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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le Ghana se prépare à commercialiser son premier OGM

24 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique

Le Ghana se prépare à commercialiser son premier OGM

 

Joseph Opoku Gakpo*

 

 

 

 

Des scientifiques ghanéens ont terminé les essais sur le terrain du niébé Bt résistant à un parasite et vont bientôt demander la commercialisation de la première plante génétiquement modifiée (GM) du pays.

 

La plante GM devrait aider les agriculteurs à réduire considérablement leur utilisation de pesticides, tout en obtenant de meilleurs rendements pour cet important aliment de base.

 

Les scientifiques ont déclaré que les résultats des essais étaient en cours d’examen, après quoi une demande de commercialisation serait soumise à l’Autorité Nationale de Biosécurité.

 

Actuellement, les scientifiques multiplient les semences de la variété de niébé résistante à Maruca vitrata afin de pouvoir répondre à la demande lorsque le feu vert sera donné pour une diffusion commerciale.

 

« Maintenant, nous essayons de multiplier nos semences de niébé Bt pour être sûr d’en avoir suffisamment pour que, une fois que les autorités de réglementation l’auront autorisé, nous puissions en donner à quiconque en voudra », a déclaré Gloria Adazebra, une sélectionneuse du projet niébé Bt au Ghana, lors d'une visite de l'Alliance pour la Science sur le site d'essai.

 

 

Un insecte ravageur destructeur

 

La variété de niébé Bt mise au point par le SARI (Savannah Agricultural Research Institute), organisme de recherche public, a montré une résistance élevée au foreur des gousses Maruca, lequel peut détruire jusqu'à quatre cinquièmes de la production des exploitations de niébé.

 

« Il a été très difficile de contrôler ces ravageurs, car il se nourrit en pénétrant dans la plante et vous pouvez subir une réduction très importante de votre rendement », a déclaré Mumuni Abdulai, chercheur principal en charge du projet du niébé Bt, à l'Alliance pour la Science. « Cela peut entraîner une perte pouvant aller jusqu'à 80 % des rendements agricoles. La Maruca se nourrit des boutons floraux et des fleurs. Et il est difficile de le combattre avec des produits chimiques. Au fil des années, il a été très difficile de contrôler les parasites avec des pesticides car les agriculteurs doivent pulvériser des insecticides à grande échelle sur les champs. »

 

Le niébé est un aliment commun et important en Afrique. Près de 200 millions de personnes le consomment sur le continent. Il est riche en protéines et très énergétique, ce qui en fait une bonne source de nutriments pour l'homme et les animaux. Il est généralement cuit et consommé avec des sources de glucides comme le plantain et le riz.

 

La destruction par le foreur des gousses Maruca est à l'origine des très faibles rendements des exploitations de niébé au Ghana et dans l'ensemble de l'Afrique subsaharienne. Il est particulièrement dévastateur, car ils endommage non seulement les fleurs et les boutons, mais détruit également les gousses, entraînant une perte de graines et de rendement.

 

« À un stade très jeune, le ravageur détruit les plantes », a déclaré Ibrahim Lansah, un producteur de niébé à Nyankpala, dans le nord du Ghana, à l'Alliance pour la Science. « Il creuse des trous dans les plantes. C’est un ravageur très dangereux. Nous traitons chaque semaine pendant trois mois. Cela représente 12 traitements par saison. »

 

 

Le Bt fournit une protection contre les parasites

 

Mais cela pourrait bientôt être un problème du passé lorsque le Ghana, le Nigeria, le Burkina Faso et d'autres pays africains auront achevé les processus nécessaires pour mettre les variétés de niébé Bt entre les mains des agriculteurs. Le Bt (Bacillus thuringiensis) est une bactérie naturelle capable de lutter contre un grand nombre de parasites, y compris le foreur des gousses Maruca. Un gène de la bactérie a été introduit dans le maïs, le cotonnier, le niébé et d'autres plantes pour leur conférer une résistance intrinsèque aux parasites. Les cultures Bt sont populaires en Afrique du Sud, aux États-Unis, en Amérique du Sud et dans d'autres pays, avec un bilan de sécurité de 100 %.

 

La Fondation Africaine pour la Technologie Agricole (AATF), basée au Kenya, aide les instituts de recherche publics africains à produire ces nouvelles variétés afin d'aider les agriculteurs à éviter les pertes annuelles, à assurer la sécurité alimentaire et à stimuler la consommation de protéines au sein de la population.

 

«La Maruca frappe les agriculteurs depuis plusieurs décennies », a déclaré le Dr Issoufou Kollo Abdourhamane, responsable du projet sur le niébé pour l'AATF Afrique de l'Ouest. « Il n'y a pas de bonne solution pour cela. Les insecticides sont toxiques et ils ne sont pas très efficaces. Nous avons maintenant la technologie GM, une technologie sûre. Nous l'utilisons pour résoudre le problème. »

 

 

Des résultats prometteurs

 

Le projet de recherche sur le niébé du Ghana, lancé en 2008 et qui dure maintenant depuis une décennie, touche au but avec la fin des essais sur le terrain. Les résultats montrent que le niébé Bt utilise moins de pesticides que les variétés conventionnelles et est très productif. « Quand vous regardez le conventionnel, vous pouvez traiter jusqu'à huit fois. Mais avec le Bt, vous pouvez ne traiter que deux fois. Les deux traitements associés à la résistance conférée par le Bt suffisent pour protéger la culture comme le font les huit traitements du conventionnel », a expliqué Mumuni.

