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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Des politiciens ougandais engagés pour sensibiliser les agriculteurs aux plantes génétiquement modifiées

22 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Afrique

Des politiciens ougandais engagés pour sensibiliser les agriculteurs aux plantes génétiquement modifiées

 

Lominda Afedraru*

 

 

 

 

Les scientifiques ougandais intensifient leurs démarches auprès des législateurs afin de les sensibiliser aux plantes améliorées telles que le manioc résistant aux maladies, que les agriculteurs ne peuvent cultiver tant que le pays n'aura pas adopté de loi sur la biosécurité.

 

Le manioc, une culture vivrière de base pour les habitants de l’est et du nord de l’Ouganda, est touché par le virus de la striure brune du manioc (CBSV), une maladie dévastatrice qui détruit le tubercule féculent pendant qu’il est encore dans le sol. Les mauvaises récoltes de manioc ont entraîné une famine et des difficultés économiques dans les régions touchées.

 

En réponse, les scientifiques du National Crop Resources Research Institute (NaCCRI – Institut National de Recherche sur les Ressources Phytogénétiques) ont commencé à utiliser les outils de la biotechnologie moderne pour créer un manioc résistant au virus et amélioré sur le plan nutritionnel. Le projet, connu sous le nom d'Africa-VIRCA, a débuté en 2012 et propose désormais des produits prêts à être commercialisés.

 

Mais le projet de loi de la nation sur la biosécurité, qui est bloqué depuis son adoption par le Parlement il y a un an, doit être en place avant que le manioc amélioré puisse être distribué aux agriculteurs.

 

Les scientifiques ont utilisé des méthodes de sélection conventionnelles pour développer plus de 20 variétés de manioc actuellement cultivées par les agriculteurs. Mais comme ces variétés sont devenues sensibles au virus CBSV en l'espace de quatre à cinq ans, les chercheurs se sont tournés vers la biotechnologie pour trouver une solution durable.

 

Cependant, en raison de la controverse autour de cette technologie, de nombreux agriculteurs ougandais manquent de connaissances sur ses avantages et sont plutôt déconcertés par ceux qui s’y opposent.

 

Les scientifiques et les organisations soutenant la biotechnologie ont par le passé pris contact avec des groupes d'agriculteurs pour partager des informations sur les recherches en cours sur les plantes génétiquement modifiées. Cependant, leurs efforts n’ont pas été entièrement couronnés de succès car ils n’ont pas réussi à toucher un grand nombre d’agriculteurs.

 

Les scientifiques pensent maintenant qu’il vaut mieux sensibiliser les dirigeants politiques locaux, qui inspirent confiance dans les communautés avec lesquelles ils traitent quotidiennement, aux avantages de la biotechnologie. Avec l'aide de la Science Foundation for Livelihoods and Development (SCIFODE – Fondation Scientifique pour les Moyens de Subsistance et le Développement), une organisation de la société civile à but non lucratif qui promeut les innovations scientifiques et technologiques, l'équipe a accéléré son action auprès des dirigeants politiques.

 

 
Faire participer les politiciens à la sensibilisation

 

Arthur Makara, directeur exécutif de la SCIFODE, a récemment pris la parole devant des hommes politiques ougandais, expliquant que, dans la mesure où ils interagissent régulièrement avec les agriculteurs et le grand public, il est important qu'ils possèdent des connaissances précises sur la biotechnologie afin de garantir la diffusion des informations à un large public.

 

Makaka pense que les communautés ont tendance à écouter leurs dirigeants politiques et à croire ce qu'ils disent. Par conséquent, s’ils obtiennent les vraies informations sur la biotechnologie de leurs dirigeants, ils ne seront pas influencés par les activistes qui cherchent à les induire en erreur avec la désinformation au niveau local.

 

 

Le point de vue d’un politicien sur les OGM

 

Le conseiller du district de Wakiso, Garmal Abdu, a avoué qu'il circulait de nombreuses informations erronées sur le génie génétique, auxquelles il a cru au début. Mais grâce aux faits qu'il a reçus des scientifiques, il a fini par comprendre que les plantes GM ne sont pas mauvaises.

 

« Auparavant, des personnes prétendant avoir des connaissances sur cette technologie nous disaient que nous ne pouvions pas obtenir de plants (GM) et les replanter », a-t-il noté. « Mais maintenant, ce que je sais, c'est qu'une fois que je fais des boutures de manioc propres sur ma ferme, je peux toujours les planter et elles vont pousser. Je vais sensibiliser les agriculteurs à ce sujet. Je vais faire cela groupe par groupe, afin qu’ils comprennent très bien cette technologie. À partir de maintenant, je serai l'ambassadeur de cette technologie. »

 

D'autres dirigeants politiques ont déclaré qu'ils allaient expliquer aux agriculteurs comment ils propageaient actuellement des maladies en partageant des semences et des plants issus de cultures déjà infectées. Mais en utilisant des semences propres issues de la biotechnologie, ils peuvent obtenir de meilleurs rendements.

