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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Consultation plan Écophyto II+ : renversez la table !

11 Décembre 2018 , Rédigé par Seppi Publié dans #Pesticides, #Agronomie, #Politique

Consultation plan Écophyto II+ : renversez la table !

 

André Heitz*

 

 

Ramassage de doryphores

 

 

1. Abandonnez les objectifs chiffrés, arbitraires, irréalistes et pour tout dire bidons.

 

2. Utilisez un indicateur pertinent.

 

3. Mettez la pédagogie au centre de l'action politique.

 

4. Adoptez des politiques fondées sur les faits.

 

5. Rétablissez le civisme dans les institutions.

 

6. Faites preuve de lucidité et de courage sur la biotechnologie de précision

 

7. Revoyez votre copie !

 

 

 

 

Quatre ministres – dans l'ordre protocolaire, de la transition écologique et solidaire ; des solidarités et de la santé ; de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation ; et de l’agriculture et de l’alimentation, un ordre qui reflète le peu de considération qui est accordé à un domaine vital pour les Français et la France – ont lancé une consultation publique sur un projet de plan Écophyto II+.

 

Bien que le projet soit largement ficelé, il n'est pas interdit – au contraire – de faire une proposition à première vue iconoclaste : renversez la table !

 

 

Petite chronique d'un fiasco annoncé

 

Écophyto I est le fruit d'une manœuvre politicienne concrétisée par le « Grenelle de l'Environnement », manœuvre confirmée par le Premier Ministre de l'époque, M. François Fillon, s'agissant des OGM : fin 2007, la présidence Sarkozy a sacrifié l'agriculture pour prix de la bienveillance (qu'il n'a pas eue) des « ONG » sur le nucléaire. Le point essentiel a été un objectif de réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires de 50 % à l'horizon 2018. Le ministre de l'agriculture de l'époque, M. Bruno Le Maire, avait réussi à faire introduire un « si possible » qui permettait aux instances politiques de ne pas paraître totalement hors sol.

 

Quel fondement pour les 50 % et 2018 ? Aucun, si ce n'est l'attirance pour des chiffres ronds et un marchandage, une sorte de mise à l'encan de notre agriculture. Car il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que cet objectif était irréalisable et, de plus, pénalisant. Cela avait du reste été confirmé, en vain, en janvier 2010, par le rapport d'un INRA expert en précautions oratoires mais qui n'était pas encore à plat ventre devant les pouvoirs politiques, Écophyto R&D :

 

« Une réduction de moitié de l’utilisation des pesticides supposerait une nouvelle conception des systèmes de production, avec des effets significatifs sur le niveau de production et les marges ; elle supposerait également des modifications au niveau des filières et des marchés, et des changements profonds s’inscrivant dans la durée. »

 

La preuve ne se fit pas attendre... En octobre 2015, faisant le constat de l'échec pourtant annoncé de la gesticulation politicienne de la présidence précédente et n'écoutant que son courage, le ministre de l'agriculture de l'époque, M. Stéphane Le Foll, décida de reporter l'échéance finale (en attendant « mieux » ou « pire » selon le point de vue que l'on adopte) à 2025, avec un objectif intermédiaire de – 25 % à l'horizon 2020.

 

 
Arrêter de creuser quand on est au fond du trou

 

Nous sommes à deux ans de la première échéance. Deux ans, c'est peu ou beaucoup, selon le cas, pour le temps politique. Pour l'agriculture, c'est quasi immuable : par exemple deux semis et deux moissons... et deux campagnes de traitements phytosanitaires en partie conditionnées par le climat et la pression des ravageurs.

 

Les faits sont aussi têtus que les volontés politiques démagogiques : l'objectif intermédiaire – tout comme l'objectif final – n'est pas atteignable, sauf par une coercition qui se traduirait par le démantèlement de notre agriculture.

