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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

L'avenir du blé tolérant à la sécheresse est proche

19 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM

L'avenir du blé tolérant à la sécheresse est proche
 

Heather Baldock*

 

 

 

J’ai vu l’avenir du blé, et ce fut en Argentine.

 

Ou au moins celui d'une version qui pourrait être très bénéfique pour des agriculteurs australiens comme moi.

 

Laissez-moi vous expliquer. Il y a deux ans, j'ai eu la chance de visiter l'Argentine, une région peu pluvieuse très semblable à celle de mon État d'Australie-Méridionale. C'était le début du printemps, ce qui signifie pour nous, dans l'hémisphère sud, que les blés n'étaient qu'à trois ou quatre mois de la récolte.

 

Notre groupe d'agriculteurs australiens était en tournée d'étude dans des fermes d'Amérique du Sud, désireux d'apprendre de nouvelles méthodes, technologies et idées que nous pourrions ramener dans nos propres fermes.

 

En dehors de Buenos Aires, nous avons examiné les essais de blé. Ils ressemblaient à peu près à tous les autres essais de blé avec des précipitations faibles, mais dans ce cas, les cultures m'intéressaient beaucoup parce qu'elles étaient génétiquement modifiées.

 

Heather Baldock dans un champ de blé en Argentine.

 

Des années auparavant, les scientifiques avaient appris que le gène HB4 conférait une tolérance à la sécheresse chez le tournesol. Ils ont transféré ce caractère dans d'autres cultures, telles que le maïs et le soja, ainsi que dans le blé, ce qui les rend tolérantes à la sécheresse et permet aux cultures de pousser de manière plus productive pendant les périodes sèches sans pénaliser la production pendant les meilleures campagnes.

 

Avais-je une envie de fermier ? Tu paries !!

 

Ces essais de blé HB4 sont florissants ; ils ont produit 25 pour cent de plus que les variétés non génétiquement modifiées dans des conditions de sécheresse et donné le même résultat ou un résultat légèrement supérieur à celui des variétés conventionnelles dans de bonnes conditions d'humidité. Ils ont illustré un avenir possible pour ceux d'entre nous qui produisons de la nourriture dans des environnements difficiles.

 

J'aimerais cultiver du blé GM tolérant à la sécheresse sur ma ferme de Buckleboo, où nous recevons en moyenne 300 millimètres de pluie par an. Dans cette région, l'eau est une denrée précieuse. Notre approche sans labour nous aide à conserver l'humidité du sol et nous sélectionnons des cultures adaptées à cet environnement aux saisons de croissance courtes.

 

Pourtant, même les meilleures variétés disponibles ne réussissent pas bien en période de sécheresse.

 

Ce blé rustique HB4 est tellement prometteur que l’Argentine est sur le point de le commercialiser. Bientôt, le blé GM pourrait devenir aussi courant que le maïs et le soja GM. En Argentine, ainsi qu'au Brésil, au Canada, aux États-Unis et dans d'autres pays, le maïs et le soja génétiquement modifiés sont si répandus que les variétés non génétiquement modifiées sont tout simplement non conventionnelles.

 

L’Australie travaille actuellement en étroite collaboration avec l’Argentine et d’autres pays d’Amérique du Sud pour renforcer la collaboration dans le secteur de l’agriculture. Ceci – conjugué aux relations étroites qui existent déjà entre des organisations telles que le CSIRO, l’organisme australien de recherche et de développement, et Bioceres en Argentine – signifie que nous sommes bien placés pour progresser de manière significative vers l’introduction de blés tolérants à la sécheresse en Australie.

 

Malheureusement, mon État d’Australie-Méridionale interdit les cultures génétiquement modifiées uniquement pour des raisons de marché. Cela empêche les agriculteurs d'avoir accès à des technologies sûres et éprouvées qui soutiennent une agriculture durable. Les agriculteurs qui cherchent à produire plus avec moins d'intrants – et à produire plus de nourriture sur moins de terres – doivent avoir le choix d'accéder à des outils innovants et éprouvés tels que la technologie GM, en fonction de nos besoins agronomiques et climatiques, pour atteindre ces objectifs.

 

Pourtant, nous n’avons pas d'OGM ici, même si les agriculteurs d’autres États australiens et d’autres pays les tiennent pour acquis. Peut-être plus inquiétant encore est l’impact considérable sur la communauté scientifique, avec la perte de brillants scientifiques de l'agronomie qui quittent l'Australie-Méridionale au fil des années pour travailler dans des lieux plus propices à l’innovation. C’est une perte d’expertise et d’opportunités pour notre État et notre secteur économique, regrettable et irréparable.

 

Je n’ai jamais soutenu la restriction des cultures GM par l’Australie-Méridionale, mais je conviens que, lorsqu’elle a été imposée il y a 15 ans, nous en savions moins sur les GM que nous le faisons maintenant. Aujourd'hui, presque une génération plus tard, des millions d'agriculteurs ont cultivé des milliards d'hectares de plantes génétiquement modifiées et celles-ci sont devenues les ingrédients de peut-être des milliers de milliards de repas.

 

La science nous a toujours dit qu'elles sont sûres. Maintenant, l'expérience dit la même chose.

 

La bonne nouvelle est qu’en Australie-Méridionale, de plus en plus de gens reconnaissent ces faits. Il est à espérer qu'un changement de gouvernement et des évaluations importantes mettront le moratoire à l'épreuve et donneront l'impulsion nécessaire au changement.

 

Le moment est opportun. Une grande partie de l'Australie souffre actuellement d'une grave sécheresse, certaines zones depuis plusieurs années. De plus, nous bénéficierions de cultures présentant d’autres caractéristiques essentielles telles que la tolérance au gel et la tolérance au sel, et constituant un outil d’aide à l’adaptation aux changements climatiques et à l’augmentation prévisible des températures.

 

La technologie peut nous aider de nombreuses façons. C’est déjà assez difficile lorsque les agriculteurs doivent faire face à la sécheresse et à d’autres catastrophes naturelles. C’est encore pire lorsque nous devons lutter contre les catastrophes issues de la main humaine.

 

L’accès aux variétés GM comme le blé HB4 tolérant à la sécheresse ne peut pas arriver assez tôt.

 

 

 

 

______________

 

 

Heather Baldock

Agricultrice, Eyre Peninsula, Australie

Heather Baldock et son époux Graeme produisent du blé, de l'orge, du canola, des pois et du lupin dans une exploitation agricole de troisième génération dans la péninsule d'Eyre, en Australie-Méridionale.

 

Source : https://globalfarmernetwork.org/2018/12/the-future-of-drought-tolerant-wheat-is-near/

 

 

Ma note : Les variétés de blé tolérantes à la sécheresse sont issues de la recherche de Trigall Genetics, une entreprise créée par Bioceres et Florimond Desprez. La fuite des cerveaux, du savoir-faire et des capitaux, ce n'est pas seulement en Australie-Méridionale...

 

 

 

 

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