 

 

Le processus de sélection et son succès

 

Titus Alicai, chercheur principal, virologue spécialiste des plantes et responsable du programme de recherche sur les plantes racines du NaCRRI, a récemment pris la parole devant les dirigeants politiques du centre de l'Ouganda à l'Institut. Il leur a dit que des scientifiques effectuaient des travaux de recherche pour résoudre les problèmes émergents. Dans le passé, lorsque la population de l’Ouganda était encore faible, ils utilisaient des méthodes conventionnelles pour obtenir de meilleures variétés de plantes. Aujourd'hui, cependant, les scientifiques utilisent la modification génétique pour relever les défis auxquels sont confrontés les agriculteurs qui tentent de nourrir une population croissante.

 

« La plupart des Ougandais aiment parler des plantes comme de "nos cultures indigènes", ce qui est faux car la plupart de ces plantes ont été importées dans le pays par d'anciens marchands, dont le manioc, venu du Brésil il y a environ 160 ans », a-t-il expliqué. « En tant que scientifiques, nous collaborons avec nos collègues d’Europe, des États-Unis et de pays d’Afrique pour adopter les meilleures pratiques d'amélioration des plantes. »

 

En rappelant l'origine des maladies du manioc, il a noté que le virus de la mosaïque du manioc (CMV) a été détecté en Ouganda en 1975. En réponse, les scientifiques ont produit des variétés résistantes et ce n'est plus un problème majeur. Mais le CBSV est apparu en 2004 et, en 2014, il s'était étendu à toutes les régions de l'Ouganda. En 2012, des chercheurs de l'Ouganda, du Nigeria et du Kenya se sont lancés dans un projet de production de variétés de manioc de l'Afrique de l'Est résistantes aux deux maladies.

 

Le CBSV est très répandu dans le centre de l'Ouganda et affecte les agriculteurs qui cultivent des variétés sélectionnées de manière conventionnelle. Les données statistiques de l'Organisation Nationale de la Recherche Agricole (NARO) indiquent qu’une fois que le virus de la striure brune du manioc envahit le champ d’un agriculteur, il peut entraîner une perte de rendement de 100 %. Avec le CMV, les pertes de rendement varient de 30 à 100 %.

 

Mais les variétés développées grâce au génie génétique, qui utilisent essentiellement le virus pour immuniser les plantes, un peu comme une vaccination contre la maladie humaine, ont montré une grande résistance au CBSV, offrant l’espoir que les agriculteurs bénéficieraient énormément d’une amélioration des rendements s’ils les adoptaient.

 

Alicai a expliqué que cette recherche qui se poursuit avait suivi la procédure requise, du développement du produit en laboratoire aux essais dans des abris grillagés, puis aux essais sur le terrain au Mubuku Irrigation Scheme dans l'ouest de l'Ouganda et au National Semi Arid Resources Research Institute (NaSARRIInstitut National de Recherche sur les Ressources Semi-arides) dans l'est. La recherche a documenté une résistance à 100 % au CBSV.

 

 

Comment le manioc génétiquement modifié peut-il être utilisé comme produit industriel ?

 

Makara a déclaré aux dirigeants politiques qu'outre son rôle en matière de sécurité alimentaire, le manioc est considéré comme une culture industrielle. L'amidon de manioc de haute qualité peut être utilisé pour brasser de la bière, faire du pain et des gâteaux et développer des médicaments, y compris du sirop pharmaceutique. Mais à moins que les agriculteurs ne puissent cultiver des plantes résistantes aux maladies, les fabricants ne pourront pas obtenir les quantités requises de manioc.

 

Makara a mis en garde les agriculteurs et les a invités à ne pas propager la maladie en partageant les tiges de manioc infestées par le virus, ce qui souligne la nécessité pour les multiplicateurs de manioc certifiés d'entrer dans le système et de formaliser la multiplication du manioc.

 

Il a demandé aux politiciens de diffuser la bonne nouvelle concernant les OGM à leurs électeurs agriculteurs. Makara a déclaré qu'ils doivent cesser de croire des informations qui ne proviennent pas d'une source authentique et commencer à écouter les faits fournis par les scientifiques.

 

______________

 

* Lominda Afedraru est une journaliste scientifique indépendante en Ouganda qui se spécialise dans l'agriculture, la santé, l'environnement, les changements climatiques et les sciences de la mer. Suivez-la sur le site Internet du Daily Monitor, sur Facebook ou Twitter @ lominda25

 

Source : https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2018/10/uganda-politicians-engaged-farmer-outreach-around-gmo-crops/

 

 

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