 

Le sens de la responsabilité politique – et le respect dû aux Français, agriculteurs comme consommateurs – commande donc d'abandonner le gadget démagogique et de réviser les mesures d'accompagnement dont une partie ne sert que d'enrobage.

 

 

 

 

Utiliser un indicateur pertinent... et tant pis pour le « bio »

 

À tout le moins, il conviendrait de fonder une politique volontariste, avec ou sans objectif chiffré de réduction, sur un indicateur autre que le NODU (nombre de doses unités), sur un EIQ (quotient d'impact environnemental).

 

La logique est élémentaire. Que vaut-il mieux ? Un traitement « flingue-tout » ou plusieurs traitements ciblés, plus « doux » ? Le plan gouvernemental favorise le premier !

 

Certes, l'agriculture dite « biologique » – qui utilise aussi des pesticides quoi qu'en disent ou suggèrent le marketing et la propagande – risquera d'apparaître sous son vrai jour : parfois, souvent dans le cas de la vigne et des productions fruitières, plus préoccupante pour la santé et l'environnement, et ce à l'hectare et encore plus à la quantité produite.

 

Ainsi, selon le calculateur de l'Université Cornell, l'EIQ global du sulfate de cuivre est de 61,9, celui du fosétyl aluminium, de 12,0. Selon les doses d'application, les EIQ pour les consommateurs, les applicateurs et l'environnement du premier peuvent être chacun dix fois ou plus supérieurs à ceux du second.

 

Incidemment, l'agriculture dite « biologique » n'est pas forcément plus vertueuse que l'agriculture « conventionnelle » à d'autres points de vue ; elle l'est très généralement moins – et largement – quand les indicateurs sont rapportés, non pas à la surface cultivée, mais à la quantité produite.

 

Mais l'objectif gouvernemental n'est-il pas le « faire », au service de la santé publique et de l'environnement, plutôt que le « faire semblant » ? Il faut donc qu'il prenne ses responsabilités et procède à des révisions déchirantes de ses politiques affichées et, pour partie, exécutées.

 

Plus généralement, s'agissant de la production agricole, l'objectif prioritaire est-il de gérer des territoires agricoles dans une optique paysagère ou dans l'optique de pourvoir à l'alimentation des Français, de contribuer à celle des Européens et, au-delà de nos voisins et amis, et ce, avec des incidences géopolitiques et stratégiques considérables ? « Pour la paix, les producteurs de blé français sont comme des casques bleus » (Sébastien Abis).

 

 

Mettre la pédagogie au centre du plan d'action gouvernemental

 

Écophyto a aussi donné le signal à une formidable et inquiétante montée de l'agribashing, dont les gouvernements successifs portent une part de responsabilité et que l'actuel doit contribuer à combattre. Le pesticide – « de synthèse » depuis que le biobusiness a lancé une campagne de dénigrement de l'agriculture conventionnelle par l'intermédiaire de faux-nez se réclamant d'une mauvaise herbe – voilà l'ennemi !

 

Pourtant, ce pesticide, c'est l'ami quand on le met sur la tête de nos chers petits pour lutter contre les poux, sur le dos de nos toutous pour lutter contre les puces et tiques et dans nos diffuseurs ménagers pour nous mettre à l'abri des moustiques...

 

Il est temps pour le gouvernement de prendre la mesure du problème.

 

Le dénigrement est constant dans les médias. Il est de grandes figures cathodiques qui peuvent proférer des mensonges énormes en toute impunité aux heures de grande écoute sur des chaînes du service public – songez aux « 97% de nos aliments contiennent des pesticides », alors que 97 % se trouvent dans les limites légales et que plus de la moitié ne contiennent aucun résidu quantifiable.

 

La justice est maintenant instrumentalisée, à grande échelle et à grands frais pour les caisses de l'État, par des plaintes futiles, inéluctablement vouées à l'échec (quoique... la justice est aussi imprévisible), mais permettant une agit-prop permanente. Songez par exemple à la comparaison entre la teneur en glyphosate du pipi matinal et la norme de qualité (qui n'est pas une norme sanitaire) de l'eau potable... Le gouvernement est muré dans le silence !

