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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Forçage génétique : la pompe à désinformation est amorcée... prélude à un crime contre l'humanité

3 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #CRISPR, #Activisme

Forçage génétique : la pompe à désinformation est amorcée... prélude à un crime contre l'humanité

 

 

 

 

La méga-conférence des Nations Unies sur la Diversité Biologique qui s'est tenue du 13 au 29 novembre 2018 à Charm el-Cheikh (Égypte) avait à son ordre du jour un projet de décision sur la biologie synthétique (page 220 du recueil) comportant des paragraphes sur le forçage génétique (pour une très brève description de la technologie, voir ici).

 

 

Il n'y a pas de moratoire sur la dissémination d'organisme munis d'un forçage génétique...

 

Ce projet comportait du texte entre crochets (signalant un dissensus appelant une décision). Il était proposé de demander aux Parties et aux autres gouvernements (lire, essentiellement : aux États-Unis d'Amérique qui n'ont pas ratifié la Convention sur la Diversité Biologique) « d’appliquer une approche de précaution […] en ce qui concerne la dissémination des organismes résultant d’un forçage génétique, y compris des disséminations expérimentales », ou bien, en plus, « de s’abstenir de disséminer » de tels organismes, y compris à des fins expérimentales.

 

Un certain nombre d'États – y compris ceux de l'Union Africaine – se sont opposés à un tel moratoire qui aurait signé la fin des recherches, même en laboratoire (car à quoi serviraient-elles si on ne peut pas passer aux essais sur le terrain).

 

 

 

 

...au grand dam de certains activistes

 

Cela s'est fait au grand dam d'un conglomérat d'entités se prévalant de la qualité d'organisations non gouvernementales – qu'elles le soient effectivement, qu'elles soient les porte-parole de puissants intérêts économique (telle l'IFOAM, la vitrine du biobusiness), ou qu'elles représentent plutôt de petites ou moins petites entreprises profitant des divers statuts d'entités à but non lucratif.

 

Dans le siège du conducteur : ETC Group, une petite entreprise, incorporée au Canada, de neuf personnes à l'influence considérable. Elle s'est associée dans cette aventure à la Heinrich-Böll Stiftung, qui sous-titre son site web : « La fondation politique verte », et annonce son affiliation au parti allemand Alliance 90/Les Verts. Là, au moins, les choses sont claires.

 

 

Pas de moratoire, mais beaucoup de bla bla

 

Mais l'art de la diplomatie consiste souvent à prévoir un enrobage lubrifiant pour faire passer une forme galénique que nous vous laisserons le soin de préciser, à votre convenance. Il est souhaitable que les « perdants » ne perdent pas (trop) la face. Le texte initial qui comportait un seul paragraphe s'est ainsi enrichi de trois alinéas :

 

« 9. Demande aux Parties et aux autres gouvernements, compte tenu des incertitudes actuelles concernant le forçage génétique, d’appliquer une approche de précaution2, conformément aux objectifs de la Convention, et demande également aux Parties et aux autres gouvernements de ne considérer l'introduction d'organismes contenant des séquences de gènes modifiés dans l'environnement, y compris à des fins expérimentales de dissémination et de recherche et développement, que lorsque :

 

a) Des évaluations scientifiques approfondies des risques ont été effectuées au cas par cas;

 

b) Des mécanismes de gestion des risques ont été établis pour éviter ou réduire au minimum les effets néfastes potentiels, si nécessaire;

 

c) Le cas échéant, le "consentement préalable donné en connaissance de cause", le "consentement préalable donné librement et en connaissance de cause" ou "l’approbation et la participation" des peuples autochtones et des communautés locales potentiellement touchés sont sollicités ou obtenus, selon les circonstances nationales et conformément aux lois en vigueur ».

 

On peut le tourner dans tous les sens : de moratoire, point. Quant aux conditions sous a) et b), il ne s'agit que d'une amplification de la notion d'« approche de précaution ».

 

 

Pas de moratoire, mais... pour les ONG et « ONG »...

 

Les ONG – et « ONG » – peuvent difficilement admettre une défaite en rase campagne (à moins que ce soit pour marteler un appel à continuer et amplifier la « lutte », en jouant sur le sentiment de la frustration et de l'urgence accrue par une défaite qui ne saurait qu'être provisoire). Il fallait donc, pour ETC Group, faire résonner tambours et trompettes.

