne sont pas scientifiques, mais émotionnels, d'imposer leur point de vue ? Les OGM sont-ils des épouvantails ou des colombes envoyées par le ciel ? Je crois que ce sont des colombes.

 

Si vous étiez un agriculteur comme moi et que vous connaissiez les risques et les dangers associés à la sur-utilisation des produits chimiques dans nos fermes uniquement pour lutter contre les ravageurs, si vous étiez personnellement affecté par les ravages que les parasites et les maladies peuvent infliger à vos cultures, si vous saviez combien cela peut faire perdre aux agriculteurs en termes de rendements, vous conviendriez avec moi qu’il ne saurait être question que les activistes anti-sciences gagnent la partie.

 

Le refus d'appliquer la technologie à la production alimentaire constitue un danger plus grand pour notre santé en tant que peuple que l'adoption des OGM. En tant qu'agent de vulgarisation à la retraite, j'ai visité bien des fermes dans le cadre de mon travail pour former les agriculteurs. J'ai vu de mes propres yeux comment les agriculteurs traitaient leurs aubergines mûres avec des produits chimiques quelques heures avant la récolte. Et ce, en dépit de la formation que nous leur donnions, de l'instruction de prévoir au moins quelques jours à deux semaines entre le dernier traitement et la récolte. Il n’est pas étonnant que des recherches menées il y a quelques années au Ghana aient montré que des résidus de produits chimiques étaient présents sur certains légumes collectés sur le marché et transportés au laboratoire pour y subir des tests. Donc, si les plantes peuvent être génétiquement modifiées pour résister aux parasites afin de réduire l’utilisation des pesticides sur les cultures, pourquoi ne pas les adopter ?

 

Le manque de compréhension, l'ignorance et la désinformation dans le domaine public concernant l'utilisation des technologies modernes dans l'agriculture doivent être corrigés. Ne pas adopter la technologie revient à nous ramener tous à l'âge de pierre et nous ne devrions pas permettre que cela se produise. Les OGM ne sont évidemment pas la solution miracle pour faire face à tous les problèmes de sécurité alimentaire auxquels le monde est confronté aujourd'hui. Mais pour une production alimentaire durable, la technologie des OGM est de toute évidence l’un des principaux outils dont les agriculteurs comme moi devraient pouvoir disposer. La technologie des OGM consiste simplement à déplacer un gène désiré d'un matériau à un autre pour produire une variété améliorée. Nous avons fait cela depuis Dieu sait combien de temps maintenant grâce aux méthodes conventionnelles de sélection végétale. Alors pourquoi le brouhaha ?

 

Notre appel à nous, les agriculteurs, est que nous voulons avoir la liberté d’accéder à la biotechnologie en tant qu’outil pour nous aider à relever les défis auxquels nous sommes confrontés dans nos fermes. Les semences améliorées sont un besoin et non un luxe. Nous avons besoin de semences d'OGM en Afrique pour pouvoir nourrir la population croissante de notre continent, contribuer à améliorer la sécurité alimentaire et réduire la pauvreté.

 

_____________

 

* Bradford Owusu est agriculteur dans la région orientale du Ghana.

 

Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2018/09/gmos-scarecrow-heaven-sent-dove/

 

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M
Pour les biens pensant d'Europe, il ne faudrait pas que ses bons sauvages est accès à la science et à la technologie et être corrompue par des chose futile comme la nourriture ou la médecine conventionnelle (des organismes comme homéopathe sans frontière envoie des missionnaire en Afrique sans que ça ne choque personne).
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire et les informations.

Les bras m'en tombent !
M
Ce n'est pas la seule, science et pseudo-science à écrit un article dessus. https://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1495
Boiron travaillant aussi avec HSF voudrait s'occuper de pathologie lourde comme l'indique Christian Boiron dans interview du parisien (même si ça date de 2015).
http://www.leparisien.fr/economie/business/laboratoires-boiron-developper-l-homeopathie-en-france-et-dans-le-monde-23-11-2015-5304237.php
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je découvre avec stupeur l'existence de cette HSF.