 

La liste est longue. Le gouvernement devrait s'inquiéter devant la montée de l'activisme, de l'intolérance et de la psychose anti-pesticides. Un couple d'agriculteurs a reçu récemment des menaces de mort d'un riverain parce qu'il... semait.

 

Il est du devoir du gouvernement, responsable de l'ordre public, de déployer un langage de vérité.

 

Que faut-il ? Un peu de courage et de l'organisation.

 

Il n'est pas compliqué d'expliquer que les cultures doivent être protégées contre les bioagresseurs – mauvaises herbes, insectes, maladies... – pour assurer des récoltes satisfaisantes en quantité et en qualité, et donc la souveraineté et la sécurité alimentaires des Français.

 

Ainsi, selon les travaux de C.-E. Oerke, qui font référence et que l'Académie d'Agriculture de France a résumés par un graphique édifiant, les pertes mondiales de rendement (de production) en blé s'établiraient à 49,8 % sans protection et s'établissent à 28,2 % avec protection. Un autre graphique édifiant montre une moyenne quinquennale (2011-2015) de rendements en blé de 74 quintaux/hectare en « conventionnel » et 29 quintaux/hectare en « biologique », cultivé quasiment sans protection phytosanitaire contre les parasites et maladies et avec désherbage uniquement mécanique.

 

Il n'est pas compliqué non plus d'expliquer que les produits phytosanitaires sont des outils pour répondre à ce besoin vital ; que les agriculteurs ne traitent pas pour le plaisir de sortir le pulvérisateur ou pour engraisser une multinationale productrice de pesticides honnie (honnie... sauf quand elle nous fournit par ailleurs un médicament indispensable) ; que les agriculteurs (sauf dans une large mesure les « bio » enfermés dans un cahier des charges obscurantiste) passent aux produits moins préoccupants (déjà pour leur propre santé) et aux alternatives aux pesticides dès que ces produits et alternatives sont matures sur le plan agronomique et économique.

 

Il est tout aussi peu compliqué d'expliquer que le recours aux pesticides est tributaire des conditions agroclimatiques ; que le tapage médiatique et activiste à propos d'une augmentation du NODU de 0,3 % entre 2016 et 2017 est injustifié et indécent (alors que, de surcroît, le recours aux pesticides classés CMR1, les plus préoccupants, a diminué de 6 %) ; que, sur la durée, la tendance est à la baisse s'agissant tant des quantités déployées que des risques sanitaires et environnementaux (lesquels sont largement maîtrisés grâce à une législation et un système d'autorisation de mise en marché et d'utilisation draconiens).

 

Que faut-il encore ? Le soutien des organisations agricoles dont on peut penser qu'elles succombent actuellement à un syndrome de Stockholm face à une opinion qui n'est « publique » qu'en apparence, formatée qu'elle est par les faiseurs d'opinion politiques, militants, médiatiques, économiques…

 

 

 

 

Adopter des politiques fondées sur les faits

 

Faire de la pédagogie exige de réinitialiser des logiciels, même aux plus hauts niveaux de l'État.

 

Inscrire dans le programme électoral présidentiel la définition d'un « calendrier prévoyant l’élimination progressive des pesticides en commençant par ceux qui présentent un risque pour la biodiversité ou la santé, et le développement d’alternatives » relevait de la pure démagogie attrape-votes. Il serait bon que la réflexion sur le redressement des politiques publiques engagée sous la pression des « gilets jaunes » s'étendent à cette volonté politicienne ; elle est loin d'être sans incidence sur la santé économique de la France et sur le budget des ménages.

 

Faut-il s'étendre sur les errements politiques – les décisions bêtes et méchantes, et absurdes ?