 

C'est chose faite avec « United Nations Hits the Brakes on Gene Drives » (les Nations Unies écrasent les freins sur le forçage génétique).

 

 

...une lecture sélective permet une interprétation audacieuse

 

Sur quoi joue la mouvance anti ? Essentiellement l'alinéa c) précité :

 

« La décision adoptée à l’échelle mondiale exige que les gouvernements demandent l’approbation des "peuples autochtones et des communautés locales potentiellement touchés" avant d’envisager la dissémination d'organismes contenant un forçage génétique, y compris des disséminations expérimentales. [...] »

 

Vraiment ? C'est oublier des éléments qui ont toute leur importance : « Le cas échéant [...] », « selon les circonstances nationales [...] » et « conformément aux lois en vigueur ».

 

Du reste, dans un autre registre (dans lequel ETC Group a également joué un rôle important), le même mécanisme de lecture sélective permet à d'aucuns d'affirmer que le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l’alimentation et l’agriculture reconnaît aux agriculteurs « les droits […] de conserver, d’utiliser, d’échanger et de vendre des semences de ferme ou du matériel de multiplication ». C'est oublier l'introduction : « Rien dans cet Article ne devra être interprété comme limitant les droits que peuvent avoir les agriculteurs […] » et la chute : « sous réserve des dispositions de la législation nationale et selon qu’il convient » (cette dernière formule, récurrente, faisait hurler une mienne copine traductrice de la FAO).

 

 

L'effet papillon du forçage génétique

 

« Le battement d'ailes d'un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ? » C'est la question à l'origine de l'« effet papillon ».

 

Ici, ETC Group se met donc à rêver – ou annonce la couleur des futures manipulations activistes et médiatiques :

 

« Étant donné que les forçages de gènes sont conçus pour se propager au sein d'une espèce et à travers différentes régions géographiques – une nouveauté de cette forme de génie génétique – toute dissémination dans l'environnement pourrait potentiellement toucher des communautés bien au-delà du site de dissémination particulier et il sera maintenant nécessaire d'obtenir un consentement plus large. Cela met un frein important à la progression des forçages génétiques. »

 

Oui, il faut faire peur ! Une anophèle africaine porteuse du mécanisme de forçage génétique pourrait être entraînée par des vents d'altitude jusqu'en Alaska ! Il n'y a pas d'anophèles la-bas ? Ce n'est pas grave : il y a un risque qu'elle le transmette à un moucheron local...

 

Et, pour ne laisser passer aucune accroche pour la contestation, le texte se poursuit :

 

« La décision de l’ONU justifie le contrôle des disséminations de forçages de gènes à cause de leur impact potentiel sur "les connaissances traditionnelles, l’innovation, les pratiques, les moyens de subsistance et l’utilisation de la terre et de l’eau" des peuples autochtones et des communautés locales. »

 

 

La Conférence a-t-elle durci les conditions des disséminations ?

 

Mais là encore, y a-t-il de quoi parader ? En fait, tout cela se trouvait déjà, sous une autre forme, dans le projet de décision :

 

« 11. Prend note des conclusions du Groupe spécial d’experts techniques sur la biologie de synthèse, à savoir, qu’en raison des incertitudes actuelles concernant le forçage génétique, il conviendrait d’obtenir le consentement préalable, donné librement et en connaissance de cause des peuples autochtones et des communautés locales lorsque la dissémination d’organismes ayant subi un forçage génétique est envisagée, qui pourraient avoir un impact sur leurs connaissances, innovations, pratiques, moyens de subsistance et utilisation traditionnels des terres et des eaux ».

 

L'alinéa c) du paragraphe 9, avec ses bémols, apporte-t-il quelque chose de plus fort que ce paragraphe 11 qui, certes, ne fait que prendre note de conclusions ? À chacun son opinion...

 

 

Le discours anticapitaliste et anti-système

 

ETC Group ne serait pas ETC Group s'il n'y avait pas le discours anticapitaliste et outrageusement biaisé :

 

« Le forçage de gènes est actuellement poursuivi par de puissants intérêts militaires et agroalimentaires et par quelques individus fortunés. »

 

Pour ce que nous savons, la recherche militaire s'intéresse tout particulièrement aux contre-mesures d'une éventuelle attaque terroriste (laquelle peut se contenter de moyens bien plus rustiques). Quant aux « individus fortunés », cela désigne des entités telles que la Fondation Bill et Melinda Gates, très impliquées dans le projet Target Malaria.