 

« Dans les essais sur le terrain, lorsque nous avons délibérément soumis les cultures à la pression parasitaire, celle avec le gène Bt pouvait nous donner jusqu'à 1.300 kilogrammes par hectare. Mais celle sans le gène Bt nous a donné seulement 74,1 kilogrammes. En culture normale [non-test], le résultat est différent, mais le rendement est toujours plus élevé avec le Bt, plus de cinq fois supérieur au rendement conventionnel », a-t-il ajouté.

 

Certains agriculteurs du nord du pays qui ont eu la chance de cultiver les variétés dans le cadre des essais sont également impressionnés. « L'infestation par les insectes est moindre avec le Bt », a déclaré Ibrahim Lansah, un agriculteur de Nyankpala. « Les variétés Bt produisent beaucoup plus que nos variétés locales. » Comme l'explique Yusifu Abubakari, agriculteur : « Nous avons constaté que si nous utilisions le niébé Bt, nous aurions plus d'argent pour nourrir nos enfants. Parce que le rendement des essais était très bon. »

 

 

Les régulateurs se disent prêts

 

L'Autorité Nationale de Biosécurité, l'organisme de réglementation de l'État chargé des OGM, s'est dit bien équipée pour évaluer de manière adéquate la première culture génétiquement modifiée avant de l'approuver pour sa mise sur le marché. « Ce que nous avons fait, c'est de nous renforcer. Nous avons signé des protocoles d’entente avec d’autres organismes de réglementation afin de nous préparer à procéder à l’évaluation des risques et de veiller à ce que tout OGM soit sans danger pour la population », a déclaré Eric Okoree, directeur général de l’Autorité Nationale de Biosécurité. Il a expliqué que la loi nationale sur la biosécurité de 2011, adoptée par le Parlement il y a sept ans, fournissait le cadre juridique nécessaire pour permettre l'introduction sans danger des OGM sur le marché.

 

Lorsque les scientifiques auront déposé une demande de libération commerciale des variétés de niébé Bt, l’autorité disposera de 180 jours pour donner son approbation. Ensuite, les scientifiques pourraient utiliser les semences de niébé Bt selon les procédures habituelles d’approbation des variétés par le Ministère de l’Agriculture avant leur mise sur le marché.

 

 

Les semences de niébé Bt seront dans le domaine public

 

La variété de niébé Bt sera livrée aux agriculteurs en franchise de droits car la licence a été donnée gratuitement au Ghana dans le cadre d'un partenariat public-privé dirigé par l'AATF. À la fin, l’organisme public de recherche SARI travaillera avec une entreprise de production de semences locale pour multiplier les semences et les livrer aux agriculteurs.

 

Le Dr Alexander Wireko Kena, sélectionneur de plantes à l'Université des Sciences et des Technologies Kwame Nkrumah, a déclaré que les agriculteurs seront propriétaires des semences de niébé Bt qu'ils achèteront et qu'ils auront le droit de ressemer s'ils le souhaitent.

 

« L'un des arguments les plus forts contre les OGM est que les OGM ne peuvent pas être ressemés. Ils [les militants anti-OGM] le disent souvent. Mais rien n'est plus éloigné de la vérité. Il n'y a pas de variété GM actuelle dans laquelle le gène "terminator" est déployé. Ainsi, chaque graine GM peut être resemée », a-t-il expliqué.

 

 

Le Nigeria prévoit des avantages similaires

 

Des progrès similaires ont été accomplis au Burkina Faso et au Nigeria dans la commercialisation du niébé Bt. « Je suis très confiant que les Nigérians apprécieront cette variété en raison de ses avantages. Les quantités de niébé disponibles sur nos marchés seront donc relativement plus élevées une fois celui-ci adopté », a déclaré à l'Alliance le professeur Mahammad Faguji Ishiyaku, principal chercheur en charge du projet du niébé Bt au Nigéria.

 

« Nous avons estimé que, rien que par les économies réalisées sur les insecticides, si seulement un million d'hectares de niébé étaient remplacés par du niébé Bt, les économies seraient de 16 milliards de nairas (44 millions de dollars). Ensuite, avec un avantage de rendement supérieur à 20 %, nous réaliserions un gain de 48 milliards de nairas (132 millions de dollars) chaque année », a expliqué Ishiyaku.

 

En adoptant des cultures biotechnologiques qui réduisent les coûts de production et produisent de meilleurs rendements, la sécurité alimentaire de l’Afrique devrait s’améliorer, de même que les revenus de ses petits exploitants.

 

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Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2018/11/ghana-prepares-commercialize-first-gmo-crop/

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C
Question : pour expliquer la situation au très très nombreux septiques il est intéressant de parler de durée des brevets. Lorsqu'ils sont en fin de vie les obtenteurs peuvent avoir moins de difficulté a le donner et encore plus si l'utilisateur m'a aucune capacité budgétaire a l'achete. Qu'en est il pour le Brevet. Si quelqu'un a la réponse. Merci
Répondre
S
Bonjour,<br /> <br /> Merci pour votre commentaire.<br /> <br /> Un brevet a normalement une durée de 20 ans à compter du dépôt de la demande (il y a des mécanismes de prolongation pour certains produits soumis à autorisation de mise sur le marché).<br /> <br /> Oui, on peut essayer de convaincre les sceptiques avec votre argument… sauf qu'il implique que l'entreprise n'aurait pas "donné" le brevet s'il était en début de vie.<br /> <br /> Mais on peut aussi dire la vérité telle qu'elle est et non telle que l'invente les activistes. Les grandes entreprises -- comme notamment Monsanto -- ont aussi une fibre sociale et humanitaire.<br /> <br /> Etonnant, non ? Eh bien non !