 

L'interdiction faite aux collectivités publiques d'utiliser des pesticides, sans étude d'impact préalable, est déjà en train de ruiner les collectivités financièrement, et les bien publics tels que les routes et trottoirs physiquement sous l'assaut d'une végétation incontrôlée (sans compter les bâtiments publics et privés incendiés par un désherbage thermique).

 

Les sagas de produits tels que les néonicotinoïdes – qui assurent la protection du canola, lequel canola contribue à assurer des miellées fantastiques aux apiculteurs en Alberta, ou encore le glyphosate (coût de son interdiction à venir ? Un milliard d'euros au bas mot pour l'agriculture, 500 millions pour la SNCF) illustrent l'étendue du problème : le législatif et l'exécutif doivent se reprendre et fonder leurs décisions et politiques sur les faits.

 

Dans la même veine, il y a l'augmentation de la redevance pour pollutions diffuses, ainsi que la séparation entre le conseil et la vente... des gadgets concoctée par l'écologisme punitif... mais des gadgets qui coûtent cher. Le communiqué de presse annonçant la mise en consultation du plan Écophyto II+ évoque aussi un «  prélèvement d’une redevance sur les ventes de produits phytopharmaceutiques » de 71 millions d'euros. Il faut être clair : les surcoûts seront supportés, ou bien par la profession agricole avec à la clé une baisse de compétitivité, ou bien par les consommateurs par une hausse des prix. Écologisme punitif et le vandalisme économique...

 

Le déni des faits scientifiques et des réalités techniques (y compris environnementales) n'a d'égal que la cécité et la surdité face aux réalités économiques.

 

Rien n'est trop beau pour satisfaire des ambitions personnelles mal fondées, flatter une opinion dite « publique », gagner quelques voix de bobos aux élections (qui ne compenseront pas le rejet massif qu'exprimeront les « gilets jaunes » et leurs soutiens populaires). Mais le prix à payer est le déclin de l'agriculture française et, partant, de son économie mais aussi de sa souveraineté et sécurité alimentaires.

 

La perte de compétitivité de l'agriculture française, sur le marché intérieur comme à l'exportation, est plus que perceptible. En cause, en bonne partie, les réglementations excessives, dont certaines stupides, la surtransposition des normes européennes, le syndrome du meilleur élève de la classe.

 

Priver les agriculteurs des outils de protection des plantes efficaces au motif allégué – quand il l'est – qu'il y a des « alternatives » dont les agriculteurs savent qu'elles ne sont efficaces ni sur le plan technique, ni sur le plan économique, c'est sacrifier notre agriculture, après avoir sacrifié l'industrie. Une agriculture qui est déjà la variable d'ajustement dans les négociations internationales (voir l'exemple de l'huile de palme et des avions Rafale).

 

 

Rétablir le civisme dans les institutions

 

Les alternatives ? Le « rapport » de l'INRA sur les alternatives au glyphosate est à cet égard emblématique : il est affirmé haut et fort qu'il en existe pour 90 % des usages, alors que le graphique qui résume les constatations, à dominante rouge (plus bas niveau d'efficacité) dit exactement le contraire.

 

L'INRA n'est pas la seule institution qui réponde à des attentes gouvernementales, administratives, médiatiques ou sociologiques en tordant les faits pour étayer des conclusions prédéterminées, attendues. D'autres institutions de recherche se sont engagées dans les « sciences » alternatives et surtout leur médiatisation. Comment ne pas être choqué quand un chercheur affirme, en bref, que le désherbage ne sert à rien ?

 

Les agences de l'eau communiquent de manière quasi systématiquement négative sur la pollution des rivières et des nappes phréatiques par les pesticides (on ne les entend guère sur les médicaments...), en balançant des chiffres sur les occurrences de tests positifs sans préciser les niveaux de pollution ni l'amélioration constante de la situation. Les bonnes nouvelles ne sont pas assez médiatisées... Mais il est vrai que pour les médias, les bonnes nouvelles sont médiatiquement de mauvaises nouvelles et que pour les agences, il est plus porteur de « se vendre » auprès du public avec des informations inquiétantes sur la pollution.