 

 

(Source)

 

Crime contre l'humanité ?

 

Mais 216 millions de cas de malaria dans le monde et 445.000 morts (essentiellement des enfants de moins de 5 ans) par an sont préférables à une solution (si la stérilisation des femelles ou une autre méthode par forçage génétique, moins inquiétante et potentiellement problématique fonctionne).

 

Qu'importe que Target Malaria, le projet phare actuel, implique essentiellement la recherche publique – y compris de pays africains – financée par des fondations philanthropiques « de quelques individus fortunés » et susceptible : le forçage génétique aura d'autres applications, générera des profits pour l'industrie agroalimentaire, horresco referens, multinationale... et ça, c'est insupportable !

 

 

(Source)

 

 

Greenpeace n'est pas sur ce coup, au contraire de Friends of the Earth (les Amis de la Terre), dont nous avons vu dans un billet précédent qu'ils avaient apporté 18 signatures pour contribuer à faire croire que l'appui à un moratoire bénéficie d'un soutien massif :

 

« "En Afrique, nous sommes tous potentiellement touchés et nous ne voulons pas être des rats de laboratoire pour cette technologie d’exterminateur", note Mariann Bassey-Orovwuje des Amis de la Terre Afrique, et présidente de l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique. »

 

Oh ! Mariann ne doit pas être bien exposée au palu dans le milieu dans lequel elle vit... grâce aux dons et financements de nombreux Occidentaux abusés.

 

 

Hep ! La Conf'...

 

Il y a un autre « expert » qui est cité dans ce communiqué : M. Guy Kastler, portant ici le chapeau de La Via Campesina (France) – vous pouvez lui écrire à guy.kastler@wanadoo.fr. et tester son expertise :

 

« Guy Kastler de La Via Campesina, un mouvement mondial représentant plus de 200 millions de paysans de 182 organisations de 81 pays, a déclaré : "La perspective de cette technologie présente des risques sans précédent que nous ne pouvons pas accepter. L'ONU aurait dû décider d'un moratoire clair sur le forçage génétique. La Via Campesina appelle les paysans du monde entier à s’opposer dans tous les pays à la mise en œuvre de cette technologie, qui peut potentiellement exterminer nos cultures ou nos animaux et d’autres éléments de la biodiversité essentiels à nos productions et à nos moyens de subsistance." »

 

Vraiment, Guy ? « [E]xterminer » ? Même précédé de la double précaution du « peut potentiellement ». Faut tout de même pas pousser mémé dans les orties !

 

Au fait : la Confédération Paysanne, membre de Via Campesina, est-elle d'accord avec une position qui prive l'humanité de la perspective d'échapper à un fléau qui touche annuellement quelque 200 millions de personnes et fait 450.000 victimes, principalement des enfants ?

 

Disons-le brutalement : tenez-vous à être accusés un jour de crime contre l'humanité ?

 

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F
Les ONG qui s'opposent à ce genre de projets montrent leur vrai visage: la vie et la santé des populations en zone tropicale ne pèsent pas lourd face à leur obsession anti-OGM. Un peu comme pour le riz doré. C'est proprement répugnant.
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Non, ce n'est pas vraiment leur obsession anti-OGM. C'est pire que ça : c'est de leur fond de commerce dont il s'agit.

ETC Group (autrefois RAFI) s'est créé au Canada, probablement de bonne foi à l'époque (ça commence toujours par une idée généreuse) sur l'opposition à la loi canadienne sur la protection des obtentions végétales et corollairement la réglementation sur les semences, particulièrement le système des catalogues.

RAFI a ensuite enfourché l'opposition aux OGM et monté la haine contre Monsanto (les semences "Terminator", c'est un coup de génie de Pat Mooney). Quand ce sujet (y compris la "privatisation des semences", etc.) est devenu moins vendeur, ils se sont tournés vers la "géoingénierie" (la lutte contre le réchauffement climatique par des mesures de grande envergue telles que "fertiliser" les océans pour favoriser la captation du CO2). Aujourd'hui, c'est le forçage génétique.

La bonne cause, c'est celle qui fait entrer du cash.