 

L'Agence Bio est à cet égard hors concours...

 

Il y a plusieurs raisons à cet état de fait, au-delà du problème des ambitions personnelles et des portes tournantes entre ministères et institutions. Il y en a deux sur lesquelles le gouvernement peut agir : il doit respecter l'indépendance accordée à des institutions comme l'ANSES dans la gestion des autorisations de mise en marché et s'abstenir d'interférer en donnant des instructions, à cor et à cri ou en catimini. Il en va de la crédibilité de nos institutions et de l'action publique. Il doit aussi imposer une culture du civisme, et non de la flagornerie, dans les institutions.

 

À cet égard, une action prioritaire consiste à flécher les ressources allouées vers des actions positives et efficaces, vers des services à rendre.

 

 

 

 

Faire preuve de lucidité et de courage sur la biotechnologie de précision

 

Le silence gouvernemental est assourdissant... tout comme est indigente la poltronnerie d'un INRA qui a adopté une politique d'abstention s'agissant du développement et de la valorisation des nouvelles techniques d'amélioration des plantes.

 

Les OGM – au sens maintenant classique de plantes transgéniques – ont pourtant fait leur preuve dans le monde s'agissant des objectifs poursuivis par les Écophyto successifs, qu'il s'agisse des plantes munies d'une résistance génétique à des bioagresseurs ou des plantes tolérant un herbicide. Celles-ci permettent de substituer un herbicide à excellent profil toxicologique et écotoxicologique (notamment le glyphosate... tout se tient...) à d'autres qui sont plus préoccupants, de désherber en cours de culture plutôt qu'en pré-semis ou pré-levée, en fonction du salissement, etc. Pour une illustration saisissante, concernant la betterave à sucre aux États-Unis d'Amérique, voir par exemple ici.

 

La France s'est refusée à cette révolution technologique et a largement contribué à faire de l'Europe une région hostile aux progrès dans ce domaine, ainsi que dans celui, par exemple, de la qualité nutritionnelle des aliments.

 

Il est peut-être prudent de ne pas viser un bouleversement – quoique, il n'est pas interdit d'affirmer urbi et orbi qu'on a fait fausse route. Il est certainement urgent d'ouvrir une phase de pédagogie, faute de quoi le gouvernement organisera une obsolescence programmée de la France et de l'Europe.

 

C'est tout particulièrement le cas pour les nouvelles techniques de sélection, et même pour les espèces (comme le triticale) et les variétés déjà anciennes (comme le blé Rena, le leader en agribio) dont la Cour de Justice de l'Union Européenne a constaté – à juste titre – qu'elles étaient juridiquement des OGM selon la directive Directive 2001/18/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 mars 2001 relative à la dissémination volontaire d’organismes génétiquement modifiés dans l’environnement et abrogeant la directive 90/220/CEE du Conseil.

 

 

Revoir les points du plan Écophyto II+

 

Le gouvernement se propose « d'accélérer le retrait des substances les plus préoccupantes ». Il s'agit d'une compétence communautaire ! La Commission Européenne l'a poliment – mais fermement – rappelé à la région Bruxelles-Capitale.

 

Le gouvernement se propose « de promouvoir la reconnaissance et la diffusion des produits de biocontrôle et des préparations naturelles peu préoccupantes ». Ce qui est proposé, c'est de baisser la garde en matière de protection de la santé publique et de l'environnement sur la base de considérations rousseauistes de la Nature et d'un lobbyisme intense du biobusiness.

 

Le gouvernement se propose « de renforcer la prévention de l’exposition de la population aux pesticides... » On rappellera que c'est dans l'indifférence médiatique générale – et du gouvernement et des services publics concernés – que les pomiculteurs du Limousin ont signé une charte pour protéger les riverains en mars 2017 avec les représentants de plusieurs associations. À ce gouvernement de mieux faire que le précédent...

 

Le gouvernement se propose « de soutenir la recherche et l’innovation »... dans des domaines qui sont secondaires !

 

Il ne suffit pas d'approfondir les connaissances sur les risques et les impacts des produits phytopharmaceutiques, ni de faire la démonstration des performances économiques, environnementales et sociales des systèmes à bas intrants. La vraie recherche, à distinguer de la gesticulation et du bricolage, se doit d'être proactive. Nous n'en prenons pas le chemin.

 

Quant aux fermes DEPHY, il ne semble pas qu'elles aient fait « la démonstration des performances... » à la mesure des objectifs gouvernementaux (voir ici, le commentaire de Yann et la vidéo ici – n'est-il pas curieux qu'il n'y ait pas de compte rendu du colloque des 13 et 14 novembre 2018 sur la toile ?). Il serait bon de mettre fin à l'aveuglement et à la langue de bois ; quelle conclusion tirer d'un réseau d'agriculteurs très compétents et motivés, beaucoup en situation favorable, accompagnés par les pouvoirs publics à hauteur d'un ingénieur pour douze fermes qui réduit « sa dépendance aux pesticides » de – seulement – 14,5 % ?

 

Le gouvernement se propose « d’accompagner les agriculteurs dans la transition ». Du blabla et la poursuite de mesures qui n'ont pas fait leurs preuves...

 

Ne citons qu'un exemple : « en pérennisant le dispositif des certificats d’économie de produits phytopharmaceutiques, qui était jusqu’à présent en phase d’expérimentation ». La phase d'expérimentation avait pour objectif de tester l'efficacité du dispositif – une usine à gaz (voir aussi ici et ici). A-t-on procédé à une évaluation des résultats préliminaires ? Non !

 

Plus généralement, a-t-on pris en compte la pétition « Appel pour un plan Ecophyto 2 pragmatique » du Conseil de l’Agriculture Française ?

 

° o O o °

 

« La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent. » Albert Einstein.

 

« En essayant continuellement on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chance que ça marche. » Jacques Rouxel/Les Shadoks

 

________________

 

* André Heitz est ingénieur agronome et fonctionnaire international du système des Nations Unies à la retraite. Il a servi l’Union internationale pour la protection des obtentions végétales (UPOV) et l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). Dans son dernier poste, il a été le directeur du Bureau de coordination de l’OMPI à Bruxelles.

 

Selon la formule consacrée, il ne déclare aucun conflit d'intérêts – ni financier, ni intellectuel.

 

Cette contribution sera publiée sur son blog, http://seppi.over-blog.com, où on trouvera les liens si jamais ils n'apparaissent pas sur cette page.

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C
Nous sommes en 2018 Les faits sont là; non seulement la réduction de moins 25% mais aussi celle de moins 50% sont déjà possibles et ceci sans aucune baisse ou perte de rendement et sans recours aux biotechnologies.

M Heitz oui vous lisez bien! je sais que pour vous c'est dur, mais cessez donc d'écrire n'importe quoi,visiblement vous n’êtes pas dans la course, ou pire vous prenez votre pied à véhiculer des facke- news au travers de vos glanes.
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S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

C'est beau la foi !

Voilà un objectif qui serait possible sans baisse ou perte de rendement… et qui ne se réalise pas… même dans les fermes DEPHY qui sont tenues par des agriculteurs motivés et bénéficient d'un soutien étatique considérable.

M
Quand des politiques incompétent dans leur propre domaine prennent les agriculteurs pour des débiles et leur donnent la leçon dans un domaine qu'ils maitrisent encore moins.
Un nouveau inutile plan qui fera croire que la situation va mal, génération future et les coquelicots se frottent déjà les mains et vu que ça va échouer ils pourront encore accuser les méchants lobbys.
Répondre
S
Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Je suis du même avis. Et le gouvernement pourra élaborer un plan de plus… faire semblant qu'il fait la chose au sérieux… occuper des tas de fonctionnaires… distribuer des prébendes aux acteurs du plan...